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mardi, 15 juillet 2008

Union pour la Méditerranée, succès sur un projet encore flou

14 juillet.jpgFaire avancer le processus de paix entre Israël, l'autorité palestinienne et la Syrie, restaurer la paix au Liban avec, ici aussi, la Syrie en acteur clef, assainir les relations entre le Maghreb et l'Europe, le tout en replaçant l'Europe (et la France) au coeur des affaires du Moyen-Orient, voilà quelques uns des grands axes implicites d'un projet qui ne manque visiblement pas d'ambition. Comment être contre ce projet de paix et de prospérité ? On peut tout de même le juger naïf. Pourtant, là où tant d'autres se sont cassés les dents, Nicolas Sarkozy a décidé de mettre toute son énergie et son crédit international en jeu. Même Angela Merkel, initialement défavorable à l'initiative de notre président, a décidé de le suivre pour voir où il nous emmènerait. Pour autant, nous n'en savons pas beaucoup plus sur le contenu de l'UPM. Les obstacles sont immenses, et les réticences multiples.

Mauvais casting pour commencer : le Monde évoque l'incompétence de l'initiateur du projet, Henri Guaino, notamment sa méconnaissance patente de l'Europe lorsqu'il néglige le processus de Barcelone lancé par Jacques Chirac en 1995, processus moribond mais pas disparu. Sous la pression d'Angela Merkel, Sarkozy s'est donc vu contraint à son remplacement par des personnalités plus compétentes sur le dossier : Jean-David Levitte et Alain Leroy. D'ailleurs, Guaino n'était pas visible parmi les invités lors du défilé du 14 juillet, confirmation axplicite de cette mise à l'écart. Il y a aussi le colonel moutarde qui dénonce cette initiative française comme une arme de division du monde arabe malgré la promesse française de lui livrer des centrales nucléaires. En langage clair, Mouammar Khadafi a peur de voir la région se stabiliser et rentrer dans un processus d'appaisement qui pourrait rendre ses achats colossaux d'armements inutiles. Plus ennuyeux, la Turquie voit d'un mauvais oeil ce processus qui permettrait de l'envoyer graviter sur une trajectoire secondaire autour de l'Europe, l'éloignant définitivement d'une intégration tant attendue. Car à ce stade, l'UPM n'est qu'un cadre de coopération, certainement pas d'intégration, par exemple avec un marché unique.

Mais que cache ce projet qui n'est, à ce stade, que mondain diplomatique ? Dépolluer la Méditerranée ou renforcer certaines formes de coopérations telles que les échanges universitaires ne va pas bien loin et reste très étatique. Or, nombre de ces pays ont avant tout besoin de croissance et de développement. Cela passe par l'instauration du règne du droit et le recul de la bureaucratie, par la reconnaissance et la protection absolue de la propriété privée, par l'émergence d'un marché des capitaux ouvert et libre, et, enfin, par l'ouverture des frontières commerciales. Pas seulement de l'ouverture entre l'Europe et les pays du sud, mais entre ces derniers qui vivent aujourd'hui repliés sur eux-mêmes au lieu de contribuer mutuellement à leur développement économique par la spécialisation.S'il est un peu tôt pour parler de libre-échange complet au sein du Club Med, fixer clairement cet objectif aurait eu le mérite de donner la direction : libéralisation.

Ne soyons pas bégueules, savourons au moins l'évènement pour ses avancées diplomatiques. Faire asseoir à la même table le premier ministre israélien, Mahmoud Abbas, Hosni Moubarak et Bachar el-Assad est déjà un succès en soi. Réamorcer le dialogue entre des acteurs aussi hostiles les uns envers les autres est de bon augure, même si cette tentative n'est que la dernière d'une longue série. Cet atlantiste et ami d'Israël saura-t-il nous surprendre à nouveau sur ce terrain explosif ? Espérons-le, mais n'attendons rien de plus de cette UPM dans sa version actuelle.

vendredi, 04 juillet 2008

La libéralisation avance, lentement mais sûrement

Aujourd'hui, deux petites informations nous rappellent que derrière le rideau d'informations superficielles, le pays continue à se moderniser. Lentement mais sûrement. Grâce à l'Europe, Air France et Veolia vont faire rouler leurs propres TGV sur le Réseau Ferré de France et d'autres réseaux européens. A quand des RER privés en Ile de France ? La Poste réflechit (conseillée par Rotschild ET Baker & Mc Kenzie !) à un changement de statut pour affronter la concurrence en 2011. D'un statut d'entreprise publique, elle passerait à celui de simple société anonyme. Alors que les Français se demandent encore si la concurrence dans le rail est concevable, le monopole tombe sous la pression européenne. La Poste, privée, aura le même statut que la Poste suédoise qui l'est depuis plusieurs années avec succès. Très naturellement, les Français vont découvrir les charmes de la concurrence dans ces secteurs qui leur semblaient des bastions nationalisés indéboulonnables. Si la SNCF a su évoluer à la pointe des progrès technologiques depuis la naissance du TGV (sans doute à cause de la concurrence rude avec l'avion), les français vont découvrir que la Poste aussi peut innover et être à l'écoute des "usagers" devenus de vrais clients.

Finalement, le marché aura gagné sans coup férir. Pendant que nos médias se passionnent pour "les montres à 50.000 euros" du Président, pour Carla ou pour la libération formidable (merci Alvaro Uribe, dissident du parti libéral, le Partido Libera Colombiano) d'Ingrid Betancourt, la concurrence s'installe partout, grignote les espaces étatisés en silence. Le consommateur s'y retrouve, le citoyen comprend de moins en moins bien le rôle de l'Etat dans cette évolution. Et c'est bien ainsi, l'Etat étant voué à ne plus intervenir dans le marché pour mieux se centrer sur ses missions régaliennes. Celles-ci sont aussi régulièrement concurrencées par des prestataires privés, commerciaux (dans le secteur de la sécurité par exemple) ou associatifs.

jeudi, 03 juillet 2008

La santé en mouvement

Alors qu'un débat crucial oppose Obama à McCain sur le futur système d'assurance santé américain (s'il doit se mettre en place un jour), l'Europe prépare une directive pour ouvrir la porte au marché des soins (pas des assurances) en Europe et le Royaume Uni réflechit à une évolution de son système de santé. Tous ces débats sont extrêmement sensibles, ils recouvrent des sommes considérables (1.000 milliards d'euros par an en Europe) et concernent notre quotidien à tous, particulièrement dans les moments les plus difficiles de la vie (ou de la fin de vie). Il est donc heureux que les lignes bougent, même si ce mouvement est bien trop lent à notre goût. Il est intéressant de voir se dégager deux grandes priorités universelles :

  • la mise en concurrence des producteurs de soin et des assureurs (le débat ne devrait pas tarder à s'ouvrir en France)
  • l'universalisation de la couverture : obligation de s'assurer pour tous et aide financière pour offrir une couverture santé les plus démunis

Les libéraux peuvent avoir une influence capitale sur le premier point en poussant à la fin des corporations et des monopoles et à l'ouverture des frontières. Aller se faire poser des couronnes en Roumanie ou traiter une leucémie en Thaïlande ne doit plus être tabou. Je ne vois pas pourquoi la sécu ne pourrait pas rembourser ces soins à l'étranger, surtout s'ils sont moins chers qu'en France et que les patients ont choisi ces destinations. L'offre de soins est un vrai marché mondialisé dans lequel le benchmarking joue un rôle important.

Mais nous devons (et pouvons) aller plus loin. Un jour comme cela se fait aux Pays-Bas ou en Suisse, le libre choix d'une mutuelle ou d'une assurance santé au premier euro dans le cadre de la sécurité sociale ne doit plus être bloqué. Certains veulent faire sauter toute obligation d'assurance. Je les comprends bien, mais à trop vouloir négliger la seconde priorité citée plus haut, ils risquent de perdre tout crédit dans ce débat délicat. Une vraie réflexion stratégique s'impose ici, et je crois qu'il faut de la prudence dans le discours, comme l'exemple outre-manche nous le montre bien.

Le Royaume Uni va bientôt fêter les 60 ans du National Health Service, sa sécurité sociale d'Etat. Ce sujet est sensible dans l'imaginaire public. Contrairement à l'opinion que les Français s'en font (encore un cliché habilement diffusé), 59 % des Anglais le jugent le meilleur au monde selon un sondage européen FT Harris : "the envy of the world" ! Et ne rigolez pas, les Français sont 70 % à juger le leur le meilleur au monde. Les Anglais sont surtout 90 % à considérer que la santé doit être financée par l'impôt, et gratuite pour le client final de soins lourds. Si ces pragmatiques purs sont aussi attachés à ces principes forts, ce n'est pas seulement parce que le NHS fait partie de la trinité des institutions sacrées du pays avec la famille royale et la BBC. Comme l'éducation, la couverture santé est considérée aujourd'hui comme un service qui doit être accessible à tous dans le monde occidental.

La solution de la libre assurance, dans un cadre réglementé, est une possibilité. Par exemple, Amaritz propoase une couverture équivalente à celle de la sécu pour 1.500 à 4.500 euros par an par personne selon l'âge (un SMIcard cotise 3.000 euros par an à lui seul). Il nous faut auyssi étudier le concept de chèque santé financé par l'impôt, à l'image du chèque éducation pour le primaire et le secondaire. Cela signifie que c'est à l'impôt (flat tax du type CSG-CRDS) de se substituer aux charges sociales (le coût de la sécu pèse 25 % du salaire net reçu par les salariés). Cela permet aussi d'introduire (enfin !) une vraie liberté de choix entre mutuelles et assurances.

Je crois que les libéraux ont une formidable opportunité de proposer une remodelage de notre sécurité sociale déclinante, à condition d'avoir un discours audible dans l'environnement actuel. Pour cela, gardons bien en tête les deux points essentiels qui sont absolument prioritaires dans l'esprit des gens lorsque nous communiquons sur le sujet.

mercredi, 02 juillet 2008

Sarko, chauffé à blanc, voit rouge

Ayant toujours appris aux enfants de ne pas viser autrui avec des armes...en plastique, je trouve surprenant qu'un militaire se permette de vider un chargeur de mitraillette sur la foule, même rempli de seules cartouches à blanc. Même pour jouer, est-ce vraiment drôle, ou au moins utile ? Etait-ce là le scénario prévu par l'autorité militaire en charge de l'organisation de la démonstration ? Tirer sur une foule composée de femmes et d'enfants avec une arme de guerre ne correspond pas tout à fait à ma vision d'une bonne pédagogie. Cette histoire a réellement un côté "amateur" pour rester correct, et je comprends fort bien la colère de notre président. Bien qu'il ne soit pas l'unique responsable de ce drame, l'enquête dira comment notre pauvre soldat a pu commettre pareille erreur. Heureusement, il n'y a pas eu de morts, même pas le terroriste simulé.

Ce qui me turlupine dans cette triste affaire, ce sont les militaires qui patrouillent dans les gares et sur les lieux fréquentés dans le cadre du plan Vigipirate. Eux aussi ont des balles réelles dans leur arme. En cas de menace directe, auraient-ils la gachette aussi facile malgré la foule environnante ? Si c'est le cas, voilà un bel atout dans les mains de terroristes potentiels. Il ne leur suffit que de sortir une arme au milieu du public afin de déclencher la riposte des militaires qui n'hésiteront pas à vider plusieurs chargeurs pour abattre le kamikaze...et la foule qui l'entoure.

Certes, les militaires ne sont pas satisfaits du traitement qui leur est reservé. La colère de Nicolas Sarkozy les a cuillis sec. Mais le drame de Carcassonne soulève des questions intéressantes sur les risques posés par la mission de protection du public par les forces armées sur le territoire national. En tout cas, j'en retiens une leçon essentielle : on ne joue jamais avec des armes en public, même si on est un professionnel !

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