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jeudi, 26 juin 2008

Rapport Copé et télévision d'Etat

TV.jpgSuite à la proposition (improvisée ?) de Nicolas Sarkozy de supprimer la pub sur les chaines publiques, une commission présidée par Jean-François Copé s'est lancée dans une réflexion de 4 mois. Alors que son rapport tant attendu venait de sortir, Nicolas Sarkozy a su à nouveau imposer son rythme en corrigeant quelques unes des propositions établies au terme de ce travail collectif. La petite polémique sur la nomination du président de France Télévision (directe plutôt qu'en coulisse) par le Président de la République, un peu stérile, ne doit pas occulter le principal : ce rapport consacre le rôle prééminent de France Television en posant en préambule le caractère essentiel d'un service public fort de l'audiovisuel. Pas question, donc, d'abandonner la mission d'éducation, d'information et de divertissement des Français par l'Etat.

Le sujet de la télévision publique est polémique, particulièrement dans le microcosme parisien lecteur du Monde et téléspectateur déclaré d'Arte. Difficile de débattre sereinement du sujet, entre ceux qui critiquent TF1, avec la condescendance de celui qui ne regarde jamais cette chaine "populaire" (prononcé avec mépris), et ceux qui défendent Arte qu'ils ne regardent pas non plus (mais dont ils lisent le plus grand bien dans Telerama). Sur les chaines privées (chaque année plus nombreuses et plus diverses) comme sur les chaines publiques (également plus nombreuses), on trouve le meilleur comme le pire. Tous, nous traçons tous une ligne plus ou moins personnelle autour de ce que nous estimons être du divertissement (d'accès facile, délassant sans effort intellectuel) et de la culture (exigeante, ambitieuse, nécessitant un effort de concentration), parfois un peu des deux. Ces frontières sont l'objet de débats infinis qui permettent d'éluder la question principale : est-ce le rôle de l'Etat de trancher ce débat pour s'approprier un secteur spécifique ?

Bien entendu, comme le pointe  le rapport Copé, la gouvernance de la télévision publique est mauvaise. France Télévision ne s'est absolument pas adaptée à l'évolution technologique qui rapproche l'écrit, l'audio et la vidéo et multiplie les supports, poste traditionnel, ordinateur, téléphone portable. Mais l'essentiel n'est pas là. Le seul argument avancé par les tenants d'un audiovisuel public fort, c'est la défense de la culture que seul le secteur public serait capable d'assurer. C'est avec ce principe que la culture a été placée sous tutelle étatique au début des années 80, devenant le formidable outil de propagande que nous connaissons pour la gauche, pouvoir renforcé par l'esprit corporatiste dans l'audiovisuel. 

Bien que la BBC soit régulièrement citée comme modèle de service public de qualité (et je serais bien heureux que l'information du nôtre atteigne sa qualité !), une démocratie libérale doit-elle laisser aujourd'hui l'information aux mains du pouvoir de l'Etat, que celui-ci soit politique ou instrumentalisé par une corporation dominante du service public ? Il est paradoxal qu'un régime moderne se targue ouvertement de faire l'éducation du peuple au travers d'une "politique culturelle d'Etat", ce qui est en général le propre des dictatures. En France, cet anachronisme perdure dans l'indifférence la plus totale.

A défaut "d'éduquer" le peuple comme certains cercles le souhaitent, ne s'agirait-il pas de faire payer par l'ensemble des contribuables un contenu destiné spécifiquement à des classes moyennes supérieures qui évitent ainsi de cotiser seules pour financer ce plaisir et de se coltiner trop de pub (ou alors dans une émission consacrée à cet art si créatif de la pub en tant que création, pas en tant que...simple pub) pour assurer le financement de leur chaine. Le choix de taxer les opérateurs de téléphonie mobile et les FAI revient à diminuer le pouvoir d'achat général au profit de cette petite population qui veut continuer à voir Thalassa ou des Racines et des Ailes, émissions certes formidables, en les faisant financer par l'impôt.

Qu'il s'agisse de défendre de cette forme d'égoïsme social ou d'acheter la paix sociale d'une corporation ancrée à gauche, il n'en est pas moins difficile de comprendre pourquoi la droite s'enferme dans cette stratégie perdante pour elle. Espérons que Nicolas Sarkozy, qui en est parfaitement conscient, a un objectif à terme dans cette affaire. Souhaite-t-il restructurer France Télévision et réduire le nombre de chaînes publiques pour rendre un bel espace au secteur libre ? En attendant, nous nous engageons sur une voix bien sombre, pavée de nouvelles taxes pour cimenter des services publics consacrées.

mercredi, 25 juin 2008

Tournée générale !

Le président de la République et le Gouvernement ont mis en place, depuis juillet 2007, une série de mesures pour initier et accompagner un mécanisme vertueux de relance du pouvoir d’achat.

Quelle chance de pouvoir profiter de cette générosité évidente, nous, simples citoyens qui poussons parfois l'ingratitude au point de la nier. Et pour convaincre les derniers sceptiques, le gouvernement n'hésite pas à débourser 3.3 millions d'euros en campagne publicitaire dans une perspective purement...pédagogique. Il faut dire qu'en 2007, pendant que notre pouvoir d'achat grimpait correctement, Nicolas Sarkozy n'a cessé de nous inquiéter sur ce thème et de nous promettre de nous le remonter dare-dare. Cette année, le pouvoir d'achat a vraiment plongé vers le zéro pointé avec la hausse des prix de l'essence et de l'alimentation, et les Français commencent à avoir des raisons de s'inquiéter.

Pourtant, le fond du discours de la majorité, comme celui de l'opposition, fait sourire (ou plutôt pleurer) par sa (fausse) naïveté. Certes, le programme est séduisant : Gagner plus - Dépenser moins - Payer moins d'impôts - Etre soutenu. Quatre fois oui. Dans le détail, on retrouve la trop fameuse technique du rebouchage de trous...en creusant d'autres trous. Cette activité serait sans risque sans ses effets secondaires douloureux, ce que le gouvernement refuse hélas de comprendre.

Exemple typique de fausse bonne idée, le dépôt de garantie locative réduit de 2 à 1 mois. Plus une réduction de l'index d'augmentation des loyers. Formidable pour les locataires. Mais une fois de plus, l'intrusion de l'Etat dans la sphère privée aura des conséquences négatives, en l'occurrence sur le marché du logement. Comment ne pas comprendre que les propriétaires exigeront deux fois plus de garanties, quand ils ne laisseront pas tous simplement vide(s) leur(s) bien(s) compte tenu du rapport rendement/risque. En protégeant arbitrairement les uns au détriment des autres, le gouvernement prend le gros risque de perturber biendavantage le marché locatif semi-libre déjà très tendu [correction suite à la très juste remarque de Mateo].

En face de cela, la réduction sensible des droits de succession et le bouclier fiscal vont dans le bon sens, même si nous étions en droit d'attendre un peu plus d'ambition, ainsi qu'une refonte des 486 niches fiscales dont la plupart méritent de disparaître. Bref, voilà un triste résumé de la politique gouvernementale : incohérente, fourmillant de mauvaises idées parmi lesquelles surnagent quelques bonnes mesures. Espérons que ces dernières suffiront à relancer la machine et à améliorer notre qualité de vie. Autant allumer un cierge pour le salut des Français, ou aller méditer sur le talent d'Alain Ducasse au Jules Vernes.

vendredi, 20 juin 2008

Pétrole, pompe à nationalisation ?

Cette année, les producteurs de pétrole vont recevoir plus de 3 Trillards de dollars. Oui, vous avez bien lu : 3.000.000.000.000 dollars en un an ! Or, 85 % de ces revenus vont directement dans la poche d'Etats qui possèdent les réserves d'or noir. Les concessions privées, elles, en sont réduites à partager les miettes avec le risque permanent de nationalisation brutale comme en Russie ou au Venezuela. Cette manne constitue une redistribution de richesses des consommateurs vers ces Etats, permettant à ces derniers de se constituer des réserves financières bien plus importantes que les réserves de change de pays exportateurs comme la Chine (je ne parle pas de la bonne blague consistant à tranformer notre bonne vieille Caisse des Dépôts en fond souverain).

Les Fonds Souverains ont surtout pris de l'ampleur depuis 2000 avec la hausse des cours du pétrole. Aujourd'hui, on estime leur richesse entre 3 et 3.5 Trillions de dollars (difficile d'avoir un chiffre affiné dans les marchés volatiles actuels), avec un taux de progression  deux chiffres tous les ans, en plus d'environ 7 Trillions de dollars placés dans d'autres types de supports. Avec 10 Trillions de dollars en poche, ces institutions publiques sont d'une grande prudence. Elles mesurent bien le risque de voir la pression d'un gouvernement ou de l'opinion publique se retourner contre eux. Comme en 2006, lorsque l'Emirat de Dubaï a dû revendre à AIG les 6 ports achetés américains au groupe anglais P&O devant l'ire poulaire aux Etats-Unis. 

Depuis le début de la crise des subprimes, l'ambiance a bien changé. Les banques en difficulté font toutes appel à ces fonds publics pour venir à leur rescousse, mais ceux-ci se font bien prier tant ils craignent, et pas forcément à tort, de se retrouver otages des gouvernements des pays consommateurs lorsque l'environnement économique aura retrouvé des couleurs.

Pour un libéral, la question du traitement de ces fonds souverains est intéressante. Lutter pour les privatisations et traiter les fonds souverains comme des fonds privés pose une contradiction bien embarrassante. Devons-nous limiter leur action les laisser prendre possession progressivement de secteurs insidieusement nationalisés ?

Il est vrai qu'avant de se poser cette question, nous devrions déjà nous attaquer à notre gouvernement qui se goinfre avec les 25 Milliards d'euros de TIPP et 7 Milliards d'euros de TVA sur l'essence que 8 ménages français sur 10 lui versent chaque année. Et puis en France, nous ne devons pas parler de fonds souverains, mais plutôt de puits sans fond souverains.

mercredi, 18 juin 2008

Les 35 heures en fin de vie

Xavier Bertrand a des convictions. Il en a même à revendre tant il en déborde. Un jour, il défend les 35 heures avec presque plus d'ardeur que Martine Aubry. Dix jours plus tard, il nous explique avec la même conviction qu'il met en oeuvre la promesse de campagne de Nicolas Sarkozy de défaire le carcan des 35 heures. Du grand Xavier Bertrand ! En tout cas, l'essentiel est là : les 35 heures sont en train de glisser subtilement vers la sortie. Les syndicats n'en croient pas leurs yeux : Nicolas Sarkozy, plus malin qu'eux, les a pris à leur propre jeu.

En avril, le Medef, la CGPME, la CGT et la CFDT avaient adopté une "position commune" sur la possibilité de fixer par des accords d'entreprise, à "titre expérimental", les modalités de dépassement des contingents d'heures supplémentaires. Un tout petit pas au sein de l'usine à gaz de la défiscalisation des heures supplémentaires. En douce, le gouvernement est allé bien au-delà de cette position timorée. Et nos syndicats ont autant de souffle que de crédibilité, c'est à dire aucun. Leurs appels à la grève ne prennent même plus.

Un projet de loi est présenté en Conseil des ministres qujourd'hui pour autoriser toute entreprise à déroger aux 35 heures avec l'accord des organisations syndicales représentant plus de 50 % des salariés. La mesure libère non seulement le temps de travail en douceur, mais elle offre une approche prometteuse de la réforme du Code du Travail. Cet avant-projet de loi permettrait de généraliser les accords d'entreprise dérogeant aux réglementations du travail, faisant enfin primer la négociation et le bon sens sur l'arbitraire et l'absurde.

Après la réforme profonde de l'assurance chômage, ce sont plusieurs mesures positives qui ont été mises en place et dont nous verrons bientôt les effets positifs. Parmi les incohérences de la politique Sarkozy, il y a heureusement un peu de lueur d'espoir.

lundi, 16 juin 2008

L'Europe à l'arrêt

Irlande.jpgNon seulement les Irlandais ont manifesté un joli mépris pour le processus de construction de l'Europe par leur abstention massive, ils l'ont aussi stoppé net en votant 'non' à 53 %. Or, nous savons tous à quel point l'Irlande a été aidée par l'Europe ces vingt dernières années. Certes, le chat affamé d'hier ne s'est pas transformé en 'tigre celtique' uniquement grâce à ces aides, mais elles y ont tout de même suffisamment contribué pour qu'on s'interroge sur le résultat de ce referendum.
 
Avant de leur jeter la pierre (comme l'a fait Bernard Kouchner... à la veille du vote, histoire d'augmenter les chances du 'non'), la France devrait se rappeler qu'elle a aussi voté dans ce sens le 29 mai 2005, et avec plus de conviction. Si nous devions détricoter l'Europe, ce qu'il ne faut pas exclure après ce dernier choc en date, je ne serais pas surpris de voir la France renouer avec ses vieux démons (encore très présents) : nationalisations, instauration de nouveaux monopoles. Bref, un recul de 15 ans en arrière. Les antilibéraux l'ont parfaitement compris, c'est pourquoi nous les voyons toujours porter les principaux coups de boutoir contre l'Europe. 
 
Les libéraux peuvent critiquer le scandale de la PAC et de certaines réglementations ineptes. Mais l'Europe, c'est avant tout un vaste marché unique, un mouvement de libéralisation sans précédent, un déboulonnage des monopoles publics et la fin progressive des champions nationaux lourdement subventionnés.  Ne l'oublions pas. A vouloir la perfection, nous risquons de retourner loin en arrière. La politique du pire, en quelque sorte.

samedi, 14 juin 2008

La banque mise en accusation

Si les banques résistent bien dans l’ensemble à la crise des subprimes, plusieurs d’entre elles se sont tout de même retrouvées en grave difficulté. Effrayés par le risque d’une crise systémique, les Etats et les banques centrales n’ont pas hésiter à les rattraper par leur intervention directe. Ainsi Bear Stearns a-t-elle été bradée sans ménagement par la Federal Reserve en un week-end, et Northern Rock sauvagement nationalisée par le gouvernement anglais. Ces interventions nous empêchent de savoir quelles auraient été les conséquences d’une faillite bancaire, comment auraient réagi le monde bancaire dans cette situation.

Je persiste à penser que le laxisme monétaire des banques centrales est en partie à l’origine de la crise des subprimes.  Cela rend d’autant plus choquante l’intervention du président de la Fed de New York, Timothy Geithner, lorsqu’il exige de réglementer davantage le système bancaire, déjà excessivement encadré (notamment avec Bâle II en train de se mettre en placE). Au moins a-t-il trouvé là un moyen efficace de se défausser de sa propre responsabilité personnelle sur un bouc émissaire bien pratique. La critique du monde de la finance est incomparablement plus populaire que celle des erreurs des banques centrales,  trop technique et abstraite. Au lieu de voir les avantages remarquables que nous devons aux banques et à la finance en termes de prospérité et d’allocation efficace des ressources, le grand public en garde une mauvaise image.

Les politiques ne sont pas en reste. En dénonçant le « monstre » qui doit être « remis à sa place », le président de l’Allemagne, Horst Köhler, tente même de nous faire oublier l’état de délabrement avancé du système bancaire allemand…univers opaque où la connivence règne parfois, sous la tutelle des Länders (IKB, Landesbanks). Cette surenchère démagogique est plus surprenante dans la bouche d’Angela Merkel qui m’avait habitué à davantage de courage politique. Sans doute dénonce-t-elle « la régulation à l’anglo-saxonne » pour se refaire une santé dans les sondages au moment où la coalition CSU-CDU/SPD est proche du point de rupture.

Bref, ce petit monde veut faire le travail des banques à leur place, augmenter les réglementations dont nous savons qu’elles ne feront que diminuer la rentabilité des banques et freiner l'innovation sans diminuer les risques encourus. Des politiques vont même jusqu'à proposer la création d'agences de notation publiques, comme si une entité publique allait être plus performante dans l'évaluation de risques nouveaux. C'est bien connu, les institutions publiques excellent dans l'art de la gestion et de l'anticipation ! Plus sérieusement, il est important de se ppeler que la prise de risque et l’accompagnement du risque sont au cœur du métier des banques, c’est pour cela qu’elles ont tant contribué à la croissance des pays occidentaux. Revenir sur ce principe constitue un retour en arrière et, pire sans doute, une menace pour notre richesse future.

L’effet de ces interventions, si elles devaient se concrétiser, m’apparaît doublement pernicieux. Ainsi protégées des conséquences de leurs erreurs, forme insidieuse de déresponsabilisation, le monde de la banque se retrouve à la merci de ses sauveteurs. Les banques savent qu’elles ne risqueront plus la faillite, ce qui pourrait les inciter à prendre de nouveaux risques inconsidérés à l’avenir. Par ailleurs, elles se retrouvent soumises à une tendance hyper-régulatrice qui pourrait menacer non seulement leur modèle économique, mais aussi la croissance des pays économiquement avancés.

vendredi, 13 juin 2008

Dîner blanc aux chandelles sur les Champs-Elysées

Danse.jpgHier soir, j'ai eu le bonheur de pique-niquer sur les Champs-Elysées avec un groupe d'amis. Jusque là, rien d'exceptionnel. Si je vous dis que nous avions nos tables, nos chaises, nos chandeliers,  nos petits plats et nos bons vins, nos musiciens et que nous étions plus de 8.000 ainsi installés sur la plus belle avenue du monde, on commence à sortir de l'ordinaire. Il s'agissait du dîner blanc annuel, évènement bien mystérieux et formidablement organisé.

Difficile de savoir qui organise l'évènement, ni comment. Une fois parrainé par des participants vétérans, nous recevons de leur part un mail quelques jours avant la date. Ce message est extrêmement précis concernant les règles de la soirée et le rendez-vous pour les cars qui nous emmèneront sur le lieu prévu pour le dîner,  il ne donne toutefois aucun indice sur celui-ci.

Bref, nous voilà deux ou trois cents personnes derrière Roland Garros à 20h30, tout de blanc habillés, les femmes arborant de magnifiques chapeaux blancs, munis de tables de bridge, de chaises pliantes (blanches de préférence) et de paniers bien composés. Les premières coupes de champagne circulent en attendant de monter dans les six cars de notre groupe. Les soutes sont remplies avec nos tables et nos chaises pèle-mêle. 21h00, nous sommes en route vers le lieu convenu, rideaux tirés, progressivement rejoints sur le chemin par des dizaines d'autres cars similaires.

Le plan d'assaut, car il s'agit d'un assaut pour ne pas laisser le temps à la police de nous bloquer, est minutieusement préparé. Chaque car doit s'arrêter à un endroit bien précis, chaque participant dans le car dispose d'un numéro de rangée et, dans cette rangée, de table, afin que tous, nous nous installions vite et dans l'odre. A l'arrêt du car, les hommes récupèrent une table et deux chaises au hasard et se précipitent pour occuper leur place dans l'ordre, les femmes suivent avec les paniers et installent aussi rapidement la nappe blanche et les couverts (argenterie acceptée) et les coupes et verres (cristal aussi), les bouteilles et les mets.

En 15 minutes, voilà des dizaines de cars qui déversent les participants sur les deux rives des Champs-Elysées. Au terme de ce quart d'heure, trois rangées de tables blanches superbement ornées s'allongent de la place de l'Etoile au Rond-Point des Champs-Elysées. Près de 10.000 personnes en blanc sabrent le champagne (millésimé autorisé), confortablement installées sous les rangées d'arbres et sous le regard ébahi des touristes...et de la police. Pas à dire, ça a de la gueule.

Au cours du dîner, nous faisons connaissance avec les amis de nos amis, les cercles s'élargissent, les plats circulent : foie gras maison des uns contre saumon fumé des autres, salades et plats sophistiqués passent d'une table à l'autre (notre rangée compte 30 tables). Si les chandeliers ont de l'allure, les bougies ont du mal à résister au vent. Plusieurs olas accompagnent cars et curieux qui descendent les Champs-Elysées, parfois en klaxonant en retour.

Champs.jpg

Vers 23h00, des musiciens viennent jouer entre les tables, la foule se lève et commence à danser sur le rythme endiablé de notre groupe cubain. Franchement, ambiance exceptionnelle qui fait oublier le froid de cette soirée (je vous confirme que nous ne vivons pas un réchauffement mais bien un refroidissement climatique !). A minuit, un camion sono avec un groupe rock (en blanc siouplai) vient monter l'ambiance d'un cran. Une partie de l'avenue de remplit d'individus en blanc qui suivent la sono en dansant.

Et puis le coup de sifflet est donné. Les cars sont revenus tranquillement. En cinq minutes, tout le matériel et les restes sont chargés dans les paniers, tout le monde recharge les soutes avec les tables et les chaises et nous quittons les lieux. Une heure du matin, les Champs-Elysées sont vides et propres, comme si rien ne s'était passé. C'est irréel. Vivement l'année prochaine, et un grand bravo aux bénévoles qui ont consacré tant d'énergie à organiser cet évènement réglé au cordeau (sans un centime d'argent public, il fallait que je le place !).

Quelque part se trouve un tabouret blanc perdu dans le mouvement.

vendredi, 06 juin 2008

Mariage annulé, tempête dans un verre d'eau

Comment l'anecdote intime d'un mariage annulé peut-elle passionner autant les Français alors que des périls bien plus graves menacent la France, la planète et la couche d'ozone ? Pas un débat sans évoquer cette affaire, pas un dîner sans que chacun donne son avis sur la question. 73 % des Français sont choqués par l'annulation du mariage, mais jamais pour les mêmes raisons. La république serait-elle en danger ?

La mésaventure de ce couple lillois aura sans doute relancé temporairement les ventes de quotidiens chargés d'animer l'opinion publique. Instrumentalisée par l'opposition, elle aura aussi servi de prétexte pour attaquer assez bassement le gouvernement...qui n'a rien à faire dans cette histoire (Rachida Dati est tout de même parvenue à fragiliser davantage sa position au sein du gouvernement par un retournement de veste contraint et forcé par l'Elysée).

Difficile d'avoir une vue simple et tranchée sur ce dossier qui concerne avant tout deux individus. Un homme et une femme se rencontrent, tombent amoureux et décident de se marier. Rien d'original jusque là. Lui insiste régulièrement sur l'importance de la virginité. Elle lui promet répondre à ce critère déterminant pour lui. Vient la nuit de noce. Comme le dit joliement Maître Eolas : L'épouse lui révèle alors qu'elle a déjà eu une relation sentimentale qui, si elle n'a pas eu de fruit, lui a coûté une fleur. Ne s'agit-il pas simplement d'une banale rupture de confiance qui vient percuter une relation encore fragile ? L'a-t-elle jugé trop conservateur, l'a-t-il estimée indigne de confiance ? Ces considérations sont d'abord celles de deux personnes qui ont choisi d'annuler leur mariage sur ce constat qu'ils n'étaient peut-être pas faits l'un pour l'autre.

Cette exigence de virginité est encore fréquente. L'abstinence hors du mariage reste une valeur importante pour beaucoup de monde, et il est d'ailleurs choquant de lire les commentaires plus ou moins explicites sur la religion du mari, histoire de détourner le débat sur la prétendue menace islamique et sur les barbus fantasmés qui menacent de venir jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes. La question de la virginité n'est ni l'apanage des musulmans, ni celui des juifs ou des catholiques pratiquants. 

Si j'avoue ne pas être sensible au cliché romantique de la virginité préservée pour l'offrir à l'autre (au contraire, un peu d'expérience ne nuit pas au plaisir), je ne cherche pas pour autant à imposer à autrui mes préférences personnelles. A chacun ses choix de vie. Je suppose que la nuit du mariage a été une épreuve particulièrement triste pour ces deux personnes et pour leur famille. L'ex-épouse a certainement payé son mensonge au prix fort. Qu'est-ce qui justifie un tel emballement médiatique et politique autour d'une triste histoire, déjà vieille de 2 ans, de la naissance avortée d'un couple ? La Justice a tranché dans le respect de la loi, rien à redire sur ce point. Laissons-les en paix, et souhaitons-leur de trouver le bonheur chacun de leur côté.

mercredi, 04 juin 2008

Les junkies du pétrole se rebiffent

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Le Grenelle de l'Environnement a soulevé l’enthousiasme populaire en proposant de faire payer l'énergie au prix fort. La hausse spectaculaire du prix du pétrole nous a tout de suite fait passer à la pratique. Et là, tout le monde déchante. Au point que les professions "protégées", qui ne payent pourtant pas de TIPP comme vous et moi, ont l’indécence de réclamer leur dose de subventions. Difficile d'accepter qu'il n'y a rien à faire.

Alors le gouvernement arrose pour éviter la question principale, celle de la reconversion des métiers menacés : quelques centaines de millions d’euros pour l’achat du fuel à la cuve, pour les marins pêcheurs. Demain, taxis et routiers passeront à la caisse retirer leur chèque. Avec quel argent ? Celui des Français bien entendu, et des 32 milliards d'euros de TIPP et de TVA qu'ils payent chaque année à la pompe. Le peuple gronde contre le marché et l’Etat joue les sauveurs alors que la charge fiscale représente toujours deux tiers du prix de l’essence, quelle belle manipulation de l'opinion !

Premier bouc-émissaire de la gauche : Total. Elle propose de prélever une taxe exceptionnelle sur ses profits prétendument "indécents". Non seulement son activité est respectable et déjà fort rentable pour l’Etat français, mais elle est aussi essentielle au bon fonctionnement des économies occidentales. Alors que le groupe déclare déjà une charge d’impôt de plus de 13 milliards d’euros, il ce vol pur et simple des actionnaires est d'une démagogie consternante. Delanoë, réagis ! Personne n'ose rappeler que l’Impôt sur les Société que le groupe verse en France couvre des bénéfices réalisés à 90 % hors de France. Voulons-nous voir Total suivre l'exode annuel de nos talents et délocaliser son siège social dans un pays plus respectueux de la règle de la loi ?

Et puis on attaque la vile spéculation alors que les experts savent pertinemment qu'elle ne joue qu'un rôle mineur dans la crise actuelle. Arrêtons d'appeler "spéculation" les mêmes comportements que nous appelons "investissements" lorsqu'ils nous arrangent. Les liquidités massives libérées par les banques centrales pour  amortir la crise des subprimes ont certainement facilité le report de capitaux sur ce marché, amis pas suffisamment pour expliquer le mouvement actuel qui vient notamment de la forte demande asiatique.

 

Comment expliquer la hausse actuelle ? Les stocks restent importants, nous savons qu'il existe encore de vastes quantités d'énergies fossiles à découvrir. Il faut chercher les raisons du pic actuel ailleurs.

D'abord, l'offre est soumise à des contraintes physiques de capacité d'extraction et de raffinage, et à des complications géopolitiques. Quand on sait que 85 % des énergies fossiles appartiennent à des Etats souvent instables, on comprend mieux quels acteurs peuvent perturber le marché. Ensuite du côté de la demande, 50 % des consommateurs de pétrole dans le monde l'achètent à un prix subventionné. Ils ne reçoivent pas le vrai signal du prix réel qui les incite à ajuster leur comportement lors de tensions entre l'offre et la demande. Heureusement, plusieurs de ces pays sont en train de revoir ou de supprimer ces subventions coûteuses. Le dilemne du citoyen contribuable-consommateur apparait bien dans ce cas de figure. En tout cas, le renchérissement mécanique du pétrole devrait calmer leur ardeur à l'achat. Parallèlement, le moment n'est sans doute pas opportun pour relâcher la pression fiscale sur notre propre consommation, afin de ne pas envoyer un message clair aux pays producteurs en ce moment précis. Ceux-ci seraient alors bien tentés d'anticiper une hausse de la demande des pays riches pour justifier une hausse supplémentaire...

 

En revanche, la question de la taxe colossale de la TIPP reste posée à terme. Initialement conçue pour favoriser le diesel et les petites cylindrées françaises face aux méchants industriels américains de l'automobile, elle pénalise lourdement le pouvoir d'achat des 8 ménages français sur 10 qui ont une voiture. Mais l'Etat sera-t-il capable un jour de réduire sa dépense comme il l'exige des ménages ou des entreprises par les charges qu'il leur prélève ? En attendant, il ne peut se passer de cette manne récurente.

Dans un mois, six mois ou un an , la demande de consommateurs assagis par la fin des subventions pourrait contribuer à faire refluer le prix du Brent.  En attendant, l’argent du pétrole alimente un certain nombre de fonds souverains, notamment ceux qui viennent au secours des banques occidentales fragilisées par leurs investissements dans les subprimes. Le pic actuel a au moins cet effet inattendu de redistribution des richesses (peut-on parler de nationalisation partielle ?).

 

Cette crise a enclenché un processus beaucoup plus important et durable. Le niveau actuel du prix des énergies fossiles et l’incertitude que la crise a fait naître accélèrent la recherche pour produire et stocker des énergies nouvelles : biocarburants, solaire, nucléaire de Xeme génération, thorium, hydrogène, piles... On prévoit déjà une division par trois ou quatre du prix de l'électricité produite par des piles photovoltaïques dans les prochaines années, ce qui la rendrait enfin compétitive pour une production à grande échelle. Les projets de véhicules motorisés roulant avec moins, ou sans essence ou gazole, se multiplient et avancent vite.

Bref, qui sait si la consommation d'énergies fossiles ne sera pas marginalisée demain ?

 

 

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