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vendredi, 31 août 2007
Schizo-Sarko canalise Suez
Ses gesticulations rendent folle l'opposition, plus habituée à se balancer dans les salons feutrés de la rue de Solférino des exemplaires de la bible des uns, "Le Capital", contre celle des autres, "La Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie". Il est partout et impose un rythme infernal aux observateurs de la vie politique, plus habitués au long fleuve tranquille de notre presque regretté (mais non) Chichi (est-il toujours en vie ? En prison ?). Il fait rêver les patrons, les ouvriers et les commerçants avec des formules chocs qui valorisent l'effort, le travail et le respect de l'ordre. Pour les uns, il est ouvertement libéral. Pour d'autres, il est au contraire profondément gaulliste, dans une version modernisée et plus atlantiste.Selon l'auditoireauquel il s'adresse, il fait plus ressortir l'une de ses deux facettes. Ses actes, eux sont moins ambigus.
Mais force est de constater que les libéraux qui l'entourent n'ont pas beaucoup d'influence sur sa vision autoritaire, protectionniste et profondément interventionniste dans l'économie. La rupture, c'est finalement le passage du bon technocrate au "bon apartiste" (pardonnez-moi, c'est vendredi soir et la semaine a été rude). David Martinon, son porte-parole ex-DL et biberonné au Madelin frais, l'ex éminence grise Emmanuelle Mignon a été détrônée par Henri Guaino, Christine Lagarde fait ce qu'on lui demande de faire et Hervé Novelli n'a pas encore un large champ d'action. Quant au discours de Sarko, il ne s'arrange pas. S'il promet "d'aller beaucoup plus loin dans l'assouplissement des 35 heures" (suppression du temps de travail légal ?) ou dans "la remise en cause des prélèvements obligatoires" devant 4.000 patrons à l'université d'été du Medef, il n'hésitent pas à verser dans un populisme un peu nauséabond en s'en prenant aux "spéculateurs de la finance" (le coeur de votre dévoué serviteur n'a fait qu'un bond) qu'il oppose aux entrepreneurs, créateurs de vraie richesse, ou en attaquant à nouveau la BCE qu'il souhaiterait reprendre en main. Il serait temps que Nicolas Sarkozy comprenne que nous ne sommes plus en campagne et qu'il lui faut revenir sur terre avec des mesures cohérentes et non pas gadget.
L'affaire Suez, elle, est carrément inquiétante. Ce groupe international privé, qui pèse presque 45 milliards d'euros de chiffre d'affaire annuel, est en quête de croissance externe depuis longtemps. Son activité, c'est la gestion de services pour les collectivités locales, les entreprises et les particuliers dans les secteurs de l’électricité, du gaz, des services à l’énergie, de l’eau et de la propreté. Stratégie reconnue et appréciée par les actionnaires et les analystes. Propriété de l'Etat français à hauteur de 80 %, GdF constitue une cible naturellement intéressante pour sa direction. Cela fait donc 18 mois que les négociations avec l'Etat français ont lieu pour aboutir à cette fusion sensée. Sans réponse de la part de l'Etat. Au point de pousser son président, Gérard Mestrallet, a se fendre d'une lettre-ultimatum à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a rapidement réagi et imposé une réorientation stratégique majeure à Suez (cession des activités d'environnement) pour que la fusion soit acceptée, suivie d'une nationalisation partielle du groupe résultant de la fusion. Nicolas Sarkozy défend donc une ligne dirigiste très gaulliste. En cherchant à forcer la constitution d'un groupe (exclusivement) énergétique national, sans doute dans l'espoir de tenir la concurrence à distance, l'Etat montre qu'il veut rester au coeur de l'économie française. Cette remontée souhaitée de l'Etat dans le capital d'une multinationale, surtout lorsqu'elle présente de bons résultats et un bilan solide, va à contre-courent de l'histoire. Clairement, la liberté du marché de l'énergie n'est pas pour demain.
A priori, pareil rapport mériterait simplement que Suez oublie cette errance et se consacre à une cible plus sérieuse, l'Europe n'en manque pas. Selon la comm' de Suez, la direction compte tout de même passer le week-end à négocier les termes d'une telle opération avec Bercy. Autant dire que l'arrivée de l'Etat comme actionnaire principal, à hauteur de 34 % du capital, n'effraie pas cette direction pourtant censée défendre la propriété de ses actuels actionnaires. Certes, ceux-ci ont tout de même soutenu le cours avec une hausse de +1.8 % en fin de séance. Gérard Mestrallet, réputé pour être plus pôlitique que stratège, sait qu'il peut difficilement s'opposer trop ouvertement au projet de Sarkozy, même si ses actionnaires l'y incitent : n'oublions pas que nous sommes en France. La négociation, voire le refus de l'offre, va exiger beaucoup d'adresse. Si toutefois Suez devait céder aux conditions abusives fixées par Sarkozy, je n'ai qu'une recommandation à faire : vendre Suez !
19:55 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : Nicolas Sarkozy, Medef, fusion Suez GdF
Damien Hirst, la folie des grandeurs
Derrière son look bobo qui ne paye pas de mine, jean-baskets et style négligeant, notre quadra est un businessman remarquable. Ce requin-là n'est pas du genre à se laisser découper pour finir, comme The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living, dans un bassin de formol. Le vrai concept de Hirst, c'est de ne plus s'adresser qu'aux stars, aux vraies qui valent leur poids, et plutôt en diamants qu'en or. Si David Beckham vient d'acheter l'une de ses toiles pour presque 500.000 livres (738.000 euros), ses oeuvres les plus fameuses s'échangent pour 10 à 15 fois plus cher dans les grandes salles de vente. Son nom est devenu une marque pour multimillionnaires et milliardaires qui trouvent en lui de la transgression sans risques.
Comme tout membre de la YBA qui se respecte, il vend ce qui choque, ce qui perturbe; et toujours à des prix indécents. Tracey Emin, dans une fameuse installation, laissait capotes usagées et tampons ensanglantés dans son lit. En 1999, Chris Ofili faisait l'objet d'attaques assez dures de la part du maire de New York, Giuliani, pour son oeuvre The Holy Virgin Mary exposée au Musée d'Art de Brooklyn en 1999, au terme de la tournée de Sensation, l'exposition aussi sulfureuse que réussie lancée au Royal Academy of Art par le mécène des YBA, Charles Saatchi. L'oeuvre dont Giulliani a assuré involontairement une proomotion mondiale, représentait une femme noire entourée de collages de photos d'organes génitaux tirés de revues pornographiques... et de petites tâches en bouse d'élephant.
L'un des plus connus d'entre eux, l'Américain Jeff Koons, après avoir épousé la députée Cicciolina qu'on ne présente plus, a beaucoup exploité l'univers pornographique pour la série Made in Heaven. So shocking ! Evidemment, cette vague d'artistes, dont la liste des provocations est longue, ne s'intéressent pas qu'au sexe ou aux effets pervers de la société de consommation dont ils sont les premiers à profiter. Mais leurs oeuvres les plus sulfureuses leur ont assuré une notoriété suffisante pour devenir des icones vivantes de l'art contemporain... enfin d'un certain segment de l'art contemporain qui est parvenu à transformer du sperme et de la bouse en or ! Alors : alchimistes ou artistes ?
Le dernier projet de Damien Hirst est simple, et nombreux sont les artistes "trendy" qui doivent se mordre les doigts de ne pas y avoir pensé avant lui : vendre la création d'un artiste vivant la plus chère au monde. Et cet artiste, en l'occurrence, c'est lui-même. Si sa sculpture n'atteint pas les sommets des trois premiers lots vendus en salle (tiercé gagnant, tous morts : Pollock - de Kooning - Klimt, Picasso n'arrive que 6ème !), son Skull, à 100 millions de dollars, dépasse de loin le niveau de toutes les oeuvres vendues par un artiste de son vivant. Prix de fabrication : 10 à 15 millions de dollars (dont 7 pour l'achat des diamants), 30 % pour la galerie, reste 55 millions pour l'artiste. Car un aussi joli coup ne peut être que l'oeuvre d'un artiste.
Ce montant vous parait indécent ? Pourtant, les acteurs les plus célèbres reçoivent des cachets de plusieurs dizaines millions de dollars par film à Hollywood. Réflechissez un peu. Ce n'est pas tant leur travail qui a une valeur, que la satisfaction apportée par ces individus, par leur talent ou par leur prestation, à une industrie (le fim) comme à un individu collectionneur. Cette valeur, profondément subjective, peut aboutir à des échanges sidérants pour le commun des mortel dont je suis. Aussi sidérants pour les uns que bien-fondés pour les autres. Pour ma part, Damien Hirst demeure une énigme. Si je comprends l'intérêt qu'il peut suciter sans pour autant aimer son oeuvre, je ne parviens pas à comprendre ce qui déclenche une telle hystérie parmi les immenses fortunes. Cet effet de mode vient-il offrir un zeste de scandale dans des vies trop bien réglées ? Restera-t-il le Warhol des années 90 et 2000, ou bien apparaîtra-t-il comme le sommet de l'art pompier avec quelques décennies de recul ? En tout cas, il restera l'un des artistes les plus avides de l'histoire de l'art après le Titien, Rubens et quelques "démiurges" qui, depuis que Léonard de Vinci s'est imposé comme l'égal des rois, n'ont pas hésité à exiger de véritables fortunes pour leurs créations. Est-ce suffisant pour rejoindre le panthéon des grands maîtres ? Pas sûr...
07:50 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Damien Hirst, Art contemporain, ventes aux enchères, crâne, skull, Jeff Koons, Chris Ofili
vendredi, 24 août 2007
Quand mon coeur fait boum
Olivier Besancenot est le dernier à vouloir dissoudre sa formation ("La LCR n'a plus vocation à exister"), la Ligue, après qu'Yves Cochet ait demandé celle des verts ("Les Verts sont malades et en miette, il faut les dissoudre, je ne crois pas aux réformes internes") et que Maxime Gremetz déclare que "le Parti Communiste a implosé". Evidemment, les apparatchiks font de la résistance. Les Verts préfèrent la "rénovation" (vieux terme des communistes qui ne cessent de vouloir se rénover par l'autocritique et la déstalinisation) à la "dissolution", même si Cécile Duflot avance crûment : "Il faut nettoyer les Verts à la brosse et au savon". Il faut dire que le pire ennemi des Verts, ce sont eux-mêmes. Un message pour les libéraux moins nombreux ?
Le PS ne va pas beaucoup mieux : les élephants sont épuisés et les jeunes lions commencent à montrer les crocs dans le chaos. Le "jeune" espoir féminin, Ségolène Royal, n'a pas réussi à faire de son échec électoral un succès interne. Un front anti-Ségo commence à se développer au sein du PS. La vacuité de son programme et son mépris pour l'idéologie dogmatique ne semblent pas convenir à une base arc-boutée sur ses vieux préceptes anti-capitalistes. Le Tony Blair du PS, ce n'est pas pour demain. La gauche est restée au temps de la mine... notamment dans les sondages.
Pendant ce temps, la droite marche au pas, c'est "le bal de l'empereur".
06:50 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Ségolè Royal, Cécile Duflot, Yves Cochet, Verts, PS, LCR, Ligue
jeudi, 23 août 2007
La musique gratuite en ligne arrive, rien ne l'arrêtera
Qui paye ? La pub, évidemment. La gratuité a toujours un prix, ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas.
21:20 Publié dans Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : deezer.com, téléchargement musique, propriété intellectuelle
mercredi, 22 août 2007
Le PS : logiciel en panne dans le trou d'air
"Nous sommes au bout d’un cycle: une grande partie des idées de gauche se sont épuisées."
Ce n'est pas moi mais Manuel Valls, député-maire d'Evry qui le dit
Ségo a disparu des médias. Malgré sa belle photo sur la plage dans le JDD et l'annonce plusieurs fois répétée de son retour (ah bon, elle est partie ?) à la rentrée, les sondages ne lui donnent pas beaucoup d'espoir. L'engouement n'y est plus. En passe de décrocher la direction du FMI (malgré l'opposition de la Russie), DSK la rattrape et menace de la dépasser. Et lorsqu'on en vient à la question habituelle : "qui pour incarner la rénovation du PS ?", DSK devance nettement l'ex candidate à la présidentielle.
Bref, le militant socialiste cherche désespérément une direction idéologique plus moderne pour son parti fragmenté. Ségo, jouant la mère moralisatrice armée d'un fouet, incarnait la rupture avec l'archaïsme traditionnel du PS, alliant vision laxiste et anticapitalisme primaire. Manuel Valls, maire apprécié et bon représentant de la jeune génération d'élus socialistes, va dans un sens un moins sado et il le dit dans... le Figaro :
Nous sommes dans une économie de marché, il faut l’admettre définitivement. Nous devons dire également que le travail est une valeur, que nous ne sommes pas favorables à une société de l’assistanat. Nous devons tirer le bilan des 35 heures, être au clair sur les retraites et reconnaître que nous avons perdu une grande partie des salariés, séduits par le discours de Nicolas Sarkozy. Nous devons être aussi le parti de l’entreprise et des entrepreneurs, créateurs de richesses. ...».
Ca vallait le coup d'être lu. Bon, rien de vraiment nouveau au parti de la rose, cela fait des années qu'on entend ce type de discours qui n'aboutit pas. Mais ça fait toujours du bien de lire ça de temps en temps. Et pour finir, signé le même Valls :
"Nous pouvons faire un bout de chemin avec la majorité, à condition qu’elle nous entende, sur des sujets qui peuvent faire consensus. Je pense aux moyens qu’il faut donner à la justice, à la lutte contre la criminalité ou encore au dossier de l’immigration. "
Il n'y pas à dire, le monde change.
20:35 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Parti Socialiste, DSK, Dominique Strauss-Kahn, Ségo, Ségolène Royal, rénovation du PS, Manuel Valls
A quand un accord entre Delanoë et Chavez
"Ken le rouge" l'a fait, pourquoi par Delanouille ? La gauche française s'est toujours sentie proche des tyrans les plus populistes tels que Castro. Aujourd'hui, sa branche parisienne devrait imiter Londres et tendre la main au Venezuela, pays que son dictateur de président juge suffisamment riche pour en distribuer dispendieusement les richesses aux "amis".
A quand des bus RATP alimentés par l'entreprise d'Etat "Petroleos de Venezuela", des passes "Navigo" estampillés "Subventionné par le Venezuela". Londres a pu se faire offrir 23 millions d'euros annuels par Chavez. Paris devrait parvenir à un cadeau dans ce genre en lui déroulant le tapis rouge...pardon rose. L'argent du pétrole nourrissant essentiellement la corruption au Venezuela, ces dons n'ont aucun effet sur le quotidien déplorable des Venezueliens.
Par rapport aux spots télé ciblés, horriblement coûteux, ce "coup" apporte au dictateur sud-américain une publicité bien plus efficace ! Cette remarquable innovation dans la communication des dictateurs devrait faire des émules. Demain, peut-être verrons-nous aussi la Corée du Nord ou l'Iran offrir pareils bonus aux défenseurs de l'altermondialisme.
07:50 Publié dans Dans le monde, Economie, La vie à Paris | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Hugo Chavez, Ken le rouge, pétrole Petroleos Venezuela
mardi, 21 août 2007
English lesson with Ali G
Après la version sérieuse par le FT, la version plus trash par Ali G :
Plus de références ici, et un dictionnaire d'argot bien utile là.
21:30 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ali G, drogue, produits stupéfiants
vendredi, 17 août 2007
100 jours de Sarkozy : premiers bilans
Si le gouvernement voulait ménager Bernard Thibault, Bruno Julliard ou Gérard Aschiéri, il ferait une lourde erreur. Les seuls dont il doit tenir compte sont les 19 millions de Français qui se demandent simplement, au terme des cent premiers jours de ce qui devait être une nouvelle donne politique : « La rupture, c’est pour quand ? »
19:43 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Allemaghne, réformes, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel
jeudi, 16 août 2007
Réchauffement économique en Afrique ?
Lorsqu'on évoque l'Afrique, l'homo occidentalis moyen pense spontanément pauvreté, sida, coruption, guerres tribales. Les solutions qui lui viennent à l'esprit sont tristement banales : ONG, annulation de la dette et aide financière d'Etat à Etat avec condescendance. Bref, les clichés ont la vie dure. Pourtant, nombre d'observateurs constatent une réelle évolution depuis quelques années. Au lieu de ne constituer qu'une réserve de matières premières, octroyées à nos multinationales par des pouvoirs corrompus contre pots de vin et livraisons d'armements divers, ce continent longtemps maudit commence à attirer talents et capitaux. La route est encore longue avec leurs grandes métropoles sans bitume où s'entassent des millions d'exilés des campagnes, mais ce changement notable indique que ce continent pourrait offrir le plus grand potentiel de croissance et de développement de la prochaine décennie.
Certes, les pays occidentaux commencent à comprendre que les "plans Marshall" en série ont surtout contribué à maintenir en place des régimes corrompus et violents, limitant par là le développement économique et social de leur pays. Les ONG ont pris le relais, venant en aide à des micro-projets divers qui vont de la construction d'écoles et de dispensaires à la lutte contre les fléaux de la malaria ou du sida. Mais globalement, de plus en plus d'entrepreneurs et d'intellectuels africains expriment leur exaspération face à cette vision d'un continent condamné à la misère et à l'assistance pendant que l'Asie et l'Amérique Latine, portées par une vague de forte croissance depuis de nombreuses années, sont regardées avec admiration. Et ils comptent bien nous montrer de quoi ils sont capables comme nous le dit l'écrivain nigérian Uzodinma Iweala : "Cessez de vouloir sauver l'Afrique !".
Aujourd'hui, les chiffres confirment les nombreux reportages sur le continent africain : l'activité économique décole. Partant de très bas, les chiffres ne sont pas forcément très éloquents. Mais l'afflux d'investisseurs chinois et le retour d'Africains expatriés, formés au business, devraient faire réflechir ceux qui cherchent de nouvelles opportunités d'investissement dans le monde (et qui ne sont pas englués dans des subprime jusqu'au cou !), sans corrélation avec les autres marchés dans le monde. Déjà, des fonds ont commencé à investir ce terrain où tout reste à faire, souvent en installant une tête de pont en Afrique du Sud. Les talents ne manquant pas, et les salaires moyens restant extrêmement modestes, l'Afrique, et notamment l'Afrique sub-saharienne, pourrait devenir le nouvel atelier du monde.
Les fonds de private equity ont levé plus de 2 milliards de dollars depuis janvier, et le mouvement restait encore fort il y a peu. Plusieurs hedge funds ont aussi apporté de l'argent frais. Pour eux, on assiste à un changement non pas ponctuel ou cyclique, mais bien structurel. De nombreux pays se sont imposés une vraie discipline fiscale, ont privatisé et libéralisé des pans entiers de leur économie, ouvrant la voie aux investisseurs privés. Le Kenya ou le Nigeria font partie de ceux-là. Si les 48 pays sub-sahariens restent au bas de l'échelle des pays les plus pauvres, on y trouve 7 des 20 pays à la croissance la plus forte depuis 5 ans.
Cet espoir reste fragile, les fonds pouvant rapidement se retirer si ces pays changent de voie. Mais une fois la dynamique lancée dans ce champ où, souvent, tout est à faire, l'optimisme est bien fondé. L'Europe pourrait aujourd'hui faire un geste important : supprimer progressivement les barrières douanières avec le continent africain, et supprimer les subventions aux exportations de nos produits agricoles qui font tant de mal à l'agriculture africaine.
07:45 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Afrique, économie, croissance des PVD, pays en voie de développement
vendredi, 10 août 2007
Purge de la bulle des subprime mortgages : un mécanisme naturel de correction
Cela fait longtemps qu’observateurs et analystes expriment leurs inquiétudes au sujet de la bulle immobilière américaine, et particulièrement de ces dorénavant fameux « subprime mortgages ». Aujourd’hui, la purge a enfin lieu. Les banques centrales, en réagissant rapidement sur les échanges interbancaires à très court terme pour ne pas laisser un mouvement de panique se transformer en crise, devrait limiter les effets de cet assainissement aussi douloureux qu’attendu.
« Tout le monde a besoin d’un emploi pour acheter une maison, une voiture, etc […] Mais tout le monde n’a pas un emploi. Nous avons une solution pour vous. Nous proposons une assistance à ceux qui n’ont pas de travail mais doivent répondre à une vérification d’emploi dans la perspective d’un achat […] Dans notre base de données, vous serez déclaré(e) comme contractant indépendant de notre société. Votre nom apparaîtra sur des feuilles de paye comme avance ».
Le site http://www.verifyemployment.net/ propose ainsi de fausses feuilles de paye pour 55 $, et une ligne téléphonique qui confirme l’intox pour 25 $. Voilà un beau cas d’espèce du type de dérive qu’a connu le marché des « subprime mortgages ». Fraudes et excès à tous les niveaux ont mené ce secteur dans le mur.
Décortiquons le processus en cours. L’une des activités bancaires aux Etats-Unis consiste à financer l’achat de biens immobiliers par le crédit hypothécaire, les fameux mortgage loans. Contrairement à notre système de crédit immobilier, les banques restent propriétaires du logement jusqu’à expiration de la créance. Si l’emprunteur ne paye plus ses traites, le prêteur est chez lui. Il peut alors expulser l’occupant avant de mettre en vente le lot pour récupérer sa mise. Tant que le marché immobilier est porteur, le prêteur est rassuré par cette garantie dite « collatérale ». Lorsque la tendance est à la baisse, la valeur de l’actif sous-jacent devient inférieure au risque encouru. En cas de défaut de paiement de l’emprunteur, le créancier peut perdre une partie de son investissement.
Evidemment, la banque doit financer ce crédit et le porter à son bilan. Vu l’ampleur des besoins qui ont vite dépassé leur capacité de financement, les banques ont dû alléger le poids de ces mortgage loans dans leur bilan. La titrisation, innovation financière née dans les années 80, permet aux banques de sortir ces prêts de leur bilan et de les faire reprendre par d’autres investisseurs. La structure juridique générique de ces opérations de titrisation, ce sont les ABS (Asset Backed Securities) adossés à des actifs, au sens large, conservés en garantie. Les MBS (Mortgage Backed Securities) concernent spécifiquement les fonds regroupant des crédits immobiliers, peu liquides (le crédit peut durer 30 ans), en garantie collatérale. Ils sont cédés à des investisseurs relais qui, en échange, détiennent des obligations bien plus liquides que les actifs en garantie (la maison de chaque emprunteur du lot). La même technique s’applique aux CDO (Collateralized Debt Obligation) qui regroupent divers titres, obligataires ou hypothécaires en garantie.
Plus récemment, des familles en situation précaire ont aussi cherché à acheter leur logement sans présenter de garanties de situation suffisantes. Les subprime mortgage loan sont nés, également titrisés sous la forme de MBS subprime à profil de risque plus élevé et, par conséquent, à rendement également plus élevé. Moins exigeants, un peu plus chers pour l’emprunteur, ils permettaient à une population exclue des mortgage loans classiques de devenir propriétaire. Mais rapidement, une partie de cette catégorie d’emprunteurs a commencé à surestimer ses revenus déclarés, parfois même incitée à la faire par des intermédiaires peu scrupuleux, rémunérés au volume de crédits octroyés, pour accéder à des montants plus élevés de crédit. Alors que le taux de défaillance des mortgages classiques tourne autour de 3 %, celui des subprime mortgages s’est retrouvé environ 4 fois plus élevé. Et dès la fin 2005, le taux de défauts de paiement a commencé à grimper dangereusement alors que la valeur du sous-jacent, l’immobilier, se stabilisait puis se mettait à décliner. A un niveau proche de 14 % (donc 86 % des ménages payent normalement leur crédit et sont d’heureux propriétaires sans histoires), les effets de ce credit crunch commencent à se faire sentir dès le début de 2007, surtout que ce marché pèse près de 800 Milliards de dollars.
Pourtant, les structures MBS ou CDO présentent des profils de risque très variables, ce que reflète bien la notation attribuée par les agences de notation dont c’est le métier. Les banques, lorsqu’elles cèdent leur portefeuille de subprime loans à un MBS ou à un CDO, structurent souvent le fond afin qu’ils offre de meilleures garanties aux investisseurs (le rendement étant alors plus faible). Selon le profil de l’opération, le portefeuille reçoit une notation qui va, pour Standard & Poor’s de « AAA » (la meilleure qualité, au rendement naturellement plus bas) à « BBB » (la plus basse qualité des « investissement raisonnable », aussi appelé « investment grade » au rendement plus élevé ; à partir de « BB » on est dans le « spéculatif »). Les banques initiatrices peuvent octroyer un prêt (ou une classe d’obligations) subordonné(es) à la structure afin de couvrir en premier les risques du montage. En cas de taux de défaillance supérieur aux estimations, les investisseurs sont couverts par le cédant, la banque qui a externalisé ses crédits, qui doit compenser les pertes de sa poche. Hélas dans la crise actuelle, les acteurs paniquent et ne font plus la différence.
Depuis la liquidation de deux fonds de Bear Stearns et l’annonce de pertes importantes de nombreux hedge funds, supports qui concernent essentiellement de grandes fortunes, la crise s’est étendue aux fonds de pension et même aux supports d’investissement universitaires. Harvard, réputée pour une gestion très agressive de sa dotation et pour sa performance au travers de plus de 10.000 fonds (valorisation de 26 Milliards de dollars contre 5 Milliards en 1990 !) a tout de même perdu 350 millions de dollars sur un fond de subprime loans à fort effet de levier. Le groupe allemand IKB s’est trouvé en grave difficulté il y a deux semaines, et les banques allemandes ont dû venir à son secours. En fait, la plupart des institutions, en diversifiant leurs placements, ont joué ce marché à rendement élevé. Alors que la panique gagne les esprits, de nombreux acteurs réagissent de manière irrationnelle et excessive. Dans ce marché totalement asseché, les organismes spécialisés dans la constitution de fonds subprime ont du soucis à se faire (Cf la faillite d’American Home Mortgage, institution spécialisée dans le financement immobilier), aucun investisseur n’ayant aujourd’hui envie de rentrer dans ce marché et d’apporter du capital frais pour financer cette activité.
Banques et investisseurs commencent enfin à comprendre qu’ils vont devoir régler une bonne partie de la facture. Et celle-ci va leur faire mal. Surtout, ils vont devoir porter leur fardeau jusqu’au retour d’une certaine confiance car personne n’a envie, en ces jours troublés, de racheter leurs titres, pourtant liquides jusque là. Des conflits ont commencé à opposer les banques, qui tentent de rééchelonner les crédits des ménages en difficulté, aux fonds investisseurs qui exigent la saisie et la liquidation des biens pour éviter l’enlisement. Mais après tout, la prise de risque fait partie de leur mission. Cette correction douloureuse rappelle que tout investissement constitue une prise de risque qui légitime la rémunération négociée.
Le mécanisme qui nourrit une telle crise, c’est la friction entre les exigences d’investisseurs habitués à des titres liquides et la faible liquidité, voire la totale illiquidité des actifs sous-jacents. Un marché énervé (et il y a de quoi quand on pense que des pertes de l’ordre de 100 à 150 Milliards de dollars sont en jeu selon la Federal reserve Bank) veut tout savoir sur son risque encouru, en temps réel et avec précision. Or, une telle évaluation n’est pas fiable car les modèles mathématiques suivent les statistiques de défaillance sur des périodes plutôt longues. Résultat : aucun acteur ne veut rentrer dans ce marché dont il devient périlleux d’estimer le risque et le rendement. Lorsque BNP Paribas a annoncé, en fin de semaine, qu’elle gelait des fonds d’une valeur de 1.6 Milliards d’euros, ce n’était pas pour prévenir un risque de liquidation mais celui de ventes paniques, décorrélées de la valorisation « raisonnable » des actifs sous-jacents et sans contrepartie acheteuse à prix raisonnable. Encore une fois, aucun investisseur n’a plus envie de racheter de tels titres à ceux qui voudraient céder les leurs. Les prochaines semaines nous réservent encore bien des surprises, même s’il est peu probable que les conséquences de cette crise affectent durablement le reste de l’économie. En revanche, le temps des soldes approche.
Les grands gagnants de cette histoire seront sans doute les avocats spécialisés dans les titres privés. Ces nettoyeurs s’attaquent déjà à tous les échelons du processus. En cherchant à établir que les banques et les courtiers ont sciemment octroyé des crédits à des familles sans les ressources financières suffisantes, elles veulent les rendre solidaires des défaillances en cours au profit des investisseurs collés. Difficile de mettre en avant l’insuffisance d’information sur les risques, voire leur dissimulation, lorsqu’on sait à quel point l’évaluation d’actifs illiquides est difficile à tenir avec précision en temps réel. Par ailleurs, les banques leur rétorqueront certainement que les investisseurs, professionnels de la finance, ne peuvent jouer les ingénus lorsque leurs placements tournent mal. Leur cœur d’activité reste le risque, et le risque suppose le droit à l’échec. Ainsi en va l’imperfection naturelle des marchés.
Enfin, le vieux sage septagénaire d’Omaha, Warren Buffet, sort à nouveau du lot en ayant investi depuis longtemps sur l’effondrement de cette bulle des subprime. Non seulement il ne semble pas avoir parié un dollar sur ce secteur, mais il aurait acheté plutôt discrètement des dérivés CDS (Credit Default Swap), pariant sur la dépréciation de ces fonds. Cette fortune finira dans la fondation Bill et Melinda...
08:15 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : CDO, MBS, Subprime mortgage, Titrisation, bulle spéculative







