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lundi, 30 juillet 2007

Chirac avoue publiquement la corruption générale du monde politique

Au cours de mes vacances, un texte lourd de sens semble être passé inaperçu. Personne ne m'en parle autour de moi. Torpeur d'un été aux airs d'automne ? Grâce à la vigilance de Maître Eolas, ce morceau d'anthologie ne m'a pas échappé. Heureusement.
 
Evidemment, je vous invite tous à lire attentivement la tribune de Jacques Chirac dans le Monde et à l'imprimer pour le garder comme témoignage. Par ailleurs, lisez les commentaires de Me Eolas, ils sont extrêmement savoureux comme vous devez vous en douter. 
 
 
Avec un tel témoignage, ceux qui rangent le slogan "tous pourris" dans la case du populisme le plus excessif n'ont qu'à bien se tenir dorénavant. Le racket organisé pendant plusieurs décennies, digne d'une mafia, visait heureusement à "préserver la démocratie et à défendre le bien public" selon notre ex-président. Si des entreprises subissaient des menaces et risquaient de perdre des marchés, cet état de fait était rendu nécessaire pour la vie démocratique de notre pays. Je suis heureux d'apprendre la raison profonde de ces malversations.
 
 
Les cas d'enrichissement personnel, heureusement, sont inexistants selon notre bon Jacques. Les costumes taillés sur mesure, les grands restaus, les voyages extravagants et les demeures somptueuses de nombreux hommes politiques qui n'avaient souvent jamais eu l'occasion de faire fortune avant leur carrière politique sont le plus souvent tombés du ciel. Héritages ou gains du loto sans doute.
 
 
Au tournant des années 1970, avant l'explosion des besoins de communication des formations politiques et par voie de conséquence des nécessités de leur financement, aucune disposition juridique n'encadrait ce sujet. C'était le temps où le droit était beaucoup moins présent qu'aujourd'hui.
 Et
 
 Des particuliers, militants ou non, des entreprises, voire des budgets publics, contribuaient ainsi au financement des formations politiques, à la prise en charge de leurs coûts ou au financement proprement dit des campagnes par le biais de financements directs, de prise en charge de frais, de mise à disposition de personnel ou de rémunération de permanents.
 
Bref  
Il a fallu passer, en quelques années, d'un monde d'usages et d'arrangements à un régime clairement fixé par la loi.
 
 
Les "usages et arrangements" qui consistaient à faire des faux en écriture, à détourner l'argent des Français, à menacer des entreprises, à pousser les récalcitrants à la faillite... Chichi nous prend vraiment pour des cons, la lecture de ce texte me donne la nausée, je l'avoue.

jeudi, 12 juillet 2007

Complexité, cloisonnement et corporatismes : la formation professionnelle

fc7736bc1e79ddd8f1a5d9b64fa633dc.jpgLe Sénat vient de sortir un rapport sur la formation professionnelle (Cf synthèse tome I et tome II). Je suis heureux d'avoir pu aborder le sujet il y a 6 mois avec cet article (repris par agoravox). Les chiffres sont parlants : 2550 aides aux entreprises en plus des multiples contrats aidés, plus de 1200 diplômes ou titres professionnels délivrés par 7 ministères certificateurs !  1.450 licences pros pour 20.000 élèves, 45.000 organismes paritaires dont seuls quelques milliers sont réellement actifs (les autres ne font que pomper l'argent, sans doute au profit des "partenaires sociaux")... 

 

La question posée par ce rapport est la suivante :

Comment passer d'une logique fondée sur la nécessité de dépenser une masse financière disponible [contribution forcée des entreprises, NDLA] à une logique d'investissement impliquant l'obtention d'un résultat

 

La réponse est simple : supprimer la cotisation obligatoire des entreprises et responsabiliser les bénéficiaires de ces formations.

mardi, 10 juillet 2007

Caméra cachée : souriez, vous êtes fliqué(e)

52f5c347b04a81efcdccc136fccff536.jpgLe commentaire de Nicolas Sarkozy sur les 4 millions de caméras de surveillance des rues anglaises laisse peu de doute. Si nous ne sommes pas aussi sensibles à l'argument de la lutte contre le terrorisme que les Anglais (l'IRA ayant directement passé le relais aux terroristes islamistes), le sentiment bien exploité d'insécurité devrait faciliter leur implantation en France. Dans quelques mois, peut-être quelques années, les rues et les places de nos villes auront à leur tour leurs millions de caméras cachées. Ce maillage sera relié à des centraux de plus en plus "high tech" au fur et à mesure que les logiciels de reconnaissance se développeront : reconnaissance de comportements anormaux, reconnaissance biomorphique, de plaques d'immatriculation etc. Notons qu'une version récente peut déjà enregistrer les conversations à plus de 100 mètres de la caméra, belle atteinte à notre vie privée prometteuse de dérives inquiétantes ! Mais restons sereins dans ce débat.

 

La question de l'emploi de hautes technologies pour la sécurité publique n'apporte pas de réponse facile et tranchée. Le gain de sécurité se fait au détriment de nos libertés et alourdit la facture de nos prélèvements obligatoires. A ce jour, il est aussi difficile d'évaluer précisément l'équilibre entre le gain sécuritaire et la perte de liberté qui en découle. Pourtant, un plan aussi ambitieux constitue un sacré poids pour le contribuable : plusieurs centaines de millions d'euros d'investissements annuels (achat des millions de caméras high tech qui peuvent coûter jusqu'à plusieurs dizaines de milliers d'euros pièce, installation et cablage, salles de contrôle, serveurs), un entretien très lourd et un suivi intensif pour parvenir à une réelle efficacité (pensez au nombre de policiers qu'il faudra pour surveiller attentivement les millions de vues sur leurs écrans jour et nuit !). Difficile de revenir en arrière une fois lancés.

 

Banques, commerces, parkings, taxis ou bus disposent déjà parfois de telles caméras reliées à un réseau fermé de surveillance. En jugeant ce système utile, des acteurs privés ont confirmé l'intérêt d'un usage circonscrit de tels outils. Mais leur emploi massif sur la voie publique est-elle pour autant porteuse de résultats en rapport avec leur coût implicite ? 

La "rentabilité sécuritaire" de ces caméras n'atteindront un seuil suffisant que dans les lieux de circulation importante (risque d'attentat le plus élevé, taux élevé de délits mineurs commis) ...où la police ose s'aventurer (inutile d'imaginer la durée de vie d'une telle caméra à proximité d'une cité chaude). Les crimes continueront, eux, à être réalisés dans l'ombre, dans les zones privées ou hors champ de ces caméras sauf rares exceptions (certains rares cas d'enlèvement d'enfant ou de meurtre ont certes pu être résolus grâce à cette technologie). La plupart des petits délits commis dans le champ des caméras, lorsqu'ils ne seront pas suffisamment discrets pour échapper à l'attention de nos vigiles, exigeront une présence policière de proximité pour intervenir sur le fait. Au final, ce seront essentiellement les comportements dits "antisociaux" qui seront visés : cyclistes sur trottoir, promeneurs qui ne ramassent pas les excréments de leur(s) chien(s) et groupes un peu excités par l'abus d'alcool. Est-ce suffisant pour engloutir plusieurs milliards d'euros dans un plan aussi ambitieux ?

 

98ec2e3381e6a6f183dad1b6a53a23fb.jpgDans un premier temps, on peut espérer que l'effet préventif de ces caméras joue sur le très important "sentiment de sécurité". Mais ensuite ? Au premier incident qui aura échappé à ce maillage, la pression électorale à chaud poussera à son extension, quelle qu'en soit le prix. L'aspect rassurant risque de n'avoir qu'un temps avant de basculer sur la spirale de la surenchère.

Ensuite, l'effet dissuasif reste faible. Les caméras n'ont pas empêché les attentats à Londres, elles n'ont qu'accéléré l'enquête. La différence est notable. Si la mode kamikaze rend toute dissuasion particulièrement dérisoire, rien ne prouve, à ce stade, que cet effet existe. Plusieurs analyses constatent une autre tendance : les délits changent de zone pour se dérouler dans les zones hors champ. Voleurs à la tire et autres malfrats connaissent aussi bien la rue que nos policiers, parfois mieux. Les caméras ne seront donc pas d'une grande efficacité sur eux.

Enfin, dans quelle mesure ces caméras assureront-elles une bonne répression ? La qualité et la nature des images tirées de ces caméras en feront-elles une preuve suffisante contre les individus retrouvés après les faits ? Rien n'est moins sûr. Toutefois, l'évolution technologique devrait pallier cette faiblesse dans les prochaines années. L'usage le plus fréquent de ces caméras vise surtout à faciliter l'intervention rapide de la police, ce qui pose la même question qu'aujourd'hui : l'allocation des ressources de la police sur le terrain. Certes, des hauts parleurs permettent même une intervention orale depuis le poste de surveillance !

 

L'atteinte à notre vie privée et la menace qui pèse sur nos libertés transparaissent dans toutes les analyses. A commencer par la lutte contre les "comportements asociaux", ces actes de plus en plus bénins de la vie courante qui sortent d'une prétendue norme dictée par une minorité qui sait adroitement désarmer ses adversaires avec une réthorique simpliste qui fait des contestataires des égoïstes ou des irresponsables. L'encadrement de plus en plus étroit de nos actions quotidiennes et la sanction de plus en plus ferme de nos erreurs ou...négligences, au nom du "bien public", rend certains aspects de la vie de moins en moins supportable. La surveillance renforcée des rues devrait renforcer cette tendance aux petites persécutions quotidiennes que nous subissons déjà. Notre marge de tolérance personnelle acceptera-t-elle ce suivi permanent et de plus en plus sanctionné de nos petites erreurs ? Sommes-nous prêts à accélérer ce mouvement vers la dictature d'une certaine forme d'hygiénisme collectiviste ?

 

Bien plus grave, il existe un risque permanent de corruption d'un agent ayant accès à ces enregistrements, d'accès abusif à ces informations ou de piratage de ce réseau qui promet d'être relativement accessible en couvrant tout le territoire. Nous savons déjà avec quelle facilité les dérives sont possibles dans notre pays (écoutes télephoniques, suivi des puces de portable ...). Les possibilités du pistage de rue sont bien plus vastes...surtout si la bande son suit : pour comparaison, un Londonien passe sous l'objectif de plus de 300 caméras chaque jour ! Exemple pas si vieux, un maire s'est permis de regarder les enregistrements du réseau de surveillance municipale pour pister les actions militantes de l'opposition. Comment ne pas imaginer que les cibles désignées par une autorité politique, voire administrative (le fisc ?) feront l'objet d'une surveillance constante et précise ? Dans un pays aussi peu respectueux de l'intimité de chacun que le nôtre, comment avoir confiance dans l'omniprésence d'un tel système ? La CNIL est réputée pour son manque de moyen pour contrôler et réprimer les abus et les fraudes concernant la circulation et l'utisation de bases de données sensibles. Quel organisme (composition, moyens et garanties) assurera qu'il est fait bon usage des enregistrements de plusieurs millions de caméras réparties sur tout le territoire ?

 

Avant de nous engager, et pour alimenter le débat, je souhaite être convaincu par une expérimentation préalable sérieuse.

vendredi, 06 juillet 2007

Presse française : "plus de risques que de chances"

5811a84b0b490b42b90c1ec35c1aafed.jpgAprès leur lourd travail préparatoire, l'équipe française (licenciée économique ?) du groupe Axel Springer vient d'apprendre la nouvelle avec consternation : "Le groupe de presse allemand Axel Springer renonce à lancer un quotidien national en France sur le modèle de son journal populaire Bild". L'analyse du système d'impression et de distribution de la presse quotidienne nationale est à l'originde de ce choix douloureux. Lourdement subventionné, il n'en est pas moins trop coûteux pour une couverture bien trop réduite : un peu plus de 30.000 points de distribution (1 pour 2.000 habitants) strictement réglementés contre presque 120.000 en Allemagne (1 pour 680 habitants, un peu moins qu'au Royaume Uni). Axel Springer a demandé une augmentation de 10.000 points de vente rapidement, souhait que le groupe savait irréalisable compte tenu des rigidités syndicales du système français (sans rentrer dans le détails : absence d'autonomie du kiosquier dans les produits reçus quotidiennement, situation inadaptée par rapport à la demande, ce dont s'est rapidement affranchie la presse gratuite non soumise à cet archaïsme). 

 

0a3b8f63614a9eda1fa6097cba6a0edc.jpgAutre motif d'abandon : "les spécificités historiques du marché français", c'est à dire le fameux Syndicat du Livre. Coûts élevés, fréquence des grèves et blocages divers ont achevé ce tableau peu encourageant pour un nouveau quotidien. Dernier souci : la loi sur la protection de la vie privée qui nuit à la liberté d'investigation des journalistes. Dans un langage diplomatique, voici la conclusion de cette approche approfondie du marché français : "Les incertitudes en matière de distribution, la situation actuelle des outils de production d'un quotidien, tant sur le plan industriel que social, ne nous permettent pas d'obtenir la visibilité dont une société cotée a besoin pour un investissement de cette importance".

 

 

Bref, Axel Springer a compris pourquoi les quotidiens français meurent, et il n'a pas envie de faire partie du lot. Il n'investira donc pas ses 120 millions d'euros et ne crééra pas d'emplois alors que son modèle de développement a fait ses preuves dans de nombreux pays...plus flexibles. A terme, Springer France prévoyait l'embauche de 300 personnes, dont plus de 200 journalistes, et l'ouverture de dix bureaux régionaux. Dommage.

 

La presse perd aussi un nouveau concurrent nouveau dont l'indépendance aurait apporté un souffle de liberté dans le paysage actuel. A ce jour, nos quotidiens nationaux appartiennent tous à des conglomérats proches de l'Etat. Espérons que ce signal incitera notre gouvernement à une nouvelle rupture : la fin du monopole des NMPP et du Syndicat du crime du Livre.

Immobilier : libérer l'offre plutôt que soutenir la demande

La déduction de 25 % des intérêts d'emprunt fait plaisir à tous les Français qui portent un crédit immobilier. Ce joli cadeau aurait pu attendre un moment plus difficile pour le gouvernement. En pleine euphorie, son effet politique reste modeste. Certes, moins d'impôt n'est pas un mal en soi. A la rigueur, on peut imaginer que cette réduction vient annuler l'effet de la hausse des taux, renforçant l'effet inflationniste de ce secteur. En revanche, on peut se poser la question de l'utilité de cette niche fiscale supplémentaire dans un paysage fiscal déjà bien trop complexe. C'est ce qu'expose l'article publié dans la Tribune du 20 juin dernier et signé Vincent Poncet, vice-président de Liberté Chérie (le texte est reproduit ici également).

 

La vraie source des tensions du marché du logement se trouve essentiellement au niveau de l'offre, et notamment celle de logements neufs :

Toutes les entraves à la construction de logements neufs font nécessairement monter les prix de l’immobilier.

 

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Un article dans la Tribune du jour sur Christian Rolloy, franc-tireur de l'immobilier, apporte la confirmation de cette analyse d'un professionnel. Le PDG de Promogim, qui avoue lui-même ressentir un "enthousiasme modéré" à l'égard de la mesure du gouvernement, s'exprime clairement sur la question :

La solution n'est pas de chercher toujours à refinancer la demande mais à recalibrer l'offre afin qu'elle puisse devenir plus raisonnable. Si les prix ont augmenté, c'est avant tout en raison du manque de terrains constructibles à la fois rares et chers.

 

a0a69894774721f23a86c94646b3990e.jpgLe cahier des doléances de ce promoteur vise directement nos réglementations, sources principales de la hausse des coûts des logements :

Obtenir un permis de construire prend jusqu'à un an et demi et peut faire l'objet d'un 'recours des tiers'.

On impose deux parkings par logement, voire plus. On limite les immeubles à 3 étages au lieu de 4. Tout cela a un coût

 

C'est l'acheteur qui le paye, bien entendu. Puis qui se plaint de la hausse des prix de l'immobilier, à juste titre. A offre restreinte, le soutien de la demande devrait continuer à tirer les prix de l'immobilier vers le haut, pour la plus grande joie des propriétaires actuels.

jeudi, 05 juillet 2007

Fillon coupe dans le budget des musées

Pour rendre son discours de politique générale moins terne (c'est raté), François Fillon a annoncé que la gratuité d'accès aux musées serait expérimentée dans des établissements de Paris et de province. A priori, cette mesure semble généreuse. On croirait presque que notre François va sortir l'argent de sa poche. Détrompez-vous, c'est vous qui paierez.

 

Allant dans le sens opposé de la tendance récente qui accorde plus d'autonomie aux musées, notre bon François a donc décidé que ceux-ci n'auraient plus de recettes de billetterie. Et tant pis si leur budget devient trop étriqué pour assurer leurs missions. Une petite rallonge leur sera certainement accordée par le ministère de la Culture (donc par le contribuable qui n'est pas encore assez sollicité). Ainsi, tous les Français qui se moquent éperdument de ces musées auront la fierté de payer, par leurs impôts, l'équivalent des billets dont ils ne voulaient pas. Nous découvrons ici la botte secrète de Fillon : "Si tu ne viens pas au musée, la facture viendra à toi !"

 

Allez, une petite touche pour vous faire plaisir. Une grande part des entrées collectées par ces musées provenant jusque là de touristes tout heureux de venir dépenser leur argent pour faire vivre le secteur culturel français, ce seront dorénavant les Français qui assureront, par leurs impôts, le bonheur des étrangers venant chez nous, concept encore inédit dans l'économie du tourisme. C'est aussi ça, l'innovation du gouvernement Sarkozy !

 

Enfin, Fillon tente maladroitement de commettre la même erreur que la gauche en expliquant que la culture ne serait pas une marchandise comme les autres : "Je veux que les jeunes puissent accéder facilement à toutes les ressources culturelles, à travers 'un passeport culture' valable sur l'ensemble du territoire", a-t-il dit lors de sa déclaration de politique générale devant l'Assemblée. S'il allait au musée, François saurait que les jeunes ne payent déjà pas. Mais peut-être place-t-il la barre de la jeunesse en dessous de 40 ans ? Quant au passeport, de nombreux musées le proposent déjà pour des tarifs modiques. Bref, tout le monde ne manie pas le strass et les paillettes comme Jack Lang.

Au contraire, le secteur culturel est un secteur économique important qui exige des moyens, qui fait travailler beaucoup de monde, presque 500.000 personnes (voir rapport page 201), et qui apporte du bonheur à un public demandeur... ou des bides confidentiels lorsque l'offre ne recontre pas son public.

 

Nier les aspects économiques de ces échanges permet avant tout de faire de la culture :

  • un outil politique, au mieux clientéliste, au pire de propagande.
  • un secteur où règne la précarité : "entre nous, pas d'histoire d'argent". Les stars ramassent, les autres rament.
  • un système opaque qui subventionne une production marginale fortement élitiste qu'un tout petit public amateur et argenté ne veut pas payer de sa poche, en échange de quoi il nourrit une offre de loisirs dits "culturels" de masse, sympa mais sans ambition, qui satisfait un très large public que le simple mot "culture" fait rêver.

 

Les musées constituent une petite part de ce vaste secteur culturel. Ils contribuent largement à l'économie touristique et véhiculent une image forte auprès des visiteurs. Aussi de nombreux mécènes ont-ils compris l'intérêt qu'il y avait à aider ces institutions...qui n'ésitent d'ailleurs plus à s'exporter quand leur savoir-faire, leurs réseaux et leurs stocks le permettent.

 

 Bref, cette pseudo gratuité constitue donc une régression inquiétante pour notre économie de la culture.

mercredi, 04 juillet 2007

Sarko continue à déchainer les passions

Nicolas Sarkozy n'est pas prêt d'arrêter de nous surprendre. Autoritaire et centralisateur mais attiré par le modèle anglo-saxon et l'initiative individuelle, chantre de la rupture mais adepte de la négociation, Sarko est plein de ressource. Il est probable que le rythme qu'il nous impose sepuis des mois continuera jusqu'au terme de son mandat. Nous ne vivons que la première salve de réformes. D'autres suivront, probablement sans relâche. Depuis quelques années, il a su s'entourer des meilleurs éléments d'une nouvelle génération politique pour préparer soigneusement un calendrier de conquête du pouvoir et de réforme du pays. Aujourd'hui, il déroule sans plan sans trop de fautes, le tout enrobé dans un plan de communication efficace. Si le plan est sûr, la charpente des réformes est moins claire, voire confuse. Sous un prétendu pragmatisme, un vide philosophique perce déjà.

 

Le débat a beaucoup divisé la famille des libéraux : certains ont vu en lui un sauveur de la France. S'ils n'avaient pas entièrement tort, leur espoir était excessif. Les mêmes et d'autres le condamnent déjà après quelques semaines au pouvoir. S'ils n'ont pas tort non plus, leur déception est aussi excessive. Nicolas Sarkozy appartient à une nouvelle génération qui veut rompre avec la pratique ancienne de la politique. On remarquera qu'il a fait reculer l'ENA en octroyant peu de postes à cette caste. Il a nettement rajeuni l'équipe gouvernementale, rompu avec la chiraquie (on lui pardonne Valérie Pecresse et Nathalie Kiosciusko Morizet) et profondément changé la manière de gouverner. Il a brisé ce qui restait de sérénité dans une opposition fragmentée, réduit Bayrou à néant et plié les courants au sein de l'UMP. On peut lui reprocher son autorité, mais il ne fait que se comporter comme un dirigeant d'entreprise. Avantage : le calendrier des réformes est respecté sans laisser de souffle à l'opposition, avec une vraie stratégie. Inconvénient : une volonté farouche d'intervenir en tout, une omniprésence qui ne donne pas de place à la société civile.

 

Autre trait caractéristique du personnage : sa culture d'avocat l'incite à asseoir sa stratégie sur la négociation avec un objectif, des éléments prêts à être sacrifiés (temporairement ?) et une stratégie de sortie en cas de crise. Sa méthode est à l'opposé de celle de ses prédecesseurs. Une fois que ses adversaires, bien reçus et écoutés, s'avouent plutôt satisfaits devant les caméras, l'accord médiatisé, même acrobatique, ôte toute légitimité aux contestataires potentiels. La rue aura du mal à se mobiliser avec pareille méthode, la rentrée le confirmera peut-être. Certes, Sarkozy est protectionniste et dirigiste. Mais il souhaite aussi changer la donne dans des secteurs clef.

 

Question pour les libéraux : doivent-ils rester positifs et pousser les réformes qui vont dans le bon sens, ou bien l'opposition systématique est-elle préférable ? Si Sarko continue à dérouler son plan au rythme actuel, ils devront en tout cas s'organiser pour exister autrement que dans une réaction systématiquement en retard d'un mouvement sur les mesures du gouvernement.

mardi, 03 juillet 2007

Mac Do recycle son huile de friture au Royaume Uni

Alors que l'utilisation d'huile de friture pour rouler est interdite en France, Mac Do démarre officiellement un processus de recyclage de l'huile de friture de 900 de ses 1200 restaurants. Ses 155 camions de livraison qui parcourent toute l'Angleterre de long en large, roulent actuellement à 95 % au diesel et 5% au biodiesel. Demain, ils rouleront à l'huile de friture, ce qui devrait diminuer leurs émissions de carbone de 78 %.

 

Le coût du litre devrait être légèrement supérieur au litre de diesel au départ, avec un gain net sur le long terme. C'est surtout un investissement sur l'image pour Mac Do. Cette entreprise a déjà réagi aux recommandations de Greenpeace en retirant de sa chaine du soja issu de zones déforestées au Brésil et en utilisant des produits certifiés par des ONG environnementales.

 

En France, le débat n'est pas prêt de s'ouvrir car ce produit, en échappant à la TIPP, constitue une menace pour le budget de l'Etat. Rappelons que la TIPP, forme encore archaïque d'impôts écologique, représente jusqu'à 75 % du prix de vente de l'essence à la pompe et raporte 24 milliards d'euros par an à l'Etat français ! De quoi rendre les autorités publiques un peu nerveuses de la gâchette.

 

Aujourd'hui, un débat sur l'objectif environnemental de la TIPP s'impose. Car en l'état, elle nuit à la concurrence entre sources d'énergie, entraîne toute une série de distorsions dues aux nombreuses exonérations et exemptions (remboursement partiel aux transporteurs routiers, exemptions diverses dont les taxis, l'agriculture ou les transports collectifs) et n'offre pas une distinction logique entre carburants en fonction de leurs émissions polluantes. Si l'interdiction d'utiliser des produits recyclés moins polluants doit être levée, l'ensemble de la fiscalité sur les carburants mérite d'être enfin débattue. En l'occurrence, l'huile de friture émet presque 80 % de CO2 de moins que le diesel !

Veteran Health Association (VHA) : un exemple pour la réforme de la sécu ?

L'Institut Montaigne vient de publier une étude signée Denise Silber, autour d'une mutuelle de soins qui a reçu le prix Harvard de l'innovation en 2006 pour son dossier médical électronique. Cet organisme couvre les soins des vétérans de l'armée US démunis et/ou qui souffrent de pathologies et de handicaps consécutifs au service militaire, soit environ 5.5 millions d'individus répartis sur les 50 Etats et dont le coût moyen de couverture annuelle avoisine les 5.000 $. 

 

Il faut savoir que depuis la naissance des Etats-Unis, ceux qui se sont battus pour le pays ont toujours été couverts par une aide médicale et sociale d'Etat. Avec les conflits dévastateurs de la seconde moitié du XXe siècle, c'est par millions que les soldats blessés et traumatisés sont revenus au pays. Très vite, le système a atteint ses limites. La dégradation prononcée de ses prestations a abouti à plusieurs scandales d'ampleur nationale. Dans les années 90, les "vets" ont alors eu le droit de s'adresser à "Managed Care Organizations" (MCO), notamment les "Health Maintenance Organizations" (HMO), mutuelles privées redoutablement plus efficaces. Le VHA a alors subi une thérapie de choc pour enfin devenir un système performant selon les critères suivants : « Une médecine de qualité, ce sont des soins dont l’efficacité est démontrée, dispensés quand ils sont nécessaires, délivrés de façon compétente et diligente, au moment opportun, au moindre coût et au moindre risque. »

 

[Note : je recommande à ceux qui veulent rentrer dans le détail du modèle américain de lire ce rapport de l'IGAS et cette étude de l'OCDE sur leur système de santé] 

 

Grâce à l'observation des nombreuses expérimentations assurantielles du marché libre et au recrutement de managers de la santé qui en sont  issus, cet organisme public a su se réformer complètement en quelques années, au point de devenir un modèle du genre. Aujourd'hui, la VHA offre quasiment toute la gamme des soins : prévention, consultation de base, analyses biologiques, imagerie médicale, monitorage à distance, soins à domicile, hospitalisation et interventions médico-chirurgicales. Les résultats comparés la font figurer parmi les meilleures couvertures santé aux Etats-Unis.

 

Une réforme de fonctionnement des acheteurs de soins, qu'il s'agisse de notre sécu, d'une assurance, d'une mutuelle ou, ici, de la VHA, a un impact fort et direct sur le système de soins lui-même (médecine hospitalière et ambulatoire, produits pharmaceutiques). En France, la sécu est une institution essentiellement comptable qui perçoit des cotisations et rembourse les citoyens sans autre intervention dans l'ensemble. Le consommateur perçoit cette absence de contraintes comme le signe d'une couverture formidable. Au contraire, l'absence de coordination des soins, de prévention active ou de sanction des mauvaises pratiques aboutissent à un environnement défavorable, sinon nocif. Jusqu'alors, la qualité de la formation de nos personnels soignants est parvenue à compenser ces carences tant bien que mal. Mais le coût de notre système est l'un des plus élevés d'Europe, et la tendance des dernières années va vers une dégradation des grands indicateurs de santé en France.

 

Plus significatif : entre 1995 et 2003, la mutuelle a réduit ses effectifs de 12 %, le nombre de lits hospitaliers "aigus" de 55 % et le coût annuel par patient de 25 %. Le suivi est ciblé selon la catégorie de chaque assuré : utilisateur rare (budget minime), régulier et complexe (4 % de la population consomme 62 % des fonds). Pourtant,, le taux de satisfaction des assurés a bondi de 80 % et les indicateurs de santé de cette population sont parmi les meilleurs des Etats-Unis.

 

Quels sont les grands axes du succès de la réforme de la VHA ?

  • Régionalisation des responsabilité

Chacune des 22 régions est autonome et gère son budget librement pour atteindre ses objectifs, ce qui favorise les bonnes pratiques, ll'innovation (la télémédecine sur Internet par exemple) et l'émulation entre régions mises en concurrence. Cela évite aussi l'apparition de structures trop lourdes, ingérables.

  • Mesure de la performance et recours à des audits

Des critères mesurés sont autant cliniques (durée de séjours par pathologie, taux de mortalité, problèmes de salles d'opération...) qu'administratifs (délai d'attente aux RdV, satisfaction des clients, publications et recherches, indices de prévention divers...). Le suivi d'indicateurs de performance au quotidien aboutit à des "contrats de performance" quantitatifs et qualitatifs révisés trimestriellement entre les acteurs de soin et la mutuelle. Enfin, la VHA fait réaliser des audits externes afin de garantir l'indépendance des experts.

  • Formation continue obligatoire

Celle-ci n'est pas limitée à la médecine et à l'encadrement des protocoles de soin ("règles de bonnes pratiques") mais concerne aussi les sciences, la communication ou la gestion.

  • Réorganisation de l'offre de soin 
La mise en place d'indicateurs de performance, la collecte des données et la circulation instantannée de l'information ont profondément modifié le paysage médical sous l'autorité de la VHA. Pour commencer, elle a rapidement décidé d'orienter les assurés vers la médecine de ville pour alléger l'activité des hôpitaux, bien plus coûteux, reservé aux interventions lourdes et sensibles. L'instauration de plate-formes télephoniques et du suivi par Internet a aussi rendu certains processus bien plus faciles et moins onhéreux. Ici, pas de "médecine dite libérale" mais des médecins salariés rémunérés avec un salaire fixe et des primes sur objectifs. L'infirmier assure des tâches plus valorisantes qu'en France, libérant les médecins de ces actes moins sophistiqués. Un outil de gestion des carrières permet de suivre et d'identifier les professionnels selon leur potentiel. Bref, une vraie gestion des ressources humaines permet d'optimiser les compétences de chacun, de déceler des faiblesses pour y répondre correctement, des atouts pour capitaliser dessus.
  • Système d'information, pièce maîtresse du système

Enfin, le point fort de ce réseau, c'est le dossier médical généralisé primé par le prix Harvard le 10 juillet 2006, exclusif à la VHA, couplé aux codes barre sur les médicaments qui évitent les contre-indications et assurent que le bon patient prend les bons produits. Le dossier médical, disponible sur des serveurs sécurisés, récapitule l'ensemble des actes, commentaires, vaccins et mesures de prévention du patient, avec des alarmes de rappel pour connaître les délais intervenus depuis le dernier examen, vaccin, etc. Personnels soignants et assurés ont accès à son contenu. Les résultats sont disponibles en chiffres et sous forme de graphiques et consultables par période, par patient ou par centre médical, intègrant les informations du dossier classique et les images radiologiques, histologiques, dentaires, quel que soit leur format. Ces données sont connectes aux règles de "bonne pratique" fixées pour chaque pathologie. Coût annuel de ce système par assuré : 80 $. Ce logiciel, qui continue à évoluer depuis sa création en 1997, commence à être acheté par des institutions privées qui mesurent les gains potentiels à en retirer.

La question du secret médical se pose clairement, mais le choix des assurés, libres de s'adresser à d'autres mutuelles, est vite fait tant les avantages financiers et sanitaires sont élevés.

 

Ces innovations n'ont pu avoir lieu qu'en s'inspirant des succès et des échecs d'autres systèmes d'achat de soin. Notre environnement monopolistique ne favorise pas cet échange d'expériences. De tels résultats nécessitent une émulation entre branches et la liberté de choix des clients. Captifs, les assurés se désintéressent naturellement des résultats de leur couverture car ils ne s'en sentent plus responsables. Enfin, la méthode n'a rien de révolutionnaire en soi : autonomie, mise en place d'outils d'évaluation, contrats d'objectifs et bon usage de l'information dans un environnement complexe. La France saura-t-elle s'inspirer de ce modèle et accepter l'évolution des fondements de son système défaillant et financièrement asphyxié ?

lundi, 02 juillet 2007

Energies libérées : le courant passe mieux

Depuis le 1er juillet, les Français peuvent enfin choisir leur fournisseur en gaz et en électricité. Alternative Libérale se félicite de cette libéralisation du marché de l’énergie et appelle à l’abolition rapide des « tarifs réglementés », vestiges inutiles du gosplan à la française. Rappelons aussi que le transport et la livraison de l’énergie resteront une « mission de service public » sous contrôle de l’Etat.

Le consommateur français est le principal gagnant de cette nouvelle liberté de choix. Parmi les principaux effets attendus, la baisse des coûts de fonctionnement et de gestion des fournisseurs d’énergie devrait alléger la facture finale à prix constant des matières premières. La relance des innovations technologiques et le développement des services autour de l’efficacité énergétique amélioreront considérablement, à terme, la gestion de leur consommation énergétique par les consommateurs. Enfin, et ce n’est pas le moindre des avantages de cette situation, chacun sera libre de choisir sa source d’énergie : renouvelable, nucléaire ou indifférenciée.

Cerise sur le gâteau : en sortant du monopole d’EdF, nous échapperons enfin au 1 % destiné au CE d’EDF-GDF !

Certaines voix anti-libérale promettent le pire à ceux qui abandonneraient les prix administrés de l’énergie. Alternative Libérale juge au contraire que cet archaïsme n’a pas lieu d’être dans une économie moderne. Si le prix de ce bien de consommation courante peut augmenter dans un environnement de tension due à une trop forte consommation d’énergie, il peut aussi baisser en dessous du prix fixé arbitrairement par l’Etat. Les nouvelles technologies et les produits financiers innovants permettent également de garantir la stabilité du prix de l’énergie dans le temps pour les consommateurs.

Enfin, ces mêmes défenseurs de la planification semblent souvent attentifs à notre environnement. Dans cette perspective, ils devraient se rappeler que la variation du prix de l’énergie constitue un indicateur essentiel pour inciter les consommateurs à modérer leur consommation. Une hausse sensible du prix de l’énergie rend plus attractif l’investissement dans les nombreuses formes d’économies d’énergie.

Alternative Libérale espère que les prochaines étapes de la libéralisation de l’économie française, celles du marché des transports en commun et des services postaux, auront lieu rapidement. Soulagés de ces monopoles coûteux, les consommateurs sont les premiers bénéficiaires de telles ouvertures de marchés à la concurrence.

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