dimanche, 09 novembre 2008
L'égalité "réelle" ne se décrète pas
Docteur en Sciences Economiques et Sociales, auteur du livre "Les oublés de l'égalité des chances" co-écrit pour l'Institut Montaigne, président du Conseil d'administration de la SSII CS Communication et Systèmes, Yazid Sabeg est quelqu'un d'engagé. Engagé dans la lutte pour la promotion sociale des descendants de l'immigration, notamment nord-africaine. A ce titre, il a bien étudié les blocages actuels. Avec le soutien du Journal du Dimanche, il lance aujourd'hui un manifeste pour l'égalité "réelle" en surfant sur l'Obamania actuelle. Pour commencer, la Première Dame de France a réussi à canibaliser l'opération en apparaissant sur la couverture du journal et en se posant en première marraine de l'opération. Très fort, l'Elysée.
Cela ne remet pas en cause l'intérêt de la démarche. La France est un pays métissé qui dispose d'un potentiel humain formidable, riche et varié. Cette diversité est hélas étouffée par une politique sociale inadaptée et des mentalités encore très conservatrices. En ce sens, son combat est un combat fort et juste. Malheureusement, les pistes défendues risquent fort de servir d'abord les promoteurs de l'appel, sans changer grand-chose à la situation actuelle. Les solutions ne sont pas nouvelles et fleurent le politiquement correct.
L'appel à davantage de volontarisme, à davantage de politiques publiques et de politiques urbaines pour promouvoir la diversité sociale et le peuplement n'apportent rien de particulier. L'Etat ne cesse d'afficher son volontarisme,, de multiplier ses interventions et la loi SRU est claire sur cette coercition en faveur de la mixité sociale. La politique d'embauche évolue déjà sous la pression de certains employeurs conscients du gâchis actuel, parfois sous celle de tests reconnus par les tribunaux. Enfin, le monde politique sait parfaitement comment se servir de la discrimination positive pour instrumentaliser des candidats issus de l'immigration récente en les laissant au placard. Je rappelle au passage que Barack Obama est opposé à la discrimination positive qui introduit la culture du doute sur le mérite de ses bénéficiaires.
Pourquoi ne pas s'autoriser plus d'audace ? Une meilleure éducation pour préparer l'avenir, désenclavement des cités et accès plus facile à l'emploi me semblent constituer les 3 priorités essentielles pour lutter contre cette discrimination dénoncée.Les partis politiques, tant qu'ils seront financés par l'Etat, resteront conservateurs et hierarchiques plutôt que méritocratiques. Voici 3 propositions aussi simples que révolutionnaires pour notre culture jacobine :
Pour briser la spirale de l'échec scolaire introduisons le chèque scolaire à titre expérimental dans les zones difficiles : autonomie totale des établissements dans leur politique d'embauche et de management du corps enseignant, possibilité de créer de nouveaux établissements avec liberté totale de choix des parents, financement des écoles par le chèque scolaire. Voilà une mesure à la hauteur de l'enjeu ! Ces écoles passeront des accords plus librement avec des entreprises, des prépas ou des universités afin de mieux préparer leurs élèves à leur avenir. Pédagogie adaptée, flexibilité dans les méthodes, voyons les résultats que donneront des institutions véritablement autonomes et responsables !
Pour rompre l'isolement de certains ghettos, ouvrons les transports en commun de surface à la concurrence ! Je recommande à chaque lecteur d'utiliser les transports en commun pour aller dans les cités pour mieux comprendre le défi que les déplacements représentent ! Laissons se mettre en place des taxis collectifs, des minibus, des express, etc. Laissons proliférer des lignes adaptées aux besoins des habitants plutôt qu'aux plans électoralistes de certains élus recadrés par les rigidités administratives de la RATP, de la SNCF, du STIF, etc. Voyons si cela ne facilite pas la vie des habitants des cités au quotidien.
Pour favoriser l'emploi des individus issus de l'immigration récente et extra-européenne, enlevons les poids qui pèsent sur l'emploi des moins qualifiés (barre du SMIC et charges sociales excessives), et laissons les entreprises mettre en place des initiatives comme Axa a commencé à le faire à grande échelle. La diversité n'est pas seulement porteuse d''image positive auprès des clients, elles apporte un réservoir de talents que certains commencent à mieux appréhender. La discrimination positive créé un triple sentiment d'injustice qui peut devenir explosif dans un contexte de crise : les favorisés ne se sentent pas reconnus pour leur mérite mais pour leur couleur de peau. Leur entourage voit aussi ce paramètre avant le critère de la compétence. Ceux qui ne bénéficient pas de ces quotas se sentent trahis par la règle devenue inégalitaire. Sans compter sur le fait que la loi interdit de réaliser une discrimination fondée sur la couleur de la peau (d'où l'absence de statistiques, d'ailleurs).
Plutôt qu'un débat de plus, cette belle initiative exige des mesures autrement plus courageuses que ces 5 propositions qui n'apportent rien à l'existant. Vu le contexte de lancement de l'appel, ce sont encore une fois les politiques et les stars qui travaillent le mieux leur image d'altruisme et de générosité au détriment des mêmes enfants de l'immigration, toujours instrumentalisés par un système qui tourne sur lui-même.
21:17 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
| Tags : yazid sabeg, egalité chances, manifeste, immigration, discrimination positive |
|
|
Digg |
Facebook


![Validate my Atom 1.0 feed [Valid Atom 1.0]](http://aurel.hautetfort.com/images/valid-atom.png)






