lundi, 10 décembre 2007

Nous sommes tous des "infirmières bulgares"

Je vous invite à participer à l'évènement suivant :

 

Grande manifestation du collectif des infirmières bulgares,

qui ira demain après-midi du 37, quai d'Orsay, sous la direction de Rama Yade, à l'Elysée pour manifester sa joie à l'occasion de la venue du "Guide de la Révolution".

Habillez-vous tous en infirmière bugare

 

7c673b1b58ea0bfa75d33a324a168ffa.jpgNous serons des milliers d'infirmières bulgares dans la rue. Quitte à ressembler à une Gay Pride hivernale. Non pas pour demander qui aura le prix Kadhafi des Droits de l'Homme (après Castro, Chavez ou le négationiste Garaudy... pourquoi pas Poutine en 2008 pour avoir obtenu 99% des voix dans une Tchétchénie karcherisée ?). Pas non plus pour négocier des dividendes aux entreprises qui profiteront de ce voyage officiel pour signer quelques juteux contrats, par exemple les centrales nucléaires promises par Nicolas Sarkozy. Juste pour demander au gouvernement d'arrêter ce défilé de tyrans à l'Elysée. Un minimum de dignité, svp !

 

"L'ouverture" va un peu trop loin.

Après un voyage officiel sans anicroches (même sur les Droits de l'Homme, à peine évoqués) en Chine, après le soutien enthousiaste à Chavez puis à Poutine, voilà que nous invitons en grande pompe le colonel Kadhafi à venir planter sa tente chauffée par ses 40 call girls, ses fameuses amazones armées (amazone, c'est vite dit), quelques jours à Paris. Tapis rouge, caviar, champagne pour ce SdF nord-africain. Rama Yade a enfin décidé de servir à quelque chose, histoire de justifier une petite partie de son salaire de ministre secrétaire d'Etat : « Mais au bout d’un moment, il faut bien que j’endosse l’habit ». La tâche l'habite, c'est clair. Le seul bon point au tableau de Nicolas Sarkozy, c'est d'avoir conclu la libération des infirmières bulgares (en volant au passage la vedette à Angela Merkel qui avait pourtant démarré les négociations sur cette question). Fallait-il en faire autant ?

 

« Je ne pense pas qu’on puisse se contenter d’une déclaration de virginité du colonel Kadhafi. C’est comme l’amour, c’est les preuves qui comptent. »

 

Cela dit, je ne vois pas en quoi les preuves d'amour consisteraient en une "déclaration de virginité". Au contraire, un peu d'expérience n'est pas inutile. En revanche, pour ce qui est des bisous et des cadeaux, je vois mieux dans quelle direction Nicolas Sarkozy nous emmène. Même dans le camp de la majorité, ça grince. Une fois de plus. Sans doute parce qu'avant de se faire baiser, la majorité, elle, n'a pas eu droit aux bisous. Bon, pardonnez-moi cette trivialité qui ne m'est pas coutumière (si ?), mais cette manie de jouer copain-copain avec des tyrans peu reluisants devient agaçante. Sans verser dans utopie, un minimum de distance devrait s'imposer avec ces gens-là. Nous ne sommes pas obligés de vendre des centrales nucléaires à tous les tyrans de la planète, tout de même. Ou alors j'ai mal compris le sens de "l'ouverture" du président. Peut-être entendait-il l'étendre au-delà de nos frontières ?

 

Bernard Kouchner, toujours prêt à déclarer la guerre à l'Iran (l'Irak, à côté, c'était de la balle), se fait discret dans ces moments délicats, hélas de plus en plus nombreux. Ainsi a-t-il pu répondre aux journalistes qu’il n’assisterait pas au dîner officiel puisque, «par un heureux hasard», il était retenu pour une réunion à Bruxelles. Y en a qui ont du bol au bon moment.

 

Une pensée pour...

Cette manifestation n'aura pas lieu. C'était une blague. L'affaire n'en est pas moins grave. Plus sérieusement, si vous avez pris 3 minutes pour lire ce petit texte sans ambition, vous devez pouvoir consacrer une minute de plus, en silence, en mémoire des victimes de l'attentat de Lockerbie (270 morts), du vol UTA à destination de Brazzaville (170 morts), de celles, bien plus nombreuses encore, des actions terroristes organisées depuis la Libye et financées par Kadhafi, des journalistes et opposants au régime libyen incarcérés, torturés et parfois disparus, et, enfin, de ces pauvres infirmières bulgares torturées pendant des années sans que l'Europe réagisse.