lundi, 15 juin 2009

Qu'est-ce que la gauche ?

Adele.jpgBertrand Delanoë avait ouvert le débat l'année dernière, au moment de la primaire interne du PS. Il proposait de renommer le PS "Parti Social Démocrate" et écrivait dans la foulée : "Sarkozy n'est pas libéral, il est conservateur. Il l'a prouvé à plusieurs reprises : étatiste, protectionniste, il impose à tous les échelons  l'omniprésence d'un Etat que dans le même temps il désarme". Bonne analyse, excellente idée, mais mauvais timing. La crise a fait replonger le Parti Socialiste dans l'enfer de la drogue de l'Etatisme à tout crin, à tel point que même Michel Rocard, plutôt lucide en général, a suggéré qu'on juge Milton Friedman et les libéraux devant le TPI. Exit Delanoë pour le moment. Il peut digèrer tranquillement ses humiliations à répétition dans l'ambiance "festive et citoyenne" de la Mairie de Paris où il est de plus en plus isolé. Méfions-nous toutefois de l'eau qui dort.

 

Voilà que Manuel Valls, après avoir avoué que "coeur battait pour Daniel Cohn-Bendit", tente une échappée audacieuse au lendemain du désastre électoral du PS. Peut-être pour se différencier de Delanoë, il ne veut pas de d'appellation Sociale Démocrate : "L'État providence, longtemps porté par la social-démocratie, se heurte aujourd'hui à l'individualisme et à la forte demande d'autorité et de sécurité." En plus, le Modem a déjà "Démocrate" dans le titre, certes en très bas débit. Leur tendre la main, c'est déjà pas mal, inutile de reprendre partiellement leur nom.  Mais il fait comme d'autres une observation pleine de pertinence : "le mot socialisme est sans doute dépassé, il renvoie à des conceptions du XIXe siècle" En pleine crise, les Européens ont privilégié les défenseurs du capitalisme, pas ceux de l'idéologie socialiste." Bonne étape de franchie.

 

Reste cette question qui nous taraude tous : qu'est-ce que la gauche ? "Il faut que la gauche opère une véritable révolution intellectuelle, sur l'école, sur les retraites, sur l'entreprise, sur l'écologie et la ville. La gauche doit faire des choix pour dégager des solutions crédibles. Nous n'éviterons pas l'allongement de la durée des cotisations, et peut-être le recul de l'âge du départ à la retraite. Plutôt que d'attendre d'être au pied du mur, imaginons des réponses de gauche, avec un système de retraites par points." La retraite à points version Gave - Madelin ? C'est social, en effet, et plus libéral que l'actuel Madoff géant l'actuelle retraite par répartition. Il confirme avec cette phrase : "La gauche doit avoir une réflexion sur l'entreprise, qui crée de la richesse et n'est pas un adversaire. Il y a des milliers d'entrepreneurs qui peuvent porter des valeurs de gauche."

 

C'est un pas dans la bonne direction, mais ça ne va pas bien loin comme ouverture de débat. Suffisamment pour que l'aile gauche du PS tente de le dézinguer en le faisant passer pour un petit bourgeois de droite. Amusant, Faouzi Lamdaoui use du même argument qui promeut la prétendue "mixité sociale" : peut-être que ça ne marche que dans un sens. En tout cas, il cogne Manuel Valls avec une parfaite mauvaise foi dans le style PS le plus pur... On pourrait naîvement apparenter cette attaque personnelle à un début de bataille en règle du camp de François Hollande contre celui qui devient ainsi son concurrent à la prochaine primaire pour la présidentielle de 2012. Cela ne résoud toujours pas notre énigme : qu'est-ce que la gauche ? 

 

Car sans grande imagination, Valls propose de renommer le PS en "Mouvement de gauche". Bon d'accord, mais qu'entend-il par là, sinon un positionnement "anti-droite" et pas trop au centre non plus. Il y a bousculade autour du concept de gauche, et pas du tout autour du contenu : "parti de gauche", "front de gauche", etc. Ca ne sent pas trop l'ouverture, la tolérance et la fin du sectarisme gauchisant. Alorsd que même à droite, il y a déjà une gauche...moderne. Ce positionnement à gauche toute, ça sent un peu les vitrines poussièreuses de la Galerie de l'Evolution décrépie avant sa restauration. Valls sera-t-il le grand rénovateur de cette belle pétaudière dorée ? Il va devoir trancher ce vieux serpent de mer : anticapitalisme ou social libéralisme. Le Modem tremble... Mais avec tout ça, on ne sait toujours pas ce que c'est que "la gauche". Même si on s'en moque, c'est un sujet qui coûte au bas mot 25 millions d'euros par an aux contribuables (subvention annuelle au PS).

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jeudi, 11 juin 2009

On meurt tous ensemble ou on gagne tous ensemble

Même au fond du trou, le PS creuse ! sego.JPG"On meurt tous ensemble ou on gagne tous ensemble", creuse et tais-toi.  La menace est lourde, surtout venant de Martine Aubry. Sa popularité vient de baisser de 7 points quand celle du (mini) vainqueur des Européennes, Nicolas Sarkozy, progresse d'autant. La démocratie impose à tous la loi du plus fort, les peuples aiment les vainqueurs et désavouent les perdants. La ségoliste Aurélie Filipetti, battue aux Européennes, n'y va pas de main morte non plus : "Tout doit changer du sol au plafond au Parti socialiste". Manuel Valls, quadra perdu dans cette pétaudière, est plus explicite : "C'est minuit moins le quart, là, avant la mort clinique du Parti socialiste." Le Modem grignote la part sociale démocrate du PS, le Parti de Gauche de Mélanchon la partie anticapitaliste hostile à la stratégie de la terre brûlée du facteur. Et Cohn Bendit est venu faire un hold-up au moment où le PS avait une carte à jouer. Depuis que Fabius et les Nonistes n'ont pas été exclus par respect du vote des adhérents socialistes, le parti est en chute libre.

 

Martine Aubry sait qu'elle est sur un siège éjectable dont le mécanisme est déclenché et qui ne tient que pas des bouts de ficelle. Au moindre choc interne, elle gicle. Et Ségolène, qui l'adore depuis une semaine (tout  est possible, on voit même Villepin se soumettre à l'autorité de Sarkozy à la veille de son procès), prend sa place. Et avec sa main de fer dans un gant de fer, la machine à claques promet de faire mal. Bref, Martine résiste et cherche un moyen d'échapper à cette épuration violente (qui promet des ouvertures un peu carnassières sur le Modem en déclin). Benoît Hamon, battu aux Européennes, aimerait bien récupérer une partie des commandes avant que Ségo n'emporte le tout. Le timing est serré, et Ségo ne sera pas du genre à composer dans la finesse. N'oublions pas que l'entité juridique actuellement appelée "Parti Socialiste", c'est une machine à cash qui reçoit entre 20 et 25 millions d'euros par an (en deux lignes) du contribuable français, et dont les candidats investis n'ont pas à débourser, leurs frais de campagne sont assurés aussi d'être pris en charge par le même contribuable français, sans parler des multiples avantages tels que les permanences gratuites, etc.

 

Après la déclaration enflammée (qui a brûlé ses chances de conquérir le PS) de Bertrand Delanoë dans ce sens, Manuel Valls souhaite aussi changer le nom du PS... en "Parti Social Démocrate" ? Et Ségo, qu'est-ce qu'elle veut ? En effet, le mot "socialiste" ne veut plus rien dire. Sarko pique ses idées à la gauche, celle-ci ne sait toujours pas si elle est capitaliste sociale démocrate, celle qui privatise et ouvre la concurrence par souci des Français, ou anticapitaliste, celle qui défend les nationalisations et des taux d'impôt coinfiscatoires par conviction idéologique. Ce n'est pas tant les propositions que leur absence de cohérence, traduisant l'absence de projet, qui est sanctionné par les électeurs. Au sein du PSE, le PS français fait figure de ringard. La tendance est plus proche du progressisme blairiste (ouverture des services publics à une concurrence encadrée, soutien important aux plus faibles dans un environnement très flexible) que du socialisme historique français aux-zacquis-sociaux dévastateurs pour la France d'en bas qui en paye la facture au prix fort.

 

La grande Martine aurait pu dire : "On meurt dans l'immobilisme ou on gagne dans le changement", En attendant, observons les cheminées de la rue de Solferino pour voir quelle sera la couleur de la fumée.

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