vendredi, 26 février 2010
Un complot contre l'euro ? Appelez Lagarde !
L'euro n'est plus dans une trajectoire montante. Entendez, sa valeur ne s'apprécie plus rapportée aux autres devises, le dollar par exemple. Surtout le dollar, mais il ne faut pas trop le dire. Au contraire, notre devise unique dévisse à 1.35 depuis son plus haut... à 1.51. Pourtant, ce sont les Etats-Unis qui vivent le plus durement la crise. Et ils le méritent, c'est eux qui doivent en souffrir, pas nous. On a rien fait et nous, et puis on a nos formidables matelas sociaux ! L'Europe mérite son euro fort. L'euro fort, ça fait sérieux. Enfin, oui et non. Euro fort pour faire la nique aux yankees honnis de par chez nous. Mais un euro fort bien encombrant pour nos industries en difficulté. D'un point de vue très anecdotique, l'euro fort, c'est bien quand vous faites partie des classes aisées et voyagez pour faire du shopping de luxe à l'étranger. Les prix y sont plus doux (surtout quand il n'y a pas de TVA, le meilleur, c'est quand même d'éviter cette taxe exorbitante). Enfin bref. Mais pour notre économie dans son ensemble, si vous voulez exporter et que vous n'êtes pas Allemand (eux arrivent toujours à se débrouiller malgré un euro fort, eux aussi ils sont forts ces Allemands), vous êtes content quand l'euro est faible. Un euro ramolli devrait donc redonner des couleurs à nos secteurs tournés vers l'exportation, enfin celles que notre modèle économique n'a pas encore ruinés.
En tout cas, il va falloir faire avec. Pendant que nos politiques français font résonner (mais hélas pas raisonner) l'hallali dans les médias du quick halal (je me demande ce que serait un "quicky hallal", mais on change de sujet) et déballent les histoires de vols de voitures de ministres anciens ou actuels (il faut dire que beaucoup de nos hommes politiques n'ont pas le choix, ils ne parlent pas anglais et ne lisent pas la presse internationale qui parle de sujets sérieux : la dette, la mondialisation, etc.), il parait qu'un complot s'est organisé sur notre dos. Les maîtres du monde, ces dérégulés sans dieu ni maître, ont sabré le champagne sur la décision que le cours de l'euro dollar irait à la parité : 1 dollar = 1 euro (au lieu de 1.35, vous voyez la différence, c'est comme une grande braderie). Et bingo, voilà que des fonds "spéculatifs" s'y mettent aussi, poussant vers cet objectif sinistre d'un euro tout mou. Affreux pour l'amour propre (mais inversement proportionel pour le carnet de commande). Il est vrai que la Grèce n'y est pas pour rien. Avec leur moussaka de dettes recyclées et trafiquées, avec le mal de tête de quelqu'un qui aurait abusé de l'ouzo, personne n'y voit plus clair. Sinon que l'Italie n'est pas propre non plus, que l'Espagne coule, que l'Irlande cherche à se faire oublier et que le Portugal a du mal à replatrer ses dettes. Et que pas loin derrière, il y a la France, même si nous hébergeons comme Président un sauveur du monde multi-récidiviste qui fait trembler le capitalisme financier mondialisé... et bien rire les Chinois. Bref, les finances de l'Europe du sud, c'est un peu Madère avant les pluies.
Alors, complot ou pas complot ? Les fondamentaux sont-ils bien là pour que l'euro baisse, ou s'agit-il de simple "spéculation" sur le dos du pôv Européen écrasé par la finance internationale ? Vieillissement de la population, explosion des régimes de retraites par répartition et de sécu (calquée sur la répartition, ce qui en double le déséquilibre), dettes publiques hors contrôles, freins multiples à la croissance, tout est bien là pour entrer dans une zone de fortes turbulences. Mais bon, si l'euro s'effondre, encore une fois, cela revient à un effondrement des prix et des salaires européens, sans toucher à leur valeur nominale. Les Indiens et les Chinois commenceront peut-être à délocaliser en France lorsque nous serons devenus compétitifs par les prix. Le plus gros inconvénient du scénario bobsleigh pour l'euro, c'est l'emballement de la spirale de la défiance des capitaux vis-à-vis de notre devise. Elle a beau se comprendre, mettez-vous à la place des entreprises qui ont déjà du mal à trouver de l'argent avec l'éviction massive des émissions obligataires des Etats européens qui pompent tout ce qui passe. Un euro qui baisse s'explique par un assèchement des capitaux qui rentrent ou restent en euros. Assèchement pour les entreprises, donc. Je ne parle pas des gouvernements eux-mêmes, ils sont déjà en train de vider les nappes phréatiques aux dépens du monde libre secteur privé. Ils devront quand même payer leur dette à des taux de plus en plus prohibitifs pour compenser le risque de dévalorisation de leur devise.
Bref, il est temps de partir comploter en vacances pour récupérer avec ce qui nous attend.
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jeudi, 15 octobre 2009
Le racket fiscal est général
Les banques affichent des résultats "insolents" partout dans le monde. Avec la bénédiction des banques centrales qui leur distribuent de l'argent frais presque gratuit et la reprise de l'activité des marchés financiers (merci aux dettes publiques et au redémarrage des grandes entreprises), elles ont vite repris des couleurs. A finalement se demander si l'aide que certains gouvernements leur ont apportée n'était pas inutile, en plus d'avoir un effet catastrophique sur les autres acteurs économiques ? Les 23 premières banques américaines vont verser 143 milliards de dollars à leurs cadres (le milliard le demi milliard d'euros de BNP Paribas fait sourire comparativement). D'un côté, ces chiffres peuvent sembler choquants un an après avoir frôlé le gouffre. Mais de l'autre, c'est très encourageant de voir cette activité repartir sur les chapeaux de roue. Cette remontée de la "pression sanguine" de notre économie mondialisée est le signe que nous nous éloignons du coma de l'automne et de l'hiver dernier, et que ce réseau sanguin - financier - alimente à nouveau les organes qui tournaient jusqu'ici au ralenti.
Après avoir gesticulé pour amuser la galerie avec des mesures gadget comme l'encadrement des bonus des traders (aucune corrélation prouvée entre leur montant et les risques systémiques), Nicolas Sarkozy vient de se faire doubler par quelques députés à la commission des finances. Alors que les grandes banques françaises ont décidé de rembourser les aides inutiles mais coûteuses de l'Etat français, les 8.2 % d'intérêt leur ayant rapporté plusieurs centaines de millions d'euros au contribuable (c'est toujours ça), le président de la commission des finances, le PS Didier Migaud annonce qu'il n'y a "rien de choquant à taxer un peu plus leurs bénéfices" en contradiction avec le principe d'égalité devant l'impôt. Suivi par 20 membres de la commission (seules 11 oppositions), il a instauré une surtaxe de 10 % sur l'IS déjà parmi les plus élevés de la communauté européenne. Dans sa culture de promotion de l'échec, la maxime du législateur français n'a donc pas changé : il (sur)taxe ce qui marche, réglemente ce qui marche encore, subventionne ce qui ne marche plus.
La finance avait quitté Paris dans les années 80. Les banques quitteront-elles la France lorsqu'elles en auront assez de se faire maltraiter, invectiver et racketter ? Ce jour-là, les milliards d'impôts sur les sociétés, les nombreux milliards de cotisations sociales et autres taxes en tout genre iront ailleurs, ainsi que les emplois délocalisés. Restera toujours la banque sur Internet pour les services de bases chèrement payés.
Vivement le jour où notre classe politique saura valoriser nos succès nationaux lorsqu'ils ont lieu ailleurs que sur un terrain de football.
17:35 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (59) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : banques, traders, bonus, racket |
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jeudi, 20 août 2009
Fresque animalière : bouc émissaire ou poule aux oeufs d'or ?
Christine Lagarde a avoué être choquée à l'idée que des traders puissent encore toucher des bonus : « c'est une honte absolue que des primes garanties de plusieurs années puissent encore être versées ou que certains soient tentés de remettre en place les vieilles pratiques de compensation [entendez "bonus"] avec une relation insuffisante entre la compensation et une performance durable [il ne s'agit pas de sexe mais de bouzoufs] et une bonne gestion du risque » Mazette, on tremble. Mais ce n'est pas Benoît Hamon qui parle, seulement Lagarde. Ah bon, j'ai eu peur.
En gros, son propos revient à dire que ces vils spéculateurs ont déjà la chance qu'on leur laisse la vie. Mais alors qu'en plus, ils attendent qu'on paye leurs performances, non mais quoi ? Les banques font d'excellents boucs émissaires par temps de crise, on leur demande un petit effort jusqu'aux régionales, pas de quoi fouetter un chat, si ? C'est vrai quoi tout est de leur faute, et en plus, les banquiers e font discrets et ne montent jamais le ton. C'est dans leur nature. On peut donc facilement leur faire expier leurs prétendus péchés par tous les moyens électoralement porteurs. Et exiger la fin des bonus dans les médias, sachant que cette proposition fait rire tous ceux qui, dans le reste du monde, regardent notre petite république socialiste de France avec une sympathie de touriste régulier amateur de musées et de bons vins. Ces étrangers savent qu'on est plus forts qu'eux, mais ils observent aussi que nous sommes pieds et poings liés grâce à des Lagarde au pouvoir qui maintiennent une fiscalité et des réglementations asphyxiantes pour nos talents.
Quand on parle de bonus, Christine Lagarde sait de quoi elle parle. Elle a longtemps touché de jolis pactoles qui devaient se compter en millions, peut-être en dizaines de millions de dollars, au sein du cabinet Baker & McKenzie. Il s'agit tout de même de l'un des premiers cabinets d'avocats mondiaux dont elle a fini président du comité exécutif. Ce cabinet n'a-t-il pas contribué à la dérive de la judiciarisation de la vie quotidienne des Américains, au plus grand bénéfice des lawyers américains ? Christine doit aussi fréquenter une certaine Carla qui a fait fortune en incitant nos jeunettes à devenir anorexiques. Bon. Quand aux coups de boules placés au bon moment, nous savons qu'ils rapportent des millions. Certes, il faut d'abord être une star du foot. Mais enfin, tout ceci ne vaut pas les grands méchants banquiers, à qui on doit la crise, la canicule et sûrement la chute de quelques avions cet été.
Ce qui est inquiétant, c'est qu'avec Sarko, on ne sait jamais si les mauvaises idées ne risquent pas d'aboutir en vraies mesures en dur. Avec Chirac, le discours était purement électoral, certainement pas destiné à se traduire en actes. Mais là, le suspense est réel. Et là, ça peut faire mal. En mettant en oeuvre son discours, le gouvernement tuerait une belle poule aux oeufs d'or en terrassant nos banques d'affaire. Les emplois, notamment hautement qualifiés, disparaîtraient ou iraient ailleurs. Les bénéfices rapatriés et taxés en France diminueraient fortement. Peut-être même des banques pourraient-elles décider de délocaliser leur siège social... Non, tout ceci est juste un mauvais rêve. Au contraire, comme l'écrit le Financial Times : "Ms Lagarde has made the promotion of Paris as a financial centre one of her priorities since becoming finance minister two years ago"
19:56 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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lundi, 09 février 2009
Ne dites pas à ma mère que je suis banquier, elle pense que je vends des armes
Le secteur financier est en émoi après les propos très durs et sans appel du Président de la République qui l'ont livré à la vindicte populaire. Heureusement, les dégâts réels sont minimes car la place de Paris est minuscule. Grâce à une réglementation du travail inappropriée et des charges sociales excessives, il s'est marginalisé au cours des années 90 au bénéfices d'autres places en Europe et dans le monde. A peine 10.000 personnes, et ce chiffre inclut les middle-offices et les back-offices. Imaginez Londres et ses 300.000 traders, vendeurs et services rattachés. Certes, les bonus sont élevés. A Wall Street, sommet de la finance internationale, le bonus moyen en 2008 était de 85.000 euros selon les autorités de supervision.
Attention, le secteur financier est bien plus important dans son ensemble, mais il ne s'agit pas du petit monde honni des marchés financiers vampirisés par les "traders, ces jeunes gens qui jouaient à spéculer" comme se plaît tant à penser Nicolas Sarkozy. Pour celui que le simple mot "financier" fait frémir, je signale au passage que ce secteur fait travailler plus de 750.000 personnes et produit 180 milliards d'euros de richesse dans notre pays, respectivement 4.5 % de l'emploi pour 4.9 % du PIB. Ce n'est pas rien, même s'il représente 8.2 % du PIB au Royaume-Uni qui a su exporter ses services à toute l'Europe. Mais les vrais vilains ne sont que quelques milliers. Et plus pour longtemps.
Il est vrai que dans la conjoncture actuelle, le pouvoir doit désigner des coupables. Et vite, le temps presse devant l'agitation sociale qui monte. Droit tiré du film hollywoodien "Wall Street" sorti lors du grand krach de 1987, le cliché des opérateurs de marché est idéal : jeune (donc inconscient), riche (exploiteur) et inutile (on ne les voit pas courir sur les pelouses derrière un ballon ou chanter à la fête de la musique avec un pétard offert par le Ministre de l'affaiblissement des masses la Culture). Et puis l'affaire Kerviel a reveillé l'imaginaire des Français en tombant au plus mauvais moment. Le comportement roublard de ce jeune escroc a beaucoup nui à l'image du secteur, malgré une défense pitoyable qui a même fini par agacer les magistrats, et notamment van Ruymbeke, qu'on ne peut qualifier d'agents du capitalisme financier. Pour les Français, "il n'y a pas de fumée sans feu" et l'affaire est claire : l'économie réelle n'a aucun besoin de ces parasites qui "créent de l'argent avec de l'argent". Oublions le fait que tous les jours, l'économie mondiale tourne grâce aux rouages bien huilés de ces fameux marchés. A commencer par les Etats, drogués à la dette, qui s'appuient sur leur capacité à drainer les capitaux du monde entier.
Bref, Nicolas Sarkozy s'est fixé comme objectif la disparition pure et simple des derniers traders de Paris lorsqu'il a attaqué sans ménagement "le système de rémunération de ceux qu'on appelle les traders, ces jeunes gens qui jouaient à spéculer" et dont "les rémunérations étaient indexées sur la prime de risques". "Ça a conduit à la catastrophe que l'on sait, a ajouté le chef de l'Etat. C'est ça qu'il faut interdire !" Il doit me manquer un élément dans son raisonnement, parce que les 3 premières banques françaises ont traversé 2008 en réalisant chacune entre 2 et 3 milliards d'euros de bénéfices. Ce n'est pas parce que les banques françaises se comportent bien qu'on ne va pas les sanctionner pour ce que les banques américaines et anglaises ont fait (sous impulsion de mesures étatiques).
Pendant que les banques anglo-saxonnes licencient des dizaines de milliers d'opérateurs de marché et revoient en profondeur leurs processus de contrôle des risques, l'administration française compte produire un nouveau "code éthique" pour enrichir le code déontologique actuel des traders, déjà épais. Y aura-t-il un joker "autoamnistie" dans ce programme ? Les bonus vont ainsi être encadrés pour n'être versés qu'en fonction "des gains réels pour l'entreprise tout en tenant compte des intérêts des clients". En clair, "la pratique des bonus garantis non liés à la performance doit être prohibée, sauf en cas d'embauche ou de rétention de professionnels ayant des fonctions clefs. Dans ces cas, les bonus devront être limités à un an." Il me semblait que c'était déjà le cas. Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde (qui a bien connu les bonus juteux au sein du cabinet Baker & McKenzie) devraient faire un tour dans les salles des marchés bancaires et constater eux-mêmes comment elles fonctionnent et à quoi elles servent.
Bref, il vaut mieux vendre des armes ou être traffiquant de drogue que travailler sur les marchés pour améliorer l'allocation des capitaux entre les acteurs économiques.
Avec sa lucidité habituelle, Pierre-Antoine Delhommais nous livre son analyse dans le Monde du 7 février :
"Exceller dans une profession dans laquelle très peu atteignent la médiocrité est la marque la plus décisive de ce que l'on appelle génie ou mérite supérieur... Dans une profession où vingt personnes échouent pour une qui réussit, celle-ci doit gagner tout ce qui aurait pu être gagné par les vingt qui échouent." - Adam Smith
Plus de deux cents ans plus tard, cette équation a permis d'offrir à Thierry Henry un salaire de 14 millions d'euros en 2006. L'observatoire des inégalités s'est amusé à convertir ce pactole en années de smic : 1 183. Avec ses 11 millions d'euros, le basketteur Tony Parker frôle la barre des mille années. Les stars du monde de la culture, dont M. Bourg souligne pourtant que "le talent est plus difficile à déterminer", font jeu égal. Avec ses Ch'tis, Dany Boon aurait empoché 15 millions d'euros. Côté chanteurs, selon le classement très officieux établi par Le Figaro, tant l'opacité des revenus est pour eux beaucoup plus grande que pour les patrons du CAC 40, Francis Cabrel aurait gagné en 2008 4 millions d'euros. Alain Souchon, qui a remporté un beau succès avec sa chanson qui dénonçait la rapacité des patrons et leurs parachutes dorés, aurait récolté 1,3 million d'euros (108 années de smic).
Des montants bien sûr qui n'ont rien de "choquant" pour ces artistes de génie et apporteurs de rêve, lequel, c'est bien connu, n'a pas de prix. Ou alors très élevé. Les Français, d'ailleurs, pas plus que le chef de l'Etat, ne sont choqués. Les vedettes du foot et de la chanson occupent les premières places dans le classement de leurs personnalités préférées, où n'ont figuré, au cours des dernières années, que deux vrais "pauvres" : l'Abbé Pierre et Soeur Emmanuelle. Il est vrai aussi que la plupart des superstars prennent soin de venir régulièrement, sur les plateaux de télévision, dénoncer la misère du monde et en fustiger les injustices.
Que rajouter à ça ?
17:44 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : traders, banques |
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