vendredi, 06 juillet 2007

Presse française : "plus de risques que de chances"

5811a84b0b490b42b90c1ec35c1aafed.jpgAprès leur lourd travail préparatoire, l'équipe française (licenciée économique ?) du groupe Axel Springer vient d'apprendre la nouvelle avec consternation : "Le groupe de presse allemand Axel Springer renonce à lancer un quotidien national en France sur le modèle de son journal populaire Bild". L'analyse du système d'impression et de distribution de la presse quotidienne nationale est à l'originde de ce choix douloureux. Lourdement subventionné, il n'en est pas moins trop coûteux pour une couverture bien trop réduite : un peu plus de 30.000 points de distribution (1 pour 2.000 habitants) strictement réglementés contre presque 120.000 en Allemagne (1 pour 680 habitants, un peu moins qu'au Royaume Uni). Axel Springer a demandé une augmentation de 10.000 points de vente rapidement, souhait que le groupe savait irréalisable compte tenu des rigidités syndicales du système français (sans rentrer dans le détails : absence d'autonomie du kiosquier dans les produits reçus quotidiennement, situation inadaptée par rapport à la demande, ce dont s'est rapidement affranchie la presse gratuite non soumise à cet archaïsme). 

 

0a3b8f63614a9eda1fa6097cba6a0edc.jpgAutre motif d'abandon : "les spécificités historiques du marché français", c'est à dire le fameux Syndicat du Livre. Coûts élevés, fréquence des grèves et blocages divers ont achevé ce tableau peu encourageant pour un nouveau quotidien. Dernier souci : la loi sur la protection de la vie privée qui nuit à la liberté d'investigation des journalistes. Dans un langage diplomatique, voici la conclusion de cette approche approfondie du marché français : "Les incertitudes en matière de distribution, la situation actuelle des outils de production d'un quotidien, tant sur le plan industriel que social, ne nous permettent pas d'obtenir la visibilité dont une société cotée a besoin pour un investissement de cette importance".

 

 

Bref, Axel Springer a compris pourquoi les quotidiens français meurent, et il n'a pas envie de faire partie du lot. Il n'investira donc pas ses 120 millions d'euros et ne crééra pas d'emplois alors que son modèle de développement a fait ses preuves dans de nombreux pays...plus flexibles. A terme, Springer France prévoyait l'embauche de 300 personnes, dont plus de 200 journalistes, et l'ouverture de dix bureaux régionaux. Dommage.

 

La presse perd aussi un nouveau concurrent nouveau dont l'indépendance aurait apporté un souffle de liberté dans le paysage actuel. A ce jour, nos quotidiens nationaux appartiennent tous à des conglomérats proches de l'Etat. Espérons que ce signal incitera notre gouvernement à une nouvelle rupture : la fin du monopole des NMPP et du Syndicat du crime du Livre.

18:20 Publié dans Culture, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : Axel Springer, Syndicat du Livre, NMPP, Bild | | | Digg! Digg |  Facebook

dimanche, 17 décembre 2006

Presse française : victime de ses subventions ?

Chaque année, l'Etat attribue 280 millions d'euros aux différents secteurs de la presse en France. Et cette information est transparente. Avons-nous pour autant une presse indépendante, de grande qualité ? Ce n'est pas le sentiment général, ni celui de sensibilités politiques absentes de leur présentation. Ces aides sont assez bien réparties pour que tous les acteurs touchent leur écot et ne cherche à changer le système en rien. 

 
Pour commencer, plusieurs dizaines de millions d'euros viennent soutenir les démarches de modernisation des processus de production et de rénovation des relations du travail (quelle belle façon de tourner la chose). Il faut dire que l'ensemble de la presse quotidienne nationale dépend du syndicat de la presse parisienne (SPP) et du syndicat du livre-CGT, deux institutions particulièrement vérolées. Premier verrouillage de la presse prétendument indépendante.
 
Les Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne (NMPP) assument seules a distribution sur tout le territoire des 100 quotidiens et 3.600 magazines vendus au numéro. Ce monopole associé à des contraintes logistiques et d'urgence spécifiques fragilisent ce système coopératif de distribution de la presse. Chaque année, une douzaine de millions d'euros sont versés à cette filière de distribution bien étrange, et Lagardère, qui en possède 49 %, reçoit un dividende annuel de 17 millions d'euros tout de même). Ce second verrouillage est bien conçu, non ? Sauf qu'avec la crise de plus en plus grave de ce monopole inepte, les cinq coopératives qui possèdent les derniers 51 % du capital des NMPP ont proposé que les 17 milions de dividende ne soient plus versés à Lagardère. Et là, ça a bardé. Connaissant les relations entre Arnaud Lagardère et le PS aussi bien que l'UMP, il est probable que le monopole sera maintenu ET que Lagardère conservera son revenu récurrent.
 
Troisième morceau du Gosplan : le nombre des points de vente de presse et les modes de distribution sont gérés d'une manière centralisée qui ne laisse aucune place à l'initiative et à la réactivité face aux évolutions de la demande. La rémunération des distributeurs est arbitrairement fixée autour de 13 à 18% (contre 20 % dans l'Union Européenne) par les acteurs en amont de la distribution. Il faut dire que le prix de la presse est si élevée parvenue à ce niveau de la chaîne que la marge est faible pour le dernier maillon. Les distributeurs finaux payent le verrouillage coûteux en amont.
 
 
Les aides publiques en faveur de la presse se déclinent selon trois axes : le soutien à la diffusion de la presse comme on l'a vu, la défense du pluralisme et le maintien de la diversité des titres (c'est à dire subventions aux titres agréés), et l'aide au développement du multimédia (!!! Le multimédia aurait besoin de l'assistance de l'Etat ?). Soit 30 millions d'euros par an : aide à l'impression décentralisée des quotidiens, fonds d'aide à l'expansion de la presse française à l'étranger, fonds d'aide au développement des services en ligne, l'aide au transport de la presse par la SNCF 8 millions tout de même), fonds d'aide à la diffusion de la presse hebdomadaire régionale, développement du portage (8 millions pour pour conquérir de nouveaux lecteurs), fonds d'aide aux quotidiens nationaux à faibles ressources publicitaires (6.5 millions) et fonds d'aide aux quotidiens d'information politique et générale à diffusion régionale, départementale ou locale à faibles ressources de petites annonces (1.4 millions de plus).
 
A cette aide directe s'ajoutent l'aide au transport postal de la presse d'information politiqueet générale (242 millions !), l'aide au pluralisme confiée à la direction du développement des médias (66 millions) et le produit d'une taxe instaurée en 1998. cette taxe de 1 % sur certaines dépenses de publicité hors médias alimente un fonds d'aide à la modernisation de la presse quotidienne et assimilée d'information politique et générale. En cinq ans, ce fonds a récolté et distribué 103 millions d'euros de subventions et 8.5 millions d'avances. 
 
On ne parle pas des 106 millions d'euros annuels pour maintenir à flot la très inutile AFP, agence officielle d'information d'Etat. 
 
On comprend mieux pourquoi la presse française est souvent de médiocre qualité, maintenue en vie mais affaiblie par ce planisme d'un autre âge, et pourquoi elle a du mal à entendre des remises en question trop brutales du système qui la fait vivre. Heureusement, Internet est là...
 
Allez, un cadeau d'Outre-Manche pour vous détendre :