vendredi, 26 janvier 2007
Liberté d'expression en danger : à quand un manuel du "politiquement correct" obligatoire ?
Deux décisions de Justice récentes confirment la tendance. S'exprimer en public est devenu risqué si on ne reste pas dans la voie balisée par la pensée unique. Loin de partager les propos qui ont motivé ces condamnations, je ne peux accepter pareille restriction de la parole. L'exposition médiatique et le débat public sont là pour corriger les excès, même nauséabonds, et laisser chacun se forger son opinion.
Le président socialiste de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, vient d'être condamné à 15.000 euros d'amende et à faire publier dans 6 journaux sa condamnation pour avoir traité les harkis de "sous-hommes" en février 2006 (devant un Jack Lang qui n'avait pas réagi sur le coup). Bien que je trouve ce personnage odieux par ses discours et ses méthodes hardies (pour ne pas dire tyranniques, voire mafieuses...je risque ici la diffamation), rien ne justifie qu'une loi permette de le sanctionner pour ses propos. Oui, Ségolène a raison de s'éloigner de l'hypocrisie ambiante du PS et de demander l'éviction de frêche du PS où il n'a rien à faire. Qu'il aille au FN, on y recrute. En revanche, il n'a pas à être condamné par un tribunal pour autant.
Christian Vanneste, que j'ai rencontré l'été dernier et avec lequel j'ai pas mal échangé, est un homme d'une toute autre nature. Intelligent et droit, cet homme de conviction défend certains principes qui ne sont pas les miens. J'apprécie le personnage même si je ne partage pas du tout nombre de ses valeurs, notamment concernant l'homosexualité. Je me suis d'ailleurs attiré les foudres de nombreux conservateurs dans sa ligne lorsque j'ai rédigé une tribune sur le sujet en tant que président de Liberté Chérie. Cela ne m'empêche pas de trouver des points de convergence sur d'autres thématiques avec ce prof de philosophie.
Mais la loi est là. Le 7 décembre 2004, un débat sur la création d'une haute autorité contre les discriminations, chargée notamment de la lutte contre l'homophobie, se tient à l'Assemblée Nationale. Le député expose alors son point de vue : "En quoi un comportement qui peut être jugé critiquable serait-il privilégié par rapport à d'autres ? Et celui que vous visez peut légitimement faire l'objet de critiques, non seulement au nom de l'intérêt social, mais aussi au nom de l'universalité ! Un jugement de valeur est universel s'il est fondé sur l'impératif catégorique de Kant : agis toujours selon une maxime qui peut être érigée en principe universel. Manifestement, l'homosexualité ne le peut pas, à moins de vouloir le suicide de l'humanité !". Brouhaha. Il confirme : "C'est simplement logique ! Vous êtes en train, pour lutter contre la discrimination, de défendre une séparation entre les sexes ! C'est complètement absurde ! L'idée même d'homophobie tend à accréditer l'idée que le comportement homosexuel a la même valeur que d'autres comportements, alors qu'il est évidemment une menace pour la survie de l'humanité".
Tollé dans le monde politique pourtant macho, arrogant et souvent homophobe sous cape. Tenus dans le cadre parlementaire, aucunes poursuites n'étaient possibles pour ces phrases... jusqu'à ce qu'il confirme ses dires dans les médias : "Je n'ai pas dit que l'homosexualité était dangereuse. J'ai dit qu'elle était inférieure à l'hétérosexualité. Si on la poussait à l'universel. Ce serait dangereux pour l'humanité. (...) Pour moi, leur comportement est un comportement sectaire. (...) Je critique les comportements, je dis qu'ils sont inférieurs moralement". Si ces propos me choquent et entrent en totale contradiction avec mes valeurs, je ne peux tolérer pour autant qu'ils tombent sous le coup de la loi. Or, la cour d'appel de Douai vient de condamner Christian Vanneste à 3.000 euros d'amende pour "injure envers les homosexuels" et à 2.000 euros de dommages et intérêts aux associations SOS Homophobie, le SNEG et Act Up Paris. S'il revient à l'UMP de choisir le maintien de cette ligne conservatrice dans ses rangs ou non, cette intrusion croissance de la loi dans les convictions de chacun est indéfendable.
Le droit de penser et de s'exprimer librement est un droit naturel. Rogner ce droit fondamental constitue une grave atteinte aux Droits de l'Homme et du Citoyen. Par ailleurs, rien ne prouve que ces procédures, au-delà d'assurer la médiatisation des associations qui en ont fait leur fond de commerce, ont un impact positif sur les citoyens. Perçues comme des excès grossiers, non seulement ces actions judiciaires ne contribuent pas à la banalisation de l'homosexualité, mais elles renforcent même l'idée qu'une caste supplémentaire d'intouchables est née. L'évolution des tabous repose sur une communication sereine dans la durée, pas sur des "coups" médiatisés qui, en révèlant surtout que l'intolérance est réciproque, retardent le processus de lente acceptation mutuelle.
14:35 Publié dans Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
| Tags : Georges Frêche, Christian Vanneste, homophobie, harkis, sous-hommes, racisme, homosexualité |
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