jeudi, 28 décembre 2006

Les Champs-Elysées : contrôle d'identité

Les élus UMP, PS et verts sont à la recherche de l'identité de l'ex-"plus belle avenue du monde". Ils savent que "L'avenue des champs Elysées est sur le fil. Elle n'est plus exceptionnelle, pas encore banale" comme l'avoue le maire du 8eme arrondissement. Certes, elle a encore son charme. Si vous souhaitez vivre un peu d'exotisme en observant les femmes d'émir etles bimbos débarquées du monde entier , ou alors vous ennivrer de foule, rêver de luxe ou aller faire votre shopping : cette avenue est faite pour vous. D'un côté, Quick, Pizza Vesuvio, Mac-Do, Benetton et Naf-Naf (et puis le Virgin Megastore : peu de choix, mais chouette ambiance et belle déco). De l'autre, Ladurée, le Fouquet's et la navire amiral de Vuitton (une merveille soit-dit en passant). La boutique du PSG pour les amateurs de jeux violents, le Queens pour les jeux plus coquins.

Champs Elysees Mais voilà. Les prix des baux commerciaux n'arrêtent pas de monter. A l'échéance de leur contrat, les commerces doivent s'aligner sur la demande ou partir. Les loyers atteignent parfois 10.000 euros le m2 par an ! Esprit a repris un espace au prix fort : 9.100 euros le m2. les propriétaires sont aux anges et laissent les demandes grimper. tant pis pour ceux qui ne peuvent plus suivre.

Résultat : les cinémas de l'avenue menacent de partir. Virgin Megastore, malgré ses 80 millions d'euros de chiffre d'affaire annuels, commence à souffrir. La fringue gagne comme la gangrène. 39 % des commerces sont déjà dévolus au textile. Pour les élus, c'est le seuil à ne pas dépasser, eux qui aimeraient concilier activités de luxe et populaires, secteurs marchand et culturel, Virgin Megastore et Club du PSG. Mme Cohen Solal pense qu'"au-delà, il n'y a plus de diversité commerciale". Je suis certain qu'elle passe beaucoup de temps sur cette avenue, c'est bien son genre. Cette élue pense avec arrogance savoir à leur place ce que souhaitent les millions d'individus qui défilent sur les Champs et leur assurent un succès commercial constant, année après année.

 

En tout cas, la vague spoliatrice a commencé. H&M, que les volumes de vente permettent de faire monter les enchères, a proposé de s'installer au 88, versant 20 millions d'euros pour la reprise. Mais le couperet est tombé : la reprise a été annulée par la Commission Départementale (Paris est un département) d'Equipement Commercial, au nom doucement stalinien. H&M fait appel, mais le compteur tourne. Le débat peut reprendre de plus belle : les politiques veulent imposer leur vision et leur loi aux échanges, et tant pis pour les droits légitimes des acteurs en jeu. Tant pis pour les goûts et les préférences des citoyens moyens qui apprécient ce type de commerce et viennent pour ça.

 

Or, les élus, au-delà de la spoliation effective des acteurs économiques en présence, sont-ils qualifiés pour choisir l'identité d'une avenue aussi populaire ? Les prix ne sont que le reflet d'une forte demande...et même terriblement forte. Les commerces qui peuvent suivre sont ceux qui répondent le mieux aux attentes du public qui se déplace sur l'avenue. Il n'est pas choquant que les cinémas, vieux et peu achalandés, doivent se déplacer vers des lieux plus favorables. Qui peut vraiment juger des goûts des gens, sinon les gens eux-mêmes ? Les commerces qui sont prêts à investir des dizaines de millions ne le font que parce qu'ils connaissent mieux ces goûts que des technocrates ou des politiques qui voient Paris depuis leur voiture de fonction. Etrangement, ces interventionnistes qui veulent contrôler l'identité des Champs bénéficient d'un soutien inattendu : le patron du Virgin Megastore, pour assurer ses marges confortables, appuie dans ce sens : "Nous ne devons pas laisser le marché s'autoréguler. Les politiques doivent intervenir". Le capitalisme est parfois bien collabo !

lundi, 20 novembre 2006

Une monnaie privée est née : le Linden dollar

medium_Second_life.jpgEtrangement, c'est par le jeu en ligne que ce principe sulfureux émerge. Le monde virtuel Second Life propose à ses 1.5 millions de joueurs d'acheter et de vendre des prestations virtuelles, des objets virtuels et tout ce qui nous passe par la tête de virtuel contre des L$... eux-mêmes transformables en dollars US bien réels ! Le cour tourne autour de 250 L$ pour 1 $, mais cela pourrait évoluer si la règle s'assouplit. Ce jeu est la plus magnifique occasion de blanchiment d'argent si les sommes continuent à grimper...mais aussi, avec un peu d'imagination, de transfert financier hors du contrôle de l'Etat (pour le moment). En 3 ans, Second Life a conquis 1.5 millions de joueurs, et vous êtes toujours assuré d'en trouver 10.000 en ligne à tout moment du jour ou de la nuit. La surface virtuelle, initialement de 64 acres, atteint désormais 20.000 acres. Car il vous faudra devenir propriétaire d'un terrain virtuel si vous comptez faire unebelle carrière en ligne.

 

Rentrer dans l'univers de Second Life est simple. Allez sur le site, inscrivez-vous gratuitement, servez-vous de l'interface pour "modeler" votre personnage. Vous, lecteur moyen libéral boutonneux, pouvez vous transformer en bombe sexuelle ou en playboy qui ferait palir d'envie Georges Clooney (encore élu "mâle le plus sexy de l'année", pour la seconde fois). A partir de là, tout est permis. Lors de votre inscription initiale, le système vous propose de verser des vrais dollars en ligne pour alimenter votre compte en L$ par conversion. Votre vie virtuelle peut ensuite vous rapporter des revenus ou des plus-values. Vous pourrez acheter équipement, terrain (voire une ile si vous versez vraiment beaucoup d'argent) et un appareil génital. Eh oui, la formule de base, gratuite, ne vous permet pas de disposer de cet attribut. Pourtant, cela devrait beaucoup vous servir si vous comptez, comme de nombreux autres joueurs, vivre librement vos fantasmes. L'offre est large. Des clubs échangistes à la prostitution, ces rencontres sont toujours le fait d'autres joueurs, car il n'y a aucun personnage non-joueur, les fameux NPC pour les amateurs. Si les joueurs consacrent beaucoup de temps au sexe, ils n'en sont pas moins accrocs au shopping.

 

Car les vrais marques y pullulent. Coca cola, Adidas et toutes les marques grand public y ont installé leurs boutiques. Mais IBM et Sun Microsystems aussi y ont ouvert des bureaux virtuels. L'Allemand Axel Springer a lancé un tabloïd il y a quelques semaines. Reuters a suivi et a demandé à un cadre d'y suivre les news, les potins pour faire une newsletter régulière. Toyota y vend des voitures virtuelles et des cabinets de recrutement y cherchent des talents, mais pour la vie réelle. Pour des raisons purement marketing, Greene & Heaton, prestigieux chasseurs de tête londonien, y a établi ses bureaux. Tout y est virtuel, fictif, mais le lien avec le monde réel apparait parfois bien ténu.

 

medium_Second_life_construct.jpgEvidemment, tout a un coût. Soit vous versez de vrais $ pour obtenir des L$, soit vous travaillez virtuellement. Des jobs sont proposés contre salaire : croupier de casino, tatoueur, détective, etc. Vous pouvez aussi monter votre entreprise, attirer les investisseurs sur un projet (ligne de vêtements, design...) et fabriquer des objets en ligne ou construire des maisons, des immeubles ou des navires. Tout cela prend du temps, nécessite des compétences. Il vous faut suivre des formations en ligne pour savoir utiliser les logiciels de fabrication virtuelle adaptés. mais à la clef, vous répondez à des attentes qui, si elles sont virtuelles, ne permettent pas moins d'en retirer un revenu en L$ convertibles.

 

Vous pourrez revendre les L$ accumulés au cours du jour lorsque vous le souhaiterez. En octobre, sur les 12.364 joueurs qui ont gagné de vrais $, 263 joueurs ont gagné entre 500 et 1.000 $, 160 entre 1.000 et 2.000 $ ! Il y a eu un total de transactions pour 8.8 millions de L$, soit environ 35.000 $. La croissance phénoménale de ces flux pourrait rapidement aboutir à des sommes en millions.

medium_Second_life_map.jpgDéjà, l'IRS (fisc US) s'intéresse à cette source de revenus et oblige les joueurs à les déclarer sur leur feuille d'impôts. Comme aux US, une commission australienne réflechit aux moyens de forcer les contribuables à déclarer leur "patrimoine virtuel" et les sources de revenus potentielles afin de les fiscaliser. A quand l'intégration, en France, dans l'ISF et le droit des successions ? Il y a en effet dans ce circuit un principe génial de contournement de l'argent d'Etat, notamment en conservant son compte et en proposant à d'autres joueurs de les payer via ce jeu pour des prestations...réelles. Ainsi, pas de revenus convertis en $, mais une vraie circulation monétaire libre.

 

Dernière preuve que les règles virtuelles ont des incidences bien réelles, de vrais procès ont déjà lieu pour vol de propriété virtuelle entre l'opérateur et de vils spéculateurs immobiliers...virtuels ! Si ce monde ne me fait pas franchement rêver sur le plan du développement personnel, il faut avouer qu'il ouvre de belles perspectives pour les échanges libres et les monnaies privées. Hélas, les Etats ont déjà compris ces implications évidentes.