lundi, 11 mai 2009

Pourquoi le boeuf américain aura la peau de Nicolas Dupont-Aignan

Cochon malade.JPGEn commentaire à mon post sur le Code de la Route mal calibré qui fait de citoyens respectables des hors-la-loi, un troll un peu (Dupont-Ai)gnangnan est venu placer un sujet sans rapport avec la marmotte : la proposition de reconversion de salariés d'une entreprise textile en Inde à 69 euros par mois. Pourquoi pas ? Visiblement, mon mur des lamentations commentaires permet de faire resurgir les préoccupations les plus brûlantes du moment. Délocalisations, dumping, destruction d'emplois sont des concepts effrayants, je l'accorde au fan de NDA. Moi-même, j'ai le poil qui se redresse quand je pense à mon job et à l'avenir de mes enfants. Et la méchante ironie de la reconversion suggérée n'est pas fine, même l'un des dirigeants de l'entreprise en difficulté concernée, Carreman, l'admet : "Je suis conscient que c'est stupide, mais c'est la stupidité de la loi". Mais avant d'afficher leur sentiment outré, les syndicats devraient penser au scandale des 23 milliards d'euros prélevés sur le travail pour financer la formation continue, cagnotte dans laquelle ils se servent massivement sur le dos des salariés. Pourtant, nous devons aller au-delà de ces réaction épidermiques pour creuser un peu la question.

 

Si un produit est importé, c'est parce qu'il est meilleur marché que nos propres produits (textile courant par exemple) ou que nous ne savons pas produire d'aussi bons produits (voitures haut de gamme allemande). Il peut même s'agir de biens qui améliorent la productivité de nos entreprises, qui les rendent plus compétitives. Le consommateur français augmente donc son pouvoir d'achat et sa qualité de vie en profitant ainsi de l'effet le plus immédiat de la concurrence mondialisée. Ce que tente alors de nous faire croire NDA, c'est que les produits moins chers détruisent nos emplois.

 

Illustration de ce débat : l'autorisation récente d'importation de boeuf américain (sans hormones) va-t-elle condamner notre agriculture ? Déjà, elle devrait permettre à de nombreux Français de consommer de la viande de boeuf alors qu'ils n'en ont pas les moyens aujourd'hui. Mais ce n'est pas tout. Ces importations de boeuf américain vont  sauver le roquefort  et la moutarde nationale qui ne seront plus surtaxés à l'importation sur le marché américain...et le foie gras dont la taxation, elle, ne sera pas augmentée. En effet, en plus de dégrader la qualité de vie des Français dans leur consommation courante, la fermeture des frontières à des produits étrangers entraîne souvent une conséquence facheuse : nos propres produits sont eux aussi bloqués dans l'autre sens. Avec les destructions d'emplois qui s'ensuivent sur des secteurs d'excellence nationale.

 

Malgré l'évidence de ce mécanisme, notre mini-Nicolas (NDA, pas NS) s'enfonce dans l'erreur. Nous avons tous constaté l'effet positif de la libéralisation du transport aérien ou d'Internet. Ceux qui ne pouvaient imaginer voyager il y a 30 ans peuvent aujourd'hui partir à Naples pour 47 euros vol aller ! Même chose dans le textile. Habiller ses enfants est devenu un plaisir, c'était une ruine sur un marché minuscule il y a 25 ans. C'est ce que NDA veut remettre en cause dans son projet, avec les arguments fallacieux suivants :

* Déficit colossal du commerce extérieur,

Faux, la balance commerciale de l'Allemagne est excédentaire, et de nombreux pays de l'OCDE ont une balance commerciale relativement équilibrée avec des frontières ouvertes.


* Amputation de la consommation des ménages qui fait boule de neige,

Faux, c'est le contraire qui se produit : les ménages ont accès à des produits meilleurs marché et de meilleure qualité. Les exemples sont multiples, leur bénéfice est totalement intégré dans notre quotidien à tous.


* Perte de savoir-faire industriel,

Point discutable : nous perdons des savoir-faire d'industries de moins en moins rentables et innovantes, mais des ressources se dégagent alors pour de nouveaux secteurs sur lesquels notre expertise nous assure des parts de marché importantes. La révolution de la Sillicon Valley n'aurait pas eu lieu sans le déclin de l'industrie lourde américaine par exemple. Notre potentiel inexploité est vaste : biotechnologies, tourisme, environnement, etc.


* Augmentation des dépenses sociales pour amortir la baisse du niveau de vie des salariés privés d’emploi dans des zones géographiques particulièrement touchées.

Voilà le véritable coeur du débat : au lieu de demander aux individus de ces zones en difficulté de se prendre en main, de se former et de préparer l'avenir, on les encourage à se reposer sur nos matelas sociaux considérables et à attendre que l'Etat vienne en sauveur leur proposer des emplois tombés du ciel. Ils s'enfoncent progressivement dans l'inconfort d'un assistanat fragile et sans avenir, et cette charge étouffe les forces vives du pays qui n'en peuvent plus de financer ces populations que notre modèle social pousse à s'accrocher au passé plutôt qu'à se remettre en question.

 

Le véritable mal français, c'est avant tout ce dernier point, un modèle social périmé qui tue les talents. Plutôt que de s'attaquer aux symptomes ou aux boucs-émissaires voisins, NDA devrait avoir l'honnêteté intellectuelle de remettre en question la nocivité de notre protection sociale inadaptée et injuste pour ceux qui produisent la richesse en France. Je comprends hélas qu'il soit plus vendeur de désigner à la vindicte populaire des cibles faciles en jouant sur ses sentiments les plus bas en période de crise. Ce n'est pas digne d'un homme d'Etat. Mais l'est-il vraiment ?

 

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