mercredi, 23 février 2011

L'Etat n'est pas en grande forme

tea parties,revolution de jasmin,arabe,perseQuelle belle leçon de liberté de la part des peuples arabes et perses ! La révolution de Jasmin tunisienne a déclenché un cyclone libéral autour d'elle. Du Maroc à l'Arabie Saoudite, en passant par l'Iran la jeunesse se lève prête à mourir pour des droits dont les parents n'ont jamais eu la chance de bénéficier. Ils veulent travailler, gagner de l'argent sans se faire spolier par des gouvernements prédateurs. Ils ne cherchent pas des avantages, encore moins des cadeaux distribués avec condescendance, mais tout simplement le droit de prendre en main leur destin sans peser sur celui d'autrui. Les parents de cette jeunesse ans peur  avouent aujourd'hui leur fierté devant ce courage qu'ils n'avaient jamais imagniné, et ce sens des responsabilités de la nouvelle génération. Rappelez-vous les mouvements d'entraide, et le nettoyage de la place Tahrir au Caire. Beaucoup de ces jeunes veulent reconstruire leur pays dans un cadre ouvert et transparent. Accepteront-ils un Etat comme ceux des modèles passés, ou identique à celui que nous connaissons en France, omniprésent, paternaliste et économiquement oppressant ? Pas plus que les rescapés des régimes communistes après la chute du mur. En France, un certain nombre de nos lycéens avachis défilent en rêvant déjà de leur retraite précoce, de quoi motiver les autres à quitter le pays.

 

Nul ne sait où nous entrainera cette rupture historique avec des régimes moisis d'Afrique du Nord et du Golfe. Vagues migratoires sans précédent à court terme, implantation politique de la sensibilité islamiste et nationaliste ? La pression sociale va être difficile à retourner, et toutes ces populations n'ont pas les mêmes valeurs que les nôtres. Mais ce ne sera plus aux gouvernements de les leur imposer malgré elles. Cette jeunesse enthousiaste doit s'attendre à de la frustration lorsqu'elle se rendra compte que la réalité de son destin reste à construire. Les grèves pour augmenter les salaires qui ont suivi les révolutions  ne les mèneront pas loin. Les solutions pour permettre à tous de prendre des risques et de profiter pleinement de la croissance mondiale ont été mises en oeuvre partout dans le monde, de la Corée du Sud au Chili en passant par Singapour et le Brésil. Ce sont les mesures préconisées par les libéraux : ouverture des frontières, protection de la propriété privée, encouragement à l'épargne productive, règlementation du travail réduite ou nulle, fiscalité faible, bureaucratie limitée, Etat fort dans ses rares prérogatives.

 

Ces Etats qui tombent les uns après les autres ne doivent pas nous faire oublier qu'ailleurs aussi,  dans la partie du monde qui se proclame libre et démocratique, des Etats subissent aussi des assauts populaires. Les Tea Parties ont remis au goût du jour cette phobie bien ancrée du gouvernement central aux Etats Unis. Après tout, il est largement responsable de la crise actuelle. En Belgique, c'est plus simple : il n'y a carrément plus de gouvernement depuis environ 250 jours. Et l'économie s'en porte plutot bien. A l'autre bout du monde, même la Chine tremble. Les scandales comme celui de wikileaks, le fait que les individus disposent d'une information de plus en plus complète de plus en plus rapidement ne les rend-il pas progressivement hostiles aux formes de gouvernements que nous avions connues jusqu'ici ?

 

L'autorité subie, même démocratique, l'opacité et la connivence, le bloquage de l'ascenseur social par des castes et les bureaucraties sont  de moins en moins bien tolérés. Pourquoi en irait-il autrement en France ? Bien que nous soyons historiquement souvent les derniers à réagir, le sursaut n'est pas impossible dans les années qui viennent. A l'occasion d'une banqueroute du pays par exemple.

mardi, 01 février 2011

La chute du mur, version monde arabe

révolution de jasmin,mohammed bouazizi,tunisie,algerie,egypte,yemen,arabie saoudite,freres musulmans,islamistes,paix sociale,armeeLe premier tyran à tomber fut Ben Ali. Le vent de liberté soufflait déjà sur l'Algérie, sur l'Egypte, sur le Yémen. Aujourd'hui, du Maghreb au Moyen-Orient, les manifestations se multiplient et s'amplifient.  Pas plus que MAM, la France et l'occident n'ont rien vu venir. Tous les jours qui ont suivi l'exil de Ben Ali, les experts français nous ont expliqué qu'en Egypte, la situation était différente de la Tunisie parce que Moubarak tenait l'armée. Et puis voilà que l'armée commence à lâcher le raïs. Nous commençons à comprendre que du Maroc à l'Arabie Saoudite, aucun dictateur arabe n'est plus à l'abri de la vindicte populaire. 22 ans après la chute du mur de Berlin, Mohammed Bouazizi, petit marchand ambulant, ne pensait pas qu'il allait provoquer le premier bouleversement majeur de l'histoire du XXIème siècle lorsqu'il s'est immolé à la suite de la confiscation arbitraire de sa modeste marchandise. La "révolution de jasmin" était d'abord celle de la liberté économique et sociale : celle d'avoir un travail, de pouvoir lancer sa propre affaire et de la faire croître sans se faire racketter, ni confisquer ses biens par les clans au pouvoir. Une révolution libérale.

 

 

Avec les semaines, la peur a reculé et les revendications enfouies sont ressorties : désir de démocratie, d'ascenseur social, de liberté d'expression et de croyance. La mondialisation et Internet y sont pour beaucoup (et la politique inflationniste de la Fed un peu aussi). Mais après tant d'années de débat refoulé, de talents brimés et d'espoir piétinées, personne ne peut nier le risque de déflagration; le FMI évoque même le risque de guerre. C'est un risque lorsqu'un étau ancien se desserre. Surtout, les dictatures n'ont pas seulement duré en écrasant sauvagement toutes les tentatives d'organisation collective politique, religieuse, associative ou syndicale. Elles ont aussi instrumentalisé l'islam au nom d'une prétendue laïcité pour tenir les clergés locaux d'une main de fer et effrayer un occident muré dans son silence devant les exactions de ces gouvernants impitoyables. Cette réislamisation répondait à une exigence identitaire de plus en plus forte de peuples opprimés et maintenus dans la misère par leur économie socialiste et corrompue. Elle entretenait aussi la flamme islamiste, par ailleurs portée par l'aspiration à un idéal culturel, nationaliste et religieux, mais aussi par le rejet de l'occident de plus en plus critiqué pour sa complicité avec les régimes en place. Or, cette réislamisation opportuniste entrainant dans son sillage l'expansion clandestine des organisations islamistes radicales, aboutit aujourd'hui à des mélanges instables et difficiles à gérer.

 

 

L'échec tragique de l'Iran et la volonté affichée de parvenir à une certaine paix sociale devrait contenir les ambitions des différentes mouvances islamistes, à condition qu'elles ne se retrouvent pas à nouveau bannies et persécutées. La puissante organisation des Frères Musulmans a choisi jusqu'ici de rester discrète. Elle a notamment accepté que le prix Nobel de la Paix el-Baredei s'exprime et négocie en son nom. Ses revendications sont simples : pouvoir concourir aux élections en tant que parti politique, pas à la présidentielle dans un premier temps. Si l'Algérie bascule aussi, si la Jordanie perd sa stabilité apparente, comment agiront leurs courants islamistes nationaux ? La mondialisation aura-t-elle raison du risque qu'ils représentent après tant d'années de lutte et de frustration ? Si le modèle des Frères Musulmans est l'AKP turc, le danger devrait rester cantonné à un rapport de force politique respectable.

 

 

Le facteur essentiel qui ressort des évènements en Egypte et en Tunisie, c'est que la cohésion du pays est jusqu'ici tenue et, au paroxysme de la crise, sauvegardée par l'armée. Les dictateurs ont pu s'appuyer sur elle tant que le peuple ne grondait pas. Mais c'est aussi l'armée qui a permis les premières transitions. Dans la rue, personne ne conteste son rôle suprême. Cet aspect doit aussi être pris en compte dans les scénarios de reconstruction politique, économique et sociale des pays réveillés par le souffle de la liberté. Est-ce le socle nécessaire à la fierté retrouvée du monde arabe aujourd'hui ?