vendredi, 23 avril 2010

Quelles retraites voulons-nous ?

Les conclusions alarmantes du Conseil d'orientation des retraites confirment le diagnostic établi il y a vingt ans par Michel Rocard dans son "Livre blanc". Notre système de retraite est en train de s'effondrer sous les yeux de notre classe politique tétanisée. Comme il l'avait aussi prédit, le sujet est une poudrière qui a déjà fait sauter un gouvernement. Déjà fragilisée par un niveau excessif d'endettement public, la France aura du mal à résister à l'ardoise supplémentaire de 2 600 milliards d'euros, déficit cumulé estimé des retraites d'ici 2050. Plutôt qu'un rabibochage de notre système de répartition avec des bouts de ficelle, nous devons avoir l'ambition de refonder notre modèle social. La Suède, l'Australie, la Suisse et bien d'autres pays ont fait le choix de sauver leur système de retraite en recourant à l'épargne retraite individuelle. Pourquoi ne pas élargir le débat et envisager à notre tour ces solutions qui ont fait leurs preuves ?

Loin de constituer un lien de solidarité intergénérationnelle comme les syndicats le prétendent, le système par répartition est intrinsèquement porteur d'injustices pour ceux qu'il couvre. Il n'est pas performant : les cotisants n'en ont pas pour leur argent. S'ils avaient placé l'équivalent de leurs cotisations en obligations d'Etat, les retraités actuels recevraient presque le double de leur pension. Il ne permet pas non plus de choisir l'âge du départ à la retraite, fixé arbitrairement pour tous. Avant l'heure administrative, les prestations sont lourdement amputées. Après l'heure, il n'est pas possible – dans les faits – de continuer à travailler pour un employeur ; et tout le monde n'est pas sénateur ou membre du Conseil économique et social pour profiter d'une retraite dorée. Or, nous n'avons pas tous les mêmes préférences, ni la même résistance physique au terme de nos parcours professionnels. Avec sept ans d'espérance de vie en moins par exemple, les ouvriers du bâtiment ne devraient pas avoir à cotiser aussi longtemps que les cadres et fonctionnaires, et plus longtemps que les bénéficiaires des régimes spéciaux.

Enfin, en prélevant environ un quart du revenu brut pour la seule retraite, la répartition bride la capacité d'épargne des ménages, surtout de ceux qui ont de faibles revenus. Au lieu de permettre à chacun d'accumuler du capital pour ses vieux jours, et d'assurer à ses héritiers un patrimoine protecteur, la répartition ne garantit aucune prestation définie, et ne transmet rien aux enfants. Il s'agit là d'une atteinte fondamentale au moteur d'une société capitaliste : constituer un patrimoine personnel et le transmettre en espérant que chaque génération le fera fructifier. La répartition a injustement stoppé ce processus naturel. Cet élément clef de notre modèle social se révèle en fait un mécanisme de paupérisation de la société qui explique en partie la panne de l'ascenseur social en France.

Devons-nous tenter de préserver la répartition ? Augmenter et allonger la durée de cotisation amplifierait la nocivité de ses vices. La diminution des prestations retraite n'est pas politiquement envisageable, les personnes âgées constituant l'électorat le plus mobilisé. Menacer ce qu'elles ressentent comme un dû des jeunes générations à leur égard serait un pur suicide politique. La proposition d'Alain Madelin de passer à la retraite à points – comme en Suède – fut un premier pas dans la bonne direction. Ses préconisations étant de plus en plus souvent reprises, cela prouve qu'il avait vu juste en répondant à l'une des préoccupations des cotisants. Cela restera insuffisant pour assurer la pérennité du système. Nous avons le devoir de refonder un modèle pour qu'il soit juste, viable financièrement et performant pour les générations futures.

Le passage progressif à des fonds d'épargne retraite répond aux attentes des Français. Dans un sondage récent, 46 % des Français se sont déclarés favorables aux fonds de pension. Pour rassurer les plus hostiles à la capitalisation, on peut envisager un minimum de diversification du portefeuille individuel, ainsi qu'une assurance de place envers les fraudes qu'on ne peut jamais exclure. Chaque salarié pourrait alors affecter ses cotisations vieillesse à un ou plusieurs fonds spécifiques de son choix. Intérêts et dividendes seraient capitalisés sans prélèvements obligatoires pour faire grandir cette épargne personnelle. Sur le plan pratique, nous pouvons nous inspirer des nombreux pays qui l'ont instaurée, partiellement sous la forme de retraites par piliers, ou intégralement. L'essentiel consiste à rendre les citoyens directement libres et responsables de leur retraite, l'Etat continuant bien entendu à assurer un minimum vieillesse à tous.

Osons abattre notre mur de Berlin en passant du système opaque de la répartition aux fonds d'épargne retraite. Ce changement de paradigme ne préserverait pas seulement l'avenir de nos retraites, il réconcilierait les Français avec l'économie en matérialisant le lien entre épargne de long terme et investissement durable. En étant majoritairement investis dans l'économie française, les fonds d'épargne retraite augmenteraient considérablement le potentiel de croissance du pays .

Le Monde.fr du 24 Avril 2010

 

mardi, 06 avril 2010

Réformer les retraites, réformer les mentalités

Grand-Pere.jpgLes retraites pèsent environ 13.5 % de notre PIB. Dans quelques années, elles représenteront plus de 20 %. Si on leur ajoute la sécu, calquée sur un mécanisme redistributif identique (les personnes âgées consomment des soins payés par les cotisations des actifs), ce sera 1 euros sur 3 de la création de richesse qui ira des actifs aux retraités. A ce stade, ce n'est plus de la solidarité mais du racket. Il faut se figurer que les salariés travailleront bientôt 4 mois par an pour financer leurs ainés avant même de financer écoles, transports public etc.  Ces mêmes retraités ont auparavant laissé filer la dette dans des proportions excessives sans réagir. Bon, c'est un peu la faute des jeunes qui ne votent pas autant que les retraités. A force de s'abstenir, ils ne peuvent se plaindre de leur situation et de ceux qui en ont abusé. Mais cette distorsion n'en est pas moins explosive. Si on montre les 20 % de retraités vraiment misérables, on cache les 80 % qui gagnent nettement mieux leur vie que les actifs actuels en train de ramer pour garantir leur train de vie, et qui disposent de surcroît d'un patrimoine nettement plus important. Ils ont vécu à crédit, et ce sont leurs enfants qui doivent le rembourser. Le constat est facile à dresser, mais que faire ?

 

Il y a 3 moyens d'ajuster le système actuel par répartition : augmenter les cotisations, allonger la durée de cotisation, diminuer le montant des prestations vieillesse. Selon une étude récente, les Français ne veulent pas qu'on touche à l'un de ces paramètres, ce qui aboutit à la position la plus absurde : ne faisons rien et laissons s'effondrer la pyramide infernale. Personne n'a vraiment envie d'être là quand ça se passera, même si personne ne sent vraiment le courage de sauter en tentant de réformer ce sujet explosif (Rocard avait bien raison de dire que les retraites feraient sauter plus d'un gouvernement dans son livre blanc des retraites). Ce à quoi ils sont le moins hostiles, à seulement 62 %, c'est l'allongement de la durée de cotisation. (et, à 67 %, le recul de l'âge légal de la retraite, mais quand on voit le peu d'actifs qui ont la charge exténuante de porter le système, on comprend qu'ils n'aient pas envie de faire des années supplémentaires). En effet, ils sont bien plus nombreux, à 74 %, à se déclarer farouchement opposés à une augmentation des cotisations sociales déjà exorbitantes. Quant à diminuer les prestations, n'en parlons même pas. Question à ce stade : pourquoi s'accrocher à un système condamné et injuste ?

 

La répartition est injuste : personne ne la choisit, et ceux qui en profitent le plus sont ceux qui ont les métiers les moins pénibles physiquement. Les mêmes qui ont souvent pu se contituer une épargne pour leurs vieux jours à côté de cette pyramide de Ponzi des retraites. Personne ne peut prétendre mesurer la pénibilité du travail, à moins de fabriquer une nouvelle usine à gaz accompagnée d'une lourde bureaucratie, de grilles complexes ajoutant de l'opacité à un système déjà branlant. En revanche, il est possible d'imaginer un autre système. Ce même sondage récent montre que presque la majorité des Français se déclarent favorables au système des fonds de pension. En gros, une assurance vie étendue à tous les supports. Chacun gèrerait son épargne en foncion de critères de diversification du risque.Avantage considérable des fonds de pension : en cas de décès prématuré, le conjoint survivant et les enfants hériteraient d'un patrimoine, contrairement à la répartition qui ne laisse que des feuilles de cotisation pour essuyer ses larmes.

 

Mais voilà, cela retirerait aux partenaires sociaux une prérogative colossale. Ils sont les premiers à clamer haut et fort que les individus ne sont pas armés pour assurer la constitution de leur épargne. Evidemment, ils seraient les premiers perdants en cas de transformation des cotisations perdues en épargne privée gérée par des professionnels (ce qui les exclut d'office, à moins de se reconvertir au service des salariés plutôt qu'en centrales anticapitalistes spécialisées dans la grève et la confrontation stérile avec les emplyeurs). Mais qui sait, peut-être des libéraux parviendront-ils à convaincre les 46 % de Français favorables aux fonds de pension que c'est politiquement possible.

mercredi, 27 janvier 2010

Débat sur les retraites, querelle de dinosaures

Retraites.JPGMartine Aubry avait lancé à chaud "peut-être 61 ou 62 ans". Il faut dire qu'on a même senti Chérèque hésitant. Mais elle a rapidement dû faire machine arrière après une décision unanime contraire du bureau national. Elle est revenue au dogmatisme historique du PS en affirmant, mardi soir sur TF1, qu'il n'était pas question de toucher au symbole des 60 ans. Amis dinosaures, bonsoir.

Au Modem, on ne tient pas une position aussi rétrograde. Marielle de Sarnez s'est déclarée prête à discuter des modalités d'une retraite à points, un pas dans la bonne direction. Elle sait que les Français ne sont pas dupes, ils ont compris que l'allongement considérable de la durée de vie est en train de faire exploser l'équilibre de la répartition. Malgré un taux de cotisation pour financer les retraites actuelles équivalent à près de 35 % du revenu net des salariés, nous sommes de plus nombreux à être conscients qu"un effondrement à la Madoff menace le pays dans les prochaines années. Mais devant la douleur du changement, on préfère fermer les yeux et aller jusqu'au bout. Surtout lorsque des responsables politiques comme Aubry maintiennent leur promesse que demain, on rase gratis.

Face à l'un des plus gros enjeux de l'année, et sans doute l'un des plus lourds de la décennie, la ligne du PS est simple : Français, dormez tranquilles.

Plutôt que la retraite à points (quels points, quelles garanties, quels supports ?), le PLD est partisan de réduire la part de la retraite par répartition au strict minimum, et d'autoriser les Français à investir leurs cotisations retraites ainsi rendues disponibles dans un plan individuel d'épargne retraite composé de placements monétaires, obligataires, actions et, pourquoi pas, dans une première résidence principale pour les jeunes locataires. Voilà une réforme ambitieuse qui rend aux Français une vraie liberté de choix, essentielle, sans faire disparaître complètement le filet de sécurité minimal, la répartition. Mais l'UMP ouvrira-t-elle réellement le débat face à une opposition aussi fermée que le PS ?

vendredi, 09 janvier 2009

Concours de Ponzi

Il manquait à mon analyse du 23 décembre l'excellent dessin que Vincent Bénard a trouvé et mis sur son blog Objectif Liberté :

Madoff.JPG

11:26 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ponzi, madoff, repartition | | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 23 décembre 2008

Concours de Ponzi : le vainqueur est...

...le système de retraite par répartition. La croissance constante de la dette publique figurait aussi dans cette catégorie, mais ses proportions moindres ne l'ont pas fait monter sur la plus haute marche du podium. Contrairement à l'escroquerie de Charles Ponzi, notre système de retraites a été mis en place avec le soutien des autorités publiques en France, et il est obligatoire. Les montages pyramidaux comme celui de Madoff, eux au moins, s'adressent à des investisseurs consentants. La manipulation est donc légale et (un tout petit peu) plus transparente. Au lancement de la répartition, pour bénéficier des cotisations des actifs (jusqu'à 65 ans) et compte tenu de l'espérance de vie (70 ans) il vallait mieux avoir une profession qui offrait l'espérance de vie la plus élevée (autant dire ni dans l'industrie, ni dans le BTP) pour bien vivre vieux sur le dos de ceux qui cotisaient en ayant le moins de chance d'en profiter. Quelques régimes (très) privilégiés spéciaux se sont vite mis en place dans la fonction publique, mais financés par les contribuable bien plus que par les cotisants eux-mêmes.

 

 

Hélas, les progrès de la médecine et l'amélioration de notre qualité de vie nous ont permis de vivre de plus en plus vieux, menaçant progressivement la chaîne entière. Surtout, l'évolution de la pyramide des âges a tout bousculé. Aujourd'hui, nous ne sommes pas loin de la berezina du type Madoff. Surtout sachant qu'on a doublé ce mécanisme de répartition avec un financement de l'assurance maladie sur un modèle proche. Cette année, le "trou" serait entre 15 et 20 milliards d'euros, une broutille qui ne devrait cesser de croître d'année en année.

 

Bref, l'envergure du régime est restée longtemps modeste, et le baby boom d'après-guerre a constitué le mécanisme de croissance idéal pour ce type de pyramide Ponziesque. Bref, personne n'a vu la perversité du système jusqu'aux années 80. C'est alors devenu la bombe politique. Car comme on le voit avec la fraude de Bernard Madoff, le plus difficile (et le plus douloureux), c'est la sortie de la spirale infernale. Pour être cllair, tous les derniers entrants l'ont (ou vont l'avoir) dans l'os.

 

Etonnamment, il semble que les Etats-Unis ont été les premiers à instaurer une retraite par répartition obligatoire et généralisée, lors du New Deal de Roosevelt. La France ne l'a mise en place que sous Vichy, principe validé et renforcé après la seconde guerre mondiale. Les marchés financiers et assurantiels ne permettaient alors peut-être pas d'offrir des produits diversifiés et sans frais importants à tous comme dans les décennies qui ont suivi. Le système mutualiste existait pourtant bien à cette époque. Le système de la réparition est donc simple, aussi simple que les escroqueries de base : tous les actifs entrants cotisent pour les sortants. Mais contrairement aux arnaques, les cotisants perdent de l'argent tout au long de leur vie (avec une accélération lors des ajustements imposés au cours du déclin du système) au lieu de se voir promettre des gains faramineux rapidement intenables. Au lieu de constituer une bulle qui éclate rapidement, elle peut durer plusieurs décennies avant d'atteindre ses limites.

 

Illustration : imaginons un retraité qui a gagné 1.000 euros par mois pendant 40 ans et cotisé tout au long de sa carrière à inflation nulle. Avec une somme de cotisations sociales salariales et patronales de 350 euros mensuels, il aura cotisé 168.000 euros au total (350 X 12 X 40). Ces sommes seraient devenues 323.000 euros si elles avaient été placées mensuellement à un taux de 3 % (sur 40 ans, ces chiffres restent des hypothèses, certes, mais des hypothèses réalistes; j'attends une approche actuarielle plus fine si un volontaire se manifeste), ou 411.965 euros avec 4 % de taux moyen. Avec la répartition, il n'aura droit qu'à 50 % de la moyenne de ses 25 meilleures années, soit 500 euros par mois jusqu'à la mort. Rien ne sera légué à ses hypothétiques héritiers. Alors qu'en ayant capitalisé ses cotisations, et en ne touchant qu'aux intérêts (toujours 3 %) de ses 323.000 d'épargne finale, il gagnerait 800 euros mensuels sans grignotter son capital transmissible à ses héritiers. Ou avec ses 411.965 euros, sa rente mensuelle atteindrait 1370 euros environ à 4 % !

 

Celui qui gagne 1000 euros par mois et cotise pendant 40 ans aura perdu bien plus que 300.000 de capital, et sa rente sera 30 à 60 % plus faible que s'il avait capitalisé ses cotisations. Et ceux qui cotisent pour ce système ne sont pas sûr qu'il restera suffisamment de cotisants le jour où leur tour viendra. Voilà pourquoi la fameuse "solidarité intergénérationnelle" est aujourd'hui de plus en plus fragile. Tout ça à cause d'une arnaque à la Ponzi qui remonte à 60 ans en arrière, dont les jours années sont comptées mais qui reste obligatoire.

13:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ponzi, madoff, retraites, repartition | | | Digg! Digg |  Facebook