mercredi, 13 octobre 2010

Gogo boulot dodo pour les uns, gateau magot bingo pour les autres

Syndicaliste.jpgLes uns rament en vélo, à pied ou en stop dans les bouchons, les autres ont  été transportés par des milliers de cars payés par nos impôts pour aller manifester contre les premiers. Cette société a des airs masochistes, elle aime quand les uns font du mal aux autres. Les manifestants qui paralysent notre quotidien sont, comme d'habitude, des fonctionnaires dont l'emploi est garanti à vie, et les conditions de retraite privilégiées. Ils cotisent peu, alors que les salariés consacrent l'équivalent d'un trimestre de leur travail par an (charges sociales et patronales représentent 33 % de leur salaire net) pour financer la vie de ceux qui sont actuellement à la retraite. C'est très généreux de leur part, surtout qu'ils n'ont aucune idée de ce qu'ils toucheront un jour. En fait, ce n'est pas tant de la générosité qu'une obligation légale : le  fameux monopole de la sécu.

 

Ce monopole est censé assurer notre bien à tous, sans nous demander notre avis sur la qualité des couvertures proposées (à prix d'or). Ce planisme digne de l'Union Soviétique a donné naissance à un gigantesque monopole. Ce paquebot dépend de la courbe démographique, de la croissance et de la spécialité nationale, le chômage. Le pilotage à l'aveugle de ce navire au milieu des icebergs engendre une certaine dose d'incertitude dans le pays. Les syndicats appelés sournoisement "partenaires sociaux" (partenaires de qui ? Pas des salariés qu'ils ont la mission de représenter, en tout cas) se sont vus confier les clefs de ce géant au budget supérieur à celui de l'Etat. En prime, cette institution dispose d'une combine comptable pour dissimuler ses déficits abyssaux, la CADES, afin de ne pas avoir à se remettre en question. Elle permet  enfin aux syndicats de disposer d'un stock considérable de militants et de cadres. Sans comptes opaques permettant de multiplier les sources de financements publics, sans monopole au premier tour des élections professionnelles et sans ces avantages matériels considérables, croyez-vous que les syndicats déplaceraient ainsi 1 ou 2 millions de personnes dans la rue tous les 6 ou 10 mois pour une raison ou pour une autre ?

 

Le plus grave, c'est que le dimension ouvertement politique de ces manifestations  (dont il ne faut pas se moquer) soit perçue comme un simple match entre le gouvernement et les syndicats. Le gouvernement n'a que son honneur à perdre, enfin ce qu'il en reste. Les vrais menacés, ce sont les salariés qui cotisent et seront amenés à cotiser toujours plus et à fonds perdus pour financer les retraités dans un rapport de plus en plus défavorable. La gauche et l'extrême gauche ont donc surfé sur cette mobilisation (dans le langage syndical, "mobilisation" signifie "ne pas travailler"), et entraîné les jeunes avec eux : lycéens mineurs, étudiants peu concernés par cette retraite à 62-67 ans. Le mouvement a bien sûr pris, l'UNL étant largement instrumentalisée par le PS. Mais sur le fond, tout le monde se demande ce qu'ils vont faire dans cette galère à se charger davantage pour l'avenir, à l'opposé de leur propre intérêt ? Hélas, une fois les jeunes dans la rue, plus personne ne contrôle le mouvement. Bravo Ségo et notre Méluche ronchon qui crie sur tous les toits : "la retraite, une affaire de jeunes". Et au fait, que devient Woerth ?

jeudi, 09 septembre 2010

La grève du 7 septembre coûtera 1 milliard d'euros par an aux Français

Comme à chaque rentrée scolaire, nous avons droit aux grèves et défilés habituels. Cette fois, le motif, c'est la réforme des retraites. Après tout, c'est aussi une manière de préparer nos chérubins à devenir grévistes plus tard. Bon, cette fois, une seule journée de "mobilisation" (ils sont forts, nos syndicalistes. La "mobilisation", ce sont les journées non travaillées !) aura fait plier Nicolas Sarkozy sur plusieurs points secondaires du projet de réforme des retraites, secondaires mais dont le coût est tout de même estimé à 1 milliard d'euros par an. Le pouvoir de nuisance des manifestants a donc  été de 500 à 1.000 euros par an selon qu'ils étaient 1 ou 2 millions dans la rue (en plus de l'argent que leur centrale syndicale détourne sur les fonds publics : subventions déguisées, fonctionnaires mis à disposition, etc.). Les syndicats français continuent donc à bafouer les principes démocratiques les plus élémentaires sans aucun scrupule. Ils font de la politique sans passer par les urnes, un peu comme une dictature qui suivrait un cours généralement parallèle, mais avec des croisements brutaux, au processus démocratique.

 

Il faut dire que le modèle social français leur offre un solide bâton pour nous battre. Le budget de la sécurité sociale, que les partenaires sociaux ont pour mission de gérer, est supérieur à celui de l'Etat français. Ces assurances prétendument privées sont en fait semi-nationalisées car les règles qui  les régissent sont décidées par le pouvoir politique. Cette ambiguïté est un formidable outil d'action pour les syndicats, à peu près le seul qu'ils dominent bien aujourd'hui. Aucun des deux acteurs n'est vraiment dans son rôle, le plus brutal tente donc chaque fois de l'emporter. Une vraie simplification serait une nationalisation pure et simple, totale et sans confusion. Exit les partenaires sociaux, on remplace "prélèvements sociaux" par "prélèvements fiscaux", ce qui ne changerait rien. Soit on privatise totalement les assurances sociales et on les ouvre à la concurrence afin que chaque salarié puisse choisir celles qui lui conviennent le mieux, ce que je souhaite avec ardeur. Au final, rien n'avance (si, la dette).

 

La droite est archi minable jusqu'ici, mais la gauche est encore pire. Totalement irresponsables, Martine Aubry et Benoît Hamon enfoncent le clou en exigeant l'abandon pur et simple du projet, au point de faire toussoter certains socialistes plus ouverts. Moscovici, Valls ou Delanoë (qui vient de saigner l'UMP de 1.7 millions d'euros pour financer les emplois fictifs de Chirac, cette victoire vaut bien un silence courtois sur les retraites) reconnaissent sur les plateaux ou en off que cette réforme est nécessaire. Que dirait DSK, le candidat sur toutes les lèvres, s'il était là ?

 

En attendant, la grève reprend le 23 septembre. Peut-être qu'un durcissement de ce conflit social est souhaitable pour le mouvement libéral dans son ensemble. La droite affaiblie cèdera sans doute, mobilisant encore davantage son électorat contre elle... au profit de libéraux moins  carriéristes mais plus ambitieux pour l'avenir du pays.

 

mardi, 18 septembre 2007

Comment Jose Pinera mit en place la réforme des retraites au Chili

a6b13596f3fd71ea22651ec069a9ead2.jpgCécile Philippe, présidente de l'Institut Molinari, est à l'origine d'une rencontre extrêmement enrichissante avec une grande personnalité réformatrice du monde moderne. Lundi soir, en présence de Pascal Salin, d'Edouard Fillias, de Sabine Herold, de Vincent Ginocchio et de militants libéraux, nous avons eu droit à un passionnant échange avec Jose Pinera, ancien ministre du travail du Chili. Dans un contexte de grande tension à la sortie de la guerre civile, il a su transformer un modèle social archaïque en un système responsabilisant et dynamique. Résultat : le Chili a rejoint la communauté des pays riches en vingt ans de forte croissance ininterrompue.
 
 
Pour en arriver là, ce jeune professeur de Harvard a dû ferrailler dur, convaincre et mettre en oeuvre des mesures complexes et bouleversantes pour son pays. En 1978, Jose Pinera est rentré dans le gouvernement Pinochet alors que, contrairement aux Chicago boys, il était enseignant à Harvard où il avait obtenu son Doctorat quelques années auparavant. Pris entre un embargo des Etats-Unis et une menace de conflit avec l'Argentine, le Chili connait une période très difficile à la sortie de la guerre civile déclenchée par Salvador Allende et terminée par sa destitution par le Parlement en accord avec la constitution du pays. La junte militaire se montre rigide et peu sensible aux argumentations économiques du jeune économiste. La tension politique est palpable avec les exactions de cette même junte. Il parvient tout de même à expliquer les bienfaits de son plan d'action en termes de résultats et d'image pour les dirigeants. Comme il le dit lui-même, présidents élus démocratiquement, évêques ou tyrans ont la même obsession de l'image et de leur popularité.La répression de l'opposition politique mise à part, ils ne font rien si les mesures leur attirent l'opprobe.
 
 
f1290ac11299390da30fbf8437c38d3f.jpgPremière étape, réformer l'environnement syndical conjointement avec le marché du travail. Il rétablit la liberté syndicale, suspendue depuis 1973, et va jusqu'à défendre un responsable syndical, Manuel Bustos, contre les généraux en 1981. Dans le même temps, il rend les syndicats responsables de leurs actes. Ceux-ci ne disposent alors plus du monopole de la représentation des salariés, ne peuvent plus prendre en otage le pays comme nos cheminots ou nos postiers. Le marché du travail devent soudainement bien plus flexible, les embauches se multiplièrent comme jamais auparavant.
Deuxième acte, basculer d'un système de retraites par répartition, condamné et profondément injuste, en un système de retraite par capitalisation. Le rendement est bien plus élevé dans la durée pour chacun, le pays dispose enfin de capitaux qui viennent s'investir dans son économie et chaque Chilien décide librement de son âge de départ à la retraite. Parallèlement, les frontières sont ouvertes afin de faire profiter au pays du libre-échange, malgré les protestations des entreprises chiliennes qui craignaient, à tort, la concurrence du reste du monde (tout en appréciant les gains de productivité acquis avec l'accès aux technologies du monde entier). Après l'ouverture des frontièrs et l'abolition des corporatismes et monopoles, les Chiliens ne voulurent plus faire marche arrière tant les bénéfices de cette politique furent élevés. Tout au long de sonministère, il publia des articles en faveur du respect des Droits de l'Homme alors que le chef de la Junte, Pinochet, commettait ses exactions et réprimait la plupart des voix d'opposition. Pas la sienne.
 
 
 
 
Résultat évident, 25 ans après : le Chili a retrouvé un régime démocratique rapidement, dans un contexte économique porteur. Il a su éviter les erreurs de l'Argentine qui l'ont plongée dans une grave crise il y a quelques années. Bref, un succès économique et social malgré les années noires de Pinochet qui sont venues répondre au désastre Allende avec une grande brutalité. Il participe, partout dans le monde, aux chantiers de passage à la capitalisation.Le think tank "International Center for Pension Reform" est un grand succès. De nombreux pays ont depuis suivi cette voie avec ses conseils : Royaume Uni (1986, merci Margaret !), Pérou (1993), Argentine, Australie, Danmark (1994), Hongrie (1994, bye bye communism), Hong Kong, Pologne, Suède (avec une tranche réduite par répartition, le reste par capitalisation)... Aujourd'hui, Jose Pinera travaille pour la Cato Institute, l'institution américaine libertarienne par excellence. Il continue à se battre, avec un enthousiasme intact, pour nos libertés inaliénables.
 
 
Note : le matin même, Jose Pinera était longuement entendu par des membres de la Commission Attali pour la Croissance, si cela peut donner un peu d'espoir à certains d'entre vous.

21:50 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Jose Pinera, Chili, réforme des retraites | | | Digg! Digg |  Facebook