mardi, 24 mars 2009

L'aide au téléchargement coûte cher

Sébastien Budin est un gentil garçon. Depuis quelques mois, il est facteur, comme le timbré. C'est ce qu'il raconte sur son site. Passionné d'Internet, il a lancé plusieurs sites. L'un d'eux, Station-divx, est conçu comme un catalogue de films accompagnés de leur fiche de présentation assez complète, avec en accompagnement « un lien vers le film payant sur rue du commerce et une occurrence de mots clés permettant d'affiner les recherches sur emule ». Là, ça devient embêtant. Il persiste et signe, sans encore se douter du caractère illégal de son travail, et lance un site de même nature spécialisé dans le X (Marc Dorcel, l'une de ses cibles, le poursuivra bien évidemment comme tous les producteurs visés). L'ennui, c'est que Sébastien appartient à la génération qui a vu l'émergence de sites comme napster ou emule. Les fichiers de films sont des produits immatériels soumis au droit d'auteur. Les mettre à disposition du grand public de manière illicite s'apparente à de la contrefaçon. Visiblement, le seul fait de mettre des liens va aussi assez loin. Alors qu'aucun des fichiers illicites n'apparait sur son propre site, Sébastien vient dêtre condamné à 130.000 euros d'amende et dommages et intérêts, ainsi qu'à un an de prison avec sursis pour ces simples liens. Avis aux amateurs.

 

Sébastien estime cette condamnation profondément injuste. « Google référence directement les liens vers les sites proposant le contenu soumis aux droits d'auteurs. De même, Mégaupload, rapidshare, free, ces espaces de stockage en ligne hébergent directement à titre gratuit voire payant des films, musiques, et autres fichiers que les internautes mettent en ligne sans limite. », fait-il remarquer sur son site. Il a donc fait appel de la décision (au moins pour l'effet suspensif). Il me semble qu'en l'état actuel des choses, on ne puisse pas comparer le fait de présenter quelques liens ici et là avec la mise en place massive d'une automatisation des liens vers le téléchargement illicite. Mais je ne suis pas juriste. J'attends avec impatience l'analyse de Me Eolas (plutôt zen sur la loi HADOPI) sur cette affaire.

 

Sur le plan moral, cette condamnation me semble tout de même très excessive, surtout si on remet cette erreur de jeunesse dans son contexte. Elle aura certainement des répercussions sur le débat, élargissant le clivage entre les jeunes et leurs aînés. La question de la copie d'oeuvres numériques est remise en cause chaque jour un peu plus. Nier cette évolution importante et culturelle nous mène à une impasse qui sera de moins en moins tolérée comme le précise le Parti Libéral Démocrate.

 

Rassurons-nous, des sites installés sous des cieux plus cléments, ou qui ont une lecture différente de l'exception au droit d'auteur pour copie privée, proposent ce même type de prestation. La lutte du marché contre les mauvaises lois continue.

lundi, 02 avril 2007

Paris cité policière : je ne suis pas seul à le penser

Lorsque j'expose en public mon sentiment d'insécurité à cause du trop grand nombre de policiers dans nos rues, je lis sur les lèvres de mes interlocuteurs un sourire amusé. "Il est naïf", pensent-ils. Peut-être ont-ils raison. N'empêche...

 

Et voilà que dans le Monde du jour, Claude Lanzmann aborde la question avec un ton provocateur que je n'aurais pas osé utiliser. Certes, il n'a pas la langue dans sa poche et pousse souvent des thèses un peu trop tranchées à mon goût. Toujours est-il que la lecture de son sentiment m'a fait un bien fou. Je sais enfin que ne suis pas seul à le penser :

Paris - et la gauche y a contribué autant que la droite - est à la lettre une cité policière, la plus gendarmée de toutes les capitales d'Europe. Impossible de parcourir plus de 500 mètres sans tomber sur une voiture de police, sirène hurlante ou pas, sur un fourgon plus volumineux, sur des argousins à rollers, particulièrement hargneux, des cyclistes bleus à VTT qui fondent sur leur proie à l'instar des cavaliers de la vieille police montée, des groupes pédestres de quatre ou cinq, cinq ou six, embusqués en des lieux où la "faute" ne peut pas ne pas être commise, encerclant le coupable comme s'il était un grand criminel.

 

Savoureux. pendant que l'honnête citoyen se fait racketter par une police pourtant payée sur ses propres deniers, certaines zones restent abandonnées par les troupes du Ministère de l'Intérieur. Montfermeil et Clichy-soussBois, plus de 50.000 habitants, n'ont toujours pas de commissariat. Pendant que les honnêtes gens tremblent en rentrant le soir chez eux dans ces quartiers abandonnés par l'Etat régalien, les honnêtes gens tremblent au volant dans Paris. 

 

Coup de sifflet. "Papiers, siouplait". "Kezkejaifait ?". les ennuis commencent, ils trouveront bien ce que vous avez mal fait. Pourtant, pas d'accident depuis 10 ans. Rassurez-vous, on vous saigne pour votre bien. L'alibi de la sécurité routière (qui s'est nettement améliorée sur nos départementales et nos nationales, principaux lieux à accidents graves). Et puis il y a le "plan" :

 

Le but est clair et maintenant avéré : priver les automobilistes des points de leur permis pour leur interdire de conduire, les dégoûter en jouant sur leurs nerfs et en leur faisant perdre un temps tel qu'ils renonceront d'eux-mêmes à conduire et choisiront les "transports en commun".
Quels transports ? M. Baupin expérimente-t-il l'impossibilité de trouver un taxi aux heures de pointe ? A-t-il tenté quelque chose contre le malthusianisme scandaleux de cette corporation ? A-t-il raté des trains parce que le RER s'arrête brutalement dans un tunnel pendant de longues minutes ?...

 

Exactement la réalité, sans en rajouter.

 

Mais pendant qu'on persécute le citoyen qui passe un coup de fil ou qui a raté une ligne blanche dans le chaos directionnel du centre de Paris, tout ceci "pour son bien" bien entendu, on expose les piétons à tous les dangers avec le tram des maréchaux et les voix de bus totalement sauvages. Suivez le boulevard Montparnasse, et vous comprendrez que ce qui vous faisait rigoler en jeu vidéo est nettement moins confortable lorsque le scénario devient réalité. Les couloirs sont un coup au centre, un coup sur un bord de l'avenue, sans logique, et traverser devient plus qu'hasardeux si vous n'êtes pas extrêmement discipliné. Vous regardiez à gauche ? Mais à ce niveau, les bus viennent de la droite. Ensuite, c'est à nouveau à gauche qu'il faudra regarder. Puis à droite. Si vous lisez le journal en traversant comme il y a encore peu de temps, vous ne survivrez pas jusqu'à l'édition du week-end. Par ailleurs, savez-vous qu'une vielle loi interdit aux piétons de traverser hors des clous ? Visiblement, cette infraction piochée parmi les 27.000 recensées revient à la mode. Les premiers PV sont tombés sur quelques malchanceux.

Je propose une prochaine étape dans ce sens : le permis à points pour le piéton domestiqué. Pour son bien. Traversée hors des clous ? 1 point. Au feu vert ? 2 points. Vive le progrès répressif !

 medium_Stickers_points_permis.jpg

Pour votre bien. 

 

 

Merci Monsieur Lanzmann