vendredi, 06 février 2009

Prestation de Nicolas Sarkozy

Sarkoshow.jpgNicolas Sarkozy a réussi son show hier soir. Très bon sur la forme, toujours aussi incohérent sur le fond, le petit père du peuple veut à la fois faire évoluer les mentalités et libérer les énergies... et tout encadrer. On retrouve chez lui cette schizophrénie bien française : moins d'impôts mais plus d'Etat, maintien du service publlic mais avec davantage de concurrence, attirer les capitaux et libérer les entreprises de leurs carcans mais encadrer les salaires et gérer la distribution de leurs bénéfices à leur place. Hautement acrobatique.

 

J'ai beaucoup apprécié l'analyse à chaud de Vincent Bénard :

Quel dommage qu'économiquement, son discours soit toujours aussi contestable, même si ça et là percolent quelques aspects positifs au milieu d'un ensemble toujours aussi brouillon, dépourvu de ligne directrice claire, et où le fonds étatiste reste très prégnant.

 

Dans le plan de comm' du chateau sa défense spontanée de l'intervention de Sarkozy dans l'organe de presse officiel le Figaro, Etienne Mougeotte ose terminer "Le grand tournant" par une critique prudente, sans s'encombrer de la contradiction évidente qui émane de sa phrase :

"Encore faudra-t-il une vigilance extrême du président de la République pour que l'État protecteur ne devienne pas ce monstre Léviathan toujours prêt à nous étouffer pour assurer notre survie. "

 

Il faut dire que le paragraphe précédent de cette propagande cet éditorial rendait bien le ton général du caractère assez dirigiste des propositions d'hier soir :

La crise oblige à un retour de l'État dans toutes les économies des grands pays développés. La France désormais n'échappera pas à la règle commune. Il est légitime que l'État revienne parce que les Français le souhaitent pour se protéger.

 

J'aimerais bien que le grand Etienne m'explique quand l'Etat s'est retiré. Plus qu'un grand retour, j'observe plutôt une accélération de son extension ininterrompue. Les critiques de la gauche et des syndicats relèvent plus de la posture (ou de l'imposture) et n'apportent hélas pas grand-chose de neuf au débat. Les applaudissements de la droite sont tout aussi stériles. Nous ne sommes pas près d'avoir un vrai débat de fond. La CGC décroche la palme du commentaire inutile (sert-elle à autre chose ?) :

Il y a des choses intéressantes mais sans aucun axe stratégique clair.

 

Soyons positifs, Nicolas Sarkozy a fait des efforts et a pu montrer quelques traces de rudiments d'économie. C'est nouveau. Mais encore bien insuffisant pour affronter la crise actuelle.

12:20 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, reformes, crise | | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 26 janvier 2009

Plan de relance : la grande illusion

Logo la Tribune.gifPublié dans la Tribune du 23/12/08

(après une mise en ligne en décembre sur ce blog et sur le site du Parti Libéral Démocrate)

 

La crise financière n’a pas que des mauvais côtés. Elle a incité les grands pays à coordonner leur action et renforcé la dynamique de la mondialisation. Loin d’une « refondation du capitalisme » préconisée par Nicolas Sarkozy, le G20 à Washington a réaffirmé avec vigueur son attachement au jeu de la concurrence et au libre-échange. La crise révèle aussi des failles importantes. Derrière l’apparente relance de la construction européenne, l’Union Européenne subit un stress important. Les interventions publiques massives ont montré leurs limites et engendré de nouveaux dangers sans ramener la confiance des acteurs économiques. Aujourd’hui, le clivage grandit entre la France et l’Allemagne autour de l’orthodoxie budgétaire, et plusieurs pays de la zone euro connaissent des difficultés pour financer leurs besoins. Dans un tel environnement, les plans de relance sont périlleux et d’une efficacité contestable. S’il a la volonté de faire des choix difficiles, le gouvernement dispose d’autres moyens éprouvés pour favoriser la reprise.

 

Lire la suite

lundi, 12 novembre 2007

Poker menteur sur les rails

Les syndicats du secteur public veulent nous faire revivre 1995 : 5 semaines de grèves dévastatrices qui ont fait de Chirac la loque que nous connaissons. Nicolas Sarkozy et François Fillon veulent refaire 2003 pour mieux continuer les réformes au rythme actuel et asphyxier leurs adversaires. Les syndicats savent que Sarkozy n'a pas le choix, et que l'opinion est avec lui. S'ils ne sentaient pas leur base aussi chaude, ils seraient certainement moins pressés de descendre dans la rue. Eux non plus n'ont plus le choix. S'ils cèdent ici, ils savent que Sarkozy abordera en position de force les négociations autour de la refonte du Code du Travail, de la vie syndicale et de multiples autres sujets qui, eux, pourraient se retourner plus facilement contre lui que les régimes spéciaux.

 

 

a47ac0e39aafadbb3f23791b61f49b37.jpg«Le mouvement de grève annoncé, coûteux pour ceux qui y prendront part, n’apportera rien de bon pour l’entreprise et les cheminots» 

 

Anne-Marie Idrac n'est pas née de la dernière pluie, et la lutte contre ce "mouvement social" semble plutôt bien préparée cette fois-ci (les facs occupées ont vite été fermées pour limiter la propagation du mouvement). En écrivant à ses 160.000 cheminots pour proposer des aménagements importants sans passer par leurs représentants, en négociant avec un syndicat minoritaire mais surpuissant, la FGAAC, elle est parvenue à diviser les rangs syndicaux. Objectif : faire de la grève du 13 novembre un demi-succès...ou plutôt un demi-échec en vue de la grande mobilisation de toute la fonction publique, une semaine plus tard. 

 

Les syndicats de la SNCF sentent bien le risque. En accusant leur présidente de «semer le trouble sur le terrain pour diviser les cheminots et minimiser les effets de la grève», ils avouent être en position fragile. Les salariés vont-ils jouer quitte ou double compte tenu de l'ambiance, des sondages, de la posture du gouvernemnt et dui risque de perdre leur salaire pour rien en faisant une grève inutile ? Il semble déjà que la CFDT et la CFE-CGC, qui représentent 18 % des cheminots, seraient en train de négocier pour se retirer du mouvement. Bref, une fois de plus, la stratégie de rachat des privilèges et de négociation musclée semble porter ses fruits. Nous avons une bonne chance de ne plus entendre parler de grève ­à la fin du mois. Cela dit, rien n'est joué.

vendredi, 02 novembre 2007

Tempête dans un verre d'eau

Le réchauffement se traduirait par une accélération du dérèglement climatique. En français : "Ya plus d'saison, ma bonne dame". Remarquez que la formule a peu changé depuis les années 70, et mes parents pourraient confirmer qu'on disait déjà ça juste après la guerre. Pareil en politique. Et là, je l'avoue, ça tire trop vite dans tous les sens, je suis largué. La commission Attali veut faire sauter le "principe de précaution" de la constitution, els lois Galland et Royer/Raffarin, le code du travail et les licences de taxi, officiellement ou en "off". Là-dessus, le Medef négocie la refonte du contrat de travail avec les syndicats, le Grenelle de l'environnement finit en gosplan qui veut faire de nos vies un enfer fiscal, réglementaire et fondé sur la prohibition et la commission balladur lance le chantier de réforme des institutions. Qui suit encore ? Pour simplifier le tableau, les syndicats vont bloquer la France dans 15 jours, histoire de faire une vraie ratatouille molle de l'ensemble. Les rares mesures libérales s'empilent avec un keynésianisme raté et, bien pire, la tentation d'un vrai retour à la planification la plus sordide, le tout dans une opacité totale, et en retouchant  dans le même temps nos institutions... mais sans déplaire à Sarkozy qui a un oeil sur tout et tout le monde. Fadela Amara attaque le PS en le pointant du doigt à l'assemblée, elle est défendue par la droite qui a ainsi sa "beurette de service" comme bouclier anti-gauche, surtout après l'épisode malheureux des tests ADN, laquelle ne parvient pas ­à sortir de ses contradictions d'ENArques parisiens adeptes de la "pensée unique". Pensée insipide tout à fait digne de celle de la droite. Bockel (ex PS) sera tête de liste UMP aux municipales. La gauche est à droite, la droite est perdue. Tout le monde patine dans ce bourbier guignolesque, personne ne suit plus ce qui se passe vraiment, et allez expliquer ça à vos électeurs sur le terrain. Chaque jour, les médias effacent les discussions de la veille en ouvrant un nouveau chantier majeur, sans cohérence avec le reste. On en a le tournis.

 

Bref, personne ne sait où on va. Le barrage a laché, le flux est parti, rasant tout sur son passage sans distinction des tendances, des couleurs politiques, sans cohésion non plus. Les sondages suivent encore, mais jusqu'à quand ? Derrière cette tempête que personne ne peut plus arrêter, quelles sont les mesures structurelles qui vont débloquer notre pays ? Même en regardant à la loupe, pas grand chose. C'est vraiment une tempête dans un verre d'eau. Le vrai changement, ce sont les mentalités des Français, dorénavant prêts pour des changements plus radicaux. Il est temps que Nicolas Sarkozy comprenne que la confusion actuelle n'est pas seulement favorable au changement des mentalités, elle l'est aussi pour des mesures réellement audacieuses : vaste réforme du syndicalisme, simplification drastique du code de travail, ouverture du débat sur la sécurité sociale et notre modèle social, statut de la fonction publique.

 

Monsieur le président, vous avez du courage, vous avez de l'audace. Ayez aussi l'intelligence de faire les bonnes réformes derrière le brassage d'air actuel. Profitez de la confusion que vous avez instaurée vous-même !

vendredi, 17 août 2007

100 jours de Sarkozy : premiers bilans

Dernière intervention en date, notre président de la république vient de juger "essentiel" que les dirigeants des principales économies mondiales [c'est à dire les politiques bien entendu, il n'y a aucun doute pour lui] "veillent à la transparence du fonctionnement des marchés et à la capacité pour ces derniers de financer de façon efficace et stable l'économie mondiale". Cette transparence "est le principal instrument de régulation sur lequel nous pouvons nous appuyer" ajoute-t-il. Du grand discours gaulliste comme les Français les aiment. Angela a réagi avec un certain agacement puisqu'elle demande elle-même l'ouverture de ce débat depuis des mois (avec d'aussi mauvais arguments que lui, il faut bien l'avouer). Mais on est star ou on ne l'est pas, et une fois de plus, notre Nico a doublé tout le monde sur un thème qui fâche.
 
 

Mais pendant que Sarkozy  brille dans les médias internationaux, l'Allemagne avance discrètement sur la voie des réformes structurelles. Le ministre fédéral allemand de l'Intérieur, le chrétien-démocrate Wolfgang Schäuble, vient d'affirmer tranquillement que les 360.000 fonctionnaires fédéraux étaient également concernés par la retraite à 67 ans qui se généralise en Allemagne. L'équivalent allemand de la SNCF va être partiellement privatisé, avec l'objectif d'ouvrir davantage le capital aux investisseurs privés dans les prochaines années. Le vent de la flat tax se rapproche avec la République Tchèque en passe de l'adopter comme tant d'autres pays d'Europe centrale ou d'Europe de l'Est. Bref, le pays se libéralise doucement dans le sillage des premières mesures du gouvernement Schroëder et avec le soutien ferme d'une Angela Merkel résolument motivée pour faire de son pays un moteur pour l'Europe.
 
 
En France, les mesurettes s'empilent sans trop de cohérence à ce stade. Déjà, les premières analyses des 100 jours du gouvernement Sarkozy arrivent.  Jacques Marseille, Sarkozyste enthousiaste de la première heure,  ainsi exprimé son impatience agacée dans le Point :
 
Si le gouvernement voulait ménager Bernard Thibault, Bruno Julliard ou Gérard Aschiéri, il ferait une lourde erreur. Les seuls dont il doit tenir compte sont les 19 millions de Français qui se demandent simplement, au terme des cent premiers jours de ce qui devait être une nouvelle donne politique : « La rupture, c’est pour quand ? »
 
 
Allons, soyons un peu plus positifs et observons les évènements à la rentrée. Après les reculades pré-estivales, nous sommes tous impatients d'entendre la prochaine vague de mesures... ainsi que la réaction de nos syndicats d'avant-garde aux premières réformettes. Soyons optimistes, le code du travail, la réforme de l'Etat ou le modèle sociale seront certainement les priorités des prochaines réformes.

19:43 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Allemaghne, réformes, Nicolas Sarkozy, Angela Merkel | | | Digg! Digg |  Facebook