vendredi, 09 mars 2007

Proxénète sans le savoir

L'histoire d'un informaticien malheureux rappelle la douloureuse situation des prostitué(e)s français(es) et des personnes qui tournent autour d'eux/elles. Ce jeune homme de 27 ans aux lunettes cerclées ne paye pas de mine. Pourtant, qui comparaît devant le tribunal correctionnel de Bobigny car devant la loi, «qu'il le veuille ou non, il est bien un proxénète». Et il risque à ce titre jusqu'à sept ans de prison et 150 000 euros d'amende à cause de ses nombreuses créations virtuelles sur le net.

 

L'histoire avait pourtant bien commencé. Tombé amoureux d'une belle jeune femme en 204, il découvre qu'elle est Escort Girl (sous le nom de Ginger si jamais vous l'avez croisée...). En février 2005, à sa demande, notre jeune informaticien lui construit son propre site gratuitement. Cela lui prend à peine une nuit (certes, Ginger demande 1.000 euros pour la nuit, mais là nous baignons dans les sentiments plutôt que dans le business) : Ginger75.com est né. La jolie Pascaline pose un peu dévêtue, rien de vraiment choquant sur ce site très simple et sobre.

 

Voilà que toutes les copines de Pascaline rappliquent : Pénélope, Samantha, Jennifer, Tania, Noémie... Sous leur pression, il accepte alors une rémunération de 600 à 1.200 euros (au lieu du taif habituel de 2 000 à 3 000 euros pour de telles prestations : ce job est visiblement mieux payé qu'une nuit avec une magnifique call girl) : «C'était un forfait qui comprenait les photos, la bannière, le référencement». Bref, ses longs efforts lui rapportent 9 000 euros bien mérités. Il continue son activité même après sa rupture avec Pascaline en novembre 2005.

 

medium_Ginger.jpgEt quelques mois plus tard, il lâche ce petit milieu qui ne le ragoûte pas vraiment : «Je me suis dit que c'était pas mon truc». Et d'ajouter : «Je n'ai jamais voulu en faire une industrie.». Mais voilà, c'est trop tard. Les fruits de son travail ont déjà été détectés par les ordinateurs de l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale. Arrêtée par la brigade de répression du proxénétisme, placée en garde à vue, Pascaline livre le nom de son ancien petit ami. Ce dernier se rend à la police dès qu'il apprend qu'il est recherché.

 

Il faut préciser que la loi punit le simple fait d'aider, d'assister ou de protéger la prostitution d'autrui. Or, depuis qu'un ministre a remis au goût du jour la prévention du racolage passif, ces jeunes femmes sont contraintes à de nouveaux modes de communication : l'e-commerce. Si le droit pénal ne punit pas la prostitution, il sanctionne lourdement son exposition et, surtout, le proxénétisme au sens large. Le simple fait de louer un appartement à u(e) prostitué(e) ou de vivre avec quelqu'un vivant du commerce du sexe peut être ainsi poursuivi par ces lois immorales.

 

Pourtant, des messages presque identiques sont publiés au prix fort dans des journaux parfaitement légaux. Eux vivent très bien de la promotion des escort girls et ils ne risquent rien. Selon l'avocat de notre victime de la loi: «Il faudrait que les cybergendarmes de temps en temps quittent leurs écrans et achètent ce type de publication.» 

 

Verdict : quatre mois de prison avec sursis. Et la condamnation n'est pas inscrite à son casier. La balle a sifflé à ses oreilles pour cette fois. La question mérite d'être revue afin de permettre aux travailleurs du sexe de vivre une vie normale, de faire appel à des prestataires de service pour assurer leur promotion, leur sécurité ou d'autres services importants sans passer sous le coup de la loi. Le sujet est tabou pour nos vieux élus. Pour la nouvelle génération, ce type de question ne peut éternellement rester dans l'ombre.