dimanche, 17 septembre 2006
Commerce équitable : ajouter le cannabis à la liste ?
Soyons clairs. La drogue est un produit nocif, détestable dont je ne souhaite absolument pas encourager la consommation. Il m'est arrivé de chichonner un peu. C'est comme les murges, c'est drôle jusqu'à un certain âge. Ensuite, le côté un peu ringard l'emporte...sauf si un oinj tourne au sein d'un groupe de bons copains. Bon, le débat n'est pas là. Quel est l'état des lieux ?
Les politiques sur les drogues privilégient depuis longtemps la prohibition de la production, du trafic, de la vente et de la consommation d'un large éventail de substances classées illicites. Le seul résultat de l'emploi massif de forces de police et d'autres ressources à cette fin, c’est l’envol des prix de ces produits interdits. Les gains de ce marché lucratif ont nourri la croissance de réseaux criminels organisés, avec les conséquences dramatiques que nous constatons régulièrement. Notamment, les mafias qui vivent du trafic de drogue incitent à la criminalisation de la clientèle qui souhaite financer sa consommation au prix fort. La prohibition ne permet pas non plus le contrôle de la qualité des produits. Cette absence de contrôles expose les consommateurs à des risques qui dépassent souvent la dangerosité des substances elles-mêmes.
Le développement de ce marché grâce à la prohibition incite aussi des pans agricoles entiers de pays en voie de développement à se tourner vers la production de ces produits demandés. Les hauts plateaux marocains produisent un volume colossal de cannabis pour servir le marché européen. Or, le prix payé aux paysans est faible, très faible rapporté au prix servi chez nous sous le manteau. Il y a là matière à fonder un réseau de production et distribution labellisée "commerce équitable", non ? La Drug Policy Alliance ne va pas jusque là mais défend une approche non répressive de la question des drogues. Ses directeurs ne sont pas des illuminés mais des personnalités sensées telles que Georges Soros, le directeur financier de Virgin, de prestigieux universitaires, un mélange d'hommes d'affaires et de responsables d'ONG environnementales, de lutte contre le SIDA ou contre les dépendances aux drogues et à l'alcool. Etonnant, non ?
Résultat, notre politique, qui figure parmi les plus répressives d’Europe, aboutit à l’un des taux les plus élevés de consommation de cannabis chez les jeunes, qui sont également atteints par les effets nocifs de l’alcool ou de la cigarette. La consommation de produits toxiques, qui incluent l’alcool et la cigarette, se banalise. L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) révèle que l’usage régulier d'alcool touche 18 % des garçons et 6 % des filles de 17 ans, et que les «ivresses régulières» progressent : presque un jeune sur deux dit avoir bu au moins 5 verres d'alcool en une seule occasion au cours du mois précédent. Presque un tiers des jeunes de 17 ans dont fumeurs quotidiens. Enfin, 15 % des garçons de 17 ans et 6 % des filles consomment régulièrement du cannabis, même si un jeune sur deux l’a expérimenté. Plus grave, presque 6 % des garçons conduisent parfois leur deux-roues après avoir bu et fumé un joint. Clairement, nous sommes loin d’une situation acceptable.
J'ajoute aussi que la consommation française de psychotropes licites, notamment les anti-dépresseurs, est l’un des plus élevés de l’OCDE. De ces médicaments prescrits, de l’alcool, du cannabis ou des autres produits illicites, qui peut juger objectivement de leur nocivité respective ou de leur degré d’addiction ?
Après tout, qui peut légitimement juger des limites à fixer à notre plaisir personnel ? Un échange libre entre adultes consentants pleinement responsables ne devrait pas être l'affaire de l'Etat. N’évoquons même pas l’usage prohibé du cannabis à des fins médicales alors que la prescription de morphine, bien plus lourde de conséquence, est autorisée. Bref, les critères de la prohibition ne sont pas clairs. Hélas, la prévention est rendue d’autant plus difficile qu’elle concerne des comportements jugés délictueux. Il s'agit simplement d'en finir avec l'hypocrisie : oui, les drogues peuvent provoquer des accoutumances. Menons donc une politique de prévention par l’information, par le renforcement des moyens des centres de désintoxication. Légaliser, bien le débat soit compliqué, c'est s'attaquer aussi à cette forme d'insécurité.
Une première étape consisterait à enfin permettre de faire pousser du cannabis chez soi pour usage personnel. C'est facile, pas cher et la qualité du produit fini est sûre. Mieux que du bio ! Le matériel existe et ne coûte pas cher. les graines sont vendues par correspondance. Inutile de chercher dans le catalogue de la Redoute ou de Truffaut, ils ne proposent encore rien sur ce créneau. En France, un réseau de boutiques, les "growshops", peuvent déjà vous conseiller...
Ensuite, il serait audacieux d’expérimenter pendant 5 ans, dans un cadre strictement encadré, la production et la vente du cannabis et de ses dérivés. Une taxe équivalente à celle du tabac sur le cannabis serait destinée à financer l’information préventive et les centres de désintoxication Si cette expérience de légalisation encadrée de produits cannabiques se déroule bien au terme de la période d’essai, il serait plus facile d'ouvrir un débat national, fondé sur les mêmes principes, concernant la cocaïne ou l’ecstasy, produits extrêment banalisés. Encore une fois, les termes du débat visent à tuer une économie souterraine extrêmement dangereuse et à privilégier une approche préventive et des traitements curatifs aux punitions inutiles dans le cas de la toxicomanie. Nous n'en sommes pas là en France, sinon sur les plateaux d'Ardisson et dans certains milieux, notamment certains cercles festifs du monde de la culture ou de la pub.
17:20 Publié dans Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
| Tags : joint, drogue, cannabis, prohibition |
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