vendredi, 04 septembre 2009

Contrôle du prix du livre, bientôt la fin ?

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mardi, 26 mai 2009

Ah les vaches, le lait baisse !

white.JPGUn nouveau drame menace notre pays cette semaine : la baisse du prix du lait. Alors que les exportation de lait baissent, l'entente semi légale qui régnait sur le prix du lait a sauté sur décision de l'autorité de la concurrence...qui voulait étrangement davantage de concurrence. On ne peut pas punir Intel d'un côté, et laisser les producteurs de lait fixer arbitrairement leur prix dans un marché fermé de l'autre. Enchantée par la flambée des prix hier, la filière se dit aujourd'hui menacée et exige le retour à l'encadrement des prix du lait, et du blé ou de l'oseille des généreux contribuables solidaires. Tout le monde en profite pour dénoncer les dégâts d'un libéralisme prétendument débridé. Michel-Edouard Leclerc, qui sait bien user et abuser des règles tordues actuelles, analyse un peu la réaction court-termiste de la profession pour qui : "les frontières de l’Europe commencent à la sortie du département." Dans tout ceci, on oublie qu'entre les producteurs et le consommateur final, un secteur continue à fonctionner en "bonne entente" en tondant ses partenaires des deux côtés : la grande distribution a tant fait pour le monde politique en France, qu'elle a bien été récompensée en retour.

 

D'abord, la loi Royer (alourdie par la loi Raffarin jusqu'à ce que la LME revienne dessus) protège une oligopole de 6 ou 7 groupes de grande distribution qui ont quasiment cartellisé le secteur, et qui font régner leur loi aux consommateurs mais aussi aux producteurs (et aux politiques). Leurs marges sont considérables, et Lidl et autres hard discounters n'ont aucun moyen de s'installer pour faire chuter les prix. Bref, nous ne nageons pas franchement dans un monde libéral, mais plutôt dans une version dirigiste et sur-réglementée qui interdit la régulation du marché. Que les économistes de gauche comme de droite dénoncent cet état de fait depuis des lustres n'y change rien, même pas les promesses de campagne de Nicolas Sarkozy pendant la présidentielle. Les enjeux politico-financiers sont bien trop importants pour que nos gouvernants laissent ce marché à sa "spontanéité".

 

Allons-nous donc voir les producteurs de lait diminuer leur production et leur nombre, comme cela se produit dans tous les secteurs, redoubler d'énergie pour attaquer les marchés extérieurs ou innover (vaches nourries à la vodka et au kahlua pour traire directement du white russian, par exemple) ? Nous en avons la capacité et le talent. Mais la facilité, c'est de ne rien changer et de faire porter les efforts aux autres. Comme le dit le grand connaisseur Michel-Edouard Leclerc : "Quel paradoxe que ces comportements, quand on sait la contribution de l’agroalimentaire français à notre balance commerciale, et la performance de nombreux groupements de producteurs (porcs, volailles, vin, etc…) sur les marchés étrangers. Quelle fracture culturelle au sein même du monde paysan. " Non, notre spécificité nationale, c'est qu'on ne change rien et qu'on monte les prix arbitrairement, au mépris des règles élémentaires de la concurrence. Et oui, comme on le constate souvent, le principal ennemi de la concurrence est bien le capitaliste lui-même (au point de vendre la corde pour le pendre ?). L'UMP pleure pour ses électeurs ruraux qui, comme les mdecins ou les chauffeurs de taxi, sont des soutiens essentiels, concitoyens dans le bousin. A commencer par Michel Barnier qui compte âprement sur les voix des 100.000 personnes qui travaillent dans le secteur agricole élargi en Ile de France. Sale Europe qui fait baisser les prix et oblige à devenir plus performant !

 

C'est simple, comme l'expliquent Francis Kramarz et Pierre Cahuc : "Dans de nombreuses circonstances, les acteurs du jeu politique peuvent retirer des bénéfices substantiels à protéger les victimes potentielles de la concurrence en la limitant, voire en l’empêchant, par l’intermédiaire d’une réglementation adaptée." Et le grand public, même un peu éclairé,  pense que ce type d'intervention de reréglementation est le seul moyen de reréguler le marché qui, laissé à lui-même, mène l'économie à la ruine. Nos deux auteurs exposent ce mécanisme : " L’économie de marché, au sens où l’entend Fernand Braudel, est un système très fragile et menacé en permanence car, si la concurrence bénéficie au plus grand nombre, les pertes qu’elle peut occasionner à quelques uns ou à quelques groupes sont, pour ceux-là, infiniment plus grandes que les gains des autres. A titre individuel, personne ne fait d’énormes profits à défendre la concurrence, ce qui limite fortement la formation de coalitions en faveur de la concurrence. A l’inverse, les perdants, comparativement peu nombreux mais subissant de fortes pertes, ont au contraire de fortes incitations à se coaliser."

 

La baisse du prix du lait de quelques centimes par litre ne se répecutera que peu sur le prix final puisque ces centimes ne représentent qu'un faible poids dans l'ensemble, et que les distributeurs sont les maîtres de toute la chaine. C'est à ce maillon que nous devrons un jour nous attaquer pour y introduire la juste concurrence qui fait tant défaut aujourd'hui.

 

  • Note : proposition à court terme pour relancer la consommation de lait : grande campagne nationale pour promouvoir le "white russian" et tous les cocktails alcoolisés à base de lait au bureau et à l'école.

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