mardi, 29 avril 2008

Le rail se privatise

Imaginons une compagnie nationale de chemins de fer dont le patron attend avec impatience la privatisation de son entreprise. Loin des clichés sur l'échec du modèle anglais, compréhensible vu le contexte de l'époque, le public est même déçu d'apprendre que seulement un quart de l'entreprise sera mis en vente au lieu de la moitié attendue. Le marché est enthousiaste. Ce scénario n'est pas une illusion mais bien la réalité.

 

Ce n'est pas Guillaume Pépy qui trépigne de voir la SNCF partiellement privatisée, ni Nicolas Sarkozy qui a annoncé cette nouvelle avec enthousiasme. Non, cela ne se passe pas en France... enfin pas encore. Il s'agit de Wolfgang Tiefensee, patron de la Deutsche Bahn, et Angela Merkel. Le SPD plaide pour ne pas aller plus loin, mais la CDU-CSU veut aller à 49 % rapidement. Autant dire que le projet avance vite.

 

Certes, cette introduction de la DB n'est pas la panacée. Les 34.000 kilomètres de voies ferrées restent aux mains de l'Etat allemand, sans qu'une séparation nette existe entre l'exploitant de trains et celui du réseau ferré (comme en France). Les milliards de subventions publiques annuelles continueront donc à alimenter les deux compagnies aux liens perméables. D'ailleurs, le maintien des infrastructures dans le giron de l'Etat fait polémique, certains politiques souhaitant voir ce secteur également confié au marché, aujourd'hui très intéressé par ce type d'investissement.

 

Que cette étape soit superficielle ou constitue un pas fondamental vers la libéralisation du transport ferroviaire, la France devrait réfléchir à cette évolution. D'autant que des pans entiers de la SNCF ayant su évoluer avec beaucoup d'énergie et de talent, notre entreprise nationale est certainement capable de devenir un leader européen de ce mode de transport dans un cadre libéralisé. A condition qu'elle perde son leadership en matière de grèves...

23:32 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : privatisation, chemins de fer, sncf, deusche bahnt | | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 27 avril 2007

Permis de conduire : impératif de sécurité routière ou racket d'Etat ?

Le système fondé sur le permis de conduire atteint ses limites. Les points sautent trop vite, particulièrement pour ceux qui parcourent 50.000 ou 80.000 km par an sans accident. Mais avant d'en arriver là, encore faut-il obtenir son permis. Les derniers rapports sont accablants. Le faible nombre d'inspecteurs aptes à délivrer le permis et le système qui oblige les élèves à suivre un grand nombre d'heures de cours, tout est fait pour faire du permis un produit de luxe : le petit bout de papier rose coûte un mois et demi de SMIC !

 

Des voix s'élèvent pour réclamer une refonte complète du système. Le député Jean-Michel Bertrand et le député Jean-Paul Garraud, ous deux UMP, poussent à la privatisation de l'examen de conduite en instituant une délégation de service public  confiée à des organismes privés. Cela se fait déjà en Europe du Nord : l'UNIC (un syndicat d'auto-école) souhaite en outre que ces « intermédiaires » prennent en charge l'examen initial d'évaluation, afin d'éviter « de passer pour de simples marchands de leçons.

 

Un pas plus loin, pourquoi ne pas laisser assurances et mutuelles gérer ensemble le permis... ou les permis selon chaque organisme ? Après tout, elles sont les plus proches des réalités chiffrées des accidents, donc des profils à risque. 

23:20 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Permis de conduire, points, privatisation | | | Digg! Digg |  Facebook

jeudi, 14 septembre 2006

Suède : modèle socio-démo...craque !

La Suède, merveilleux pays exemplaire, modèle de la social-démocratie, est en train de craquer. Pas pour des raisons financières, bien que le taux de prélèvement obligatoires y soit le plus élevé au monde à 55 % du PIB. Mais bien pour des raisons de moral.

 

medium_suede.jpgDans les années 80, les réformes avaient bouleversé ce pays. Les socialistes occidentaux y avaient alors vu un bel exemple de collectivisme accepté. Le taux marginal de l’impôt sur le revenu, qui pouvait atteindre 80%, fut rapidement ramené entre 56% et 59% (de quoi se plaignent les Français ?). Mais de là, il fut difficile d'aller plus loin, les Suédois gardant une mauvaise image des baisses d'impôt ! Jusqu'à aujourd'hui.

Le pays est allé très loin dans des domaines essentiels : école, santé, retraites, transports, énergie... En 1991, le ministre de l'Education a transféré la compétence en matière d'enseignement scolaire aux communes, bel exemple de décentralisation totale ! En 1994, ils permit le développement d’une offre d’écoles privées largement diversifiée. Les Suédois ont toujours apprécié l'autogestion et les profs restent proches de la sensibilité libérale sur ce point. La concurrence règne sainement entre les écoles.

A la fin des années 80, le débat sur la fourniture de services de santé par des groupes privés avait ouvert les esprits. Déjà, les premières initiatives visant à recourir à des entreprises privées pour fournir des services de crèche ou d’assistance aux personnes âgées étaient venues des municipalités. Le transfert des compétences en matière de santé vers les 21 régions a ouvert la porte à des expérimentations libérales de plus en plus étendues. Dans la région de Stockholm, le grand hôpital Sankt Göran a été privatisé et deux autres hôpitaux sont devenus des sociétés de droit privé contrôlées par le conseil régional de Stockholm.

 

En 1998, le système des retraites s'est ouvert à la capitalisation. Le mécanisme de la répartition s'ajuste depuis automatiquement selon des critères démographiques et de conjoncture économique, afin de ne pas risquer la faillite financière. Le système, dans son ensemble, incite à repousser le départ à la retraite le plus tard possible.

 

Depuis le milieu des années 90, la Suède est devenue le marché le moins régulé d’Europe dans les transports, les télécoms et l’énergie. Ces mutations très largement inspirées des modèles Thatcher. La transformation du réseau postal suédois, le plus ancien en Europe, est un exemple de réforme structurelle conduite paisiblement dans un souci d’efficacité. 2.500 bureaux de poste fermés, 3.100 nouveaux points de services postaux dans les commerces de proximité. Les syndicats ont soutenu cette réforme en invoquant le principe simple selon lequel « il ne sert à rien d’utiliser de l’argent public pour produire des services que trop peu de gens demandent ». Même les centrales nucléaires et les métros urbains sont privés !

 

Mais voilà, tout craque. Le "parti des travailleurs" menace de gagner les prochaines élections, après 70 ans de social-démocratie, sur des questions de principe. La gauche social-démocrate use de l'argument habituel "ça va servir les classes supérieures". Effectivement, il s'agit de faire revenir les riches qui ont fui depuis longtemps, de redynamiser l'économie qui vit sur ses lauriers fanés. L'immigration, qui compose 12 % de la population, commence à agacer car elle pèse lourdement sur le généreux système social du pays. Pourtant, l'obsession sécuritaire et l'utopie collectiviste sont encore encore bien présentes. La politique du "zéro accident", du "zéro risque" et de l'égalitarisme forcené asphyxie un pays qui n'a plus vraiment de projet. Une partie de la population en a assez de discuter pour savoir si les hommes doivent uriner assis, pour ne pas se distinguer des femmes, s'il faut obliger les hommes à un partage des taches ménagères à la maison par une loi, si la vie doit s'effacer derrière le dogme "tous pareils !" et de la prévention absolue, aseptysée. Le pays s'est momifié.

 

Le slogan de la droite : Nous voulons rendre le pouvoir aux gens, nous voulons que le malade, l'écolier, les individus redeviennent importants.

Réponse du peuple très bientôt.

10:15 Publié dans Dans le monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Suède, social démocrate, privatisation, concurrence | | | Digg! Digg |  Facebook