vendredi, 09 janvier 2009
Concours de Ponzi
Il manquait à mon analyse du 23 décembre l'excellent dessin que Vincent Bénard a trouvé et mis sur son blog Objectif Liberté :
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mardi, 23 décembre 2008
Concours de Ponzi : le vainqueur est...
...le système de retraite par répartition. La croissance constante de la dette publique figurait aussi dans cette catégorie, mais ses proportions moindres ne l'ont pas fait monter sur la plus haute marche du podium. Contrairement à l'escroquerie de Charles Ponzi, notre système de retraites a été mis en place avec le soutien des autorités publiques en France, et il est obligatoire. Les montages pyramidaux comme celui de Madoff, eux au moins, s'adressent à des investisseurs consentants. La manipulation est donc légale et (un tout petit peu) plus transparente. Au lancement de la répartition, pour bénéficier des cotisations des actifs (jusqu'à 65 ans) et compte tenu de l'espérance de vie (70 ans) il vallait mieux avoir une profession qui offrait l'espérance de vie la plus élevée (autant dire ni dans l'industrie, ni dans le BTP) pour bien vivre vieux sur le dos de ceux qui cotisaient en ayant le moins de chance d'en profiter. Quelques régimes (très) privilégiés spéciaux se sont vite mis en place dans la fonction publique, mais financés par les contribuable bien plus que par les cotisants eux-mêmes.
Hélas, les progrès de la médecine et l'amélioration de notre qualité de vie nous ont permis de vivre de plus en plus vieux, menaçant progressivement la chaîne entière. Surtout, l'évolution de la pyramide des âges a tout bousculé. Aujourd'hui, nous ne sommes pas loin de la berezina du type Madoff. Surtout sachant qu'on a doublé ce mécanisme de répartition avec un financement de l'assurance maladie sur un modèle proche. Cette année, le "trou" serait entre 15 et 20 milliards d'euros, une broutille qui ne devrait cesser de croître d'année en année.
Bref, l'envergure du régime est restée longtemps modeste, et le baby boom d'après-guerre a constitué le mécanisme de croissance idéal pour ce type de pyramide Ponziesque. Bref, personne n'a vu la perversité du système jusqu'aux années 80. C'est alors devenu la bombe politique. Car comme on le voit avec la fraude de Bernard Madoff, le plus difficile (et le plus douloureux), c'est la sortie de la spirale infernale. Pour être cllair, tous les derniers entrants l'ont (ou vont l'avoir) dans l'os.
Etonnamment, il semble que les Etats-Unis ont été les premiers à instaurer une retraite par répartition obligatoire et généralisée, lors du New Deal de Roosevelt. La France ne l'a mise en place que sous Vichy, principe validé et renforcé après la seconde guerre mondiale. Les marchés financiers et assurantiels ne permettaient alors peut-être pas d'offrir des produits diversifiés et sans frais importants à tous comme dans les décennies qui ont suivi. Le système mutualiste existait pourtant bien à cette époque. Le système de la réparition est donc simple, aussi simple que les escroqueries de base : tous les actifs entrants cotisent pour les sortants. Mais contrairement aux arnaques, les cotisants perdent de l'argent tout au long de leur vie (avec une accélération lors des ajustements imposés au cours du déclin du système) au lieu de se voir promettre des gains faramineux rapidement intenables. Au lieu de constituer une bulle qui éclate rapidement, elle peut durer plusieurs décennies avant d'atteindre ses limites.
Illustration : imaginons un retraité qui a gagné 1.000 euros par mois pendant 40 ans et cotisé tout au long de sa carrière à inflation nulle. Avec une somme de cotisations sociales salariales et patronales de 350 euros mensuels, il aura cotisé 168.000 euros au total (350 X 12 X 40). Ces sommes seraient devenues 323.000 euros si elles avaient été placées mensuellement à un taux de 3 % (sur 40 ans, ces chiffres restent des hypothèses, certes, mais des hypothèses réalistes; j'attends une approche actuarielle plus fine si un volontaire se manifeste), ou 411.965 euros avec 4 % de taux moyen. Avec la répartition, il n'aura droit qu'à 50 % de la moyenne de ses 25 meilleures années, soit 500 euros par mois jusqu'à la mort. Rien ne sera légué à ses hypothétiques héritiers. Alors qu'en ayant capitalisé ses cotisations, et en ne touchant qu'aux intérêts (toujours 3 %) de ses 323.000 d'épargne finale, il gagnerait 800 euros mensuels sans grignotter son capital transmissible à ses héritiers. Ou avec ses 411.965 euros, sa rente mensuelle atteindrait 1370 euros environ à 4 % !
Celui qui gagne 1000 euros par mois et cotise pendant 40 ans aura perdu bien plus que 300.000 de capital, et sa rente sera 30 à 60 % plus faible que s'il avait capitalisé ses cotisations. Et ceux qui cotisent pour ce système ne sont pas sûr qu'il restera suffisamment de cotisants le jour où leur tour viendra. Voilà pourquoi la fameuse "solidarité intergénérationnelle" est aujourd'hui de plus en plus fragile. Tout ça à cause d'une arnaque à la Ponzi qui remonte à 60 ans en arrière, dont les jours années sont comptées mais qui reste obligatoire.
13:40 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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