lundi, 14 janvier 2008

Le culte de la culture du résultat à la Culture

0f020a0d6c3a66a96690a5fd881a3553.jpgDans son action culturelle, le gouvernement a choisi une voie résolument dirigiste. Le mouvement vers l'autonomie totale des musées est stoppé net, la gratuité imposée constituant un grave retour en arrière. La fin de la pub sur les chaînes publiques va engendrer 800 millions d'impôts nouveaux, prélevés notamment sur les factures de téléphonie mobile et Internet. A ces mesures pas si anecdotiques qu'on peut le croire, les critères d’évaluation du travail du ministère de la culture vont ajouter la dimension de la performance. Ce qui est bien naturel à partir du moment où un Ministère existe pour "fonctionnariser" la Culture. Nous pourrons enfin connaître les priorités du pouvoir, en l’occurrence celles que Nicolas Sarkozy a fixées à Christine Albanel, son actuelle ministre de la Culture jusqu'au remaniement attendu.

 

Les grands axes de l'évaluation concernent l'éducation artistique, la démocratisation culturelle dans les musées, la lutte contre le piratage, la place de la France dans la compétition internationale et la politique du patrimoine. S’il est bien connu que "la Culture n'est pas une marchandise comme les autres", les notions utilisées "d'industrie de la culture", de "produits culturels", de "parts de marché" ou de "piratage" montrent qu'elle n'en reste pas moins une marchandise avec des acteurs économiques traditionnels, des segments de clientèle qu'il faut séduire et fidéliser et des produits qu’il faut protéger, vendre et exporter.

Ce qui peut choquer...ou rassurer selon l'angle choisi, c'est l'absence de critères concernant la création dans la grille proposée. Cela confirme que le Ministère de la Culture a pour mission essentielle de produire et de diffuser la Culture en gardant le contrôle maximal sur toute la chaîne, soumettant implicitement l’acte créatif, jugé accessoire, à la validation de ses responsables. La Culture n’est donc qu’un outil au service de l’administration et, dans une certaine marge, des gouvernements successifs, avec une double ambition implicite :

-         Eduquer et divertir le peuple selon des normes dictées par l’administration de la Culture. Ces normes mélangent le divertissement courant à des évènements plus médiatiques, modes éphémères qui donnent une impression d'élévation du niveau général selon des critères prétendus élitistes. Cette forme d’académisme moderne surfe sur un fond uniformément contestataire, forme de "pensée unique" de la création encouragée, sur lequel les gouvernements n’ont que peu d’emprise. En revanche, ceux-ci retirent tout le bénéfice de leur « volontarisme culturel », dernier espace où le nationalisme de gauche comme de droite peut s’épancher sans être taxé de xénophobe ou de ringard.

-         Maintenir accessible une production plus hermétique, fort onéreuse (opéra, ballet, théâtre, art contemporain) destinée à un petit public exigeant, essentiellement parisien. Les contribuables de toute la France financent ainsi 75 % du coût de spectacles et d’évènements qui se prétendent 'élitistes' destinés principalement aux intellectuels et CSP++. 

 

Bref, on le voit bien : la 'Culture' n'est pas une marchandise comme les autres, elle est avant tout comme un outil politique ciblé, entièrement au service des différentes composantes du pouvoir.