vendredi, 12 juin 2009
Quelle stratégie pour les libéraux français ?
Cette question est récurrente dans le microcosme libéral français. Alors que les libéraux ont gagné des sièges au Parlement Européen, confirmant que les électeurs leur font davantage confiance en période de crise, comment expliquer qu'en France, aucune voix crédible ne parvienne à défendre un projet libéral ? Les libéraux ont autant de talent que les non libéraux, ils bénéficient d'une longue tradition de pensée nationale, reconnue dans le monde et validée par les électeurs partout en Europe. Alors pourquoi cette situation d'échec ? Après m'être permis quelques commentaires suite à la question posée par Lomig à Alternative Libérale, je ne souhaite pas revenir sur la stratégie d'AL qui regarde sa direction mais plutôt rebondir sur ces réflexions pour exposer mes vues. Nos difficultés peuvent pas être mises pour l'essentiel sur le dos d'autrui. Nous avons des adversaires coriaces dans l'éducation nationale, dans les médias et dans la classe politique. Mais rien de tout ceci ne suffit à expliquer l'absence des libéraux sur la scène politique. Nous en sommes les premiers responsables nous-mêmes. Observons.
D'abord, le monde libéral connaît plusieurs succès qui méritent d'être analysés pour en tirer de judicieuses leçons. Les think tanks disséminés font un travail de fond qui nourrit notre terreau d'idées : ALEPS, institut Hayek, Molinari, etc. Les intellectuels sont toujours actifs, ils sont même parfois très populaires comme Jacques Marseille, qui fait monter l'audience par son ton franc et provocateur, ou comme Guy Sorman. La relève est assurée par les Nicolas Bouzou, les Mathieu Laine et les Cécile Philippe. Plus proche de l'action politique, l'Ifrap a longtemps fait un bon travail technique. Si son orientation a un peu évoluée depuis le départ de Nicolas Lecaussin, l'Ifrap ne s'approche pas de l'approche mondaine et politiquement correcte de l'Institut Montaigne. Beaucoup plus populaire, Contribuables Associés touche des centaines de milliers de Français et fait frémir les parlementaires qui savent son impact conséquent. Contribuables a choisi une communication simple, claire mais argumentée par de soigneuses analyses. Ils ne dépensent leur budget soigneusement acquis qu'avec parcimonie, privilégiant toujours le placement le plus rentable en termes d'impact, et le fond sur la forme. Bing bing plutôt que bling-bling.
Mais ces organisations excluent l'action politique et militante. Les libéraux qui souhaitent diffuser leurs idées activement sont de plus en plus nombreux, mais ils doutent des projets en cours et ne veulent pas encore trop s'engager derrière une étiquette. Les blogueurs diffusent efficacement les idées libérales, ils nourrissent des débats passionnants et font avancer notre cause. Les conférences se multiplient, les vidéos et les écrits circulent. Mais l'action de terrain reste trop rare. Or, elle est indispensable à une bien plus large diffusion de nos idées. L'action de terrain vise le grand public qui se moque du libéralisme en soi, comme souvent des théories politiques ou philosophiques, mais peut rapidement être intéressé par nos propositions. Surtout, je persiste à penser que l'enjeu reste la prise progressive du pouvoir là il peut se prendre, afin de remettre en place un maillage capable de peser véritablement sur le pouvoir en place verrouillé par quelques grands partis. Les personnalités politiques suivent l'opinion, encore faut-il qu'elles adhèrent, ou du moins comprennent les idées libérales. Il faut donc rentrer dans la forteresse, Rien n'est impossible, les trotskystes et les verts l'ont fait en partant, comme nous, de rien. Aujourd'hui, ils ont 30 ans d'avance sur nous. Et alors ?
Attirer des militants, des élus locaux, des donateurs et des soutiens exige de l'écoute, beaucoup d'écoute pour bien cibler son électorat et être en résonnance avec lui en puisant dans notre réserve d'idées. Cela exige d'adapter sa stratégie aux réalités de l'électorat, et du temps pour instaurer la confiance. Notre projet de société pour une vraie mobilité sociale, la fin des privilèges et des corporatismes et la possibilité d'une libre poursuite du bonheur par chacun se fonde sur des valeurs universelles : la liberté, la responsabilité, la propriété privée. Mais cela doit se traduire par un message simple pour forger une identité autour de mesures concrètes, tout en étant solidement argumenté pour être crédible. Inutile de vouloir refaire le monde, nous ne le referons pas et ce n'est pas ce qu'attend le grand électorat sensible aux idées libérales, plus lucide qu'on ne le croit. Le Parti Libéral Démocrate, par exemple, a choisi de promouvoir trois mesures prioritaires :
- le chèque éducation pour permettre aux familles de choisir librement l'école de leurs enfants, et mieux former les générations futures
- la baisse de la dépense publique qui passe par une réforme de l'Etat, notamment l'alignement du statut de la fonction publique sur le régime de droit commun; seule voie pour diminuer la dette et la pression fiscale
- les assurances sociales à la carte pour les Français en instaurant le "salaire complet" et leur ouverture à la concurrence
Cela n'interdit nullement de rappeler la nécessité de protéger nos libertés individuelles, de revoir les réglementations sur le travail, le mode de financement des syndicats et de la vie politique, de parler institutions, etc. Mais ces 3 axes doivent forger notre image. Rien de plus. La prise de position purement politicienne, c'est à dire visant les personnalités politiques, ne doit pas dominer le message parce qu'elle lui nuit plus qu'elle ne le sert. La stratégie de Bayrou, par exemple, se révèle aujourd'hui désastreuse : son projet tourne autour du rejet pur et simple de Sarkozy. Pas enthousiasmant, il assure surtout la pub dudit Nicolas dont les positions changeantes et les retournements contraignent la critique à des contorsions absurdes, voire ridicules. Les Français sont largement ouverts au débat d'idées, lorsque celui-ci répond à leurs préoccupations. Ce sont elles qu'il nous faut cibler. Le rôle d'un parti est avant tout de séduire son électorat, pas de se faire plaisir à soi, c'est du simple bon sens. En respectant ses valeurs et son projet, bien entendu. Et cela commence par les élus locaux, excellent relais (et miroir) de ce large public potentiel.
Enfin, une question souvent abordée est celle des proximités politiques en vue d'alliances ou de partenariats ponctuels. Un parti ne peut rester isolé sans apparaître sectaire. Il ne peut aller seul au front sans se faire laminer dans l'épuisement et, pour certains, dans le découragement. Autant sauter comme un cabri et crier "Vive le libéralisme, vive le libéralisme". L'image des libéraux est déjà suffisamment dégradée pour ne pas accentuer ce défaut, mal perçu par l'électorat libéral lui-même. La politique en démocratie, c'est d'abord l'esprit de coopération, de coalition. Reste à savoir avec qui. A gauche, l'accueil est glacial. A droite, ça se réchauffe malgré une certaine méfiance. Dans cette direction, tout tourne plus ou moins autour du parti omniprésent, celui de l'omniprésident, l'UMP. Voir dans l'UMP l'axe du mal est une approche holiste bien trop réductrice. Comme une très grande surface, on y trouve de tout, et de plus petites entités comme le Nouveau Centre ou la Gauche Moderne sont installées autour afin de grapiller le chaland. On y trouve en son sein des libéraux comme François Goulard, des courants autonomes comme ceux de Jean-François Copé le chasseur de dette, ou du député Hervé Mariton qui frise avec une forme de mutinerie (villepiniste ?). Reste que l'idée même d'alliance avec l'UMP fait sourire. Ah, si l'UMP se posait même la question, la partie serait gagnée. Pour le moment, l'UMP ne sait même pas que nous existons, et nous ne représentons pas encore un électorat dans les urnes. Nous en sommes donc réduits, que nous le voulions ou non, à naviguer avec d'autres formations, les réseaux, les indépendants, les dissidents pour promouvoir notre jeune étendard et nous implanter progressivement. Nous avons besoin de ces fondations pour gagner en crédibilité, en audience sur le terrain. Malgré cela, je ne vois rien qui interdise de garder de bonnes relations avec des individualités libérales ou ouvertes à nos idées au sein de l'UMP.
Illustration. Notre seul engagement, le 7 juin, était de soutenir une liste portant notre joli logo sur la Côte Est des Etats-Unis, dont le deuxième membre était notre vice-président, l'avocat Philippe Manteau. Par son occupation du terrain au sein de la communauté des expatriés, cette liste "L'Union au Centre" a obtenu presque 14 %, et gagné un élu, Richard Ortoli, plutôt proche du Nouveau Centre. Ce résultat constitue un joli tremplin local pour l'avenir, il ouvre la porte à des partenariats prometteurs, et permet de s'implanter honorablement dans le paysage politique par le bas : le terrain électoral.
10:24 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (34) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : liberaux, politique, elections
mercredi, 01 avril 2009
Politique-boucherie avec Frédéric Lefebvre
La plupart des hommes politiques cherchent à apparaître consensuels. Ils cherchent à rassembler autour de belles phrases, creuses le plus souvent, subtiles parfois pour ne pas trop s'exposer dans la critique. Une minorité d'entre eux pratique au contraire la méthode bulldozer. Méthode Sarko avec des chenilles et une tourelle. Alors qu'il n'était pas invité initialement, l'un des plus beaux specimens actuels s'est imposé à la réunion de ce matin du club "Réformes et Modernité". Plutôt habitué à la guerre en dentelle, la club a connu Verdun. Le bazooka et les grenades ont remplacé les fleurets mouchetés. Et nos élus ont tous fait profil bas devant le porte-bazooka de l'Elysée en action. Pour la première fois, ça a été du sport au club "Réformes et Modernité". Ce soir, l'odeur de la sueur et de la poudre doit encore voler sur le salon de la questure de l'Assemblée Nationale où se sont déroulés les échanges de tirs.
Ce champ de bataille opposait une salle entière de poids plume à Mike Tyson, ceux qui rêvent d'un fauteuil à celui qui a pris et qui tient le pouvoir. Autant dire que le bulldozer n'a peur de rien ni de personne. Il s'autorise tous les coups et n'a aucune éthique. Et il attaque seul, frontalement, avec un courage aussi indéniable que sa mauvaise foi. A lui tout seul, Frédéric Lefebvre est venu affronter libéraux, chiraquiens, libéro-villepinistes, chiraquo-villepino-gaullistes...et les antisarkozystes primaires qui ne rentrent dans aucune de ces cases. Tout le monde a pris des coups, avant qu'il ne reparte toujours aussi chaud qu'en arrivant, et indemne. Ambiance Terminator. Il le confesse volontiers aux journalistes, c'est son job. Il recadre. Et le chateau aura son petit rapport sur les "unijambistes qui crachent dans la gamelle".
Le seul à avoir défendu sa thèse dans le calme, imperturbable sur ce champ de bataille, c'était l'invité initial, Pierre Cahuc. Auteur du livre "Les réformes ratées de Nicolas Sarkozy", il s'est acroché à sa ligne directrice : les réformes ne sont pas seulement inachevées, elles vont souvent dans le mauvais sens et font reculer notre pays. Autant dire qu'il a dégusté du premier au dernier mot de Frédéric Lefevbre. Mais il doit être habitué à ce genre d'ambiance. En tout cas, c'est lui qui a laissé la meilleure impression à l'assistance. Comme quoi...
Comme quoi ceux qui dominent nos vies et restreignent nos libertés chaque jour un peu plus, ce sont les bouchers de la catégorie Sarko-Lefebvre qui n'attendent pas pour se servir. Belle leçon de démocratie.
18:16 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mariton, lefebvre, politique, cahuc
mardi, 13 janvier 2009
J'ai bien fait de m'engager en politique
Mathieu Laine, chroniqueur au Figaro et auteur de l'excellent ouvrage "La Grande Nurserie", dénonce régulièrement le fait que les politiques nous promettent ce qu'ils ne peuvent tenir. Ils n'ont ni les ressources, ni les compétences pour faire aussi bien que la société civile. Surtout, le politique cherche à imposer à tous des solutions collectives qui répondent de moins en moins aux problèmes et aux préférences de plus en plus diverses de chacun. Lorsque l'information circulait lentement, l'illusion pouvait tenir et la gamme de choix restait limitée. Dans notre société qui fait sauter les barrières et même les frontières, cela ne fonctionne plus et ne contribue qu'à faire monter l'insatisfaction populaire. Si les citoyens n'ont pas encore conscience de leurs propres contradictions (appel à plus d'Etat mais aussi à davantage de responsabilité individuelle), leur exigence intuitive de tout vouloir dépolitiser va dans le sens des libéraux. Cette tendance incite nombre de libéraux ne pas s'engager dans l'action politique.
Laurent Wauquiez répond à Mathieu Laine dans une tribune du Figaro : "Un jeune ministre comme moi, surtout quand il a en charge un domaine comme l'emploi, ne sort pas indemne d'une telle lecture. On se remet forcément en question !" Il reprend le cliché éculé concernant "l'origine libérale de la crise", ignorant les analyses sérieuses sur l'action de la Fed, Fannie Mae et Freddy Mac, le CRA et nombre de mauvaises réglementations comme les normes comptables. Il biaise sur le fait que le monde a profondément changé depuis 20 ans, bien plus que la France : "Pour autant, et c'est là où le livre de Mathieu Laine touche juste, la crise ne peut aboutir à un retour pur et simple de l'Etat. " [j'attends toujours qu'on me dise où et quand l'Etat s'est retiré; pour moi, il n'y pas 'retour de l'Etat' mais simple consolidation de ses dérives interventionnistes et dépensières].
Il préconise une culture du résultat, ce qui ira dans le bon sens lorsque l'Etat se sera réformé pour valoriser ses ressources humaines, leur permettre de gagner en productivité pour diminuer les effectifs de la fonction publique. Reste à aborder la question du primètre de l'omni-Etat sous la férule de notre omni-président. Visiblement, Laurent Wauquiez reste attaché à la notion centralisatrice du chef d'orchestre qui coordonne nos actions et les échanges entre acteurs économiques. Cela relève de plus en plus de la fiction, le monde ayant déjà largement dépassé la vision de notre président de la république dont l'action sombre dans la confusion. Pour terminer, Laurent Wauquiez affiche un soupçon de mauvaise foi lorsqu'il caricature les propos de Mathieu laine sur l'individu roi.
Mathieu Laine a pleine conscience de la nécessité de restaurer cette sphère sociale des échanges que l'Etat a tant mis à mal. Mais "vivre ensemble" passe par l'élaboration spontanée de liens sociaux, activés par des personnes responsables. Certaines veulent s'engager dans une action culturelle, d'autres dans des actions de solidarité ou dans le soutien à la recherche. Les formes d'engagement personnel sont infinies, c'est ainsi qu'elles permettent de construire une société. La vision réductrice à un orchestre coordonné par un chef ne correspond plus à la complexité du monde et aux attentes des Français.
Là où je pense que certains libéraux sont naïfs, c'est de croire que seule l'action auprès de la société civile aura un impact libérateur. Le seul domaine de réelle compétence du pouvoir, c'est justement le pouvoir. La classe politique ne cessera de maintenir, sinon de renforcer son pouvoir sur la sphère sociale, sur les échanges et sur nos vies, par tous les moyens institutionnels, moraux et financiers possibles. Le combat doit donc aussi être mené au sein de l'arène politique si nous voulons y introduire le message libéral, y trouver des alliés ponctuels et faire avancer la cause de la liberté de l'intérieur. Cette action n'est peut-être pas la plus efficace, sans doute pas la moins utile non plus. En tout cas, elle est indispensable. C'est pourquoi je suis convaincu que moi aussi, "J'ai bien fait de m'engager en politique".
13:01 Publié dans Libertés individuelles, Vie politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : laine, wauquiez, liberalisme, politique
dimanche, 20 mai 2007
Salade mixte à la sauce aigre douce
Voilà le gouvernement Fillon nommé. Derrière les quelques noms qui étonnent et donnent espoir, une certaine déception. Déjà, pas un libéral en vue ! Bravo les réformateurs. Félicitations pour votre action, pour votre absence de la scène politique; avec un groupe de 100 députés, il fallait le faire.
Pour commencer, Xavier Bertrand est Ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité. Apparatchik rentré à 16 ans au RPR, son action politique est marquée par l'absence totale de convictions : 21eme fausse réforme inutile de l'assurance santé sous l'égide du brillant Douste Blazy, instauration de l'interdiction de fumer dans les lieux publics. Pour achever ce portrait d'un personnage insipide, Maître Eolas l'a épinglé pour une absurdité dont il a été le témoin.
L'homme qui valait 100 Milliards (de dépenses publiques), Jean-Louis Borloo, est aux commandes de la "stratégie économique" (concept éminemment antilibéral), super ministère aux compétences élargies. Tous à vos chéquiers, il va falloir banquer pour cet homme qui s'est avéré l'un des plus dépensiers sous Raffarin. Sa loi du 1er août 2003 de rénovation urbaine proposait quelques pistes intéressantes au milieu d'une marée de mesures dirigistes dont les effets restent mitigés.
Plus grave, le cas d'Alain Juppé qui devient l'unique ministre d'Etat deux ans et demi après sa condamnation dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. Maître Eolas nous rappelle le commentaire de la cour d'appel de Versailles, nettement plus mesurée dans ses propos que le tribunal correctionnel de Nanterre :
« Il est regrettable qu'au moment où le législateur prenait conscience de la nécessité de mettre fin à des pratiques délictueuses qui existaient à l'occasion du financement des partis politiques, M. Juppé n'ait pas appliqué à son propre parti les règles qu'il avait votées au parlement. Il est également regrettable que M. Juppé, dont les qualités intellectuelles sont unanimement reconnues, n'ait pas cru devoir assumer devant la justice l'ensemble de ses responsabilités pénales et ait maintenu la négation de faits avérés. » Le candidat Sarkozy avait annoncé une moralisation de la vie politique. Le président Sarkozy a l'air moins pressé. A rapprocher de l'investiture de Christian Vanneste dans le nord, alors que le même candidat Sarkozy déclarait dans le Figaro le 31 janvier (Via Embruns, lui même via Guy Birenbaum) que « Il ne sera pas réinvesti aux législatives. Je condamne fermement ce qu’il a dit. Je ne veux ni de près ni de loin être associé à des propos homophobes. Depuis des années, j’accomplis un travail en profondeur sur l’ordre, le travail, la responsabilité, le respect. J’ai trop souffert d’une droite qui ne défendait pas ses idées pour prendre le risque de saboter cet effort en acceptant des propos caricaturaux ».
La nomination de Christine Boutin me surprend beaucoup. Pourquoi placer cette passionaria au Ministère du Logement et de la Ville ? Parce qu'elle préside la "Droite humaine" (sympa pour le reste de la droite...supposée "moins humaine") prétendument forte de 7.500 adhérents ? Homophobe anti-PACS devenue presque homophile depuis que les sondages donnent les Français favorables à l'extension du mariage aux personnes de même sexe ("bon, les homos ne sont pas comme nous" pense-t-elle tout de même à voix haute). Anti-européenne, elle milite pour le non au référendum sur le TCE et se bat contre une "Europe ultra libérale". Pour se donner une image moins surannée, elle a volé ses robes à la troupe Deschamps-Makeïeff et ressemble à une hippie en bigoudis.
Que font MAM et Roselyne Bachelot dans ce gouvernement soi-disant du renouveau, de la rupture ? Deux apparatchiks sans convictions, véritables femmes du système qui ont fait la preuve de leur incompétence dans les ministères qu'elles ont occupés par le passé. Ce double choix est consternant de ringardise.
Valérie Pécresse, aussi mignonne soit-elle, s'annonce comme une MAM en puissance : étatiste pure formée à l'ENA, sans convictions personnelles, elle est au service...du parti. Cela dit, la ligne établie par Nicolas Sarkozy dans le domaine de l'enseignement supérieur va dans le bon sens. Quid de la recherche ? Espérons en tout cas qu'elle sera une négociatrice adroite et qu'elle aura le courage d'aller rapidement au bout de cette première étape vers une vraie liberté pour l'enseignement supérieur.
17:20 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : Politique, gouvernement de François Fillon, Nicolas Sarkozy, Christine Boutin, Bernard Kouchner, Rachida Dati, Eric Besson
Brève de comptoir sur la météo
Ce matin, la pluie est là contrairement à toutes les prévisions météorologiques, même faites il y a quelques heures :

Comme d'autres, je suis toujours étonné que des experts nous annoncent le temps dans 10, 50 ou 100 ans avec une grande précision.
10:41 Publié dans Journal de campagne | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Météo, tractage, politique
vendredi, 05 janvier 2007
L'UDF menacée par la campagne de Bayrou ?
Comme vous le savez, la politique est une activité économique ayant pour objet la conquête, ou du moins le partage, du pouvoir. Les grands chefs de parti sont des patrons plutôt âgés de grosses PME dont les principales ressources proviennent de l'argent public. Chaque année, sans compter le financement direct des campagnes des candidats aux divers scrutins, 42 partis politiques se partagent 73 millions d'euros. Chaque année, voici le découpage de cette distribution de l'argent des contribuables aux principaux partis :
- UMP : 32.2 millions d'euros
- PS, PRG et apparentés : 20 millions d'euros
- FN : 9 millions d'euros
- PCF : 3.8 millions d'euros
- UDF : 4.3 millions d'euros
- Verts : 2.2 millions d'euros
On comprend mieux pourquoi la direction d'un parti constitue un tel enjeu. Les sommes en jeu sont colossales (merci les contribuables), et ce sont elles qui offrent des moyens d'action importants. Le tout sans avoir à chercher le moindre donateur : l'argent tombe tout frais et régulièrement dans l'escarcelle du parti !
Cela dit, il faut bien distinguer le financement d'un parti, c'est à dire d'une marque générale, de celui des campagnes de candidats, qui ne concernent que des individus isolés. Le financement par l'Etat des campagnes ne concerne que les dépenses engagées par le candidat sur son apport personnel, aucunement les dons (eux ne seront pas remboursés du tout pour éviter l'enrichissement personnel). Donc le candidat prend un risque en finançant lui-même sa campagne : au-dessus de certains seuils, il est remboursé. En deça, il en est entièrement de sa poche.
La campagne présidentielle permet à chacun des candidats de toucher un financement public de 750.000, voire 7.5 millions d'euros pour leurs propres dépenses, et constitue une grosse étape dans la promotion tant d'une marque (le parti) que d'une personnalité (le candidat). Le parti espère s'appuyer sur le succès relatif du porte-parole principal, souvent le patron lui-même, même si ses cadres n'en partagent ni les valeurs...ni la stratégie. A l'UMP, fourre-tout de gaullistes, de souverainistes, de néo-libéraux et de crypto-Boutinistes, c'est manifeste. A l'UDF, c'était moins apparent jusqu'à quelques craquelures comme celle que décrit Marie-Christine Blin, ex-"candidate au soutien de l'UDF pour l'élection présidentielle" (kezako ?) :
"En mettant au point ma participation au processus interne de désignation, j'ai découvert que François BAYROU, cornaqué par Marielle de SARNEZ, a amené les dépenses de fonctionnement de l'UDF à un tel niveau que nous sommes, en réalité, trop pauvres pour aider un candidat à l'élection présidentielle sans mettre notre survie en péril, comme notre trésorier l'a dit aux Echos "
Celle-ci semble suffisamment énervée pour avoir lancé une procédure judiciaire. Etait-ce vraiment nécessaire de fragiliser ainsi l'UDF quelques mois avant la présidentielle ? Elle risque surtout de compliquer la vie et d'alourdir la campagne déjà difficile de François Bayrou. Enfin, je ne vais pas pleurer sur les concurrents : à chacun ses boulets.
Mais ce qu'elle avance n'est pas absurde :
"L'UDF ayant cautionné un emprunt de 8.000.000 € de François BAYROU en accordant une hypothèque sur son siège social, lui-même non encore entièrement payé, il ne nous reste plus qu'à espérer que plus de 5 % des votants souhaitent qu'il accède à l'Elysée. "
Un candidat qui engage 8 millions d'euros de dépenses en nom propre pour sa campagne à la présidentielle et qui ne franchit pas la barre des 5 % est mis en faillite (Christine Boutin, qui a perdu plus de 3 millions de sa poche en 2002, porte des robes hippies à fleur du plus mauvais goût depuis lors...bref, on ne sait pas ce qu'elle fume pour s'en remettre) car l'Etat ne le remboursera pas d'un seul kopeck en dessous de ce seuil fatidique. C'est alors la caution qui devra payer les pots cassés. En l'occurrence, François Bayrou menace la pérénité financière de l'UDF avec cette implication aussi lourde de son parti. S'il n'atteint que 4.99 %, ce qui serait déjà un bon score, l'UDF devrait payer 8 millions d'euros au banquier du hérault déchu. Et les législatives s'annonceraient sous de mauvais auspices pour les candidats d'un parti en faillite. Vu l'état de la France, aurions-nous besoin de voter pour ceux qui se sont plombés financièrement sans aide extérieure ? Compte tenu d'une règle de jeu aussi perverse (et taillée sur mesure pour les "gros" partis : UMP et PS), ce quitte ou double est bien risqué, François...
13:25 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : UDF, campagne présidentielle 2007, comptes de campagne, président de la république, politique
dimanche, 27 août 2006
Ségo et les éléphants
Jospin a mis 1h45 à avoir une larme à l'oeil. Il y avait encore des journalistes pour suivre cet évènement historique. D'habitude, ils écoutent le début des discours et puis se taillent. mais là, non. Jusqu'au bout, ils ont cherché cette once d'humanité chez l'idéologue. Et il la leur a livrée. Ségo, quasi absente du PS pendant son université d'été, reste la star incontestée de cette "Star Ac" (selon le toujours influent Krivine, parain de notre postier favori). Les éléphants ont beau se démener, rien n'y fait, ils restent loin dans les sondages.
Pourtant, à l'écouter encore hier soir sur une chaine nationale, elle n'a toujours rien à dire sinon qu'elle a vaillamment combattu le bizutage à l'école et les violences familiales. Elle s'accroche à cette langue de bois qu'elle ne maîtrise pas aussi bien que ses ainés, dissimulant mal son manque de convictions et d'idées fortes. Elle refuse même le principe de débats publics entre candidats à l'investiture socialiste ! Ce pur opportunisme risque de ne pas plaire longtemps à des électeurs de gauche qui attendent le renouvellement. Une nouvelle tête, féminine en plus, oui. Qui n'a pas plus de convictions claires qu'un Jack Lang, sans doute pas. Elle n'a pas l'envergure d'une Elisabeth Guigou ou d'un DSK.
C'est juste le dés"espoir d'avenir" pour les Français...
18:15 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, Ségolène Royal, PS
jeudi, 10 août 2006
L'enjeu 2007 semble consister à se situer par rapport au libéralisme
Même Jean-Louis-Debré, le dernier des chiraquiens, avoue :
"La présidentielle, c'est d'abord le choix d'un modèle économique et social. D'un côté, il y a, à gauche, les tenants de l'interventionnisme et de l'étatisme. Pour eux, le salut de l'économie passe par l'administration et l'État. En clair, c'est toujours plus de fonctionnaires, plus de réglementations. À droite, il y a une ligne claire à définir entre ceux qui rêvent d'un libéralisme débridé, sans règle, où le marché doit régner en maître, et ceux, dont je suis, qui veulent un libéralisme ordonné. "
Comment expliquer que l'UMP n'est pas libéral si le plus ringard et le plus incompétent de ses porte-parole, qui n'a jamais révélé le moindre soupçon de libéralisme, se positionne toutefois publiquement comme tel ! Le Président de l'Assemblée Nationale complique notre tâche. Enfin, heureusement que plus personne ne s'intéresse à ses propos.
Jean-Luc Mélanchon, lui, avance tout aussi bêtement que "L'Europe vomit le libéralisme". Romano Prodi s'attaque aux corporatismes dans un style plutôt libéral. Zapatero n'a pas remis en question les réformes libérales d'Aznar, Donald Tusk, libéral assumé, a obtenu plus de 40 % des voix en Pologne aux dernières élections... Et je n'évoque pas la Grande Bretagne de Blair ! Bref, du grand Mélanchon, comme d'habitude.
09:35 Publié dans Vie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : melanchon, PS, politique, liberalisme
mardi, 08 août 2006
Présidentielle de 2007 : peu de place pour les jeunes
De nombreux exemples nous montrent que les grandes démocraties n'hésitent pas à privilégier la jeunesse quand il s'agit du pouvoir politique. Carl Bildt fut premier ministre suédois à 42 ans et engagea alors d'audacieuses réformes. Tony Blair fut premier ministre à 44 ans. José Maria Aznar avait 43 ans lorsqu'il est devenu président du gouvernement espagnol et a engagé son pays sur la voie de la libéralisation et de la croissance, puis José Luis Zapatero : 44 ans. Bill Clinton fut élu à l'âge de 47 ans. A regarder le succès de nos voisins, le dynamisme des politiques menées semble lié à l'âge des dirigeants politiques.
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En France, les candidatures se multiplient déjà pour 2007. Et à part Jean-Marie le Pen, 78 ans et la paléo-trotskyste Arlette, 66 ans, ce sont surtout des quinquas qui se présenteront en 2007. Sarko a 50 ans, Ségo 52, Bayrou 51. A côté, Dominique Voynet fait figure de jeune à 48 ans. Tous ont au moins 30 ans de combat politique derrière eux. Ils font de la politique comme on fait carrière dans une administration.
Ensuite, il y a Olivier Besancenot : 32 ans. Mais qui a réellement envie de goûter du trotskysme ? Et puis il y aura bientôt le candidat des libéraux : celui d'Alternative Libérale, qui ne devrait pas avoir plus de 30 ans. Le combat sera rude pour cette nouvelle génération. Notre système présidentiel, qui encourage la starification des candidats, est bien verrouillé. Difficile de défendre un projet politique sans présenter un candidat à la présidentielle tant les médias privilégient ce mode de communication. Mais 500 signatures ne sont pas faciles à obtenir. Déjà, le PS a envoyé une lettre à ses dizaines de milliers d'élus membres du parti afin que les maires et conseillers généraux et régionaux ne donnent leur signature à aucun prix. Sarko, lui, n'a pas hésité à convoqué de nombreux maires pour leur indiquer signaler que les "mauvaises signatures" subiraient des sanctions de sa part...en tant que Président de l'UMP, de la République ou en tant que ministre de l'intérieur ? Idem pour les préfets qui ont reçu des instructions très fermes dans ce sens. Après tout, ce sont eux qui contrôlent les collectivités locales, l'oeil (et le bras armé) de Moscou...enfin de place Beauvau. Bref, la publication de 500 noms parmi l'ensemble des signataires permet ce genre de mesures de rétorsion ciblées.
La quête des 500 signatures est aussi un business : une fois les signatures tant attendues parvenues au Conseil Constitutionnel, quelques semaines avant le scrutin, un budget proche de 800.000 euros d'argent public tombe dans l'escarcelle de l'heureux candidat. Autant dire que cela attire les Nicolas Miguet et autres opportunistes habituels qui ne disposent pas de la force d'un parti derrière eux, encore moins d'un projet politique crédible.
Ensuite, les candidats qui dépasseront 5 % des suffrages exprimés recevront 10 fois cette prime, presque 8 millions d'euros ! Autant dire que les candidats de petits et moyens partis vivent avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête s'ils veulent jouer dans la cour des grands en termes de budget. Car les grands, en plus du soutien financier de leur parti, lui aussi largement financé par les impôts, savent qu'ils peuvent compter sur près de 8 millions d'euros d'aide publique. Cette contribution des deniers de l'Etat favorise donc les candidats des partis de pouvoir au détriment des nouveaux talents. On retrouve ici la manière dont les gouvernants installés se barricadent avec l'argent du peuple face à l'émergence de nouveaux talents. L'équité et la justice voudraient que les candidats se débrouillent intégralement pour financer leur campagne. Les abstentionnistes et tous ceux qui votent blanc sont certainement les premiers à être furieux de voir qu'une partie des fruits de leur labeur sert à financer ce business de la conquête du pouvoir.
Il est facile d'exiger une réforme de ces conditions honteuses lorsqu'on n'est pas au pouvoir. Mais est-ce possible de parvenir au pouvoir pour la réaliser ?
11:30 Publié dans Dans le monde, Vie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Politique, presidentielle
lundi, 07 août 2006
Quand l'anti-libéralisme unit gauche et extrême droite
Il est toujours intéressant de regarder ailleurs comment les libertés sont appréciées par les diverses tendances politiques. En Slovaquie, une alliance "rouge - brun" vise ouvertement "le démontage des réformes" libérales des dernières années.
Les premières décisions du nouveau gouvernement qui associe la gauche et l'extrême droite ont consisté à supprimer le ticket modérateur lors des visites chez le médecin et d'offrir une "prime de Noël" aux faibles revenus. Bref, on rase gratis et on re-collectivise.
Certes, les socialistes de cette alliance ont été exclus du PSE. Mais ce lien rappelle la proximité entre le collectivisme d'une gauche radicale et celle de l'extrême droite également anticapitaliste.
Relisons attentivement "la Route de la Servitude" de Friedrich von Hayek. L'explication de ce rapprochement naturel.
14:05 Publié dans Dans le monde, Vie politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, socialisme, Slovaquie, Hayek


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