mardi, 21 octobre 2008
Nicolas Sarkozy apprend le métier de la banque
Nicolas Sarkozy ne comprend pas grand chose à l'économie, qui peut lui en vouloir ? Ce n'est sa formation d'avocat ni sa carrière d'homme politique qui l'ont aidé dans ce sens. Aujourd'hui, sur les conseils des fonctionnaires malins de Bercy, il vient de réaliser un beau coup en taxant subtilement (mais lourdement) 6 banques françaises. et au passage, bingo ! Le gouvernement pourra intervenir à nouveau dans la stratégie des banques françaises. Bref, le coup est une combinaison vicieuse : rentable pour le contribuable, mauvais pour l'actionnaire, pire encore pour notre économie.
Il faut dire que le refus des banques de se laisser reprendre en main par le gouvernement était fort humiliant pour Sarkozy, ce maniaque de l'intervention ! Il lui a donc fallu leur imposer de se faire "aider" au prix fort. Le prix est en effet élevé pour ces banques prises au piège.
Démonstration : l'Etat se finance en émettant des obligations que les fonds de pension (honnis), les hedge funds (honnis), les fonds souverains (honnis), les assurances (mal vues) achètent pour disposer d'un rendement garanti (enfin, garanti tant que l'Etat ne sombre pas). Ce rendement, pour les émissions 10 ans, tourne autour du taux " Euribor - 54 centimes ". Cela veut dire que l'Etat paye chaque année le taux Euribor -54 centimes à l'investisseur qui a l'obligation en main.
Aujourd'hui, le plan de Bercy oblige les banques privées à émettre des obligations subordonnées (qui rentrent dans les quasi-fonds propres, ce qu'on appelle techniquement le "Tiers One"; gardez ce concept en tête, histoire de briller à table devant vos copains médusés) à Euribor + 400 points de base (soit 4 % !). L'Euribor est un taux de référence (notamment pour les emprunts à taux variable ou convertis en taux variable) fixé quotidiennement par les banques. Le gain pour l'Etat, une fois les salaires et le coût de la structure intermédiaire déduits, tourne donc autour de 450 centimes (4.5 % de marge brute !). Pour le plan de 10.5 milliards d'euros, cela représente un gain de 470 millions d'euros par an (payés par les banques, reçus par l'Etat). Une misère.
Certes, ces quasi fonds propres vont permettre aux banques de prêter (sous l'oeil vigilants de Bercy) 12 à 20 fois (normes de Bâle) plus (aux Français, bien entendu !). Ces 10.5 milliards d'aide généreuse de l'Etat vont donner lieu à de nouveaux crédits pour un montant compris entre 125 et 200 milliards d'euros. Financés par la planche à billets de la BCE et la garantie d'Etat (payante) appliquée aux créances bancaires. Bref, la confusion gagne. Ajoutons à tout ceci l'extension des crédits immobiliers garantis par l'Etat aux ménages à faibles revenus, et nous nous retrouvons dans la même configuration que ce qui a mené les banques américaines à la crise actuelle : déchargées du risque, sommées de prêter, soutenues par diverses garanties d'Etat et alimentées par une inflation monétaire importante (aujourd'hui, les banques centrales injectent des dollars sans quasiment aucune limitation).
Heureusement, les banques française n'ont rien à voir avec les banques américaines. Elles sont même bienheureuses de ne pas avoir eu droit à une entrée de l'Etat directement au capital, diluant immédiatement les droits des actionnaires. Leur cour a donc monté aujourd'hui. Mais demain est un autre jour. En attendant, le déficit public gonfle, gonfle, gonfle. Comme une bulle.
18:38 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : plan d'aide aux banques |
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