mercredi, 12 mai 2010
L’Europe a rendez-vous avec Thatcher, mais elle ne le sait pas encore
Le gigantesque plan de sauvetage de l’Europe et du FMI ne va pas apaiser longtemps les marchés financiers. La remise en cause de l’indépendance de la BCE risque même d’amplifier la défiance à l’égard de l’euro. Quoi que nous pensions de nos atouts, la France n’échappera pas durablement à cette spirale correctrice. L’épargne mondiale perd confiance en la capacité du vieux continent à rebondir et à sortir de l’engrenage de la dette. De l’aveu même de Papandreou, l'utilisation des "fonds publics" et "des subventions européennes", "au lieu d'être utilisés pour le développement, ont fréquemment servi à acheter des maisons, des voitures, et à vivre dans le farniente". La crise financière, bien que née aux Etats-Unis, menace dorénavant les illusions européennes.
Seule à rassurer, l’Allemagne risque de payer cher sa caution offerte à la zone euro. Un sondage récent publié par die Welt montrait déjà que 91 % des Allemands souhaitent la sortie de la Grèce de l’euro. Après sa cuisante défaite en Rhénanie Westphalie, combien de temps la chancelière allemande parviendra-t-elle à défendre la cohésion européenne face à une opinion publique de plus en plus rétive ? Il en va pourtant de la survie de l’euro, ainsi que des banques européennes aux bilans lourdement chargés de dettes publiques. Si on la laisse seule entretenir la confiance des marchés, n’excluons pas qu’elle se désolidarise des pays qui se sont trop longtemps abrités derrière elle pour festoyer à crédit. Nous devons donc l’aider à convaincre les Allemands que la France redeviendra le partenaire fiable d’une dynamique européenne seule capable de surmonter la crise. Cette confiance ne sera pas restaurée avec des mots creux mais avec des mesures ambitieuses, à la hauteur des attentes de nos voisins outre-rhin.
Depuis plus de trois décennies, la France connaît des déficits publics ininterrompus. De plusieurs dizaines de milliards d’euros avant la crise, ils atteignent dorénavant près de 150 milliards d’euros en rythme annuel. Les déséquilibres de nos comptes sociaux provoqués par le papy boom ne vont pas contribuer à inverser la tendance. Pour revenir à un excédent primaire, la réforme de l’Etat et des collectivités locales est nécessaire mais non suffisante. Les efforts vont devoir porter sur le cœur de notre dépense publique. En 20 ans, notre protection sociale est passée du quart au tiers du PIB de la France sans diminuer la pauvreté. Au contraire, elle aboutit au sentiment de paupérisation des classes moyennes et à la panne de l’ascenseur social. Elle a ajouté un fardeau sur les épaules des actifs stressés, et engendré un assistanat pervers. Le nombre de rmistes a ainsi régulièrement augmenté de 400.000 en 1989 à 1,2 million en 2008. Le moment est venu de tenir un discours de vérité aux Français. Leur réticence est naturelle lorsqu’ils subissent une avalanche de mesures dont ils ne comprennent pas le sens. Mais devant les évènements actuels, leur lucidité permet la tenue d’un véritable débat sur le recalibrage de notre protection sociale afin qu’elle soit mieux ciblée et moins coûteuse.
A côté de cette baisse structurelle de la dépense publique, la croissance doit être la priorité absolue de la France. Diminuer les aides sans libérer le marché du travail et le développement de nos entreprises nous mènerait en effet à un désastre social. Comme ligne directrice, il suffit de reprendre les préconisations jusqu’ici ignorées des rapports Camdessus, Cahuc-Kramarz, ou encore du plan Attali, fameuse actualisation du plan Armand Rueff. Réduire le chômage passe, plutôt que par la protection des emplois existants, par un allègement sensible des charges sociales et par une libération du marché du travail. Une première piste consiste à distinguer ce qui devrait constituer une assurance santé ou une épargne retraite individuelle de ce qui relève réellement de la solidarité nationale. Cette part devrait être financée par l’impôt, par exemple la TVA sociale, et non alourdir le coût du travail. Il n’est plus non plus acceptable que notre bureaucratie oblige un entrepreneur à consacrer le quart de son temps aux démarches administratives. Notre fiscalité dissuasive incite aussi de nombreux employeurs à limiter l’énergie qu’ils consacrent au développement de leur affaire, et donc les embauches. Les talents étouffés, les réservoirs de croissance et d’emplois sont ainsi considérables. Le gouvernement doit réactiver ce capital humain inexploité, source de toute croissance.
En envoyant le message clair d’un changement de cap important par rapport aux pratiques du passé, en réduisant de manière drastique les dépenses publiques et en misant sur les entreprises, la France pourrait lancer un mouvement bénéfique à tous ses partenaires européens. Un choc aussi salutaire constituerait non seulement l’occasion de redresser notre économie depuis trop longtemps moribonde, mais aussi de relancer la construction européenne par une action concertée dans ce sens. Le gouvernement a les cartes en main pour transformer cette crise en mue salvatrice pour notre pays. Nicolas Sarkozy a été élu pour mener cette réforme, il faut maintenant le courage de la mettre en œuvre en dépit des corporatismes.
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jeudi, 11 mars 2010
C'est tout la faute des CDS
Avec la menace de dégradation de la note des pays riches, la crise se rapproche des coupables. Le rythme de ces rappels à l'ordre accélère, c'est mauvais signe. Les fonds qui gèrent l'épargne mondiale vont rapidement exiger des taux de plus en plus élevés de leur part (en tout cas, en tant qu'épargnant, c'est ce que j'attendrais compte tenu des risques de n'être jamais remboursé), ce qui promet d'accroître le coût des intérêts de leur dette, notamment pour les Français. Ils atteignent pourtant le niveau du seul impôt sur le revenu à ce jour, imaginez demain. Mais pour la Grèce, la prime est déjà beaucoup plus élevée, avec 2,5 % de plus que les taux allemands (la référence de sérieux en Europe). Concrètement, ses nouvelles émissions de plus de 50 milliards d'euros pour la seule année 2010 vont entraîner un surcoût de 1,5 à 2 milliards d'euros par an en intérêts par rapport à ce qu'aurait payé l'Allemagne (si le marché ne dégénère pas d'ici décembre, soyons optimistes). Entre le trio de tête France-Royaume Uni-Espagne, et la Grèce à l'autre extrémité, il y a toute une chaine de pays qui aimeraient se faire oublier : Italie, Portugal, Irelande. Le peuple islandais a quant à lui fait une croix sur son entrée dans l'euro en votant "non" au remboursement de sa dette à ses créanciers. Les temps à venir vont être durs s'ils souhaitent s'endetter à nouveau. Ceinture.
Preuve de sa parfaite mauvaise foi, la Grèce peste et proteste. Les faits sont clairs pourtant, quoi qu'on dise de Goldman Sachs : le gouvernement grec précédent a bel et bien choisi de faire appel à ce prestataire privé pour dissimuler une petite part de sa dette. Comment prétendre avoir été manipulé ? Vous imaginez Sarkozy dire qu'on a négocié pour lui malgré lui à l'insu de son plein gré ? Tout ce qu'il fait, il en assume la pleine responsabilité. Eh bien les politiques grecs, c'est pareil. Ils ne sont pas plus décérébrés et irresponsables que les nôtres. Ils sont les premiers coupables. En bref, nous voyons tous les gouvernements chercher des bouc émissaires pour se défausser de leur propre responsabilité dans l'affaire (qui commence à sentir le roussi). Dernière cible : les CDS. Belle innovation financière, les Credit Default Swaps sont des assurances contre la défaillance d'emprunteurs, privés ou publics. Ils permettent à des gros fonds d'épargne de couvrir leurs portefeuilles contre leur baisse de valeur sans avoir à en céder les titres et entraîner une spirale baissière. Pour que le marché de ces CDS soit suffisamment étoffé, il est nécessaire qu'à côté des gros utilisateurs, fonds d'épargne et assurances, des acteurs plus petits en assurent la liquidité par des volumes importants de transaction. C'est le rôle des spéculateurs. S'ils sont incapables de créer de grands mouvements (contre la Grèce par exemple), ils peuvent amplifier ou déclencher des tendances sur des fondamentaux économiques bien réels.
Accuser ces opérateurs de menacer de pôvs'Etats innocents, c'est se moquer du monde. A côté de gros paquebots, ils font figures de frêles esquifs. Utiles et nécessaires, mais certainement pas assez lourds au point de destabiliser des pays. Quand on sait que ces gouvernements ont connu des déficits budgétaires importants depuis des années, quand ce n'est pas pendant des décennies pourtant de grande prospérité, il est facile de recentrer les accusations sur ces governqnts irresponsables. C'est d'ailleurs ce que confirme une étude de Gavekal : 85 % du renchérissement du coût de la dette est dû au dérapage de nos déficits, et 10 % à l'absence de profondeur du marché de la dette - c'est à dire qu'il n'y a pas assez de volumes traités par rapport aux stocks détenus par les fonds d'épargne.
Il est toutefois probable que les gouvernements européens agissent à l'opposé du bon sens en cherchant à restreindre l'usage des CDS, dans cette lutte permanente contre toute innovation. Bienvenue hier, rejetée arbitrairement et autoritairement aujourd'hui. La baisse des volumes de CDS, sous contrainte réglementaire, aurait un impact immédiat sur le coût de la dette des pays en difficulté. Les gros investisseurs s'en éloigneraient irrémédiablement, sauf innovation financière de substitution. C'est peut-être ce qui peut arriver de mieux. Par temps de paix, le marché finit toujours par l'emporter.
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lundi, 22 février 2010
Quelle est l'utilité de la finance honnie ?
Si une profession pouvait être interdite au suffrage universel, celle d’opérateur de marché en serait la première victime. Déjà en 1987, En pleine crise économique, le fameux film « Wall Street » décrivait un grand méchant trader capable de vendre père et mère pour étendre son pouvoir destructeur sur le monde et accroître son bonus. Cette caricature illustrait bien cette schizophrénie associant fascination et appréhension. A chaque grande crise, cette incompréhension se transforme en haine. Ce n’est pas un hasard si depuis le 19eme siècle, la gauche marxiste et l’extrême droite ont vu dans ce vecteur essentiel du capitalisme l’ennemi à abattre.
La finance fait tomber les frontières en libérant la circulation des capitaux. Elle remet en question les privilèges, et sa recherche continue de performance économique se réalise au détriment de choix politiques ou de stratégies mal conçues. Aujourd’hui, la plupart des gouvernants politiques y voient un bouc émissaire idéal pour se défausser de leur propre responsabilité dans la crise. Pourtant, ces Etats sont de très gros consommateurs de finance. La dette publique mondiale s’élève à 32 trillons de dollars (32 mille milliards de dollars), et la tendance est à la hausse avec le doublement des émissions obligataires annuelles cette année par rapport à 2007.
D’abord, la finance est un terme bien flou. S’agit-il de la banque, ou bien des marchés financiers sachant que la plupart d’entre elles n’ont pas d’activité dans ce domaine ? Si nous parlons de ces marchés financiers, devons-nous inclure les fonds de pension ou mutualistes, ces mastodontes qui gèrent l’épargne de centaines de millions de familles ? Dans ce cas, pourquoi ne pas ajouter à la liste tous les acteurs qui cherchent sur ces mêmes marchés leurs ressources, grandes entreprises et Etats ? Concentrons-nous sur les salles des marchés bancaires, cibles de la vague actuelle de réglementations, de pénalités et de taxes supplémentaires. Cette activité récente est devenue l’un des principaux métiers des grands établissements bancaires internationaux au cours des dernières décennies en réponse à une demande nouvelle.
Pour poser le décor, un trader de grande banque ne travaille pas dans un grand bureau avec vue sur l’Hudson ou vue sur l’Arc de Triomphe. Surmonté de 4 à 8 écrans, son bureau fait 1m20 sur 1m dans un espace ouvert (souvent sans lumière du jour) où travaillent plusieurs centaines de ses congénères. Il ne s’agit pas de le plaindre, mais de faire comprendre que la première qualité demandée dans cet environnement, c’est d’aimer le bruit, le stress et la promiscuité. Un opérateur passe la journée sur son mètre carré, téléphones vissés à l’oreille et sans quitter les écrans de ses yeux. Toute l’activité d’une salle est orientée clients. Comment répondre le mieux et le plus vite possibles à leurs attentes, mais aussi comment les anticiper pour vendre conseils et opérations avant les concurrents ? D’ailleurs, les traders sont souvent des vendeurs qui ne font pas de trading et ne prennent donc pas de positions à risques. Leur rôle, c’est d’élaborer des montages en vue de propositions commerciales collant au plus près aux besoins de leurs clients. Eux aussi professionnels, ils n’hésitent pas à comparer les prix et les produits qu’on leur propose auprès des banques concurrentes pour avoir les prix les plus agressifs.
Les vendeurs sont donc constamment incités à innover pour remporter des opérations rémunératrices. Bref, rien de très différent d’autres industries sauf qu’ici, la matière première est l’argent. Pas de l’argent virtuel, abstrait, mais des flux économiques bien réels : dette, trésorerie, fonds propres, flux de devises, couvertures contre différents types de risques, etc. Les qualités attendues des traders, en plus de leurs compétences techniques et, dans le cas de vendeurs, commerciales, c’est l’accès à l’information. Un trader est meilleur s’il a des informations que ses concurrents n’ont pas. Son réseau de clients, de traders et d’analystes, sa capacité à aller trouver des informations pertinentes dans le chaos permanent de données et de nouvelles, voilà où il doit faire la différence.
La valeur d’embauche d’un trader dépend essentiellement de ce talent-là. Chaque activité, dans une salle des marchés, draine des volumes considérables des grands acteurs financiers que sont les Etats, les entreprises, les institutions financières. Les commissions et gains qui doivent en être retirés, dérisoires si on les ramène aux volumes en jeu, restent importants pour chacun des opérateurs qui les reçoivent. Les traders sont donc rémunérés en conséquence, et la compétition est rude entre ceux qui sont en activité. Une fois retiré des affaires, la « côte » d’un trader tombe vite, même si elle ne disparaît jamais totalement, puisqu’il décroche de ce flux constant d’information qui es le plus valorisé.
Si la presse retient les exemples les plus exceptionnels, celui des bonus des stars qui atteignent plusieurs millions de dollars, l’essentiel des traders reçoit des rémunérations certes élevées, mais comparables à celles d’autres professions : consultants seniors ou avocats d’affaires associés. Leur carrière commence plus tôt mais est en revanche très aléatoire, à l’instar des joueurs de foot. La gestion des ressources humaines de la finance est aussi brutale que les mouvements de marchés. Tous les ans, une proportion importante des salles de marché quitte, de gré ou de force, ce secteur d’activité. Si ces niveaux de rémunération attractifs entraînent un effet d’éviction des meilleurs sur les autres industries, ils correspondent à un marché de l’emploi très spécifique, aussi réactif à la hausse…qu’à la baisse.
Pourquoi ce secteur a-t-il pris tant d’importance dans la vie économique réelle ? L’allongement de l’espérance de vie a vu se constituer une épargne considérable. Cette tendance s’est renforcée avec la mondialisation et sa première conséquence : l’émergence d’une classe moyenne se comptant en centaines de millions puis en milliards d’individus. Eux aussi se sont mis à épargner. Aujourd’hui, l’ensemble des fonds de pensions, des fonds mutualistes, de la gestion privée, et des assurances approche l’équivalent de 100 trillions de dollars dans le monde. Les actifs bancaires des 1.000 plus grandes banques mondiales, qui regroupent les crédits, les participations et les titres qu’elles détiennent, atteignent un montant du même ordre de grandeur. Face à ces capitaux, Etats, entreprises, ménages ainsi que les banques cherchent à financer leur dette ou leurs fonds propres. Manifestement, ils ne les trouvent plus seulement du côté des banques. Si ce mouvement de désintermédiation a fait sortir l’essentiel des flux financiers du bilan des banques, ces dernières se sont adaptées en proposant leurs services à ces acteurs non bancaires. C’est la mission première de leurs salles de marchés.
Pour la remplir correctement, cela exige de lourds investissements. L’effet de seuil ne laisse pas de place aux petits acteurs. Les banques doivent disposer d’une couverture mondiale pour offrir une palette transversale de la plupart des produits financiers pour rester compétitives. L’achat de systèmes d’information et de haute technologie ne constitue pas le coût principal. Le plus cher, c’est l’embauche de traders expérimentés en Asie, en Europe et en Amérique. Pour chaque opérateur de marché, il faut ajouter 2 à 3 personnes pour couvrir les besoins en informatique, en back-office chargé de traiter les opérations, en déontologie et en contrôle des risques, etc. Les fonds propres nécessaires sont aussi importants pour pouvoir décharger les entreprises clientes de leurs risques. Une salle de marché ressemble à une fourmilière qui assimile et reformate des opérations de clients dont les besoins aux deux extrémités ne sont pas exactement complémentaires. Ce processus d’adaptation et de recalibrage permet une circulation fluide des capitaux de ceux qui en disposent vers ceux qui en cherchent. Son efficacité trouve sa confirmation dans la rémunération que ces clients acceptent de laisser aux activités de marchés des banques qui servent d’intermédiaires.
Cette industrie d’innovation permanente au service des grands clients traditionnels des banques reste minuscule à l’échelle de la sphère financière. Pour avoir une idée de son poids réel, le revenu annuel brut des départements de banques d’investissement a atteint 66 milliards de dollars en 2008, une goutte d’eau comparé aux presque 200 trillions de dollars de capitaux en circulation dans le monde, à peine 0.04 %. Pas de quoi susciter l’ire des médias.
20:53 Publié dans Dans le monde | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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jeudi, 20 août 2009
Fresque animalière : bouc émissaire ou poule aux oeufs d'or ?
Christine Lagarde a avoué être choquée à l'idée que des traders puissent encore toucher des bonus : « c'est une honte absolue que des primes garanties de plusieurs années puissent encore être versées ou que certains soient tentés de remettre en place les vieilles pratiques de compensation [entendez "bonus"] avec une relation insuffisante entre la compensation et une performance durable [il ne s'agit pas de sexe mais de bouzoufs] et une bonne gestion du risque » Mazette, on tremble. Mais ce n'est pas Benoît Hamon qui parle, seulement Lagarde. Ah bon, j'ai eu peur.
En gros, son propos revient à dire que ces vils spéculateurs ont déjà la chance qu'on leur laisse la vie. Mais alors qu'en plus, ils attendent qu'on paye leurs performances, non mais quoi ? Les banques font d'excellents boucs émissaires par temps de crise, on leur demande un petit effort jusqu'aux régionales, pas de quoi fouetter un chat, si ? C'est vrai quoi tout est de leur faute, et en plus, les banquiers e font discrets et ne montent jamais le ton. C'est dans leur nature. On peut donc facilement leur faire expier leurs prétendus péchés par tous les moyens électoralement porteurs. Et exiger la fin des bonus dans les médias, sachant que cette proposition fait rire tous ceux qui, dans le reste du monde, regardent notre petite république socialiste de France avec une sympathie de touriste régulier amateur de musées et de bons vins. Ces étrangers savent qu'on est plus forts qu'eux, mais ils observent aussi que nous sommes pieds et poings liés grâce à des Lagarde au pouvoir qui maintiennent une fiscalité et des réglementations asphyxiantes pour nos talents.
Quand on parle de bonus, Christine Lagarde sait de quoi elle parle. Elle a longtemps touché de jolis pactoles qui devaient se compter en millions, peut-être en dizaines de millions de dollars, au sein du cabinet Baker & McKenzie. Il s'agit tout de même de l'un des premiers cabinets d'avocats mondiaux dont elle a fini président du comité exécutif. Ce cabinet n'a-t-il pas contribué à la dérive de la judiciarisation de la vie quotidienne des Américains, au plus grand bénéfice des lawyers américains ? Christine doit aussi fréquenter une certaine Carla qui a fait fortune en incitant nos jeunettes à devenir anorexiques. Bon. Quand aux coups de boules placés au bon moment, nous savons qu'ils rapportent des millions. Certes, il faut d'abord être une star du foot. Mais enfin, tout ceci ne vaut pas les grands méchants banquiers, à qui on doit la crise, la canicule et sûrement la chute de quelques avions cet été.
Ce qui est inquiétant, c'est qu'avec Sarko, on ne sait jamais si les mauvaises idées ne risquent pas d'aboutir en vraies mesures en dur. Avec Chirac, le discours était purement électoral, certainement pas destiné à se traduire en actes. Mais là, le suspense est réel. Et là, ça peut faire mal. En mettant en oeuvre son discours, le gouvernement tuerait une belle poule aux oeufs d'or en terrassant nos banques d'affaire. Les emplois, notamment hautement qualifiés, disparaîtraient ou iraient ailleurs. Les bénéfices rapatriés et taxés en France diminueraient fortement. Peut-être même des banques pourraient-elles décider de délocaliser leur siège social... Non, tout ceci est juste un mauvais rêve. Au contraire, comme l'écrit le Financial Times : "Ms Lagarde has made the promotion of Paris as a financial centre one of her priorities since becoming finance minister two years ago"
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vendredi, 26 septembre 2008
Short seller, gros dégueulasse ?
Dans la ligne de mire de tous les super régulateurs qui veulent "punir les coupables" et en finir avec cet infect "capitalisme financier" qui a dévoyé le vrai "capitalisme", on retrouve le "short seller" (en français : "vendeur short). Victime de la vindicte parlementaire, il s'est retrouvé récemment...en short en rase campagne lorsqu'on lui a interdit de vendre des actions d'institutions financières à découvert, c'est à dire avant de les avoir achetées (concrètement, le vendeur peut les emprunter auprès de détenteurs du titre jusqu'à ce qu'il rachète ces mêmes titres, il peut aussi attendre le moment de la livraison qui n'est pas forcément proche de la vente même pour les acheter). Pour décrire brièvement le profil type d'un opérateurs de marché qui pratique le "short selling", il mange un enfant cru à son petit déjeuner en lisant le WSJ, sacrifie une vierge à midi sur ses écrans et va défoncer les cimetières le soir pour se détendre. Entre-temps, il vend sauvagement des actions qu'ils croit surévaluées en décapitant au cutter les portraits de ses cibles dans la presse financière. Bref, c'est un "méchant", ça se voit tout de suite.
Evidemment, tout ceci est profondément immoral. Un écrivain peut vendre son projet de livre avant même d'avoir rédigé une ligne. De grandes entreprises vendent des avions dont ils n'ont même pas terminé la conception. Mais là, la cruauté du "short seller" dépasse toutes les limites en révélant les faiblesses d'une valorisation. Leur rôle assainisseur est jugé indigne. Laissons durer la douleur, c'est tellement meilleur. En accélèrant les purges qui, de toute manière, auraient eu lieu sans eux, ils font souffrir tout un peuple, c'est clair. En out cas, ils font souffrir les politiques qui cherchent des boucs émissaires avant que le débat revienne sur leur propre responsabilité.
L'Eglise d'Angleterre a bien entendu condamné ces agissements barbares avec la plus grande fermeté. Pas de chance, ils alimentaient les "short sellers" sans le savoir (en fermant les yeux en tout cas) en leur prêtant leurs titres quotidiennement (contre rémunération) pour un montant de 6.9 milliards d'euros. Et il semble bien qu'ils aient investi des capitaux dans des Hegde Funds réputés pour leur talent de "short seller". Heureusement que l'hypocrisie ne tue pas. Peut-être verront-ils la lumière un jour, et comprendront-ils l'importance du rôle de ces ventes à découvert.
17:48 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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mardi, 26 décembre 2006
Finance internationale : ce qu'on voit et ce qu'on ne voit pas
10:25 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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