mercredi, 18 février 2009
Quelles réponses à la crise guadeloupéenne ?
Aucun observateur étranger ne comprend comment la situation de la Guadeloupe a pu perdurer. Dernier avatar du mercantilisme de l’époque des colonies, quelques familles « béké » se partagent l’oligopole de fait qui domine l’économie locale, en s'approvisionnant exclusivement depuis la métropole. Résultat, les prix des biens de consommation courante sont deux fois plus chers qu'à Paris même. Au lieu de faire sauter ces situations de rente pour introduire la concurrence, le gouvernement préfère arroser de subventions les habitants du département d’Outre-Mer, favoriser les investisseurs en projets locaux, bien qu’ils se révèlent souvent inutiles. A côté d’une politique d’assistanat généralisée, les fonctionnaires y reçoivent des primes qui augmentent leur salaire de 40 % (le taux le plus bas des DOM-TOM contre 108 % aux Marquises), en plus d’avantages fiscaux importants. Les journalistes de RFO bénéficiant parfois de ce statut, difficile d’entendre les médias locaux s’en plaindre. Cette manne venue de métropole ne fait qu’alimenter les monopoles qui tiennent l’île.
Un tel terreau ne peut que nourrir les rancoeurs mutuelles. Les tensions actuelles font ressortir des propos racistes de part et d’autre. Comme on peut le constater, ces strates de privilèges compensatoires ont des effets secondaires redoutables. L’économie de la Guadeloupe, comme celle des autres DOM-TOM, n’a pu s’émanciper de la métropole et se développer dans son environnement propre. Les rapports sociaux sont difficiles, tendus.
Dans cet environnement délétère, le mouvement d’ultragauche, le LKP, a pris la tête de violentes protestations, soufflant même parfois sur les braises. En métropole, on trouve leurs meilleurs alliés dans l’ultragauche, notamment le NPA qui espère une extension et un durcissement (entendez : un vrai basculement dans la violence) de ces manifestations dans les DOM TOM et en métropole. Les revendications du LKP n’ont rien de nouveau. Elles reprennent des rengaines vieilles de 30 ans : relèvement immédiat et conséquent d'au moins 200 €, des bas salaires, création d'un bureau d'études ouvrières, gel des loyers pour une période indéterminée, baisse du prix de l’eau, des transports, etc., et même des propositions calquées sur celles du FN : mise en place de mécanismes fiscaux et douaniers pour développer la préférence guadeloupéenne, priorité d'embauche pour les Guadeloupéens. Remplacez « Guadeloupéen » par « Français », c’est du Jean-Marie le Pen dans le texte.
Globalement, les revendications exigent moins de taxes, plus de subventions et des emplois garantis dans tous les secteurs quasi nationalisés. Les 16.3 milliards d’euros dépensés chaque année pour les DOM-TOM représentent déjà près de 9.000 euros par habitant des DOM TOM par an ! Jouer sur des clivages raciaux ou sociaux risque même d’emmener l’île dans une grave impasse. Devant l’échec patent de cet arrosage permanent d’argent public, il faut chercher des solutions ailleurs.
C'est du côté de la fin des monopoles que se trouve le vrai potentiel de baisse des prix, c’est dans les échanges avec l’Amérique qu’il faut aller chercher le potentiel de croissance, une vraie croissance économique créatrice de richesse et d'emplois. Les Antilles retrouveront leur fierté avec l'abolition des privilèges et des situations de rente, avec l'ouverture du marché local, avec l'alignement des salaires des fonctionnaires sur la métropole, avec l'arrêt des niches fiscales qui ont prouvé leur inutilité, et avec la diminution progressive de l’aide sociale locale pour remettre les populations au travail.
00:54 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : guadeloupe, dom tom, lkp |
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