vendredi, 08 décembre 2006

Dernière invention des députés : l'atteinte à la dignité de la France serait un délit

Un groupe de députés tous plus conservateurs les uns que les autres (on retrouve Eric Raoult qui voulait interdire le blasphème, mais aussi super-Balkany, NDA et d'autres stars de l'UMP !) a déposé, en octobre, une proposition de loi visant à réprimer les outrages à l'hymne, au drapeau national ou à la dignité de la France, que ce soit au cours d'une manifestation, sur internet ou dans un média quel qu'il soit. Les insultes ou manifestations de haine à l'égard du pays, de ses personnages historiques, des dépositaires de l'autorité publique ou de ses institutions, pourront être sanctionnées de 3 ans d'embastillement et de 45.000 euros d'amende. Pas mal ! Interdit de critiquer le Maréchal ou Laval. Mais après tout, entre Sarko et Ségo, on a un peu l'impression que la Révolution Nationale revient à la mode.

Et quand Chirac sera en prison, comment devrons-nous le considérer ? Personnage historique ou clown raté ?

 

Petite subtilité : "Tout parlementaire en activité à la date des faits peut exercer les droits reconnus à la partie civile en ce qui concerne les délits réprimés par... ", ou comment arrondir ses fins de mois en chassant les dérapages verbaux qui "porteraient atteinte à la dignité de la France". Il va y avoir du boulot dans ce beau pays que tous les citoyens prennent un malin plaisir à critiquer !

 

Evidemment, ce texte n'a aucune chance de passer. Enfin, c'est ce qu'avance Maître Eolas...

mardi, 03 octobre 2006

Affaire Redeker : liberté d'expression en danger !

medium_red.jpgRobert Redeker enseignait la philosophie dans un lycée de la région de Toulouse. Dans Le Figaro du 19 septembre, il signait une libre opinion intitulée : "Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?" Accusé d'avoir "offensé le Prophète", Robert Redeker est depuis lors menacé de mort. Comme Salman Rushdie, traqué pendant quinze ans sur toute la planète. Comme Theo Van Gogh, abattu comme un chien le 2 novembre 2004 dans une rue d'Amsterdam.

 

Les menaces de mort, très précises, contre Robert Redeker, émanant d'organisations de la mouvance d'Al-Qaida, ont été authentifiées par la police française et la DST. Sur leurs sites Internet, les menaces contre Robert Redeker appellent d'ailleurs ouvertement à suivre l'exemple de l'assassin de Theo Van Gogh.

 

Aussi, depuis la publication de son article, la vie de Robert Redeker a basculé dans le cauchemar. Il la décrit ainsi dans une lettre à un ami : "Je n'ai plus le droit de loger chez moi (sur les sites me condamnant à mort il y a un plan indiquant comment venir à ma maison pour me tuer, il y a ma photo, celle des lieux où je travaille, des numéros de téléphone, et l'acte de condamnation). Mais en même temps on ne me fournit pas d'endroit, je suis obligé de quémander, deux soirs ici, deux soirs là... Je suis sous protection policière permanente. Je dois annuler toutes les conférences prévues. Et les autorités m'obligent à déménager. Je suis un SDF. Il s'ensuit une situation financière démente, tous les frais sont à ma charge, y compris ceux, éventuels, d'un loyer d'un mois ou deux éloigné d'ici, de deux déménagements, de frais de notaire, etc. C'est bien triste. J'ai exercé un droit constitutionnel, et j'en suis puni, sur le territoire même de la République."

 

Quel que soit le contenu de l'article de Robert Redeker, il s'agit là d'une attaque extrêmement violente contre la souveraineté nationale. Une menace de meurtre sur notre territoire est formulée en toute impunité, et c'est absolument inadmissible.

 

Une poignée de fanatiques agite en ce moment de prétendues lois religieuses pour remettre en cause, dans notre pays, nos libertés les plus fondamentales. Cette menace s'ajoute aux murmures que l'on peut entendre ici et là partout en Europe sur les "provocations" qu'il faudrait désormais éviter afin de ne pas froisser de supposées sensibilités étrangères.

 

Porter des strings à Paris-Plages est déconseillé, tout comme écouter Mozart à Berlin ou le pape à Ratisbonne. Ces murmures sont dictés par la peur, et nous ne l'admettons pas. Pas plus que nous n'admettons les premières déclarations du SNES, syndicat d'enseignants qui se désolidarisait d'un professeur aujourd'hui menacé dans sa vie même.

 

Les temps en Europe redeviennent durs. L'heure n'est pas à la lâcheté. C'est pourquoi nous en appelons solennellement aux pouvoirs publics afin, non seulement, qu'ils continuent de protéger comme ils le font déjà Robert Redeker et les siens, mais aussi que, par un geste politique fort, ils s'engagent à maintenir son statut matériel tant qu'il est en danger, tout comme les autorités anglaises n'ont pas hésité à le faire durant tout le temps qu'a duré l'affaire Rushdie.

 

Nous en appelons aussi aux représentants de toutes les religions, et notamment aux musulmans, pour qu'ils placent sous leur protection Robert Redeker comme ils doivent le faire de toute personne menacée dans sa vie.

 

 

Signataires : Alexandre Adler, Laure Adler, Elisabeth Badinter, André Bercoff, Pascal Bruckner, Michel Deguy, Raphaël Draï, Roger-Pol Droit, Edouard Fillias, Elisabeth de Fontenay, Alain Finkielkraut, François George, André Glucksmann, Romain Goupil, André Grjebine, Claude Lanzmann et le comité de rédaction de la revue "Les Temps modernes", Corinne Lepage, Bernard-Henri Lévy, Olivier Rolin, Elisabeth Roudinesco, Guy Sorman, Pierre-André Taguieff, Michel Taubmann et la rédaction de la revue "Le Meilleur des mondes", Philippe Val, Marc Weitzmann

 

16:30 Publié dans Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Redeker, petition, liberte d'expression | | | Digg! Digg |  Facebook