mardi, 13 janvier 2009

J'ai bien fait de m'engager en politique

Mathieu Laine, chroniqueur au Figaro et auteur de l'excellent ouvrage "La Grande Nurserie", dénonce régulièrement le fait que les politiques nous promettent ce qu'ils ne peuvent tenir. Ils n'ont ni les ressources, ni les compétences pour faire aussi bien que la société civile. Surtout, le politique cherche à imposer à tous des solutions collectives qui répondent de moins en moins aux problèmes et aux préférences de plus en plus diverses de chacun. Lorsque l'information circulait lentement, l'illusion pouvait tenir et la gamme de choix restait limitée. Dans notre société qui fait sauter les barrières et même les frontières, cela ne fonctionne plus et ne contribue qu'à faire monter l'insatisfaction populaire. Si les citoyens n'ont pas encore conscience de leurs propres contradictions (appel à plus d'Etat mais aussi à davantage de responsabilité individuelle), leur exigence intuitive de tout vouloir dépolitiser va dans le sens des libéraux. Cette tendance incite nombre de libéraux  ne pas s'engager dans l'action politique.

 

Laurent Wauquiez répond à Mathieu Laine dans une tribune du Figaro : "Un jeune ministre comme moi, surtout quand il a en charge un domaine comme l'emploi, ne sort pas indemne d'une telle lecture. On se remet forcément en question !" Il reprend le cliché éculé concernant "l'origine libérale de la crise", ignorant les analyses sérieuses sur l'action de la Fed, Fannie Mae et Freddy Mac, le CRA et nombre de mauvaises réglementations comme les normes comptables. Il biaise sur le fait que le monde a profondément changé depuis 20 ans, bien plus que la France : "Pour autant, et c'est là où le livre de Mathieu Laine touche juste, la crise ne peut aboutir à un retour pur et simple de l'Etat. " [j'attends toujours qu'on me dise où et quand l'Etat s'est retiré; pour moi, il n'y pas 'retour de l'Etat' mais simple consolidation de ses dérives interventionnistes et dépensières].

 

Il préconise une culture du résultat, ce qui ira dans le bon sens lorsque l'Etat se sera réformé pour valoriser ses ressources humaines, leur permettre de gagner en productivité pour diminuer les effectifs de la fonction publique. Reste à aborder la question du primètre de l'omni-Etat sous la férule de notre omni-président. Visiblement, Laurent Wauquiez reste attaché à la notion centralisatrice du chef d'orchestre qui coordonne nos actions et les échanges entre acteurs économiques. Cela relève de plus en plus de la fiction, le monde ayant déjà largement dépassé la vision de notre président de la république dont l'action sombre dans la confusion. Pour terminer, Laurent Wauquiez affiche un soupçon de mauvaise foi lorsqu'il caricature les propos de Mathieu laine sur l'individu roi.

 

Mathieu Laine a pleine conscience de la nécessité de restaurer cette sphère sociale des échanges que l'Etat a tant mis à mal. Mais "vivre ensemble" passe par l'élaboration spontanée de liens sociaux, activés par des personnes responsables. Certaines veulent s'engager dans une action culturelle, d'autres dans des actions de solidarité ou dans le soutien à la recherche. Les formes d'engagement personnel sont infinies, c'est ainsi qu'elles permettent de construire une société. La vision réductrice à un orchestre coordonné par un chef ne correspond plus à la complexité du monde et aux attentes des Français.

 

 Là où je pense que certains libéraux sont naïfs, c'est de croire que seule l'action auprès de la société civile aura un impact libérateur. Le seul domaine de réelle compétence du pouvoir, c'est justement le pouvoir. La classe politique ne cessera de maintenir, sinon de renforcer son pouvoir sur la sphère sociale, sur les échanges et sur nos vies, par tous les moyens institutionnels, moraux et financiers possibles. Le combat doit donc aussi être mené au sein de l'arène politique si nous voulons y introduire le message libéral, y trouver des alliés ponctuels et faire avancer la cause de la liberté de l'intérieur. Cette action n'est peut-être pas la plus efficace, sans doute pas la moins utile non plus. En tout cas, elle est indispensable. C'est pourquoi je suis convaincu que moi aussi, "J'ai bien fait de m'engager en politique".