lundi, 27 octobre 2008
Duel à fleuret moucheté en Europe
Un conseiller de l'Elysée a pourtant évoqué l'éventualité d'un "sabotage" des dirigeants tchèques...
Les conseillers disent ce qu'ils veulent.
Et si M. Sarkozy l'avait dit lui-même ?
Absurde. Si le président utilisait ce mot, je considérerais que c'est une offense. Et si nous étions au temps de nos grands-parents, nous devrions nous rencontrer à 5 heures du matin dans le bois de Boulogne, avec deux témoins en noir.
Ainsi s'exprime le Ministre des Affaires Etrangères de la République Tchèque, Karel Schwartzenberg, dans le Monde de ce soir. Après la proposition des conseillers de l'Elysée de confier à Nicolas Sarkozy la présidence de l'Eurogroupe jusqu'en 2010, nous assistons à une mini-crise européenne. Angela Merkel, fragilisée par son gouvernement de cohabitation, n'a pas apprécié ce nouveau coup de canif dans le pacte franco-allemand. Le Luxembourg se snt insulté. Le Royaume Uni n'apprécie pas du tout l'émergence du petit cercle de l'euro. Quant à la République Tchèque censée prendre la présidence de l'Union Européenne le premier semestre 2009, elle prend cette déclaration pour un affront. Etait-ce bien le moment ?
Certes, Nicolas Sarkozy est bon dans la gestion des crises (quitte à les déclencher parfois lui-même). Mais l'inquiétude tchèque de voir l'Europe se diviser en deux parties, la "vieille" et la "nouvelle" ne doit pas nous laisser indifférents. A trop vouloir brusquer les choses, Nicolas Sarkozy risque d'enclencher des processus dangeureux que personne, ni lui ni un autre, ne saura maîtriser. Même si cela relève encore d'une simple pression diplomatique, cette phrase sur un hypothétique retour en force de la Russie, dont les réactions peuvent se révéler brutales (surtout maintenant qu'elle est au bord du gouffre), ne va dans le sens de la construction européenne :
Nous sommes peut-être petits, mais pour ce qui est des Russes, nous avons plus de savoir-faire que beaucoup d'autres, pour avoir vécu quarante ans avec eux. Paradoxalement, les Tchèques aiment bien les Russes, dont ils considèrent qu'ils ont souffert du système communiste autant qu'eux. Ils n'oublient pas non plus que l'armée rouge les a d'abord libérés des Allemands... Nous sommes en bonne position pour négocier avec les Russes.
L'Europe a assuré la paix et la prospérité grâce au développement des échanges internationaux. Aujourd'hui, les tensions renaissent sous des angles inattendus, comme l'exemple anglo-islandais nous le montre. En ces temps troublés, nous devons absolument nous rappeler cette déclaration des pères fondateurs de l'Europe :
« La prospérité de notre communauté européenne est indissolublement liée au développement des échanges internationaux. »
16:49 Publié dans Dans le monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
| Tags : karel schwartzenberg, europe, ouverture marchés, republique tcheque |
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