mardi, 01 février 2011
La chute du mur, version monde arabe
Le premier tyran à tomber fut Ben Ali. Le vent de liberté soufflait déjà sur l'Algérie, sur l'Egypte, sur le Yémen. Aujourd'hui, du Maghreb au Moyen-Orient, les manifestations se multiplient et s'amplifient. Pas plus que MAM, la France et l'occident n'ont rien vu venir. Tous les jours qui ont suivi l'exil de Ben Ali, les experts français nous ont expliqué qu'en Egypte, la situation était différente de la Tunisie parce que Moubarak tenait l'armée. Et puis voilà que l'armée commence à lâcher le raïs. Nous commençons à comprendre que du Maroc à l'Arabie Saoudite, aucun dictateur arabe n'est plus à l'abri de la vindicte populaire. 22 ans après la chute du mur de Berlin, Mohammed Bouazizi, petit marchand ambulant, ne pensait pas qu'il allait provoquer le premier bouleversement majeur de l'histoire du XXIème siècle lorsqu'il s'est immolé à la suite de la confiscation arbitraire de sa modeste marchandise. La "révolution de jasmin" était d'abord celle de la liberté économique et sociale : celle d'avoir un travail, de pouvoir lancer sa propre affaire et de la faire croître sans se faire racketter, ni confisquer ses biens par les clans au pouvoir. Une révolution libérale.
Avec les semaines, la peur a reculé et les revendications enfouies sont ressorties : désir de démocratie, d'ascenseur social, de liberté d'expression et de croyance. La mondialisation et Internet y sont pour beaucoup (et la politique inflationniste de la Fed un peu aussi). Mais après tant d'années de débat refoulé, de talents brimés et d'espoir piétinées, personne ne peut nier le risque de déflagration; le FMI évoque même le risque de guerre. C'est un risque lorsqu'un étau ancien se desserre. Surtout, les dictatures n'ont pas seulement duré en écrasant sauvagement toutes les tentatives d'organisation collective politique, religieuse, associative ou syndicale. Elles ont aussi instrumentalisé l'islam au nom d'une prétendue laïcité pour tenir les clergés locaux d'une main de fer et effrayer un occident muré dans son silence devant les exactions de ces gouvernants impitoyables. Cette réislamisation répondait à une exigence identitaire de plus en plus forte de peuples opprimés et maintenus dans la misère par leur économie socialiste et corrompue. Elle entretenait aussi la flamme islamiste, par ailleurs portée par l'aspiration à un idéal culturel, nationaliste et religieux, mais aussi par le rejet de l'occident de plus en plus critiqué pour sa complicité avec les régimes en place. Or, cette réislamisation opportuniste entrainant dans son sillage l'expansion clandestine des organisations islamistes radicales, aboutit aujourd'hui à des mélanges instables et difficiles à gérer.
L'échec tragique de l'Iran et la volonté affichée de parvenir à une certaine paix sociale devrait contenir les ambitions des différentes mouvances islamistes, à condition qu'elles ne se retrouvent pas à nouveau bannies et persécutées. La puissante organisation des Frères Musulmans a choisi jusqu'ici de rester discrète. Elle a notamment accepté que le prix Nobel de la Paix el-Baredei s'exprime et négocie en son nom. Ses revendications sont simples : pouvoir concourir aux élections en tant que parti politique, pas à la présidentielle dans un premier temps. Si l'Algérie bascule aussi, si la Jordanie perd sa stabilité apparente, comment agiront leurs courants islamistes nationaux ? La mondialisation aura-t-elle raison du risque qu'ils représentent après tant d'années de lutte et de frustration ? Si le modèle des Frères Musulmans est l'AKP turc, le danger devrait rester cantonné à un rapport de force politique respectable.
Le facteur essentiel qui ressort des évènements en Egypte et en Tunisie, c'est que la cohésion du pays est jusqu'ici tenue et, au paroxysme de la crise, sauvegardée par l'armée. Les dictateurs ont pu s'appuyer sur elle tant que le peuple ne grondait pas. Mais c'est aussi l'armée qui a permis les premières transitions. Dans la rue, personne ne conteste son rôle suprême. Cet aspect doit aussi être pris en compte dans les scénarios de reconstruction politique, économique et sociale des pays réveillés par le souffle de la liberté. Est-ce le socle nécessaire à la fierté retrouvée du monde arabe aujourd'hui ?
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mardi, 22 décembre 2009
Identité nationale : culture judéo-islamo-chrétienne ? (1/2)
Le débat sur l’identité nationale fait ressortir nos vieux démons comme il se doit. Douter de son identité ne se traite pas de manière simple ou arbitraire, mais en cherchant les causes plus profondes de ces inquiétudes presque métaphysiques. En attendant, cette prétendue thérapie de groupe à l’échelle nationale menace de se transformer en fracture intercommunautaire si les sombres penchants sont encouragés d’un côté, et si, de l’autre, les questions qu’ils soulèvent sont éludées par souci du « politiquement correct ». Implicitement visés par le discours des politiques, l’immigration et l’islam donnent lieu à tous les amalgames possibles. Barbus ou « musulmans qui portent leur casquette à l’envers et parlent verlan », cités explosives et minarets, chômage de masse et caillassages. Les arguments hostiles à l’immigration, et particulièrement à l’immigration provenant de pays à majorité islamique, reposent sur deux axes majeurs.
Tout d’abord, nous sommes nombreux à être conscients du fait que notre pays est confronté à un réel problème économique et social qu’une immigration mal gérée n’a fait qu’amplifier. Tant que notre économie est bridée, que les réglementations du travail et les charges sociales pèsent sur l’emploi, l’immigration non qualifiée supplémentaire ne peut qu’aggraver ces tensions parmi les couches populaires et les classes moyennes. Une politique de logement social désastreuse, l’échec de notre modèle scolaire et universitaire, une politique de l’emploi faisant exploser le chômage parmi les populations les moins formées, renforcée par l’assistanat, tout a été fait pour créer des ghettos et généraliser la précarité. Ajoutons à l’ensemble notre histoire mal assumée depuis l’indépendance de l’Algérie, et nous aboutissons au mélange explosif que nous connaissons, né du sentiment de déclassement et d’exclusion des descendants français de parents ou grands-parents algériens. Seule à même d’inverser cette tendance, une politique économique libérale ne semble hélas pas figurer dans les priorités du gouvernement. Pas plus que le rétablissement de l’état de droit dans les cités qu’il a abandonnées.
Mais le débat se tient aussi lieu sur un plan beaucoup plus émotionnel, celui de la culture et de la religion. Les défenseurs de la laïcité « à la française » exploitent divers incidents pour tenter de prouver l’incompatibilité de l’islam, ou tout au moins de certaines pratiques de musulmans comme le port du voile, avec notre modèle républicain. D’autres vont plus loin en évoquant la menace civilisationnelle que représenterait l’islam pour l’Europe « judéo-chrétienne ». Ils oublient sans doute l’époque où l’Andalousie et la Septimanie vivaient sous l’influence directe de la civilisation islamique, à Tolède, à Cordoue mais aussi à Narbonne ou à Ramatuelle (qui viendrait de Rahmat’Allah, « grâce de dieu » en arabe). Ce double assaut contre l’islam et, plus ou moins directement, les français de confession musulmane, ne me semble pas seulement infondé. Il m’apparaît aussi dangereux. En insistant sur ce qui nous divise plutôt que sur ce qui nous unit, il nourrit les peurs par une interprétation fallacieuse de l’islam, et alimente les rancoeurs par la lecture déformée d’incidents réels sortis de leur contexte.
La grande difficulté des années à venir, ce sera de permettre aux Français musulmans de trouver (ou de retrouver) leur fierté sur le plan social, culturel et sur celui de la foi pour les pratiquants, sans céder de terrain aux extrémistes qui surfent actuellement sur leurs difficultés économiques et sociales, intégristes de la laïcité ou de l’islamisme radical. Quoi qu’on pense du hijab ou, plus inquiétant, de la burqa, nous sommes vite entraînés sur un terrain glissant lorsqu’on entreprend l’interdiction de pratiques qui relèvent avant tout de choix personnels. D’un côté, rien ne prescrit la burqa dans l’islam pour prendre cet exemple récent. Mais de l’autre, l’interdiction de cette pratique archaïque (qui me révulse mais que je ne me vois pas plus fondé à interdire que nombre de pratiques qui insultent l’idée que je me fais de la dignité humaine) reviendrait indirectement à stigmatiser leur religion pour un bon nombre de Français musulmans. Pris sur deux fronts, difficile de manœuvrer avec subtilité.
21:41 Publié dans Libertés individuelles, Société | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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mercredi, 08 juillet 2009
L'islamophobie tue
Ca y est, Jean-François Copé s'est déclaré en faveur d'une loi antiburqa face à "ces extrémistes qui tentent de tester la république et [à nos] adversaires qui nous tendent des pièges". Pratique sectaire, pathologie religieuse le niqab ? Heureusement, pour beaucoup, ce n'est pas l'Islam qui est en cause mais ses pratiques les plus radicales. Et le débat continue. Comme le rappelle l'anti-burqa (mais néanmoins excellent) Jean-Paul Brighelli : "Après tout, ce sont des Musulmans qui ont écrit les Mille et une nuits" dans lesquels on peut lire : « Elle a un derrière énorme et fastueux qui l’oblige à se rasseoir quand elle se lève, et me met le zob, quand j’y pense, toujours debout ». Mais il entretient ce vice bien français de vouloir interdire ce qui lui paraît contraire à ses penchants naturels, aussi tentants soient-ils :
"[...] je serais partisan d’une interdiction totale, partout, de tout ce qui est une offense au désir. Parce que le désir, l’érotisme, la séduction, sont sociabilité exquise, respect permanent (mais si ! c’est évident !), jeu des intelligences, corps à corps de l’esprit. Et que l’interdiction du désir ne mène, de toute façon, qu’à la faillite de la répression, à l’explosion, à la violence. Il y a une parenté évidente entre les interdits sous lesquels les « grands frères » veulent plier leurs petites sœurs, et le langage ânonné, guttural, monosyllabique, de certaines banlieues. Des enfants à qui on a dénié l’accès à une vraie belle langue — celle de Montesquieu, de Diderot ou de Laclos —, et qui disposent en tout et pour tout de deux cents vocables, dont « fuck you » et « taspé » sont l’alpha et l’oméga, ont forcément du désir une vision monstrueuse, parce qu’ils n’ont pas de mots à mettre sur leurs hormones. Parce que seul le langage est l’habit permanent de la pulsion : qui habite (avec et sans jeu de mots) avec précision sa langue n’a pas besoin de recourir à des burqas, ni à des voiles. Ce ne sont pas les visages des femmes qu’il faut cacher : ce sont les turgescences mâles qu’il convient d’habiller de langage."
En concluant par "Haut les cœurs, et bas les masques", n'ouvre-t-il pas au contraire un vrai débat sur l'hypocrisie de son propre discours ? Cachez ce voile que je ne saurais voir.
En tout cas, c'est en croisé qu'un Allemand a pris la chose. Il avait commencé par insulter copieusement une maman simplement voilée dans un square au simple prétexte qu'elle ne libérait pas assez vite la balançoire pour son propre fils. Elle avait alors eu droit à une belle tirade : "Islamiste, terroriste et trainée", ce dernier terme pour rappeler la triste soumission de la femme aux brutes masculines de son espèce. La femme un peu raide sur ses principes a porté plainte. Résultat : amende de 780 euros pour le vil personnage. Il avait alors réitéré ses propos devant les juges. Le Parquet a alors fait appel. C'est dans l'enceinte de la Cour d'Appel que notre islamophobe a montré son courage et s'est jeté sur cette femme pour la poignarder de 18 coups de couteau. Elle devait vraiment menacer sa vie et celle de son enfant pour qu'il en vienne là. L'époux, en se portant au secours de sa femme, s'est alors pris une balle d'un policier qui le croyait assaillant. Et de deux. Très fort. Si l'islam nous menace, c'est peut-être d'abord par l'islamophobie de ceux qui en ont instinctivement peur.
Heureusement, il reste des personnes qui tiennent des propos de bon sens :
"En outre, l’esprit est ainsi fait que tout ce qu’on ne voit pas est une porte ouverte au fantasme. Par ici, on dit qu’il y a conspiration, qu’elles sont mandatées par des imams barbus pour tester la résistance de la Nation à une future islamisation des masses. Facile, mais l’époque paranoïaque s’y prête bien. Que la burqa est la porte ouverte aux dérives communautaristes. Mais à force de règlementer, légiférer, interdire, on ne fait qu’attiser les manifestations et bravades identitaires, et il serait judicieux de prendre en compte, avant tout autre paramètre, le caractère récent de cette radicalisation du voile."
La conclusion tombe comme un couperet : "La burqa ! La belle affaire ! Un combat idéal pour petits blancs héritiers de toute l’arrogance et la condescendance judéo-chrétiennes."
19:29 Publié dans Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (41) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : islam, islamophobie, islamistes |
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mercredi, 28 février 2007
Sarko a fumé du chiite ou quoi ?
10:40 Publié dans Société, Vie politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
| Tags : Chiites, sunnites, Islam, islamistes, islamisme, Al Qaida, Nicolas Sarkozy |
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