mercredi, 03 novembre 2010

L'islam condamne Al-Qaida une fois de plus

Amb - Sheikh Al Azhar.jpgNous savons Al-Qaida en guerre contre l’occident pour son impérialisme, réel ou supposé, à commencer par les Etats-Unis. Cette nébuleuse terroriste vise aussi les régimes arabes qui ont trop longtemps instrumentalisé le néofondamentalisme pour maintenir leur pouvoir corrompu. Ce retour de bâton amène les gouvernants arabes à revoir leur stratégie. Les premières victimes de cet obscurantisme assassin, ce sont des individus de confession musulmane. Par-delà de la simple comptabilité de ses atrocités, la folie meurtrière d’Al-Qaida suscite des réactions de plus en plus vives de grandes autorités religieuses islamiques. Sa condamnation ne se fonde pas seulement sur les textes fondamentaux de l'islam, mais aussi sur un meilleur recul des oulémas sur l'évolution et  l’insertion de l’islam dans le monde moderne.

Dans cette perspective, il est intéressant d’entendre le grand imam d’Al-Azhar, haut lieu de la pensée islamique, rappeler officiellement que « l'islam garantit la liberté de culte et interdit les agressions contre les églises ». Il a condamné « avec force » le terrible attentat qui a causé la mort de 53 personnes dans la cathédrale syriaque de Bagdad dimanche dernier, ajoutant que les menaces proférées par Al Qaïda contre les coptes d’Egypte, 6 à 10 % de la population totale, ne servaient « que ceux qui veulent provoquer la dissension et porter atteinte à l'unité nationale », notion non pas religieuse mais sociale. Les Frères musulmans ont réagi de la même manière : « Les Frères musulmans avertissent tout le monde — et en premier lieu les musulmans — que la protection des lieux de culte de tous les enfants des religions monothéistes est la mission de la majorité musulmane » ajoutant « Les Frères refusent toute menace stupide contre les lieux de culte chrétiens en Egypte, de la part de qui que ce soit et quel qu'en soit le prétexte ».

La quête identitaire actuelle des musulmans ne peut que mener à un affrontement théologique et moral de plus en plus marqué avec les mouvances les plus radicales qui ont basculé dans la violence en se revendiquant de l’islam.

mercredi, 23 décembre 2009

Identité nationale : culture judéo-islamo-chrétienne ? (2/2)

islam_empire7Siecle.jpgPour commencer, l’islam n’est pas une religion monolithique. Elle se divise essentiellement en trois grandes religions à ce jour : le sunnisme, le chiisme et kharidjisme. Le seul sunnisme s’est développé en une multitude de courants, parmi lesquels quatre grandes écoles se distinguent aujourd’hui : Mâlikite, Hanafite, Chafi'îte et Hanbalite. Dominante en Algérie, au Maroc, en Tunisie et au Sénégal, l’école malikite est la mieux établie en France. Pour autant, on ne peut parler de « communauté islamique » avec 4 à 6 millions de citoyens de confession musulmane vivant en France, pas plus qu’on ne peut parler de communauté juive ou protestante (à moins de déconsidérer la notion d’individualités libres et responsables de leurs actes et de leurs choix pour privilégier une approche holiste). Sa tradition repose sur l’ouverture et l’adaptation aux réalités locales, à l'évolution du monde et à la réflexion personnelle. Cette approche de la foi et de ses pratiques n’est pas plus incompatible avec les lois et les valeurs de la république que la religion catholique.

 

Certes, les théologiens islamiques contemporains reconnaissent que l’islam est en crise, comme d’autres religions ont pu l’être en d’autres temps. Suite au déclin de l’islam qui a suivi celui de l’empire ottoman, la colonisation puis la décolonisation, les pays à majorité musulmane sont aujourd’hui des régimes autoritaires, souvent corrompus, qui ont largement contribué à l’état déliquescent de l’islam aussi bien pratiqué dans ces pays que par la diaspora dans le monde. En choisissant d’instrumentaliser les mouvements extrémistes religieux sans permettre le renouveau des centres universitaires dignes de ce nom, ils ont privé les musulmans du corps de théologiens et de clercs de bon niveau nécessaire, capables de renouer avec la tradition de la « disputation ». C’est sans doute l’un des grands enjeux de la prochaine décennie. On ne gagnera pas la guerre contre l’islamisme intégriste par la répression mais par la victoire des idées. Le débat est la clef du succès. L’Europe ne doit pas rater cette opportunité de faire émerger sur son sol l’élite religieuse de demain, avec une conscience politique et religieuse moderne, laïque et ouverte aux différentes cultures.

 

C’est dans ce cadre que les courants islamiques rattraperont leur retard dans l’évolution de leur droit positif propre, et dans les pratiques rituelles préconisées. La jurisprudence islamique prend en compte les hadiths reconnus et discutés, et évolue en fonction des usages locaux et dans leur temps. Il faut savoir que la charia ne se met en place qu’après la dynastie des Omeyyades, lors de l’avènement des Abbassides. Elle n’est donc ni absolue, ni figée. La pratique évolue aussi au gré de la réflexion personnelle. Certes, plusieurs versets sont clairement belliqueux dans le Coran, mais ce n’est pas la seule religion à se fonder sur des écrits dont on peut extraire ce type de  passages violents. Et danz le même temps, il existe également un vrai message de paix et de tolérance dans ce même Coran. Bref, nous sommes loin des clichés habituels et des pratiques barbares observées dans des pays eux-mêmes barbares.

 

Un exemple dans des pratiques encore en cours dans certains pays à dominante islamique : la polygamie. Ce n’est pas l’islam qui créé cette pratique alors courante, mais il choisit de l’encadrer et d'apporter aux femmes des droits alors inconnus, notamment en occident à l’époque : le droit de divorcer, le droit d’accumuler du patrimoine, fruit de leur travail, de dot ou d’héritage, et de le conserver en cas de séparation. Plusieurs autorités religieuses condamneront la polygamie, ainsi que la répudiation, lorsqu’elle apparaîtra contraire aux usages et à la réflexion sur les droits de la femme. Il est du devoir des oulémas correctement formés d’éclairer le clergé islamique des pays en voie de développement pour faire cesser progressivement des pratiques qui n’ont rien de figées (à moins de travailler au FMI) et qui doivent évoluer avec leur temps. Mais rappelons-nous qu’en France, il y a seulement quelques décennies, les femmes ne pouvaient ouvrir un compte bancaire sans l’accord et la signature de leur mari. Les efforts de pédagogie exigent du temps et de la patience.

 

En réponse aux craintes que fait naître cette religion suprès de ceux qui ne la connaissent pas bien, ce n’est pas l’islam qui présente une menace en soi, mais ce que les individus en font. L’enjeu pour notre pays, et pour l’Europe plus généralement, c’est de mettre en place les conditions pour que puissent émerger et s’exprimer les cadres de cet islam moderne adapté aux démocraties libérales. La composition du CFCM et son manque de vision, la gouvernance étrange de la grande mosquée de Paris, qui donne un pouvoir important au gouvernement algérien, l’absence de lieux de prière suffisants dignes de ce nom et l’absence d’une véritable université de formation des imams, voilà des carences sur lesquelles la France va devoir se pencher pour ne pas laisser les musulmans sans lieux de culte dignes de ce nom et sans un clergé moderne qui encadre leurs pratiques et les adapte aux lois et coutumes des grandes démocraties laïques.

jeudi, 18 juin 2009

Port de la burqa bientôt interdit dans les espaces publics ?

Emmerder.jpgS'agit-il de la "burqa" (ou "burka" en perse, "buqra" en ourdou ?) grillagée, du "tchadri" pachtoune (qui a nourri le cliché talibanisé de "tchador") ou de "niqab" qui laisse voir les yeux (ou les lunettes de soleil) ? Déjà l'été dernier, une polémique avait suivi le refus d'accorder la nationalité française à une Marocaine mariée à un Français, ayant des enfants français et parlant parfaitement la langue française, au motif qu'elle avait "adopté une pratique radicale de sa religion, incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe d'égalité des sexes".  Cet argument moral douteux s'appliquait d'abord pour bloquer une procédure simple d'acquisition de la nationalité. Aujourd'hui plusieurs parlementaires vont plus loin et souhaitent avoir la peau de cette "robe intégrale à voilette incorporée" qui perturbe leur vision lisse de la société, au risque de déclencher une nouvelle vague d'islamophobie primaire.

 

Quelques parlementaires réclament donc une enquête (au résultat jugé d'avance) sur la burqa et le niqab, au travers d'une résolution "Tendant à la création d’une commission d’enquête sur la pratique du port de la burqa ou du niqab sur le territoire national". Objectif clairement affiché :

  • valider dans la loi (une fois de plus) le fait que cette tenue symbolise une soumission de la femme "qui dépasse sa portée religieuse et pourrait être considérée comme ‘’portant atteinte aux valeurs républicaines présidant à la démarche d’intégration et d’organisation de ces enseignements, obligatoires pour les étrangers admis pour la première fois en France,"
  • fixer "l’obligation de retirer le niqab ou la burqa pourrait être justifiée par des buts légitimes qui sont les exigences de la sécurité publique, d’identification des personnes ou encore la protection des droits et liberté d’autrui."

 

Si vous lisez bien, les deux points permettent de glisser de la démarche d'intégration destinée à ceux qui postulent à l'obtention de la nationalité française, au comportement de tous, Françaises inclues. Les unes seraient identifiées par une "soumission portant atteinte aux valeurs républicaines présidant à la démarche d'intégration", les autres par leur atteinte à la sécurité publique ou la nécessité d'identification des personnes. Je ne savaient pas que les femmes voilées brûlaient des voitures ou caillassaient des policiers. Ni qu'il fallait à tout prix être identifiable dans la rue. Les perruques, masques, déguisements et tenues dissimulant ce qui permet une identification seraient ainsi proscrits ? La proposition va loin, très loin au nom d'une lutte cimplicite contre la pratique d'un islam radical (ces voiles intégraux datent de bien avant l'Islam, et rien ne les impose dans les textes religieux).

 

Certes, lorsque je vois (ou plutôt je devine) une femme sous une burqa, je ne peux m'empêcher d'avoir mal pour elle, pour sa pratique de la foi et cette forme de soumission à Dieu (bien plus qu'à son mari sans nier son influence légitime). De même que je plains les femmes mutilées par des piercings ou des tatouages multiples (parfois non assumés) qui, eux, constituent une véritable atteinte à leur integrité physique, les gothiques satanistes qui vivent et voient tout en noir, les femmes juives orthodoxes parfois rasées et emperruquées, etc. J'y vois davantage une soumission étrange à Dieu, à Satan ou à des idéaux douteux qu'une atteinte "aux valeurs de la république" (certains se posent certainement la même question à mon sujet en me lisant). Cette répulsion personnelle ne m'incite pas pour autant à vouloir interdire ces comportements. Au nom de quoi devrais-je porter atteinte à leur liberté d'expression religieuse dans des espaces publics ? C'est la porte ouverte à une surenchère anti-cléricale dangereusement liberticide.

 

Burqa.JPGSurtout, j'aimerais que nos politiciens si prompts à restreindre nos droits fondamentaux s'intéressent un peu plus à ces femmes qu'aux moyens de leur pourir la vie (ce principe est évidemment applicable à tous les domaines). Une très belle enquête du supplément Le Monde 2 s'était penchée sur les motivations des femmes portant le "hijab", le voile simple en voie de banalisation. Comme je le disais alors : "Beaucoup de républicains acharnés vont être surpris : la femme voilée est un être humain. Je sais, c'est dur à avaler. La différence surprend toujours, surtout quand vous ne vous y attendez pas. Cette femme bizarre pousse même parfois le bouchon un peu loin, allant jusqu'à faire usage d'arguments sophistiqués[...]" La burqa est d'un contact bien plus brutal pour l'observateur néophyte, mais elle ne contredit en rien la nécessité d'une écoute et d'une attention respectueuse de ces femmes pour comprendre leurs préférences.

 

Gardons bien à l'esprit que nous sommes tous visés par ce réflexe liberticide chronique de nos politiques. Ce n'est pas parce qu'il vise ici une religion dans sa pratique la plus primitive, que nous devons accepter ce cancer qui ronge le lien social dans notre pays.  Si nous légifèrons en fonction de nos peurs primales, les fondements des valeurs que nous souhaitons protéger seront à leur tour menacés. Tout ceci ouvre sur un autre débat autrement plus complexe, concernant les éléments constitutifs de  la communauté nationale.

mercredi, 28 février 2007

Sarko a fumé du chiite ou quoi ?

Après avoir été ministre de l'intérieur en charge de notre sécurité (voire de notre insécurité comme on peut parfois se le demander compte tenu de ses priorités répressives) plusieurs années, nous pouvons nous rendre compte de sa méconnaissance des grands enjeux de notre siècle, et des risques émanant d'une toute petite minorité de psychopathes.
 
Invité sur RMC lundi 26 février, Nicolas Sarkozy a été planté en direct par le fameux Jean-Jacques Bourdin (qui parvient à trébucher tout seul sur ses propres questions d'ailleurs).
Question de Bourdin : "les combattants d'Al-Qaïda sont-ils sunnites ou chiites ?". Réponse très ferme de Sarko : "Il est impossible d'y répondre (...) parce qu'Al-Qaïda, c'est une nébuleuse". A trois reprises, le ministre de l'Intérieur a refusé de répondre à la question. Manifestement, il n'était pas préparé et a fait sa Ségo en direct. Le ministre des cultes sait-il seulement la différence entre les chiites et les sunnites ? Pour ceux qui avaient encore des doutes après son soutien implicite à l'UOIF lors de l'instauration du Conseil Français du Culte Musulman, il est dorénavant clair qu'il ne comprend rien à la complexité de l'Islam, à ses grandes composantes et aux enjeux qui en découlent.
 
Devant ce dialogue d'ignares sur la question, Bourdin a eu la sagesse de conclure : "Nous demanderons à des spécialistes". La sagesse a parlé. Mon seul conseil : Sarko devrait un peu potasser ce type de sujets, surtout lorsqu'ils sont aussi essentiels pour notre monde que menace un hyperterrorisme organisé tel que celui d'Al Qaïda. 
 
Allez, à vous de vous forger votre propre opinion : 
 
 

lundi, 02 octobre 2006

Terrorisme islamiste, sujet récurrent d'angoisse collective

Depuis le 11 septembre 2001, l'occident a compris qu'une tumeur bien ancrée n'allait plus l'épargner. Si les premiers symptômes (attentats au Kenya, au Yemen, talibanisation de l'Afghanistan) n'avaient pas été pris à leur juste mesure, personne ne peut plus ignorer le péril terroriste.

Des rares naïfs qui ignorent cette menace à ceux, bien plus nombreux, qui la transforment en guerre des civilisations et s'affichent prêts à piétiner leurs principes pour répondre à cette prétendue menace, la palette des réactions montre que la stratégie mise en oeuvre a payé. Après s'être développé pendant des années, notamment avec le soutien des Etats-Unis dans sa lutte contre l'empire soviétique, le mal est profond. Le seul traitement efficace consiste à défendre les valeurs fondamentales de nos démocraties libérales avec rigueur et fermeté. C'est un combat qui s'annonce long et difficile.

 

Quels sont les effets du terrorisme islamique sur le monde occidental ?

1) Causer des dégâts bien plus importants que les faits commis

medium_annuaire.2.jpgLe rôle premier de la terreur consiste à diffuser un sentiment d'angoisse, de méfiance et de repli sur soi. Dans ce jeu morbide, le combat est avant tout psychologique. En tuant quelques dizaines, centaines voire quelques milliers d'individus (ce qui est affreux, nous sommes bien d'accord, mais dérisoire comparé à une catastrophe naturelle ou aux effets du tabac pour prendre un exemple trivial), l'impact touche des milliards d'individus et peut menacer toutes les économies par contrecoup.

La première des facilités, signe évident de lâcheté, c'est le fait d'accuser les "provocateurs" d'être responsables des actions terroristes, comme si ces derniers n'en étaient finalement que victimes. Présence des Etats-Unis en Arabie Saoudite, intervention en Somalie pour tenter de mettre fin à une guerre civile larvée ou en Irak, tous les prétextes sont bons pour accuser la victime d'attentats soigneusement calculés. Heureusement, ce type de manipulation grossière ne prend pas trop dans nos riches contrées.

La seconde erreur, c'est de céder à la panique et de répondre à des attentes sécuritaires par des dispositifs liberticides, inutiles mais médiatiques. Du Patriot Act au débat sur la "légalisation encadrée" de la torture, les Etats-Unis ont prouvé qu'ils pouvaient eux aussi agir dans l'excès et causer au peuple américain un préjudice moral, politique...et même économique, d'une amplitude sans commune mesure avec l'action terroriste à l'origine de de ces mesures. Sans céder à l'angélisme tel qu'on peut le lire sommairement sur certains sites, il faut bien mesurer leur coût. Si le rapport coût/bénéfice n'est pas évident à mesurer et à rendre publique dans le cas de la lutte contre le terrorisme (l'absence d'attentats fait oublier les mesures qui l'ont permise, ces mesures sont confidentielles pour préserver leur efficacité, etc.), des évaluations sans concession du Patriot Act sont cruellement justes. Une lutte efficace contre des cellules minuscules et autonomes ne passe par par une restriction aussi dramatique des libertés individuelles. Une telle atteinte aux droits fondamentaux de l'individu constitue, en soi, une belle victoire des combattants fondamentalistes sur nos démocraties.

 

2) Faire croire à une guerre des civilisations (I) : dites aux musulmans que l'occident est la cause de leurs malheurs !

medium_annuaire.jpgL'occident a une fâcheuse tendance à oublier que la première des victimes de ce terrorisme calculé, ce sont les musulmans eux-mêmes. La clientèle essentielle d'Al Qaïda, ce sont les 1.2 milliards de musulmans dans le monde : indonésiens, canadiens, indiens, anglais, pakistanais, perses, arabes ou français, chiites ou sunnites, des modernistes aux wahabbites les plus rétrogrades, tous sont associés malgré eux dans ce discours qu'on pourrait qualifier d'impérialiste. Le génie de cette petite nébuleuse, c'est de faire croire à la "communauté des croyants" qu'elle est victime d'un occident impérialiste, pendant que dans le même temps, elle en égorge femmes et enfants dans l'ombre. Des attentats de Nairobi et de Dar Es-Salaam aux bombes quotidiennes d'Irak, les centaines de milliers de victimes de ce terrorisme sont musulmanes pour l'essentiel. Pourtant, l'image de ces monstres ne s'est pas suffisamment détériorée dans l'esprit d'une part encore trop importante des musulmans dans le monde, notamment en Europe. Une sorte de romantisme protège Ben Laden et ses complices barbares de son halo.

Les populations soumises à des dictatures (Arabie Saoudite, Syrie, Irak sous Saddam et, d'une ampleur moindre, l'Egypte et la Tunisie) ont accumulé une profonde frustration, une rancoeur que les islamistes ont su exploiter dans leur communication anti-occidentale. Les tyrannies corrompues, se sachant assises sur une poudrière, ont laissé agir ces groupuscules menaçants dans l'espoir qu'ils les préserveraient des foudres populaires. Dans cette ambiguïté trouble, les plus désespérés de ces populations malheureuses en oublient ainsi leurs bourreaux quotidiens, le régime qui les oppresse et les terroristes qui massacrent leur famille sans aucun scrupule. Comme une sorte d'exutoire à leurs malheurs, ils accusent les Etats-Unis, Israël et l'ensemble des démocraties d'être à l'origine de leurs maux.

Suprême manipulation de nos stratèges islamistes !

 

3) Faire croire à une guerre des civilisations (II) : dites à l'occident que les musulmans veulent sa destruction

medium_Caricatures_Jyllands-Posten.jpgLe choc des civilisations reste solidement ancré dans un certain nombre d'esprits occidentaux qui placent les idéologies et les religions au-dessus de l'Homme plutôt que de les envisager comme de simples outils dont ce dernier se sert parfois pour asservir son prochain. Que la critique relève d'une approche théologique sans nuance ou d'un amalgame grotesque qui résume l'immense diversité des musulmans à une communauté structurée, aisément manipulée dans la perspective de conquérir le monde, le débat contradictoire ne peut avoir lieu dans un cadre serein. Il n'y a pas de gène "musulman envahisseur", pas plus qu'il n'y a de gène "crétin de facho". Mais à l'inverse, il ne faut pas nier qu'un cancer mortel ronge cette vaste communauté, en s'adaptant à son morcellement extrême. L'occident ne peut laisser cette stratégie formidablement pensée se réaliser sous ses yeux et, de plus en plus, sur son territoire, sans réagir. Au contraire, c'est en aidant ceux qui s'engagent contre ce fondamentalisme violent que nous progresserons contre le mal.

Les intellectuels musulmans qui s'engagent dans cette voie se retrouvent actuellement pris en étau entre des islamistes intransigeants, parfois menaçants pour leur vie et celle de leur famille, et des islamophobes qui refusent d'entendre leurs analyses et propositions. Les libéraux doivent s'ériger en défenseurs de la libre pensée, de la libre croyance et de la libre expression. Lorsque nos droits sont piétinnés au nom de leur défense, sans efficacité réelle, lorsque l'Islam est injustement montré du doigt, nous devons nous dresser contre ces actes iniques et contre ces jugements de valeur simplistes.

 

 

Pour être parfaitement présomptueux (un blog, ça sert d'abord à ça), il me semble que le combat contre le terrorisme se réalise à plusieurs niveaux à la fois. A court terme, la fermeté nécessaire doit être bien réflechie afin de ne pas donner de points supplémentaires aux adversaires de nos démocraties. Des mesures populistes, démagogiques et liberticides devraient donc être exclues lorsque leur efficacité n'est pas établie. Plutôt que de réinventer la roue, nous devrions nous appuyer sur l'expérience des pays qui vivent avec la menace terroriste depuis plusieurs décennies. Avec l'expertise de pays comme Israël, nous pourrions mettre en oeuvre des mesures peut-être moins visibles (et donc politiquement moins "rentables") mais redoutablement efficaces. Certes, chaque attentat incite les politiques à surenchérir de mesures visibles, coûteuses mais sans réel effet. Apparemment, le sang-froid est la première qualité nécessaire pour bien affronter ce fléau.

La question la plus délicate concerne la politique à mener vis-à-vis des bastions de cet obscurantisme meurtrier, en Afghanistan, en Iran, au Pakistan, en Arabie Saoudite, au Soudan, en Somalie, etc. Les mouvances terroristes, du wahabbisme d'Al Qaïda aux mouvements chiites pro-iraniens, cherchent à ouvrir de nouveaux fronts pour alimenter la flamme anti-occidentale avec le carburant de la victimisation permanente. Ces fronts sont aussi des lieux de formation de combattants qui y apprennent le maniement des armes, des explosifs et qui en reviennent tout auréolés, héros idôlatrés par les jeunes des cités dont ils sont issus. Cette guerre-là est sans doute la plus difficile à appréhender pour ne pas se laisser prendre au piège.

Car à plus longue échéance, le combat est essentiellement culturel et politique. L'Islam n'a aucune raison de rester bloqué dans une lecture archaïque de textes qui ont plus de 1.000 ans et dans une interprétation figée, arriérée et incompatible avec d'autres cultures. Favorisons son évolution, laissons les lectures modernistes et les débats théologiques avoir lieu. N'érigeons pas de mur absurdes entre les musulmans et "les autres". Facile à dire, parfois moins facile à faire. Les "piscines réservées aux femmes", le port du voile ou le refus de se faire soigner par des médecins d'un autre sexe sont exactement le type d'incidents publics qui visent à alimenter le clivage actuel et à crisper chacun sur ses positions. Terrain glissant mais aussi structurant si on fonde le débat sur un socle de valeurs intangibles (liberté, responsabilité, égalité devant le droit, propriété privée).

Loin du "républicanisme dogmatique" dont le pays crève, mais sans se coucher non plus devant des revendications aussi fortes, sur le plan symbolique, que contraires à nos principes fondamentaux, nous devons procéder par tâtonnement, sans brusquerie et sans tabous. L'objectif, évident pour les libéraux : permettre la diversité des cultures dans le respect des droits de chacun.

Au-delà de ces considérations, je n'ai pas la solution magique, juste une certaine foi en l'Homme.

mardi, 26 septembre 2006

Qui se cache sous le voile ?

medium_voile.jpgPour la plupart de mes proches, croiser une femme voilée déclenche une gène. Moi-même, j'ai parfois un pincement au coeur. Forcées, manipulées, fanatiques ou ignorantes, qui sont ces personnes qui bravent ainsi le modèle républicain ? Un excellent article du supplément du Monde (le Monde 2) est venu confirmer ce que mes rares expériences d'échange avec des femmes voilées m'avaient révélé confusément.

 

Beaucoup de républicains acharnés vont être surpris : la femme voilée est un être humain. Je sais, c'est dur à avaler. La différence surprend toujours, surtout quand vous ne vous y attendez pas. Cette femme bizarre pousse même parfois le bouchon un peu loin, allant jusqu'à faire usage d'arguments sophistiqués : "On essaie de nous ramener à une vision normative de l'émancipation de la femme. Mais il faut comprendre qu'il n'y a pas qu'un seul mode d'émancipation ! Si on défend la liberté de la femme, il faut lui laisser la liberté de ses choix jusqu'au bout, et ne pas l'imaginer en permanence comme une idiote manipulée par un père, un frère ou l'Etat saoudien !".

De mon temps, pareille insolence finissait par une gifle. De toute façon, du temps de mes parents (...allez, je vous l'accorde : grands-parents), les femmes ne votaient pas et devaient la fermer. Certains voient encore cette époque comme un âge d'or.

 

Pire, ces femmes s'affirment responsables de leur choix et avouent aimer la liberté : "Ce choix de me voiler est le mien. Je refuse qu'on vienne empiéter sur ma volonté propre, comme je dénonce le fait qu'on contraigne des femmes à porter le voile ou, pire, qu'on les marie de force."  plaide Sihan, 32 ans, un DEA d'histoire en poche.

Comment prétendre porter librement un tel "instrument de soumission" ? Manifestement, le voile n'est pas du tout perçu de la même manière par celles qui le portent et ceux qui l'attaquent. Lorsque des femmes leur adressent des reproches, voici ce qu'ils évoquent à Aicha : "On aurait trahi leurs combats ? Non, je défends aussi mes choix. Je ne suis pas soumise. Je suis divorcée et mon ex-mari n'était pas pratiquant. Je dis, je fais ce que je veux."

Une sociologue propose une approche intéressante : "Ces femmes françaises voilées, descendantes de migrants, ont souffert de l'injonction qui étaient faite à leurs parents ou grand-parents de demeurer invisibles dans l'espace public. Cela a été perçu comme une démission, comme une renonciation à s'assumer pleinement.". La question de l'identification, de la recherche de repères dans une république qui ne tolère pas la différence, explique sûrement un grand nombre de "conversions" au voile.

 

"Le voile, c'est un handicap à 100 % dans la société française"

Le choix du voile a des repercussions douloureuses, voire dramatiques. Du simple incident au blocage professionnel ou à l'interdiction d'accès à des services publics, la palette d'humiliations et de menaces est vaste.

"Finalement, ce n'est pas à cause du voile mais de la société française qu'on restera à la maison" pense Laurianne, qui dispose d'un BEP mais d'aucune offre d'emploi, même pas aux caisses de supérettes. Sa belle-soeur titulaire d'une licence en sciences de l'éducation, d'un BTS d'action commerciale et d'un DEUG d'arabe, confirme : "A l'ANPE, ils ont des piles de dossiers de filles voilées. Et ils sont contents quand ils arrivent à en placer une comme secrétaire à l'arrière d'un entrepot". Mais à force de voir les gens se retourner dans la rue, parfois avec une moue dégoutée, d'entendre les amalgames "Allocations familiales ! Intégrisme ! Attentats", comment maintenir le cap de l'isolement social ? Pourquoi se marginaliser aussi brutalement, en toute connaissance de cause ? Certes, la question de l'identité retrouvée joue, mais n'est-ce pas une identité qui s'appuie surtout sur cette marginalisation recherchée, pour prendre ses distances avec un modèle culturel et social qui vous a rejeté auparavant ? La provocation, éphémère ou durable, a toujours un sens. La marginalité permet de recréer des communautés et de s'y structurer dans un cadre social assaini, proche et attentif à vos doutes, à votre fragilité. C'est un cadre propice pour se construire sereinement, à l'abri de la violence de la pensée unique "républicaine".

 

"Le voile n'est pas militant", il procède le plus souvent d'une démarche personnelle et responsable

Hélas, le voile vient cristalliser des angoisses collectives qui se  fondent sur des associations simplistes. Le musulman, l'islamiste et le terroriste restent très proches dans l'imaginaire collectif. Le monde musulman, très vaste puisqu'il couvre 1.2 milliards d'individus sur tous les continents, est d'ailleurs en proie à un conflit culturel et religieux très lourd, comme je l'ai déjà évoqué. Chez les catholiques, le mouvement charismatique, comme la tendance intégriste, ne fait peur à personne. Les transes extatiques et le repli identitaire relèvent surtout du folklore spirituel. Le voile, non. Le voile fait peur, il fait implicitement référence, dans l'esprit du grand public, aussi bien aux kamikazes qu'aux dictatures arabes (ou perse) sanguinaires qui briment la femme, aux régimes qui appliquent la charia  qui, monstrueuse, permet de lapider une femme adultère ou violée (si plusieurs mâles ne témoignent pas pour l'innocenter  !). La provocation est donc d'autant plus pesante et lourde à assumer qu'elle s'appuie sur un malentendu abyssal.

 

Attention, ne croyez pas que je sois naïf. Le voile, comme certains symboles moins visibles instrumentalisés par d'autres religions ou idéologies, peut constituer un outil d'oppression. En l'occurrence, ce morceau de tissu permet à certains d'asseoir l'humiliation de la femme en la faisant disparaître en partie de l'espace public. Notamment, les activistes islamistes n'hésitent pas à manipuler des jeunes filles de 10-13 ans pour en faire des militantes politiques comme le Monde 2 le rappelle justement. Leur ambition consiste à former une communauté radicalisée et prosélyte. Mais ce n'est pas de ces femmes que l'article traite. cet article se penche sur le sort de femmes émancipées, responsables et engagées dans une démarche librement consentie.

 

La conclusion de l'article parle de lui-même : "Quand comprendra-t-on que la France est culturellement diverse ? Que le voile n'est pas un phénomène étranger à la France, mais un phénomène français ?"

19:50 Publié dans Libertés individuelles, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : voile, islam, islamisme, liberte, hijab | | | Digg! Digg |  Facebook

jeudi, 21 septembre 2006

Tariq Ramadan et le Pape

medium_le_meilleur_of_cauet_avant.2.jpgTariq Ramadan vient du publier un excellent commentaire des propos de Benoit XVI et des incidents qui s'ensuivirent. Si je partage rarement les propos et le contenu de son blog, ce texte-là mérite la lecture.

 

Dans les grandes lignes, voilà son premier constat : ...certains gouvernements instrumentalisent ce type de crise pour laisser s’exprimer les frustrations populaires. Quand on a privé le peuple de ses droits fondamentaux et de sa liberté d’expression, il ne coûte rien de laisser ce dernier exprimer sa colère contre les caricatures danoises ou les propos du Pontife. Très juste.

 

Il amène ici une remarque de bon sens : Il est de la responsabilité des intellectuels musulmans de ne pas jouer à ce jeu dangereux et tout à fait contre productif. Cette évidence, dans la bouche d'un théologien musulman réputé, est plutôt positive.

 

Ici démarre sa solide argumentation : Le Pape Benoît XVI est à l’image de son temps et il pose aux musulmans les questions de son temps : c’est avec de la clarté et de solides arguments qu’il faut répondre en commençant, par exemple, par refuser que l’on traduise « jihâd » par « guerre sainte ». Exposer les principes de la résistance légitime et de l’éthique islamique en situation de conflit devrait être une priorité plutôt que d’encourager les peuples à protester violemment contre l’accusation d’être les fidèles d’une religion violente.

 

Tariq Ramadan reconnaît que les réactions sont passées à côté du fond du message du Pape. Ici, le débat concerne tous ceux qui souhaitent faire plonger nos racines dans une culture exclusivement chrétienne, en négligeant notre héritage laïques, rationaliste (et pourquoi pas celte ou païens, ... ?). Ramadan met le doigt sur la crise identitaire qui traverse les pays européens en situation sociale, économique et culturelle difficile, presque en déclin : C’est à cela que les musulmans doivent répondre d’abord en contestant cette lecture de l’histoire de la pensée européenne où le rationalisme musulman n’aurait joué aucun rôle et où on réduirait la contribution arabo-musulmane à la seule traduction des grandes œuvres grecques et romaines. La mémoire sélective qui tend à « oublier » les apports décisifs de penseurs musulmans « rationalistes » tels que al-Farâbî (Xème) Avicenne (XIème) , Averroès (XIIème), al-Ghazâlî (XIIème), Ash-Shatibî (XIIIème), Ibn Khaldun (XIVème) , etc. reconstruit une Europe qui trompe et se trompe sur son passé.

 

Je partage entièrement son avis sur ce point précis : L’Europe ne saurait survivre, ni l’Occident, si l’on s’évertue à vouloir se définir exclusivement et à distance de l’autre - de l’islam ou du musulman - qui nous fait peur. D'ailleurs, c'est un message profondément libéral : on ne survit pas à la peur de l'autre. La peur pousse à ériger des barrières, freine les échanges et pousse au protectionnisme/nationalisme destructeur. L’Europe doit se réconcilier avec la diversité de son passé afin de maîtriser le pluralisme impératif de son avenir.

 

Dans ce sens, l'excellente analyse de Ramadan nous renvoie au débat crucial qui concerne l'identité européenne, débat que personne ne parvient à refermer convenablement depuis le siècle des Lumières. Finalement, notre identité n'est-elle pas fondée sur cette remise en question permanente de nos valeurs immédiatement antérieures ?

 

Les commentaires qui suivent sont, eux, choquants, violents, intolérants, anti-américains primaires... Exactement le type de réactions enflammées que Tariq dénonce dans son texte ! Bref, les mentalités sont encore bien figées. Chrétiens et musulmans ont encore un gros effort de réflexion sur eux-mêmes à mener ! Il faut dire, encore une fois, que le site de Tariq Ramadan donne la parole à des intellectuels qui alimentent cette ligne dure.

15:00 Publié dans Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Islam, religion, Benoit XVI, pape, islamisme, violence | | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 25 août 2006

Irshad Manji : une musulmane parle librement

Je me permets de rapporter les propos de Irshad Manji, parus dans l'International Herald Tribune du 18 août (traduction : Albert Soued, http://www.chez.com/soued/conf.htm pour www.nuitdorient.com). Cette enseignante à l'Université de Yale est l'auteur de : "Musulmane et libre"

 

La semaine dernière, les lumières de la communauté musulmane de Grande Bretagne, lords, membres du parlement, groupes de pression, ont publié une lettre ouverte au premier ministre Tony Blair, lui disant que la débâcle en Irak et au Liban profitait aux extrémistes en leur donnant des munitions qui menaçaient tout le monde. Dans une Amérique de plus en plus pacifiste, cette argumentation trouve un écho "les Etats-Unis brutalisent les Musulmans, qui à leur tour génèrent la terreur islamiste". Mais les violents du Jihad ont rarement eu besoin des griefs contre la politique étrangère occidentale pour justifier leurs têtes brûlées. Quand ils ont essayé de faire exploser le World Trade Center en 1993 et quand ils ont attaqué le destroyer américain Cole en 2000, ils n'avaient pas encore le motif de la "débâcle d'Irak". Mais ce dernier assaut eut lieu après que l'intervention militaire menée par les Etats-Unis eut sauvé des milliers de Musulmans en Bosnie et au Kosovo. Si les Islamistes se préoccupaient de faire changer la politique en Irak, ils n'auraient pas pris la peine d'enlever 2 journalistes français, probablement les plus anti-guerre, anti-Bush qui soient en Occident! Même une solidarité reconnue à l'égard des souffrances Irakiennes n'ont pas empêché l'exécution sommaire par les insurgés de Margaret Hassan, qui dirigeait une organisation humanitaire mondialement réputée.  

 

En attendant, il y a au moins autant de Musulmans tués par d'autres Musulmans que par les forces étrangères. Au Soudan, les Musulmans noirs sont affamés, violés, asservis et massacrés par des milices arabes, avec le consentement du gouvernement central islamiste. Où est la fureur "officielle" musulmane contre ce génocide ? Est-ce que les vies musulmanes ne comptent seulement que losqu'elles sont emportées par des non-Musulmans? Sinon, j'ai une idée pour les représentants de l'Islam en Occident: allez sermonner les responsables occidentaux sur leur politique étrangère qui encouragerait le radicalisme, mais en même temps lancez un défi aux jeunes Musulmans éduqués et en colère, pour qu'ils soient responsables aussi de leurs actes.

 

 

Ceci veut dire qu'il faut leur rappeler qu'au Pakistan, les sunnis persécutent les shiites à tout moment, qu'en Israël les missiles lancés par le Hezbollah atteignent aussi bien les foyers musulmans que les foyers juifs, qu'en Egypte, la police des émeutes de Moubarak ne cesse de matraquer, de violer, de torturer et d'assassiner tout activiste qui met en avant la démocratie. Cela veut dire par-dessus tout qu'il faut leur dire que les guerres civiles sont devenues courantes dans le monde musulman.

 

Mais les responsables musulmans n'oseront jamais être aussi honnêtes; ils répéteront à l'infini les péchés pour lesquels ils fustigent les gouvernements Bush et Blair, changeant de logique à chaque fois et prétendant être intègres.

 

Suite aux attentats du 7/7 à Londres, Iqbal Sacranie, alors le chef de l'important Conseil Musulman de Grande Bretagne insista sur le fait que c'était la discrimination économique qui était à l'origine du radicalisme islamiste dans le pays. Quand on a découvert que certains des suspects appartenaient à la classe moyenne aisée, avaient diplôme, emploi et voiture, Sacranie a trouvé un nouveau coupable, la politique étrangère. En faisant cela, il prenait le train de la pensée dominante lancée alors par les élites musulmanes.

 

 

Les bonnes nouvelles sont que le croyant de la rue est capable d'auto-critique. Selon un sondage d'il y a deux mois, 65% des musulmans britanniques pensaient que leur communauté devait faire un effort plus grand d'intégration, et fait troublant, qu'en même temps 13% adulaient les terroristes du 7/7 et 16% leur étaient sympathiques. N'empêche que 2/3 des interviewés cherchaient à appartenir plus complètement à la société britannique.

 

 En Grande Bretagne ou aux Etats-Unis, ceux qui prétendent parler au nom des Musulmans ont une responsabilité vis-à-vis de leur majorité, qui ne cherche qu'à concilier l'Islam avec le pays d'accueil. Indépendamment le leur politique, il n'appartient pas à Tony Blair ou à G Bush de restaurer de meilleurs sentiments dans l'Islam. Ce devoir et sa gloire reviennent aux Musulmans.

 

lundi, 14 août 2006

Réponse aux islamophobes

Pour avoir jugé « douteuse » certaines associations et pour avoir défendu la liberté de croyance et de pratique d’une religion, j’ai reçu toute une palanquée de messages tous plus antipathiques les uns que les autres. La réaction de Denis Greslin, fondateur de l’une d’entre elles, Occidentalis, est révélatrice. Certes, je suis heureux d’apprendre son abandon du MNR qu'il semble avoir fait suivre d’un mea culpa public. Tout le monde a droit à l’erreur. Hélas, il ne semble pas s’être corrigé au cours de sa rédemption. Après m'avoir confirmé que son association pratique officiellement un « lobbying anti-islam » car « l'islam met en péril la survie de nos cultures et civilisations », il m’offre une réponse qui révèle une réelle paranoïa. Comme Jeanne d’Arc, le jeune Denis entend des voix qui le présentent comme un « sioniste raciste d'extrême droite intégriste catholique enjuivé à tendance facho-nazifiantes ». Pauvre jeune homme. Sentant Denis tendu et anxieux, je lui recommande un peu de repos en cette période traditionnellement consacrée aux vacances.

 

Je passe sur les invectives telles que celle que j’ai piochée dans le message courageux de Charles Dalger : « je ne supporte pas les crapules imbéciles qui s’érigent en donneuses de leçons ». Comme vous le constatez, les attaques de ces esprits brillants sont aussi subtiles qu’inventives.

 

Le reste des arguments n’est pas triste non plus. La rhétorique bancale des associations qui se sont senties visées se fonde toujours sur une série d’amalgames similaires. L’association Via Resistancia (United Colors of Resistance) avance même que l’islam est à l’islamisme ce que la Wermacht fut à la SS lorsqu’elle contribua à la montée du nazisme. Navrant.

 

Autant dire que la sérénité n’est pas de mise pour débattre de ces questions importantes. Pour rester dans le cadre des idées, la question que je me pose est la suivante. Les libéraux peuvent-ils se positionner sur cette question de la même manière que ces groupuscules islamophobes ?

 

 

 

Seriez-vous aux Français ce que les islamistes sont aux musulmans ?

Le représentant (anonyme) de la Maison du Monde Libre avance cet argument massue : « L'intérêt de la Nation est celui d'une Nation libre où le pouvoir n'est pas confisqué par une dictature. L'intérêt de la Nation ne se confond pas avec le prétendu bien commun cher aux socialistes. Les états  socialistes, communiste, et islamistes ne sont pas des "nations", ce sont des KonzentrationLagers. ». En tant que libéral, j’aimerais en savoir plus sur ce prétendu « intérêt de la Nation ». Je souhaiterais, dans la foulée, savoir aussi qui est légitime pour en définir les contours, pour en fixer les critères d’appartenance et les règles. Enfin, que rôle serait laissé aux Droits de l’Homme et du Citoyen que pas mal d’hommes et de femmes jugent aujourd’hui fondamentaux ? Car il y a de quoi inquiéter tout libéral qui se respecte, lorsque cette même Maison de la Liberté (sic !) avance par la suite : « la République Française doit se doter de lois pour encadrer la liberté d'expression politique selon l'intérêt de la Nation, poursuivre les auteurs et distributeurs d'idées politiques visant à déstabiliser la France ou ses alliés. ». Bref, « Le contexte étant ce qu'il est, les prêcheurs islamiques devront obtenir des autorisations avant chaque sermon et toutes les activités se déroulant dans la mosquée pourront être soumises au contrôle de la force publique. ». Vues les remarques incendiaires que je n’arrête pas de recevoir de ces nobles « défenseurs de la Nation » autoproclamés, je ne doute pas un instant que je risquerais vite de me retrouver sur leurs listes de « distributeurs d’idées politiques visant à déstabiliser la France » s’ils parvenaient au pouvoir. Bref, il me faudrait faire ma valise ou bien risquer des poursuites ! Manifestement l’écart est vaste entre l’idéal libéral et le nationalisme.

 

Le second paradoxe dérangeant consiste à opposer l’Occident à l’islam, comme on opposerait la France à la pratique du jardinage. Il est évidemment absurde de placer sur le même plan la foi et la citoyenneté. Est-on chrétien avant d’être Français ou Français avant d’être chrétien ? Bien sûr que non ! De nombreux individus, fiers d’être occidentaux et de défendre les Droits de l’Homme, sont à la fois musulmans pratiquants et respectueux des lois de la république. Pire, ils sont fiers d’être Français, patriotes sans verser dans le nationalisme.

 

Maintenant, je comprends bien que c’est l’islam que vous jugez et non pas les musulmans en tant qu’êtres humains. Mais peut-on ramener l’islam aux horreurs commises par une minorité fanatique et barbare ? Ces fondamentalistes sont en guerre contre l’humanité bien plus que contre l’occident. Les innocents irakiens qui aspirent à la démocratie mais succombent aux attentats des fanatiques sont musulmans. De nombreux musulmans sont victimes de cette guerre abjecte menée par ces terroristes islamiques. L’islam est-il pour autant une religion criminelle et liberticide ? Bien sûr que non.

 

De la même manière, lorsqu’un juif orthodoxe tua Yitzhak Rabin pour « défendre le grand Israël », ce geste monstrueux faisait-il de la religion juive une religion d’assassins ? Lorsque des catholiques  intégristes ont mis le feu à des cinémas qui passaient des films offensants ou, bien pire, assassiné des médecins qui pratiquaient l’avortement, cela faisait-il de la religion catholique une religion de meurtriers ?

 

C’est ici qu’intervient l’amalgame suprême : l’islam, selon ces observateurs inquiets, n’est qu’une religion monolithique visant à conquérir le monde pour appliquer la charia. Pourtant, la plupart des musulmans occidentaux s’accordent à juger la charia horrible. Hormis le réseau marginal de fondamentalistes, certes extrêmement dangereux mais non représentatif des nombreuses communautés de musulmans, la sécularisation de l’islam ne pose pas de souci dans les démocraties occidentales. Des théologiens musulmans de plus en plus nombreux, mais hélas bien peu médiatisés, remettent en cause la charia et réinterprètent la sunna ainsi que certains hadiths dans une perspective d’adaptation à la modernité. Toutes les religions ont su faire évoluer leur pratique de la foi et leur rapport au politique. L’islam, dans son extrême diversité (1.2 milliards de croyants dans le monde), ne fera pas exception. Si les régimes laïcs tels que l’Egypte, la Syrie ou l’Algérie ont nettement favorisé, par leur corruption et l’absolu non-respect des droits de l’homme, l’émergence de courants islamistes puissants, il est intéressant de voir des régimes islamiques, tels que Dubaï ou le Qatar, octroyer progressivement les mêmes droits aux femmes qu’aux hommes et ouvrir leur culture aux autres. Si une guerre mondiale oppose les réseaux islamistes, aussi bien wahhabites (Al Qaïda) que chiites (Hezbollah), aux occidentaux et à leurs alliés, musulmans ou non, une autre lutte bien plus importante a lieu entre le courant réformateur libéral de l’islam et le courant fondamentaliste qui est resté figé depuis le XIIeme siècle. Comme le dit très bien Guy Sorman :

« Le seul [conflit] réellement décisif [est] celui qui, au sein du monde arabe et musulman, oppose les tenants de l'islam éclairé à ceux de l'islam fondamentaliste ».