mercredi, 03 novembre 2010

L'islam condamne Al-Qaida une fois de plus

Amb - Sheikh Al Azhar.jpgNous savons Al-Qaida en guerre contre l’occident pour son impérialisme, réel ou supposé, à commencer par les Etats-Unis. Cette nébuleuse terroriste vise aussi les régimes arabes qui ont trop longtemps instrumentalisé le néofondamentalisme pour maintenir leur pouvoir corrompu. Ce retour de bâton amène les gouvernants arabes à revoir leur stratégie. Les premières victimes de cet obscurantisme assassin, ce sont des individus de confession musulmane. Par-delà de la simple comptabilité de ses atrocités, la folie meurtrière d’Al-Qaida suscite des réactions de plus en plus vives de grandes autorités religieuses islamiques. Sa condamnation ne se fonde pas seulement sur les textes fondamentaux de l'islam, mais aussi sur un meilleur recul des oulémas sur l'évolution et  l’insertion de l’islam dans le monde moderne.

Dans cette perspective, il est intéressant d’entendre le grand imam d’Al-Azhar, haut lieu de la pensée islamique, rappeler officiellement que « l'islam garantit la liberté de culte et interdit les agressions contre les églises ». Il a condamné « avec force » le terrible attentat qui a causé la mort de 53 personnes dans la cathédrale syriaque de Bagdad dimanche dernier, ajoutant que les menaces proférées par Al Qaïda contre les coptes d’Egypte, 6 à 10 % de la population totale, ne servaient « que ceux qui veulent provoquer la dissension et porter atteinte à l'unité nationale », notion non pas religieuse mais sociale. Les Frères musulmans ont réagi de la même manière : « Les Frères musulmans avertissent tout le monde — et en premier lieu les musulmans — que la protection des lieux de culte de tous les enfants des religions monothéistes est la mission de la majorité musulmane » ajoutant « Les Frères refusent toute menace stupide contre les lieux de culte chrétiens en Egypte, de la part de qui que ce soit et quel qu'en soit le prétexte ».

La quête identitaire actuelle des musulmans ne peut que mener à un affrontement théologique et moral de plus en plus marqué avec les mouvances les plus radicales qui ont basculé dans la violence en se revendiquant de l’islam.

mercredi, 23 décembre 2009

Identité nationale : culture judéo-islamo-chrétienne ? (2/2)

islam_empire7Siecle.jpgPour commencer, l’islam n’est pas une religion monolithique. Elle se divise essentiellement en trois grandes religions à ce jour : le sunnisme, le chiisme et kharidjisme. Le seul sunnisme s’est développé en une multitude de courants, parmi lesquels quatre grandes écoles se distinguent aujourd’hui : Mâlikite, Hanafite, Chafi'îte et Hanbalite. Dominante en Algérie, au Maroc, en Tunisie et au Sénégal, l’école malikite est la mieux établie en France. Pour autant, on ne peut parler de « communauté islamique » avec 4 à 6 millions de citoyens de confession musulmane vivant en France, pas plus qu’on ne peut parler de communauté juive ou protestante (à moins de déconsidérer la notion d’individualités libres et responsables de leurs actes et de leurs choix pour privilégier une approche holiste). Sa tradition repose sur l’ouverture et l’adaptation aux réalités locales, à l'évolution du monde et à la réflexion personnelle. Cette approche de la foi et de ses pratiques n’est pas plus incompatible avec les lois et les valeurs de la république que la religion catholique.

 

Certes, les théologiens islamiques contemporains reconnaissent que l’islam est en crise, comme d’autres religions ont pu l’être en d’autres temps. Suite au déclin de l’islam qui a suivi celui de l’empire ottoman, la colonisation puis la décolonisation, les pays à majorité musulmane sont aujourd’hui des régimes autoritaires, souvent corrompus, qui ont largement contribué à l’état déliquescent de l’islam aussi bien pratiqué dans ces pays que par la diaspora dans le monde. En choisissant d’instrumentaliser les mouvements extrémistes religieux sans permettre le renouveau des centres universitaires dignes de ce nom, ils ont privé les musulmans du corps de théologiens et de clercs de bon niveau nécessaire, capables de renouer avec la tradition de la « disputation ». C’est sans doute l’un des grands enjeux de la prochaine décennie. On ne gagnera pas la guerre contre l’islamisme intégriste par la répression mais par la victoire des idées. Le débat est la clef du succès. L’Europe ne doit pas rater cette opportunité de faire émerger sur son sol l’élite religieuse de demain, avec une conscience politique et religieuse moderne, laïque et ouverte aux différentes cultures.

 

C’est dans ce cadre que les courants islamiques rattraperont leur retard dans l’évolution de leur droit positif propre, et dans les pratiques rituelles préconisées. La jurisprudence islamique prend en compte les hadiths reconnus et discutés, et évolue en fonction des usages locaux et dans leur temps. Il faut savoir que la charia ne se met en place qu’après la dynastie des Omeyyades, lors de l’avènement des Abbassides. Elle n’est donc ni absolue, ni figée. La pratique évolue aussi au gré de la réflexion personnelle. Certes, plusieurs versets sont clairement belliqueux dans le Coran, mais ce n’est pas la seule religion à se fonder sur des écrits dont on peut extraire ce type de  passages violents. Et danz le même temps, il existe également un vrai message de paix et de tolérance dans ce même Coran. Bref, nous sommes loin des clichés habituels et des pratiques barbares observées dans des pays eux-mêmes barbares.

 

Un exemple dans des pratiques encore en cours dans certains pays à dominante islamique : la polygamie. Ce n’est pas l’islam qui créé cette pratique alors courante, mais il choisit de l’encadrer et d'apporter aux femmes des droits alors inconnus, notamment en occident à l’époque : le droit de divorcer, le droit d’accumuler du patrimoine, fruit de leur travail, de dot ou d’héritage, et de le conserver en cas de séparation. Plusieurs autorités religieuses condamneront la polygamie, ainsi que la répudiation, lorsqu’elle apparaîtra contraire aux usages et à la réflexion sur les droits de la femme. Il est du devoir des oulémas correctement formés d’éclairer le clergé islamique des pays en voie de développement pour faire cesser progressivement des pratiques qui n’ont rien de figées (à moins de travailler au FMI) et qui doivent évoluer avec leur temps. Mais rappelons-nous qu’en France, il y a seulement quelques décennies, les femmes ne pouvaient ouvrir un compte bancaire sans l’accord et la signature de leur mari. Les efforts de pédagogie exigent du temps et de la patience.

 

En réponse aux craintes que fait naître cette religion suprès de ceux qui ne la connaissent pas bien, ce n’est pas l’islam qui présente une menace en soi, mais ce que les individus en font. L’enjeu pour notre pays, et pour l’Europe plus généralement, c’est de mettre en place les conditions pour que puissent émerger et s’exprimer les cadres de cet islam moderne adapté aux démocraties libérales. La composition du CFCM et son manque de vision, la gouvernance étrange de la grande mosquée de Paris, qui donne un pouvoir important au gouvernement algérien, l’absence de lieux de prière suffisants dignes de ce nom et l’absence d’une véritable université de formation des imams, voilà des carences sur lesquelles la France va devoir se pencher pour ne pas laisser les musulmans sans lieux de culte dignes de ce nom et sans un clergé moderne qui encadre leurs pratiques et les adapte aux lois et coutumes des grandes démocraties laïques.

mardi, 22 décembre 2009

Identité nationale : culture judéo-islamo-chrétienne ? (1/2)

islam-drapeautricolore.jpgLe débat sur l’identité nationale fait ressortir nos vieux démons comme il se doit. Douter de son identité ne se traite pas de manière simple ou arbitraire, mais en cherchant les causes plus profondes de ces inquiétudes presque métaphysiques. En attendant, cette prétendue thérapie de groupe à l’échelle nationale menace de se transformer en fracture intercommunautaire si les sombres penchants sont encouragés d’un côté, et si, de l’autre, les questions qu’ils soulèvent sont éludées par souci du « politiquement correct ». Implicitement visés par le discours des politiques, l’immigration et l’islam donnent lieu à tous les amalgames possibles. Barbus ou « musulmans qui portent leur casquette à l’envers et parlent verlan », cités explosives et minarets, chômage de masse et caillassages. Les arguments hostiles à l’immigration, et particulièrement à l’immigration provenant de pays à majorité islamique, reposent sur deux axes majeurs.

Tout d’abord, nous sommes nombreux à être conscients du fait que notre pays est confronté à un réel problème économique et social qu’une immigration mal gérée n’a fait qu’amplifier. Tant que notre économie est bridée, que les réglementations du travail et les charges sociales pèsent sur l’emploi, l’immigration non qualifiée supplémentaire ne peut qu’aggraver ces tensions parmi les couches populaires et les classes moyennes. Une politique de logement social désastreuse, l’échec de notre modèle scolaire et universitaire, une politique de l’emploi faisant exploser le chômage parmi les populations les moins formées, renforcée par l’assistanat, tout a été fait pour créer des ghettos et généraliser la précarité. Ajoutons à l’ensemble notre histoire mal assumée depuis l’indépendance de l’Algérie, et nous aboutissons au mélange explosif que nous connaissons, né du sentiment de déclassement et d’exclusion des descendants français de parents ou grands-parents algériens. Seule à même d’inverser cette tendance, une politique économique libérale ne semble hélas pas figurer dans les priorités du gouvernement. Pas plus que le rétablissement de l’état de droit dans les cités qu’il a abandonnées.

Mais le débat se tient aussi lieu sur un plan beaucoup plus émotionnel, celui de la culture et de la religion. Les défenseurs de la laïcité « à la française » exploitent divers incidents pour tenter de prouver l’incompatibilité de l’islam, ou tout au moins de certaines pratiques de musulmans comme le port du voile, avec notre modèle républicain. D’autres vont plus loin en évoquant la menace civilisationnelle que représenterait l’islam pour l’Europe « judéo-chrétienne ». Ils oublient sans doute l’époque où l’Andalousie et la Septimanie vivaient sous l’influence directe de la civilisation islamique, à Tolède, à Cordoue mais aussi à Narbonne ou à Ramatuelle (qui viendrait de Rahmat’Allah, « grâce de dieu » en arabe). Ce double assaut contre l’islam et, plus ou moins directement, les français de confession musulmane, ne me semble pas seulement infondé. Il m’apparaît aussi dangereux. En insistant sur ce qui nous divise plutôt que sur ce qui nous unit, il nourrit les peurs par une interprétation fallacieuse de l’islam, et alimente les rancoeurs par la lecture déformée d’incidents réels sortis de leur contexte.

La grande difficulté des années à venir, ce sera de permettre aux Français musulmans de trouver (ou de retrouver) leur fierté sur le plan social, culturel et sur celui de la foi pour les pratiquants, sans céder de terrain aux extrémistes qui surfent actuellement sur leurs difficultés économiques et sociales, intégristes de la laïcité ou de l’islamisme radical. Quoi qu’on pense du hijab ou, plus inquiétant, de la burqa, nous sommes vite entraînés sur un terrain glissant lorsqu’on entreprend l’interdiction de pratiques qui relèvent avant tout de choix personnels. D’un côté, rien ne prescrit la burqa dans l’islam pour prendre cet exemple récent. Mais de l’autre, l’interdiction de cette pratique archaïque (qui me révulse mais que je ne me vois pas plus fondé à interdire que nombre de pratiques qui insultent l’idée que je me fais de la dignité humaine) reviendrait indirectement à stigmatiser leur religion pour un bon nombre de Français musulmans. Pris sur deux fronts, difficile de manœuvrer avec subtilité.

mercredi, 08 juillet 2009

L'islamophobie tue

Apple_Mecca_220.jpgCa y est, Jean-François Copé s'est déclaré en faveur d'une loi antiburqa face à "ces extrémistes qui tentent de tester la république et [à nos] adversaires qui nous tendent des pièges". Pratique sectaire, pathologie religieuse le niqab ? Heureusement, pour beaucoup, ce n'est pas l'Islam qui est en cause mais ses pratiques les plus radicales. Et le débat continue. Comme le rappelle l'anti-burqa (mais néanmoins excellent) Jean-Paul Brighelli : "Après tout, ce sont des Musulmans qui ont écrit les Mille et une nuits" dans lesquels on peut lire : « Elle a un derrière énorme et fastueux qui l’oblige à se rasseoir quand elle se lève, et me met le zob, quand j’y pense, toujours debout ».  Mais il entretient ce vice bien français de vouloir interdire ce qui lui paraît contraire à ses penchants naturels, aussi tentants soient-ils :

"[...] je serais partisan d’une interdiction totale, partout, de tout ce qui est une offense au désir. Parce que le désir, l’érotisme, la séduction, sont sociabilité exquise, respect permanent (mais si ! c’est évident !), jeu des intelligences, corps à corps de l’esprit. Et que l’interdiction du désir ne mène, de toute façon, qu’à la faillite de la répression, à l’explosion, à la violence. Il y a une parenté évidente entre les interdits sous lesquels les « grands frères » veulent plier leurs petites sœurs, et le langage ânonné, guttural, monosyllabique, de certaines banlieues. Des enfants à qui on a dénié l’accès à une vraie belle langue — celle de Montesquieu, de Diderot ou de Laclos —, et qui disposent en tout et pour tout de deux cents vocables, dont « fuck you » et « taspé » sont l’alpha et l’oméga, ont forcément du désir une vision monstrueuse, parce qu’ils n’ont pas de mots à mettre sur leurs hormones. Parce que seul le langage est l’habit permanent de la pulsion : qui habite (avec et sans jeu de mots) avec précision sa langue n’a pas besoin de recourir à des burqas, ni à des voiles. Ce ne sont pas les visages des femmes qu’il faut cacher : ce sont les turgescences mâles qu’il convient d’habiller de langage."

 

En concluant par "Haut les cœurs, et bas les masques", n'ouvre-t-il pas au contraire un vrai débat sur l'hypocrisie de son propre discours ? Cachez ce voile que je ne saurais voir.

 

En tout cas, c'est en croisé qu'un Allemand a pris la chose. Il avait commencé par insulter copieusement une maman simplement voilée dans un square au simple prétexte qu'elle ne libérait pas assez vite la balançoire pour son propre fils. Elle avait alors eu droit à une belle tirade : "Islamiste, terroriste et trainée", ce dernier terme pour rappeler la triste soumission de la femme aux brutes masculines de son espèce. La femme un peu raide sur ses principes a porté plainte. Résultat : amende de 780 euros pour le vil personnage. Il avait alors réitéré ses propos devant les juges. Le Parquet a alors fait appel. C'est dans l'enceinte de la Cour d'Appel que notre islamophobe a montré son courage et s'est jeté sur cette femme pour la poignarder de 18 coups de couteau. Elle devait vraiment menacer sa vie et celle de son enfant pour qu'il en vienne là. L'époux, en se portant au secours de sa femme, s'est alors pris une balle d'un policier qui le croyait assaillant. Et de deux. Très fort. Si l'islam nous menace, c'est peut-être d'abord par l'islamophobie de ceux qui en ont instinctivement peur.

 

Heureusement, il reste des personnes qui tiennent des propos de bon sens :

"En outre, l’esprit est ainsi fait que tout ce qu’on ne voit pas est une porte ouverte au fantasme. Par ici, on dit qu’il y a conspiration, qu’elles sont mandatées par des imams barbus pour tester la résistance de la Nation à une future islamisation des masses. Facile, mais l’époque paranoïaque s’y prête bien. Que la burqa est la porte ouverte aux dérives communautaristes. Mais à force de règlementer, légiférer, interdire, on ne fait qu’attiser les manifestations et bravades identitaires, et il serait judicieux de prendre en compte, avant tout autre paramètre, le caractère récent de cette radicalisation du voile."

 

La conclusion tombe comme un couperet : "La burqa ! La belle affaire ! Un combat idéal pour petits blancs héritiers de toute l’arrogance et la condescendance judéo-chrétiennes."

jeudi, 18 juin 2009

Port de la burqa bientôt interdit dans les espaces publics ?

Emmerder.jpgS'agit-il de la "burqa" (ou "burka" en perse, "buqra" en ourdou ?) grillagée, du "tchadri" pachtoune (qui a nourri le cliché talibanisé de "tchador") ou de "niqab" qui laisse voir les yeux (ou les lunettes de soleil) ? Déjà l'été dernier, une polémique avait suivi le refus d'accorder la nationalité française à une Marocaine mariée à un Français, ayant des enfants français et parlant parfaitement la langue française, au motif qu'elle avait "adopté une pratique radicale de sa religion, incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe d'égalité des sexes".  Cet argument moral douteux s'appliquait d'abord pour bloquer une procédure simple d'acquisition de la nationalité. Aujourd'hui plusieurs parlementaires vont plus loin et souhaitent avoir la peau de cette "robe intégrale à voilette incorporée" qui perturbe leur vision lisse de la société, au risque de déclencher une nouvelle vague d'islamophobie primaire.

 

Quelques parlementaires réclament donc une enquête (au résultat jugé d'avance) sur la burqa et le niqab, au travers d'une résolution "Tendant à la création d’une commission d’enquête sur la pratique du port de la burqa ou du niqab sur le territoire national". Objectif clairement affiché :

  • valider dans la loi (une fois de plus) le fait que cette tenue symbolise une soumission de la femme "qui dépasse sa portée religieuse et pourrait être considérée comme ‘’portant atteinte aux valeurs républicaines présidant à la démarche d’intégration et d’organisation de ces enseignements, obligatoires pour les étrangers admis pour la première fois en France,"
  • fixer "l’obligation de retirer le niqab ou la burqa pourrait être justifiée par des buts légitimes qui sont les exigences de la sécurité publique, d’identification des personnes ou encore la protection des droits et liberté d’autrui."

 

Si vous lisez bien, les deux points permettent de glisser de la démarche d'intégration destinée à ceux qui postulent à l'obtention de la nationalité française, au comportement de tous, Françaises inclues. Les unes seraient identifiées par une "soumission portant atteinte aux valeurs républicaines présidant à la démarche d'intégration", les autres par leur atteinte à la sécurité publique ou la nécessité d'identification des personnes. Je ne savaient pas que les femmes voilées brûlaient des voitures ou caillassaient des policiers. Ni qu'il fallait à tout prix être identifiable dans la rue. Les perruques, masques, déguisements et tenues dissimulant ce qui permet une identification seraient ainsi proscrits ? La proposition va loin, très loin au nom d'une lutte cimplicite contre la pratique d'un islam radical (ces voiles intégraux datent de bien avant l'Islam, et rien ne les impose dans les textes religieux).

 

Certes, lorsque je vois (ou plutôt je devine) une femme sous une burqa, je ne peux m'empêcher d'avoir mal pour elle, pour sa pratique de la foi et cette forme de soumission à Dieu (bien plus qu'à son mari sans nier son influence légitime). De même que je plains les femmes mutilées par des piercings ou des tatouages multiples (parfois non assumés) qui, eux, constituent une véritable atteinte à leur integrité physique, les gothiques satanistes qui vivent et voient tout en noir, les femmes juives orthodoxes parfois rasées et emperruquées, etc. J'y vois davantage une soumission étrange à Dieu, à Satan ou à des idéaux douteux qu'une atteinte "aux valeurs de la république" (certains se posent certainement la même question à mon sujet en me lisant). Cette répulsion personnelle ne m'incite pas pour autant à vouloir interdire ces comportements. Au nom de quoi devrais-je porter atteinte à leur liberté d'expression religieuse dans des espaces publics ? C'est la porte ouverte à une surenchère anti-cléricale dangereusement liberticide.

 

Burqa.JPGSurtout, j'aimerais que nos politiciens si prompts à restreindre nos droits fondamentaux s'intéressent un peu plus à ces femmes qu'aux moyens de leur pourir la vie (ce principe est évidemment applicable à tous les domaines). Une très belle enquête du supplément Le Monde 2 s'était penchée sur les motivations des femmes portant le "hijab", le voile simple en voie de banalisation. Comme je le disais alors : "Beaucoup de républicains acharnés vont être surpris : la femme voilée est un être humain. Je sais, c'est dur à avaler. La différence surprend toujours, surtout quand vous ne vous y attendez pas. Cette femme bizarre pousse même parfois le bouchon un peu loin, allant jusqu'à faire usage d'arguments sophistiqués[...]" La burqa est d'un contact bien plus brutal pour l'observateur néophyte, mais elle ne contredit en rien la nécessité d'une écoute et d'une attention respectueuse de ces femmes pour comprendre leurs préférences.

 

Gardons bien à l'esprit que nous sommes tous visés par ce réflexe liberticide chronique de nos politiques. Ce n'est pas parce qu'il vise ici une religion dans sa pratique la plus primitive, que nous devons accepter ce cancer qui ronge le lien social dans notre pays.  Si nous légifèrons en fonction de nos peurs primales, les fondements des valeurs que nous souhaitons protéger seront à leur tour menacés. Tout ceci ouvre sur un autre débat autrement plus complexe, concernant les éléments constitutifs de  la communauté nationale.

mardi, 06 mars 2007

3eme école islamique en France : dérive communautariste ou liberté d'enseignement ?

medium_Al_Kindi.2.jpgLe lycée privé musulman Al-Kindi de Décines, dans la banlieue lyonnaise, a ouvert hier avec 6 mois de retard, le temps de voir la procédure de blocage par le rectorat annulée. Les prétextes avancés, liés à la proximité d’une installation de gaz, au mauvais état d’un grillage, à la pollution du sol ou encore à la défaillance de la direction étant apparus fallacieux aux yeux des magistrats. Une bonne vingtaine d'élèves a donc démarré les cours dans la classe de 6eme seule ouverte à ce jour. Après le collège Réussite d’Aubervilliers (93) et le lycée Averroès (85 élèves) de Lille, Al-Kindi est le 3eme établissement privé musulman. Hors contrat, il ne bénéficie d'aucune subvention publique mais seulement des donateurs privés (900.000 euros) et de la participation des familles, 1.200 euros par an. Trois élèves sur vingt deux ne sont pas musulmans, et deux profs sur sept non plus.
 
Dans cette perspective confessionnelle, un lycée privé sikh est également en projet à Bobigny. Nous assistons ici à un vrai changement car la plupart des dix mille écoles, collèges et lycées privés sont catholiques et sous contrat d’association avec l’État. Derrière les deux cent cinquante établissements juifs accueillant 30 000 élèves, il n'y avait que quatre protestants (luthéro-réformés) et quelques écoles évangéliques sortant de la norme. Dorénavant, les musulmans (près de cinq millions estimés en France) ont aussi droit à leurs écoles...margibales et  hors contrat pour le moment, mais ce n'est qu'un début. Les deux premiers établissements musulmans, qui devraient bientôt passer sous contrat (et donc être financés par l'Etat au même titre que tous les établissements catholiques), remportent un grand succès auprès des parents, convaincus de trouver là, à tort ou à raison, discipline, sécurité et enseignement de qualité. L'enseignement de certaines langues rares (Chinois, Japonais) et l’affirmation de l’identité religieuse, par exemple à travers le port du voile, ajoutent à l'attrait de ces écoles confessionnelles.
 
Certes, dans un contexte de montée des revendications fondamentalistes chez certains Français de religion musulmane, l’origine des financements et la place de la religion dans l’enseignement dispensé soulèvent des craintes. D’autant que Nazir Hakim, fondateur de l'école Al-Kindi, est aussi vice-président de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), organisation islamiste militante. Mais nous sommes très loin d'une madrassa. Nicolas Sarkozy, par l’intermédiaire de son chef de cabinet, Jacques Gérault, aurait fait pression sur le recteur de l’académie pour qu’il accepte l’ouverture, ce que la gauche tente d'exploiter sans trop d'enthousiasme. Nazir Hakim, lui, se montre rassurant en maintenant une ligne d'ouverture et en s'engageant à enseigner strictement les programmes de l'Education Nationale.
 
Il est temps d'accepter l'émergence d'écoles confessionnelles nouvelles car les attentes, fort légitimes, sont fortes. L'injustice de ne pas les traiter d'égal à égal avec le réseau d'écoles catholiques ne peut plus tenir. Plus largement, nous en revenons à la question du système scolaire rigide et inadapté aux attentes des familles. De ces succès marginaux mais fondateurs dépend l'évolution des mentalités. Ces directeurs d'écoles savent que les musulmans de France bénéficieront d'autant mieux de cette libéralisation de l'enseignement que ces premiers essais se montreront rassurants pour la société. En tout cas, c'est un pas de plus vers l'abandon du modèle moribond du mammouth actuel.
 
Histoire à suivre... 

mercredi, 28 février 2007

Sarko a fumé du chiite ou quoi ?

Après avoir été ministre de l'intérieur en charge de notre sécurité (voire de notre insécurité comme on peut parfois se le demander compte tenu de ses priorités répressives) plusieurs années, nous pouvons nous rendre compte de sa méconnaissance des grands enjeux de notre siècle, et des risques émanant d'une toute petite minorité de psychopathes.
 
Invité sur RMC lundi 26 février, Nicolas Sarkozy a été planté en direct par le fameux Jean-Jacques Bourdin (qui parvient à trébucher tout seul sur ses propres questions d'ailleurs).
Question de Bourdin : "les combattants d'Al-Qaïda sont-ils sunnites ou chiites ?". Réponse très ferme de Sarko : "Il est impossible d'y répondre (...) parce qu'Al-Qaïda, c'est une nébuleuse". A trois reprises, le ministre de l'Intérieur a refusé de répondre à la question. Manifestement, il n'était pas préparé et a fait sa Ségo en direct. Le ministre des cultes sait-il seulement la différence entre les chiites et les sunnites ? Pour ceux qui avaient encore des doutes après son soutien implicite à l'UOIF lors de l'instauration du Conseil Français du Culte Musulman, il est dorénavant clair qu'il ne comprend rien à la complexité de l'Islam, à ses grandes composantes et aux enjeux qui en découlent.
 
Devant ce dialogue d'ignares sur la question, Bourdin a eu la sagesse de conclure : "Nous demanderons à des spécialistes". La sagesse a parlé. Mon seul conseil : Sarko devrait un peu potasser ce type de sujets, surtout lorsqu'ils sont aussi essentiels pour notre monde que menace un hyperterrorisme organisé tel que celui d'Al Qaïda. 
 
Allez, à vous de vous forger votre propre opinion : 
 
 

mardi, 26 septembre 2006

Qui se cache sous le voile ?

medium_voile.jpgPour la plupart de mes proches, croiser une femme voilée déclenche une gène. Moi-même, j'ai parfois un pincement au coeur. Forcées, manipulées, fanatiques ou ignorantes, qui sont ces personnes qui bravent ainsi le modèle républicain ? Un excellent article du supplément du Monde (le Monde 2) est venu confirmer ce que mes rares expériences d'échange avec des femmes voilées m'avaient révélé confusément.

 

Beaucoup de républicains acharnés vont être surpris : la femme voilée est un être humain. Je sais, c'est dur à avaler. La différence surprend toujours, surtout quand vous ne vous y attendez pas. Cette femme bizarre pousse même parfois le bouchon un peu loin, allant jusqu'à faire usage d'arguments sophistiqués : "On essaie de nous ramener à une vision normative de l'émancipation de la femme. Mais il faut comprendre qu'il n'y a pas qu'un seul mode d'émancipation ! Si on défend la liberté de la femme, il faut lui laisser la liberté de ses choix jusqu'au bout, et ne pas l'imaginer en permanence comme une idiote manipulée par un père, un frère ou l'Etat saoudien !".

De mon temps, pareille insolence finissait par une gifle. De toute façon, du temps de mes parents (...allez, je vous l'accorde : grands-parents), les femmes ne votaient pas et devaient la fermer. Certains voient encore cette époque comme un âge d'or.

 

Pire, ces femmes s'affirment responsables de leur choix et avouent aimer la liberté : "Ce choix de me voiler est le mien. Je refuse qu'on vienne empiéter sur ma volonté propre, comme je dénonce le fait qu'on contraigne des femmes à porter le voile ou, pire, qu'on les marie de force."  plaide Sihan, 32 ans, un DEA d'histoire en poche.

Comment prétendre porter librement un tel "instrument de soumission" ? Manifestement, le voile n'est pas du tout perçu de la même manière par celles qui le portent et ceux qui l'attaquent. Lorsque des femmes leur adressent des reproches, voici ce qu'ils évoquent à Aicha : "On aurait trahi leurs combats ? Non, je défends aussi mes choix. Je ne suis pas soumise. Je suis divorcée et mon ex-mari n'était pas pratiquant. Je dis, je fais ce que je veux."

Une sociologue propose une approche intéressante : "Ces femmes françaises voilées, descendantes de migrants, ont souffert de l'injonction qui étaient faite à leurs parents ou grand-parents de demeurer invisibles dans l'espace public. Cela a été perçu comme une démission, comme une renonciation à s'assumer pleinement.". La question de l'identification, de la recherche de repères dans une république qui ne tolère pas la différence, explique sûrement un grand nombre de "conversions" au voile.

 

"Le voile, c'est un handicap à 100 % dans la société française"

Le choix du voile a des repercussions douloureuses, voire dramatiques. Du simple incident au blocage professionnel ou à l'interdiction d'accès à des services publics, la palette d'humiliations et de menaces est vaste.

"Finalement, ce n'est pas à cause du voile mais de la société française qu'on restera à la maison" pense Laurianne, qui dispose d'un BEP mais d'aucune offre d'emploi, même pas aux caisses de supérettes. Sa belle-soeur titulaire d'une licence en sciences de l'éducation, d'un BTS d'action commerciale et d'un DEUG d'arabe, confirme : "A l'ANPE, ils ont des piles de dossiers de filles voilées. Et ils sont contents quand ils arrivent à en placer une comme secrétaire à l'arrière d'un entrepot". Mais à force de voir les gens se retourner dans la rue, parfois avec une moue dégoutée, d'entendre les amalgames "Allocations familiales ! Intégrisme ! Attentats", comment maintenir le cap de l'isolement social ? Pourquoi se marginaliser aussi brutalement, en toute connaissance de cause ? Certes, la question de l'identité retrouvée joue, mais n'est-ce pas une identité qui s'appuie surtout sur cette marginalisation recherchée, pour prendre ses distances avec un modèle culturel et social qui vous a rejeté auparavant ? La provocation, éphémère ou durable, a toujours un sens. La marginalité permet de recréer des communautés et de s'y structurer dans un cadre social assaini, proche et attentif à vos doutes, à votre fragilité. C'est un cadre propice pour se construire sereinement, à l'abri de la violence de la pensée unique "républicaine".

 

"Le voile n'est pas militant", il procède le plus souvent d'une démarche personnelle et responsable

Hélas, le voile vient cristalliser des angoisses collectives qui se  fondent sur des associations simplistes. Le musulman, l'islamiste et le terroriste restent très proches dans l'imaginaire collectif. Le monde musulman, très vaste puisqu'il couvre 1.2 milliards d'individus sur tous les continents, est d'ailleurs en proie à un conflit culturel et religieux très lourd, comme je l'ai déjà évoqué. Chez les catholiques, le mouvement charismatique, comme la tendance intégriste, ne fait peur à personne. Les transes extatiques et le repli identitaire relèvent surtout du folklore spirituel. Le voile, non. Le voile fait peur, il fait implicitement référence, dans l'esprit du grand public, aussi bien aux kamikazes qu'aux dictatures arabes (ou perse) sanguinaires qui briment la femme, aux régimes qui appliquent la charia  qui, monstrueuse, permet de lapider une femme adultère ou violée (si plusieurs mâles ne témoignent pas pour l'innocenter  !). La provocation est donc d'autant plus pesante et lourde à assumer qu'elle s'appuie sur un malentendu abyssal.

 

Attention, ne croyez pas que je sois naïf. Le voile, comme certains symboles moins visibles instrumentalisés par d'autres religions ou idéologies, peut constituer un outil d'oppression. En l'occurrence, ce morceau de tissu permet à certains d'asseoir l'humiliation de la femme en la faisant disparaître en partie de l'espace public. Notamment, les activistes islamistes n'hésitent pas à manipuler des jeunes filles de 10-13 ans pour en faire des militantes politiques comme le Monde 2 le rappelle justement. Leur ambition consiste à former une communauté radicalisée et prosélyte. Mais ce n'est pas de ces femmes que l'article traite. cet article se penche sur le sort de femmes émancipées, responsables et engagées dans une démarche librement consentie.

 

La conclusion de l'article parle de lui-même : "Quand comprendra-t-on que la France est culturellement diverse ? Que le voile n'est pas un phénomène étranger à la France, mais un phénomène français ?"

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jeudi, 21 septembre 2006

Tariq Ramadan et le Pape

medium_le_meilleur_of_cauet_avant.2.jpgTariq Ramadan vient du publier un excellent commentaire des propos de Benoit XVI et des incidents qui s'ensuivirent. Si je partage rarement les propos et le contenu de son blog, ce texte-là mérite la lecture.

 

Dans les grandes lignes, voilà son premier constat : ...certains gouvernements instrumentalisent ce type de crise pour laisser s’exprimer les frustrations populaires. Quand on a privé le peuple de ses droits fondamentaux et de sa liberté d’expression, il ne coûte rien de laisser ce dernier exprimer sa colère contre les caricatures danoises ou les propos du Pontife. Très juste.

 

Il amène ici une remarque de bon sens : Il est de la responsabilité des intellectuels musulmans de ne pas jouer à ce jeu dangereux et tout à fait contre productif. Cette évidence, dans la bouche d'un théologien musulman réputé, est plutôt positive.

 

Ici démarre sa solide argumentation : Le Pape Benoît XVI est à l’image de son temps et il pose aux musulmans les questions de son temps : c’est avec de la clarté et de solides arguments qu’il faut répondre en commençant, par exemple, par refuser que l’on traduise « jihâd » par « guerre sainte ». Exposer les principes de la résistance légitime et de l’éthique islamique en situation de conflit devrait être une priorité plutôt que d’encourager les peuples à protester violemment contre l’accusation d’être les fidèles d’une religion violente.

 

Tariq Ramadan reconnaît que les réactions sont passées à côté du fond du message du Pape. Ici, le débat concerne tous ceux qui souhaitent faire plonger nos racines dans une culture exclusivement chrétienne, en négligeant notre héritage laïques, rationaliste (et pourquoi pas celte ou païens, ... ?). Ramadan met le doigt sur la crise identitaire qui traverse les pays européens en situation sociale, économique et culturelle difficile, presque en déclin : C’est à cela que les musulmans doivent répondre d’abord en contestant cette lecture de l’histoire de la pensée européenne où le rationalisme musulman n’aurait joué aucun rôle et où on réduirait la contribution arabo-musulmane à la seule traduction des grandes œuvres grecques et romaines. La mémoire sélective qui tend à « oublier » les apports décisifs de penseurs musulmans « rationalistes » tels que al-Farâbî (Xème) Avicenne (XIème) , Averroès (XIIème), al-Ghazâlî (XIIème), Ash-Shatibî (XIIIème), Ibn Khaldun (XIVème) , etc. reconstruit une Europe qui trompe et se trompe sur son passé.

 

Je partage entièrement son avis sur ce point précis : L’Europe ne saurait survivre, ni l’Occident, si l’on s’évertue à vouloir se définir exclusivement et à distance de l’autre - de l’islam ou du musulman - qui nous fait peur. D'ailleurs, c'est un message profondément libéral : on ne survit pas à la peur de l'autre. La peur pousse à ériger des barrières, freine les échanges et pousse au protectionnisme/nationalisme destructeur. L’Europe doit se réconcilier avec la diversité de son passé afin de maîtriser le pluralisme impératif de son avenir.

 

Dans ce sens, l'excellente analyse de Ramadan nous renvoie au débat crucial qui concerne l'identité européenne, débat que personne ne parvient à refermer convenablement depuis le siècle des Lumières. Finalement, notre identité n'est-elle pas fondée sur cette remise en question permanente de nos valeurs immédiatement antérieures ?

 

Les commentaires qui suivent sont, eux, choquants, violents, intolérants, anti-américains primaires... Exactement le type de réactions enflammées que Tariq dénonce dans son texte ! Bref, les mentalités sont encore bien figées. Chrétiens et musulmans ont encore un gros effort de réflexion sur eux-mêmes à mener ! Il faut dire, encore une fois, que le site de Tariq Ramadan donne la parole à des intellectuels qui alimentent cette ligne dure.

15:00 Publié dans Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Islam, religion, Benoit XVI, pape, islamisme, violence | | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 25 août 2006

Irshad Manji : une musulmane parle librement

Je me permets de rapporter les propos de Irshad Manji, parus dans l'International Herald Tribune du 18 août (traduction : Albert Soued, http://www.chez.com/soued/conf.htm pour www.nuitdorient.com). Cette enseignante à l'Université de Yale est l'auteur de : "Musulmane et libre"

 

La semaine dernière, les lumières de la communauté musulmane de Grande Bretagne, lords, membres du parlement, groupes de pression, ont publié une lettre ouverte au premier ministre Tony Blair, lui disant que la débâcle en Irak et au Liban profitait aux extrémistes en leur donnant des munitions qui menaçaient tout le monde. Dans une Amérique de plus en plus pacifiste, cette argumentation trouve un écho "les Etats-Unis brutalisent les Musulmans, qui à leur tour génèrent la terreur islamiste". Mais les violents du Jihad ont rarement eu besoin des griefs contre la politique étrangère occidentale pour justifier leurs têtes brûlées. Quand ils ont essayé de faire exploser le World Trade Center en 1993 et quand ils ont attaqué le destroyer américain Cole en 2000, ils n'avaient pas encore le motif de la "débâcle d'Irak". Mais ce dernier assaut eut lieu après que l'intervention militaire menée par les Etats-Unis eut sauvé des milliers de Musulmans en Bosnie et au Kosovo. Si les Islamistes se préoccupaient de faire changer la politique en Irak, ils n'auraient pas pris la peine d'enlever 2 journalistes français, probablement les plus anti-guerre, anti-Bush qui soient en Occident! Même une solidarité reconnue à l'égard des souffrances Irakiennes n'ont pas empêché l'exécution sommaire par les insurgés de Margaret Hassan, qui dirigeait une organisation humanitaire mondialement réputée.  

 

En attendant, il y a au moins autant de Musulmans tués par d'autres Musulmans que par les forces étrangères. Au Soudan, les Musulmans noirs sont affamés, violés, asservis et massacrés par des milices arabes, avec le consentement du gouvernement central islamiste. Où est la fureur "officielle" musulmane contre ce génocide ? Est-ce que les vies musulmanes ne comptent seulement que losqu'elles sont emportées par des non-Musulmans? Sinon, j'ai une idée pour les représentants de l'Islam en Occident: allez sermonner les responsables occidentaux sur leur politique étrangère qui encouragerait le radicalisme, mais en même temps lancez un défi aux jeunes Musulmans éduqués et en colère, pour qu'ils soient responsables aussi de leurs actes.

 

 

Ceci veut dire qu'il faut leur rappeler qu'au Pakistan, les sunnis persécutent les shiites à tout moment, qu'en Israël les missiles lancés par le Hezbollah atteignent aussi bien les foyers musulmans que les foyers juifs, qu'en Egypte, la police des émeutes de Moubarak ne cesse de matraquer, de violer, de torturer et d'assassiner tout activiste qui met en avant la démocratie. Cela veut dire par-dessus tout qu'il faut leur dire que les guerres civiles sont devenues courantes dans le monde musulman.

 

Mais les responsables musulmans n'oseront jamais être aussi honnêtes; ils répéteront à l'infini les péchés pour lesquels ils fustigent les gouvernements Bush et Blair, changeant de logique à chaque fois et prétendant être intègres.

 

Suite aux attentats du 7/7 à Londres, Iqbal Sacranie, alors le chef de l'important Conseil Musulman de Grande Bretagne insista sur le fait que c'était la discrimination économique qui était à l'origine du radicalisme islamiste dans le pays. Quand on a découvert que certains des suspects appartenaient à la classe moyenne aisée, avaient diplôme, emploi et voiture, Sacranie a trouvé un nouveau coupable, la politique étrangère. En faisant cela, il prenait le train de la pensée dominante lancée alors par les élites musulmanes.

 

 

Les bonnes nouvelles sont que le croyant de la rue est capable d'auto-critique. Selon un sondage d'il y a deux mois, 65% des musulmans britanniques pensaient que leur communauté devait faire un effort plus grand d'intégration, et fait troublant, qu'en même temps 13% adulaient les terroristes du 7/7 et 16% leur étaient sympathiques. N'empêche que 2/3 des interviewés cherchaient à appartenir plus complètement à la société britannique.

 

 En Grande Bretagne ou aux Etats-Unis, ceux qui prétendent parler au nom des Musulmans ont une responsabilité vis-à-vis de leur majorité, qui ne cherche qu'à concilier l'Islam avec le pays d'accueil. Indépendamment le leur politique, il n'appartient pas à Tony Blair ou à G Bush de restaurer de meilleurs sentiments dans l'Islam. Ce devoir et sa gloire reviennent aux Musulmans.

 

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