lundi, 08 mars 2010

Grèce : aide-toi, l'Europe t'aidera

Grece.jpgEn fragilisant l'euro, la crise grecque menace onze ans de construction de notre devise commune. Dans ces difficultés, les Etats membres de l'euro doivent afficher une solidarité sans faille avec la Grèce. Sinon, la défiance des investisseurs viendrait vite saper l'euro en visant successivement l'Espagne, le Portugal et, qui sait un jour, la France. Ce contexte périlleux impose aussi de réaffirmer avec force les principes constitutifs de l'euro, notamment les critères de Maastricht. Seul un discours de grande fermeté est en mesure de rassurer les investisseurs, non seulement sur la dette grecque, mais sur l'ensemble de la zone euro.

La Grèce a toutefois le devoir de racheter des années de mensonges et de montrer l'exemple par respect pour ses partenaires européens. Elle y parviendra à assainir ses comptes en réduisant sa dépense publique et libérant la croissance par une modernisation de son économie. C'est d'ailleurs à cette condition seulement que l'Europe doit proposer sa caution, voire son aide financière, à la Grèce. Cette crise nous concerne tous en Europe. Pour la France, c'est le moment de choisir son camp : rester, par son laxisme budgétaire, dans le club des mauvais élèves de l'euro, ou rejoindre l'Allemagne sur une ligne responsable. La préservation de l'euro et la poursuite de la construction européenne impliquent que notre pays s'engage sur la seconde voie.

La première mission d'une bonne gouvernance de la zone euro, c'est d'assurer le respect strict des principes fondateurs de l'euro concernant les déficits publics et la dette. Nous en sommes loin. Les critères de Maastricht ont été fixés dans une logique de stabilité économique et monétaire. Nous constatons aujourd'hui que leur non-respect risque de nous entraîner dans une crise dramatique. Derrière les évènements inquiétants actuels se profile l'explosion de la bulle des dettes publiques. Après la Grèce, dont la dette publique promet de grimper entre 2009 et 2011 de 116 à 137 % de son PIB, il y a l'Espagne (55 à 72 %), l'Italie (114 à 121 %) et, peut-être un jour, la France (78 à 91 %). L'Espagne, le Portugal, l'Italie, et peut-être un jour la France, risquent à leur tour de vivre le scénario grec et d'être menacés d'insolvabilité pour leur gestion calamiteuse des finances publiques. La fragilité de l'euro vient de ce constat lucide des investisseurs internationaux. Les pays membres de l'euro ont perdu le contrôle de leurs finances publiques. C'est pourquoi nous devons anticiper sur l'avenir et engager l'Europe dans une thérapie collective de choc : réduction massive des dépenses publiques de ses Etats membres et mise en œuvre des mesures de libération de la croissance. C'est la condition pour préserver notre économie et notre qualité de vie.

Dans l'immédiat, comment soutenir la Grèce ? Rien ne justifie que les Français cotisent deux ans de plus pour financer les préretraites des Grecs promises par leurs gouvernements successifs tous aussi irresponsables les uns que les autres. Nous ne voulons pas cautionner le trucage massif de ses comptes par la Grèce, ni sa gestion exécrable des finances publiques. Nous ne voulons pas que cette aide lui permette de repousser d'autant les réformes essentielles. Enfin, la perspective que chacun des états de la zone euro puisse se défausser de sa dette publique sur les autres pays membres suscite la crainte d'une gabegie généralisée. La construction européenne repose avant tout sur la transparence et la confiance que les Etats membres s'accordent l'un à l'autre. La zone euro n'y fait pas exception, bien au contraire. Agissons en responsabilité et exigeons de chaque Etat membre qu'il fasse de même. La Grèce prouver à l'Europe sa volonté de réellement agir dans le respect des règles communes en annonçant des mesures concrètes.

L'OCDE a calculé que pour ramener le poids de 120 % du PIB à 60 % dans les quinze ans, la Grèce devrait revenir à l'équilibre budgétaire avant 2015 puis rester en excédent les années suivantes. Cet objectif est réaliste. Le gouvernement peut diminuer le poids de la bureaucratie grecque, estimé à 6,8 % du PIB par la Commission européenne contre 1,5 % en Suède. Son effort devra aussi porter sur la baisse des salaires de la fonction publique, ou tout au moins leur stabilisation après des années d'augmentation insensée. Qui peut comprendre que les Grecs échappent aussi massivement au devoir de payer l'impôt ? La collecte efficace des prélèvements obligatoires par l'Etat grec est un moyen essentiel de réduire la part de l'économie parallèle, valorisée à 30 % du PIB, et d'augmenter ses ressources récurrentes sans augmenter les taux d'imposition.

Ensuite, les seules retraites du seul secteur public passeront de 11 à 24 % du PIB dans les prochaines décennies. C'est pourquoi la Grèce doit aligner l'ensemble des régimes de retraite sur l'âge de départ commun en Europe, 67 ans.

Enfin, la corruption généralisée place la Grèce en 72e position mondiale selon le classement de Transparency International. En plus des gaspillages qu'elle implique, il n'est pas étonnant que la Grèce reste le dernier pays de l'OCDE en terme d'environnement favorable aux affaires, selon le classement annuel de la Banque mondiale. Il est donc essentiel que la Grèce modernise son économie en simplifiant le marché de l'emploi et les réglementations trop nombreuses, sources de chômage et de corruption.

Certes, la responsabilité est partagée. Ce pays a menti sur ses comptes depuis la préparation de son entrée dans l'euro, mais les fondateurs de l'euro l'ont accepté depuis l'origine, pour des raisons politiques injustifiées. Nous en mesurons aujourd'hui le coût. En outre, si ce pays n'a pas respecté les critères de Maastricht en laissant exploser ses déficits publics, la France n'a pas fait beaucoup mieux. La Grèce n'a pas réformé son modèle pour libérer ses forces vives et le rendre productif, la France non plus. La défiance qui frappe la Grèce aujourd'hui menace de nous arriver demain.

En bref, pour que cette crise ne se propage pas, les dirigeants de la zone euro ont le devoir de coordonner un plan commun de réduction des dépenses publiques et de modernisation de leur économie. C'est à ce prix qu'ils relanceront la construction européenne et transformeront nos économies fragiles pour en faire des partenaires crédibles des Etats-Unis et de la Chine.

 

Publié le 05.03.10 dans Le Monde.fr

mercredi, 18 février 2009

La déflation est-elle souhaitable ?

Guido.jpgHier soir, j'ai enfin eu le plaisir d'entendre Guido Hülsmann. Sa conférence et ses réponses aux questions de l'auditoire ont ebranlé pas mal de nos idées sur la monnaie; en tout cas des miennes. Alors que les personnalités politiques brandissent quotidiennement la menace de l'affreuse déflation, Guido Hülsmann, professeur d'économie à l'Université d'Angers et Senior Fellow du Mises Institute, en a défendu les bienfaits en termes de justice et d'efficacité. Il ne parlait pas d'une déflation brutale, déstabilisante, non, mais d'une déflation raisonnable, tempérée. Le propos de cet adepte de l'école autrichienne et de ses grandes figures -Mises, Hayek- se fonde sur le fait que les gains de productivité font naturellement baisser le coût de production des biens et services courants. Pourquoi vouloir faire monter leur prix, sinon parce que la monnaie elle-même se dévalorise par l'augmentation de son stock existant ? Lorsque certaines entreprises augmentent leur chiffre d'affaire, d'autres réduisent la voilure, ferment ou sont liquidées. Les prix des biens peuvent évoluer relativement les uns aux autres, mais rien ne justifie que le volume global des échanges évolue. Autrement dit, rien ne justifie une variation de la monnaie en circulation pour "favoriser" ces échanges de biens et services dont la quantité dépend de la production.

 

La monnaie, après tout, n'est qu'un bien parmi d'autres. Son coût de production est faible, et à la différences de la plupart des autres, son utilité est infinie car elle  peut s'échanger contre pratiquement tous les biens et services disponibles à l'échange. La monnaie a aussi une valeur relativement aux autres biens, et cette valeur relative peut bouger. La même monnaie vaut par exemple moins cher si sa quantité en circulation augmente relativement au nombre de biens et services produits et échangés. Evidemment, ce type d'analyse originale pose de multiples questions, à chaud puis plus tard, à tête reposée. Comment joue la perturbation démographique sur la quantité de monnaie en circulation ? Et la vitesse de circulation de la monnaie ? Je ne vais pas développer l'ensemble de ses thèses, mais ne m'intéresser qu'à la déflation, c'est à dire à la réduction de la monnaie en circulation impliquant une baisse des prix dans leur ensemble.

 

Certes, la tendance actuelle est plutôt à une explosion de l'inflation dans la course en avant des banques centrales qui "injectent" de la nouvelle monnaie pour éponger les dettes foireuses en diluant la valeur de chaque unité de monnaie pour l'ensemble de ses détenteurs. Bref, nous vivons une forme de collectivisation déguisée des pertes qui va déprécier la dette (dont le nominal fixe se déprécie avec l'inflation) au profit du capital (qui, lui, suit l'inflation). Accompagnée d'une incitation à dépenser puisque la monnaie conservée perd sa valeur relativement aux biens et services.

 

Mais la déflation a un effet redistributif sain selon Guido Hülsmann. Effet douloureux pour ceux qui se sont trop endettés et ont commis des bêtises avec cette excès de "mauvaise monnaie" qui appauvrit l'ensemble des détenteurs de cette même monnaie relativement aux biens et services produits. Mais effet salvateur et incitatif pour épargner et investir. Je me demande, à ce stade, si une telle déflation ne décourage pas l'accumulation du capital, puisqu'il se dévalue relativement à laha dette, ainsi que l'accession à la propriété si on sait la valeur de son actif immobilier condamné à diminuer. Les effets psychologiques d'une déflation sont-ils clairement prévisibles ? Si un entrepreneur surendetté fait faillite parce que ses actifs, eux, diminuent avec la déflation, son activité sera reprise, peut-être pour un euro symbolique, par celui qui aura privilégié l'épargne sur l'endettement. Cette redistribution est morale parce qu'elle sanctionne les excès et récompense les comportements honnêtes. Personne ne nie l'importance de la dette dans le développement économique et l'acquisiton de la propriété. En revanche, cette dette ne doit pas être nourrie par une nouvelle quantité de monnaie -l'inflation- qui ronge la valeur de toute unité de cette même monnaie.

 

Ce n'est pas clair pour vous ? Rassurez-vous, je me pose encore plein de questions sur ce seul point de l'analyse de Guido Hülsman.

14:46 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : hulsman, monnaie, deflation, inflation | | | Digg! Digg |  Facebook