vendredi, 06 novembre 2009
L'identité nationale n'est pas une photo
Le Besson ne cesse de nous surprendre. Un vrai Laval, parti du PS pour finir à draguer les électeurs du FN à la veille des régionales. La question de l'identité nationale, récente et dangereuse, peut légitimement être posée. Mais dans un délai aussi court, et par un ministre "de l'identité nationale" au discours aussi tranchant, ça fait froid dans le dos. S'agit-il de savoir comment mieux faire vivre ensemble 65 millions de personnalités différentes, ou s'agit-il de préciser quelles seront les modalités officielles d'exclusion de "l'autre", cet "autre pouvant être soi-même rapidement. Vu le sens donné au débat, je penche pour la seconde option.
Dans notre société de défiance, convaincue d'être un modèle de liberté pour le monde mais de plus en plus frileuse et repliée sur elle-même sous l'effet d'une insidieuse oppression, ce type de débat peut vite tourner à l'aigre. Surtout pour un peuple de râleurs qui placent en tête des sondages politiques Rama Yade l'emmerdeuse l'empêcheuse de tourner en rond. Premier écueil, l'identité nationale est un concept qui peut facilement aboutir au concept voisin de nationalisme. Et si "le patriotisme, c'est l'amour des siens, le nationalisme, c'est la haine des autres". Symptome d'un déclin culturel et social, le nationalisme qui peut surgir d'un tel débat, c'est celui qui nourrit les tensions intercommunautaires et entraine les peuples dans les folies meurtrières.
Sur ce point, je partage entièrement la belle analyse de l'écrivain libéral Mario Vargas Llosa :
"Si l'on considère le sang qu'elle a fait couler au cours de l'histoire, l'alibi qu'elle a offert à l'autoritarisme, au totalitarisme, au colonialisme, aux génocides religieux et ethniques, la nation me semble l'exemple privilégié d'une imagination maligne".
Au fond, l'identité nationale est-elle d'abord une histoire et une géographie ? Nos frontières ont beaucoup bougé, et elles s'effacent progressivement avec une Europe ouverte et la mondialisation. Ce n'est pas pour rien que l'Europe a choisi de bouleverser les identités nationales, afin notamment d'éteindre la flamme nationaliste et de faire émerger un idéal de monde ouvert. Quant à notre histoire, elle s'enrichit en parmanence d'autres cultures au passé différent. Nous avons parfois du mal à en assumer des aspects. Rappelez-vous la collaboration. Pensez aux harkis trahis et négligés par la France. L'identité nationale est d'abord une dynamique du quotidien, des petites choses qui viennent alimenter une histoire commune. Imaginez l'histoire d'un couple, celui qui doit se réinventer tous les matins, et projetez-le à l'échelle de la population française.
Le plus grave à mon sens, c'est que ce processus permanent de construction de l'identité nationale se trouve bloqué depuis plusieurs décennies dans notre pays. C'est un processus qui se construit d'en bas, par le peuple, et non pas d'en haut, dicté par de prétendues élites. Une certaine tradition de culture élitiste contribue évidemment à cette fameuse identité, mais elle ne peut imposer ses normes brutalement en niant les autres pratiques culturelles et sociales. L'Etat omniprésent, Etat nounou qui développe aussi le culte du contrôle et de la répression, a figé cette fine mécanique de l'identité nationale, origine de cette envie de vivre ensemble. La seule manière d'exister, dans le contexte actuel c'est de rentrer dans le rang du système, ou d'en sortir par la protestation et la violence. Cette tradition de la contestation est un vieux démon qui fait bien partie de notre identité, qu'on le regrette ou non.
Plutôt que de poser la question de l'identité nationale depuis un ministère et de faire remonter les réponses (de qui ?) par les préfets, laissons-la évoluer spontanément en redonnant vie à la sphère sociale, en la libérant de ses brides actuelles. Certes, cette approche exige une lourde remise en question de l'Etat et de notre classe politique. Mais l'identité nationale trouvera ses réponses dans la liberté, pas dans le discours d'autorité. C'est bien avec le retour de la responsabilité individuelle que nous pourrons à nouveau parler de communauté de destins; destins choisis bien entendu.
20:03 Publié dans Libertés individuelles, Société | Lien permanent | Commentaires (41) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : identite, immigration, diversite, nation, nationalisme |
|
|
Digg |
Facebook
mardi, 19 mai 2009
"...je fais confiance à la police. Je suis de droite"
Ce commentaire ironique d'Authueil, à la suite de son texte "tapage injurieux diurne", fait sourire. Contrairement à la gauche, la droite est censée aimer la police et l'ordre, c'est évident. Quand on manifeste, à droite (c'est tellement rare), on doit chanter "CRS, avec nous !", non ? Est-ce vraiment si simple ? Il me semble que Jean-Pierre Chevènement ou Charles Hernu avait davantage le sens de l'ordre policier que Bernard Kouchner (zut, il se dit encore de gauche) Hervé Novelli ou Alain Madelin aux frasques de jeunesse plus proches d'un "désordre nouveau".
L'histoire banale nous rappelle à quel point ces "petits chefs" en uniforme peuvent nous pourrir la vie sans raison (sadisme ou goût du travail bien fait ?). Un prof joue l'irrespect face à des policiers qui procèdent à un Nième contrôle d'identité. Ces derniers l'emmènent au commissariat pour un contrôle approfondi. Il se prend un PV pour « tapage injurieux diurne troublant la tranquillité d'autrui ». Dans son témoignage, le prof n'accable pas la maison poulaga : "C'étaient des travailleurs comme moi, impuissants comme moi face aux excès du sarkozysme." Argument faible et pathétique de la part d'un individu qui ose se déclarer "professeur de philosophie". Mais la réaction d'Authuil pose une question qui revient souvent : doit-on être du côté de la police ou du prof parce qu'on est de droite ou de gauche ? Or, le simple fait d'aimer l'ordre ne permet pas de trancher cette question. Un flic est un être très imparfait disposant de droits très étendus. Et puis reste à savoir de quel ordre nous parlons. La jungle législative et la manière erratique de l'appliquer donnent des résultats qui m'inspirent une certaine méfiance.
Ces comportements ne sont pas de leur entière responsabilité, il faut bien le leur accorder. Quotas stupides, règles idiotes (comme le principe abusivement liberticide de "contrôle d'identité", merci la droite) et mise en oeuvre décidée par la hierarchie font du simple policier le dernier maillon d'une longue chaine de décision. Mais quand cette chaine cogne, c'est ce maillon-là qu'on se prend dans la figure. Et la façon de traiter l'usager laisse souvent à désirer. Cette froideur distante teintée de discours moralisateur est exaspérante. On se sent impuissant face à ces individus qui peuvent être racistes, violents, alcooliques au volant ou fumeurs de joint. Et pourtant, ils jouent aux petits pères la morale pour faire leur chiffre. Heureusement dans l'ensemble, les Français aiment bien leur police et leur pardonnent ces méfaits dérisoires à côté de ce qu'elle leur apporte. Ils aimeraient même peut-être voir leur progéniture (et, au passage, les e0enseignants) mieux protégée au sein même de l'école. A côté de ces petites persécutions quotidiennes, nous savons tous que la vie de policier/gendarme peut basculer et se transformer en cauchemar comme nous l'avons entendu ce week-end. Mais est-une une raison suffisante pour s'essuyer les rangers sur nous, pauvres citoyens raisonnablement honnêtes ?
Etre de droite (puisque je me range dans cette catégorie floue) ne revient certainement pas à cautionner les comportements irrespectueux, ni les sanctions appliquées sans nuances et encore moins les violences injustifiées. Le système des quotas et la politique décidée place Beauvau sont certainement responsables pour bonne part. Les lois mal conçues et mal rédigées aussi. Reste qu'un comportement de petit chef n'est pas tolérable lorsqu'on est censé montrer l'exemple et asjurer...l'ordre public.
Ajout tardif : le BondyBlog a mis en ligne une interview éclairante sur les conditions de travail de la police dans les cités difficiles. A lire absolument. Et pour approfondir : Chronique d'une flic ordinaire
17:34 Publié dans Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : contrôles, police, identité |
|
|
Digg |
Facebook


![Validate my Atom 1.0 feed [Valid Atom 1.0]](http://aurel.hautetfort.com/images/valid-atom.png)






