vendredi, 28 janvier 2011
"Il peut y avoir des homosexuels à l'UMP, ce n'est pas un souci"
A l'occasion de la délibération et de la décision (insipide, mais qu'attendre d'autre ?) du Conseil Constitutionnel, la polémique Jacques Myard est venue percuter le débat sur le mariage des personnes de même sexe. Cet élu de la droite dure a exprimé avec une maladresse déplacée son mépris pour l'homosexualité. Bon, je sais un peu ce que c'est. En tant que libéral, je suis habitué à être perçu comme quelqu'un d'explicitement pervers. Je connais même des libéraux qui ont vu leur carrière sérieusement mise à mal à cause de cette "anormalité sociale", et je ne parle pas des menaces personnelles. Hélas ici, une fois de plus, l'enjeu de l'accès des homosexuels à l'institution civile du mariage s'est retouvé imbriqué dans le débat bien distinct autour de la liberté d'expression, dont la tendance au rétrécissement prend un aspect effrayant.
Je ne considère pas qu'être majoritaire autorise à brimer les minorités, dérive fréquente dans toute démocratie; je ne suis pas davantage favorable à voir les minorités brimer la majorité, pas plus que d'autres minorités. Si chacun doit pouvoir mener sa vie comme il l'entend dans le respect des droits d'autrui, rien ne justifie d'imposer à tous ses choix propres. En dressant la liste des discriminations interdites par la morale puis, rapidement, par la loi, un univers bien pensant est en train d'ériger une monstrueuse discrimination en érigeant arbitrairement un mur entre le camp officiellement étiqueté "du bien" et celui "du mal". J'ai pu observer que critiquer, voire insulter les chrétiens, les musulmans ou la classe aisée (bourgeoise) est admis, et presque encouragé. Mais qu'en revanche, ne pas considérer positivement les homos ou d'autres minorités à l'influence similaire aboutit à l'exclusion sociale, médiatique. Cette hierarchisation des valeurs est-elle légitime ?
Depuis de nombreuses années, je défends l'alignement de la situation des couples de même sexe en France sur la plupart des pays européens pour le mariage, ou l'union civile selon les pays. D'ailleurs, cela pose la question de l'appropriation du mariage par l'Etat. A défaut de couper complètement le lien entre le mariage et l'Etat, nous devrions substituer un contrat d'Union Civile au mariage, celui-ci étant avant tout un contrat moral, mystique, religieux entre adultes consentants devant une autorité choisie. Cela simplifierait grandement le rapport du politique au mariage. Il serait beaucoup plus simple d'appliquer le principe d'égalité sans distinction de sexes, dans un cadre légal minimal. Le "mariage "relèverait alors de la vie privée, religieuse et/ou notariale. Mais l'enjeu réel du mariage étendu aux homos, c'est l'homoparentalité. Immense tabou dans un pays qui compte pourtant un grand nombre de familles homoparentales. Il me semble essentiel de clarifier la responsabilité des familles recomposées, adoptives ou qui ont eu recours à l'insémination artificielle, vis-à-vis des enfants dont personne ne souhaite le malheur.
La notion d'union civile, ou mariage dans le cadre actuel, concerne des dizaines de milliers de citoyens, mais aussi entre 30,000 et 300,000 enfants dont au moins l'un des deux parent est homosexuel. L'aspect fiscal et patrimonial a été en grande partie résolu par le PACS, qui n'impose pourtant pas les mêmes devoirs et obligations que le mariage proprement dit. Et la question de l'autorité parentale est en train de se mettre progressivement en place à travers le cheminement chaotique de la jurisprudence. Mais au terme de ces évolutions, la question de l'égalité de traitement entre hétéros et homos se pose. Surtout, encore une fois, sur le plan parental.
Pour autant, je me dois d'accepter l'expression de ceux qui rejettent l'homosexualité. Cela ne signifie pas que je partage leurs convictions, mais j'accepte de coexister avec eux dans une société ouverte. Or, je constate que les tenants de la pensée unique ne donnent souvent pas la parole à ceux qu'ils vouent aux gémonies. Cette condamnation sans débat contradictoire, en coupant le micro à l'opposant, est non seulement injuste et cruelle, mais elle engendre un sentiment de rejet chez tous ceux qui partagent plus ou moins ce sentiment refusé et condamné par une petite élite médiatique. Ce sentiment d'injustice devant une condamnation sans défense, ce goût de la marginalisation forcée nourrit et renforce ce clivage pourtant fragile. A la peur de ce qu'on ne connait pas se substitue la haine de ceux qu'on pense disposer de privilèges indus.
J'ai eu des discussions avec Christian Vanneste sur la question de l'homosexualité dans la société. Je ne partage pas son opinion, mais je ne vois pas en quoi je pourrais exiger qu'elle soit condamnée. Jacques Myard est un réactionnaire étatiste dont je ne partage pas les valeurs, je ne vois pas sur la base de quel principe moral je pourrais lui interdire de s'exprimer. Le pire, c'est que la gauche, en proportion aussi homophobe que la droite, est parvenue à capter une bonne part de l'électorat gay sur les fondements d'une escroquerie morale. Pourquoi la majorité de l'électorat homo accepte-t-il d'être ainsi instrumentalisé par une force politique qui n'a rien à faire d'eux, et ne s'intéresse qu'à leurs voix ?
Par ailleurs, je rappelle que l'idéologie d'extrême gauche défendue par Mélenchon et Besancenot n'a pas seulement interdit l'homosexualité, elle a souvent envoyé les homosexuels à la mort. A Cuba s'exerce toujours, selon Têtu, « harcèlement policier permanent, interdiction des lieux de rencontre, internement pour les séropositifs, la dictature castriste impose toujours sa loi [aux homosexuels] ». Et cette idéologie largement répandue en France n'est jamais condamnée par les organisations homos. Désapprouver avec mépris est interdit, partager l'idéologie qui mène à la mort ne semble poser problème à aucune association de défense des associations LGBT. Pour autant, je ne comprends toujours pas ce que Gaylib fait à l'UMP.
Mais sur le fond, après tout, faire du lobbying apporte-t-il encore quelque chose à la minorité homosexuelle en France ? N'est-il pas temps de prendre ses distances avec ce combat qui a l'air de plus en plus un combat opportuniste d'arrière garde, pour prendre la voie de la banalisation ?
23:34 Publié dans Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : gaylib, homosexuels, homosexualite, mariage personnes meme sexe, homoparentalite, union civile |
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vendredi, 14 novembre 2008
L'homosexualité reste un tabou politique
Trois affaires quasi simultanées viennent de percuter l'actualité sur la question de l’homosexualité, confrontant une nouvelle fois notre beau pays à ses conservatismes. Si la classe politique de droite comme de gauche reste nerveuse (peut-être à cause de la jurisprudence Boutin, condamnée à porter des robes à fleurs hippies et des lunettes ridicules), parfois au point de commettre des gaffes malheureuses (hélas révélatrices de préjugés lourds), il faut reconnaître qu'en débattre sereinement reste un défi. L’instrumentalisation violente qui en est faite par chaque camp risque bien, une fois de plus, d’enliser des débats autrement plus importants autour du mariage (ou du contrat d’union civile) des personnes de même sexe, et autour de l’homoparentalité. Certes, l'homosexualité se banalise lentement au gré des conflits chaotiques entre tenants et opposants de l'alignement du noyau familial homo sur celui de la famille hétéro, "traditionnelle". Mais la route reste longue pour rattrapper nos voisins européens qui, par exemple, ont déjà reconnu l'homoparentalité. Lorsque j'ai publié une tribune sur la question en 2005, je dois avouer avoir été choqué par le nombre de courriers (anonymes) profondément insultants (quand ils ne contenaient que des mots) en retour. Le sujet est encore très casse-gueule.
La première histoire, la plus lamentable, a pour origine des propos consternants de Gérard Longuet en juillet dernier. Ce membre des Réformateurs (dont le site ne fonctionne plus, les Réformateurs n'ont pas renouvelé leur abonnement, les radins !) de l'UMP a associé, au cours d'un concours de gaffes d'une séance de travail avec Xavier Darcos (évoquant le rôle des enseignants en maternelle se résumant à "faire faire des siestes à des enfants ou leur changer les couches"), l'homosexualité avec la pédophilie. Lui qui voulait poser "une question malicieuse" a directement plongé avec ces phrases : "C'est extrêmement réjouissant de savoir que l'on promeut en effet des formes nouvelles de sexualité dans l'école et qu'on combat en même temps la pédophilie… Il y a quand même un moment où il faut savoir sur quelles valeurs on s'arrête...". La réponse de Gérard Longuet ne répond pas franchement à cet incident : "le Ministre Xavier DARCOS a exprimé son intention de diffuser au sein de l’école des informations luttant contre l’homophobie. Gérard LONGUET s’est réjouit de cela, peut-être sur un ton ironique qui a pu en choquer certains, déclarant qu’il lui paraissait préférable de lutter contre la pédophilie d’abord, qui est un délit, qui concerne aussi bien les hétérosexuels que les homosexuels." Oui, cela a pu en choquer certains. Et... ?
Ensuite, Christian Vanneste, que je connais un peu, vient d'être définitivement relaxé suite à des propos douteux qui lui ont valu des poursuites d'associations homosexuelles. Douteux mais pas illégaux selon la Cour de Cassation : "si les propos litigieux, qui avaient été tenus, dans la suite des débats et du vote de la loi du 30 décembre 2004 ont pu heurter la sensibilité de certaines personnes homosexuelles, leur contenu ne dépasse pas les limites de la liberté d’expression, la cour d’appel a méconnu le sens et la portée des textes et principe ci-dessus susvisés ;" La diversité implique de vivre avec des personnes dont nous ne partageons pas les mêmes valeurs. Je n'apprécie pas ce que pense Christian Vanneste de l'homosexualité, cela ne m'interdit nullement de pouvoir discuter sereinement avec lui. Voire de partager ou de vouloir engager le débat sur certains de ses points de vue, comme celui-ci : "Si on l’assume, ça doit être dans la discrétion et non en s’affichant comme membres d’une communauté réclamant des droits particuliers et une reconnaissance particulière sur le plan social. " Cette affirmation a du sens dans l'absolu, mais elle ne répond pas à la nécessité de faire évoluer le cadre juridique des familles constituées autour de parents de même sexe. Ce combat est en grande partie communautaire. L'harmonisation juridique et la banalisation déliteront sans doute progressivement ce lien trop identitaire.
Enfin, Bertrand Delanoë a essuyé une cuisante défaite au PS. Sa motion, soutenue par François Hollande, reste loin derrière celle de super Ségo. Le contenu des motions n'intéressant personne (à juste titre), il a payé 3 handicaps, par ordre décroissant :
- Le plus lourd, celui d'être le premier bobo de Paris. L'arrogance du centre du monde de la France agace prodigieusement en région. Avant même d'évoquer sa mauvaise gestion de la capitale, il reste le parigo trop sûr de lui. Pas faux.
- Vient ensuite son positionnement presque libéral (je rassure les socialistes, il y a de la marge), en tout cas substituant à l'étiquette socialiste celle de social démocrate. Ce parti d'élus locaux a déjà dû accepter du bout des lèvres l'économie de marché. Ce n'est pas pour se retrouver à la droite de Nicolas Sarkozy, presque adoubé socialiste européen, en pleine crise financière !
- Le soupçon d'homophobie, ou au moins "d'homosceptiscisme" (on revient à notre sujet). Sans l'avoir entendu reprendre cette raison dans son discours (très bref) de perdant, ce facteur a certainement dû jouer, quoi qu'en pensent certains. La banalisation en cours de cette préférence sexuelle n'est pas encore venue à bout de toutes les réticences. Surtout quand on joue la carte communautariste à fond comme Delanoë, ainsi que le confirme Sophie Coignard dans "Le marchand de sable". Surtout de la part d'un Parisien...
Bref, le sujet reste ouvert, autant que les plaies. Il faudra d'autres incidents, d'autres affaires pour faire avancer ce débat cahin-caha. Espérons toutefois qu'avec le temps, il se calmera pour laisser un espace d'échange plus serein entre sensibilités différentes, parfois opposées. Derrière nos jugements de valeur, derrière des morales différentes, il y a la vie de couples, de familles, d'enfants. Qu'on défende l'évolution vers un cadre pour l'union de personnes de même sexe et l'homoparentalité ou non, nous devons apprendre à accepter les erreurs, les maladresses et les dérapages du camp d'en face sans verser dans la violence ou dans la judiciarisation des échanges. C'est possible.
15:21 Publié dans Société, Vie politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
| Tags : homoparentalite, homosexualite, sexe, chritian vanneste, gerard longuet, bertrand delanoe |
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vendredi, 26 janvier 2007
Liberté d'expression en danger : à quand un manuel du "politiquement correct" obligatoire ?
Deux décisions de Justice récentes confirment la tendance. S'exprimer en public est devenu risqué si on ne reste pas dans la voie balisée par la pensée unique. Loin de partager les propos qui ont motivé ces condamnations, je ne peux accepter pareille restriction de la parole. L'exposition médiatique et le débat public sont là pour corriger les excès, même nauséabonds, et laisser chacun se forger son opinion.
Le président socialiste de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, vient d'être condamné à 15.000 euros d'amende et à faire publier dans 6 journaux sa condamnation pour avoir traité les harkis de "sous-hommes" en février 2006 (devant un Jack Lang qui n'avait pas réagi sur le coup). Bien que je trouve ce personnage odieux par ses discours et ses méthodes hardies (pour ne pas dire tyranniques, voire mafieuses...je risque ici la diffamation), rien ne justifie qu'une loi permette de le sanctionner pour ses propos. Oui, Ségolène a raison de s'éloigner de l'hypocrisie ambiante du PS et de demander l'éviction de frêche du PS où il n'a rien à faire. Qu'il aille au FN, on y recrute. En revanche, il n'a pas à être condamné par un tribunal pour autant.
Christian Vanneste, que j'ai rencontré l'été dernier et avec lequel j'ai pas mal échangé, est un homme d'une toute autre nature. Intelligent et droit, cet homme de conviction défend certains principes qui ne sont pas les miens. J'apprécie le personnage même si je ne partage pas du tout nombre de ses valeurs, notamment concernant l'homosexualité. Je me suis d'ailleurs attiré les foudres de nombreux conservateurs dans sa ligne lorsque j'ai rédigé une tribune sur le sujet en tant que président de Liberté Chérie. Cela ne m'empêche pas de trouver des points de convergence sur d'autres thématiques avec ce prof de philosophie.
Mais la loi est là. Le 7 décembre 2004, un débat sur la création d'une haute autorité contre les discriminations, chargée notamment de la lutte contre l'homophobie, se tient à l'Assemblée Nationale. Le député expose alors son point de vue : "En quoi un comportement qui peut être jugé critiquable serait-il privilégié par rapport à d'autres ? Et celui que vous visez peut légitimement faire l'objet de critiques, non seulement au nom de l'intérêt social, mais aussi au nom de l'universalité ! Un jugement de valeur est universel s'il est fondé sur l'impératif catégorique de Kant : agis toujours selon une maxime qui peut être érigée en principe universel. Manifestement, l'homosexualité ne le peut pas, à moins de vouloir le suicide de l'humanité !". Brouhaha. Il confirme : "C'est simplement logique ! Vous êtes en train, pour lutter contre la discrimination, de défendre une séparation entre les sexes ! C'est complètement absurde ! L'idée même d'homophobie tend à accréditer l'idée que le comportement homosexuel a la même valeur que d'autres comportements, alors qu'il est évidemment une menace pour la survie de l'humanité".
Tollé dans le monde politique pourtant macho, arrogant et souvent homophobe sous cape. Tenus dans le cadre parlementaire, aucunes poursuites n'étaient possibles pour ces phrases... jusqu'à ce qu'il confirme ses dires dans les médias : "Je n'ai pas dit que l'homosexualité était dangereuse. J'ai dit qu'elle était inférieure à l'hétérosexualité. Si on la poussait à l'universel. Ce serait dangereux pour l'humanité. (...) Pour moi, leur comportement est un comportement sectaire. (...) Je critique les comportements, je dis qu'ils sont inférieurs moralement". Si ces propos me choquent et entrent en totale contradiction avec mes valeurs, je ne peux tolérer pour autant qu'ils tombent sous le coup de la loi. Or, la cour d'appel de Douai vient de condamner Christian Vanneste à 3.000 euros d'amende pour "injure envers les homosexuels" et à 2.000 euros de dommages et intérêts aux associations SOS Homophobie, le SNEG et Act Up Paris. S'il revient à l'UMP de choisir le maintien de cette ligne conservatrice dans ses rangs ou non, cette intrusion croissance de la loi dans les convictions de chacun est indéfendable.
Le droit de penser et de s'exprimer librement est un droit naturel. Rogner ce droit fondamental constitue une grave atteinte aux Droits de l'Homme et du Citoyen. Par ailleurs, rien ne prouve que ces procédures, au-delà d'assurer la médiatisation des associations qui en ont fait leur fond de commerce, ont un impact positif sur les citoyens. Perçues comme des excès grossiers, non seulement ces actions judiciaires ne contribuent pas à la banalisation de l'homosexualité, mais elles renforcent même l'idée qu'une caste supplémentaire d'intouchables est née. L'évolution des tabous repose sur une communication sereine dans la durée, pas sur des "coups" médiatisés qui, en révèlant surtout que l'intolérance est réciproque, retardent le processus de lente acceptation mutuelle.
14:35 Publié dans Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
| Tags : Georges Frêche, Christian Vanneste, homophobie, harkis, sous-hommes, racisme, homosexualité |
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