mercredi, 28 avril 2010

Et si l’Allemagne quittait l’euro ?

Un sondage récent montre que 91 % des Allemands souhaitent une sortie de la Grèce de l’euro. Ils n’ont certainement pas en tête le coût financier d’un effondrement de ce pays sur leurs banques et leur économie. Si ce scénario se réalisait, les avoirs grecs convertis en drachme seraient rapidement dévalués mais pas leur dette qui, elle, resterait en euros. Autant dire que ce serait la faillite instantanée. Les créanciers seraient contraints de négocier la suspension du paiement des coupons, l’allongement de la maturité de leurs titres, voire une diminution de la valeur nominale de remboursement du capital.

 

Hélas, les marchés financiers ont crevé l’abcès. Ils ne veulent plus prêter un centime à la Grèce qui devient l’un des pays jugés les moins sûrs. Le rendement de la dette grecque à deux ans a dépassé 13.5 %, et le 10 ans grec 10 % ! Ceux qui détiennent des obligations grecques sont tétanisés. Les banques allemandes ont environ 35 milliards de dette grecque dans leur bilan, ce qui est moins que les 60 milliards détenus par les banques françaises. Au total, il y en a pour plus de 300 milliards d’euros, sans parler des dommages collatéraux comme la faillite de banques grecques.

 

Une certitude : hormis le plan de sauvetage proposé par le FMI et l’Europe, la Grèce sera contrainte de ne plus emprunter du tout pendant de nombreux mois, peut-être quelques années. Cela signifie que de son déficit considérable, elle devra passer très rapidement en excédents budgétaires. Ce n’est pas impossible. Les coupes budgétaires rapides et fracassantes sont essentielles, ainsi qu’un rallongement de l’âge du départ à la retraite des fonctionnaires. La pression fiscale y étant parmi les plus faibles d’Europe, le gouvernement grec a de la marge pour augmenter un peu le niveau des prélèvements obligatoires sans atteindre un point trop pénalisant. Et l’économie actuellement bloquée par des réglementations multiples et une bureaucratie étouffante peut rapidement être libérée de ses entraves. La croissance et l’élargissement de la base fiscale permettraient rapidement à la Grèce de revenir dans les clous en faisant grimper les recettes fiscales issues d’une hypercroissance.

 

Parallèlement, il va falloir faire comprendre aux Grecs que s’ils ne veulent pas du FMI ni de l’Europe, ils vont devoir se passer de beaucoup de prestations de leur Etat en banqueroute. Il va aussi falloir leur faire comprendre qu’il leur faudra rembourser un jour s’ils ne veulent pas subir des représailles légitimes. Tout ceci ne concerne que la Grèce. Déjà, le Portugal se trouve pris dans le même engrenage et une troisième cible va vite émerger à son tour. La vie à crédit est terminée. La France a sérieusement intérêt à reprendre en main ses finances publiques avant que nos créanciers s’en chargent eux-mêmes dans les deux ans qui viennent. D’ici-là, n’excluons pas que l’opinion publique allemande, effrayée par la déliquescence des Etats membres de l’euro, pousse sa chancelière Angela Merkel à sortir de l’euro pour revenir au bon vieux DM. Je ferai alors un copier-coller de ce texte en remplaçant « Grèce » par « France ».

mardi, 13 avril 2010

L'aide à la Grèce envoie un signal aux marchés : le bar est ouvert

La décision européenne de prêter 30 milliards d'euros indique que la communauté des 16 pays de l'euro engage le bras de fer avec le reste de la planète. L'Allemagne a raison de trainer des pieds dans cette affaire. L'impact de ce plan est évidemment positif dans l'immédiat. Ceux qui ont souscrit aux dernières émissions de la Grèce comptent leurs profits sur le dos de l'Europe qui leur offre une belle prime de plusieurs centaines de millions d"euros. A terme, ce précédent va permettre aux marchés défiants de jouer à nouveau la cohésion européenne, implicitement la volonté allemande de payer pour les gabegies de ses partenaires. Aux premiers signes inquiétants (dégradation de la note de la dette espagnole, ou portugaise ?), les gros fonds d'épargne se retireront un cran de plus et joueront le bras de fer avec la zone euro qui, jusqu'ici, se refuse à prendre des mesures de redressement de ses comptes publics. Subir une telle pression de ces gendarmes financiers n'est pas confortable, c'est le moins qu'on puisse dire.

Mais nous devons garder à l'esprit que ces tensions des marchés financiers sont avant tout dues au déclin du continent européen. Si la France a le modèle social le plus lourd et le moins performant d'entre eux, les systèmes de nos voisins ne leur permettent pas non plus d'être aussi innovants qu'ils le pourraient, ni de produire autant de croissance que nécessaire pour rester dans la course mondiale entre l'Amérique et l'Asie montante. Nos citoyens sont condamnés à courir avec des boulets aux pieds, prélèvements obligatoires élevés et dette publique hors de contrôle. Ce que les gouvernements qualifient de "spéculation" ne doit pas les exonérer de leur propre responsabilité dans la crise actuelle. Tant qu'ils ne se réformeront pas, l'explosion de leur dette les mettra en danger. Et dans toutes les crises de la sorte, les marchés ont inéluctalement raison de ceux qui pêchent.

07:57 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : grèce, faillite, dette, déficits | | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 08 mars 2010

Grèce : aide-toi, l'Europe t'aidera

Grece.jpgEn fragilisant l'euro, la crise grecque menace onze ans de construction de notre devise commune. Dans ces difficultés, les Etats membres de l'euro doivent afficher une solidarité sans faille avec la Grèce. Sinon, la défiance des investisseurs viendrait vite saper l'euro en visant successivement l'Espagne, le Portugal et, qui sait un jour, la France. Ce contexte périlleux impose aussi de réaffirmer avec force les principes constitutifs de l'euro, notamment les critères de Maastricht. Seul un discours de grande fermeté est en mesure de rassurer les investisseurs, non seulement sur la dette grecque, mais sur l'ensemble de la zone euro.

La Grèce a toutefois le devoir de racheter des années de mensonges et de montrer l'exemple par respect pour ses partenaires européens. Elle y parviendra à assainir ses comptes en réduisant sa dépense publique et libérant la croissance par une modernisation de son économie. C'est d'ailleurs à cette condition seulement que l'Europe doit proposer sa caution, voire son aide financière, à la Grèce. Cette crise nous concerne tous en Europe. Pour la France, c'est le moment de choisir son camp : rester, par son laxisme budgétaire, dans le club des mauvais élèves de l'euro, ou rejoindre l'Allemagne sur une ligne responsable. La préservation de l'euro et la poursuite de la construction européenne impliquent que notre pays s'engage sur la seconde voie.

La première mission d'une bonne gouvernance de la zone euro, c'est d'assurer le respect strict des principes fondateurs de l'euro concernant les déficits publics et la dette. Nous en sommes loin. Les critères de Maastricht ont été fixés dans une logique de stabilité économique et monétaire. Nous constatons aujourd'hui que leur non-respect risque de nous entraîner dans une crise dramatique. Derrière les évènements inquiétants actuels se profile l'explosion de la bulle des dettes publiques. Après la Grèce, dont la dette publique promet de grimper entre 2009 et 2011 de 116 à 137 % de son PIB, il y a l'Espagne (55 à 72 %), l'Italie (114 à 121 %) et, peut-être un jour, la France (78 à 91 %). L'Espagne, le Portugal, l'Italie, et peut-être un jour la France, risquent à leur tour de vivre le scénario grec et d'être menacés d'insolvabilité pour leur gestion calamiteuse des finances publiques. La fragilité de l'euro vient de ce constat lucide des investisseurs internationaux. Les pays membres de l'euro ont perdu le contrôle de leurs finances publiques. C'est pourquoi nous devons anticiper sur l'avenir et engager l'Europe dans une thérapie collective de choc : réduction massive des dépenses publiques de ses Etats membres et mise en œuvre des mesures de libération de la croissance. C'est la condition pour préserver notre économie et notre qualité de vie.

Dans l'immédiat, comment soutenir la Grèce ? Rien ne justifie que les Français cotisent deux ans de plus pour financer les préretraites des Grecs promises par leurs gouvernements successifs tous aussi irresponsables les uns que les autres. Nous ne voulons pas cautionner le trucage massif de ses comptes par la Grèce, ni sa gestion exécrable des finances publiques. Nous ne voulons pas que cette aide lui permette de repousser d'autant les réformes essentielles. Enfin, la perspective que chacun des états de la zone euro puisse se défausser de sa dette publique sur les autres pays membres suscite la crainte d'une gabegie généralisée. La construction européenne repose avant tout sur la transparence et la confiance que les Etats membres s'accordent l'un à l'autre. La zone euro n'y fait pas exception, bien au contraire. Agissons en responsabilité et exigeons de chaque Etat membre qu'il fasse de même. La Grèce prouver à l'Europe sa volonté de réellement agir dans le respect des règles communes en annonçant des mesures concrètes.

L'OCDE a calculé que pour ramener le poids de 120 % du PIB à 60 % dans les quinze ans, la Grèce devrait revenir à l'équilibre budgétaire avant 2015 puis rester en excédent les années suivantes. Cet objectif est réaliste. Le gouvernement peut diminuer le poids de la bureaucratie grecque, estimé à 6,8 % du PIB par la Commission européenne contre 1,5 % en Suède. Son effort devra aussi porter sur la baisse des salaires de la fonction publique, ou tout au moins leur stabilisation après des années d'augmentation insensée. Qui peut comprendre que les Grecs échappent aussi massivement au devoir de payer l'impôt ? La collecte efficace des prélèvements obligatoires par l'Etat grec est un moyen essentiel de réduire la part de l'économie parallèle, valorisée à 30 % du PIB, et d'augmenter ses ressources récurrentes sans augmenter les taux d'imposition.

Ensuite, les seules retraites du seul secteur public passeront de 11 à 24 % du PIB dans les prochaines décennies. C'est pourquoi la Grèce doit aligner l'ensemble des régimes de retraite sur l'âge de départ commun en Europe, 67 ans.

Enfin, la corruption généralisée place la Grèce en 72e position mondiale selon le classement de Transparency International. En plus des gaspillages qu'elle implique, il n'est pas étonnant que la Grèce reste le dernier pays de l'OCDE en terme d'environnement favorable aux affaires, selon le classement annuel de la Banque mondiale. Il est donc essentiel que la Grèce modernise son économie en simplifiant le marché de l'emploi et les réglementations trop nombreuses, sources de chômage et de corruption.

Certes, la responsabilité est partagée. Ce pays a menti sur ses comptes depuis la préparation de son entrée dans l'euro, mais les fondateurs de l'euro l'ont accepté depuis l'origine, pour des raisons politiques injustifiées. Nous en mesurons aujourd'hui le coût. En outre, si ce pays n'a pas respecté les critères de Maastricht en laissant exploser ses déficits publics, la France n'a pas fait beaucoup mieux. La Grèce n'a pas réformé son modèle pour libérer ses forces vives et le rendre productif, la France non plus. La défiance qui frappe la Grèce aujourd'hui menace de nous arriver demain.

En bref, pour que cette crise ne se propage pas, les dirigeants de la zone euro ont le devoir de coordonner un plan commun de réduction des dépenses publiques et de modernisation de leur économie. C'est à ce prix qu'ils relanceront la construction européenne et transformeront nos économies fragiles pour en faire des partenaires crédibles des Etats-Unis et de la Chine.

 

Publié le 05.03.10 dans Le Monde.fr

vendredi, 29 janvier 2010

Grèce : tolérance zéro

Grece.gifLa Grèce a de plus en plus de mal à attirer des capitaux pour financer ses comptes publics à la dérive. D'après le Monde, la zone euro "serait prête à aider les Grecs si le pays assume ses responsabilités". Pour le moment, les marchés continuent à se défier de ce pays qui est rentré dans l'euro en trichant sur ses comptes, et s'est maintenu en continuant à mentir. La Grèce doit offrir un rendement supérieur de 3.7 % à celui proposé par l'Allemagne. A ce rythme, ce sont les intérêts de la dette qui risquent d'accélérer le déclin de ce pays.

Aucune procédure de sanction pour de tels agissements n'étant prévue, la décision est politique. Or, il me semble essentiel de faire un exemple avec ce cancre qui ne respecte ni les critères de Maastricht, ni sa parole. De nombreux pays laissent filer leurs déficits et leur dette sans respecter les critères de Maastricht. Ce qui arrive à la Grèce pourrait concerner rapidement un autre membre des PIGS : Portugal, Irlande ou Espagne. Aussi faut-il stopper l'incendie et exiger l'intervention du FMI pour reprendre en main les comptes de la Grèce avec une thérapie de choc. L'alternative politique pourrait être bien plus cruelle encore : l'exclusion de la Grèce de l'euro et le retour à la drachme. Pourquoi pas ?

En tout cas, ce n'est pas au peuple français d'assumer les conséquences de la fraude grecque. Pas plus qu'au autres citoyens-contribuables de la zone euro. Au contraire, il serait souhaitable qu'un redressement rapide des comptes de la Grèce, même contraint, serve d'exemple aux autres pays membres de la zone euro. Si rien n'est fait, c'est l'euro lui-même qui pourrait se retrouver victime du laxisme généralisé.

08:08 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : grece, zone euro, maastricht, dette | | | Digg! Digg |  Facebook