dimanche, 20 mai 2007

Salade mixte à la sauce aigre douce

Voilà le gouvernement Fillon nommé. Derrière les quelques noms qui étonnent et donnent espoir, une certaine déception. Déjà, pas un libéral en vue ! Bravo les réformateurs. Félicitations pour votre action, pour votre absence de la scène politique; avec un groupe de 100 députés, il fallait le faire.

 

Pour commencer, Xavier Bertrand est Ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité. Apparatchik rentré à 16 ans au RPR, son action politique est marquée par l'absence totale de convictions : 21eme fausse réforme inutile de l'assurance santé sous l'égide du brillant Douste Blazy, instauration de l'interdiction de fumer dans les lieux publics. Pour achever ce portrait d'un personnage insipide, Maître Eolas l'a épinglé pour une absurdité dont il a été le témoin.

 

L'homme qui valait 100 Milliards (de dépenses publiques), Jean-Louis Borloo, est aux commandes de la "stratégie économique" (concept éminemment antilibéral), super ministère aux compétences élargies. Tous à vos chéquiers, il va falloir banquer pour cet homme qui s'est avéré l'un des plus dépensiers sous Raffarin. Sa loi du 1er août 2003 de rénovation urbaine proposait quelques pistes intéressantes au milieu d'une marée de mesures dirigistes dont les effets restent mitigés.

 

Plus grave, le cas d'Alain Juppé qui devient l'unique ministre d'Etat deux ans et demi après sa condamnation dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. Maître Eolas nous rappelle le commentaire de la cour d'appel de Versailles, nettement plus mesurée dans ses propos que le tribunal correctionnel de Nanterre :

« Il est regrettable qu'au moment où le législateur prenait conscience de la nécessité de mettre fin à des pratiques délictueuses qui existaient à l'occasion du financement des partis politiques, M. Juppé n'ait pas appliqué à son propre parti les règles qu'il avait votées au parlement. Il est également regrettable que M. Juppé, dont les qualités intellectuelles sont unanimement reconnues, n'ait pas cru devoir assumer devant la justice l'ensemble de ses responsabilités pénales et ait maintenu la négation de faits avérés. » Le candidat Sarkozy avait annoncé une moralisation de la vie politique. Le président Sarkozy a l'air moins pressé. A rapprocher de l'investiture de Christian Vanneste dans le nord, alors que le même candidat Sarkozy déclarait dans le Figaro le 31 janvier (Via Embruns, lui même via Guy Birenbaum) que « Il ne sera pas réinvesti aux législatives. Je condamne fermement ce qu’il a dit. Je ne veux ni de près ni de loin être associé à des propos homophobes. Depuis des années, j’accomplis un travail en profondeur sur l’ordre, le travail, la responsabilité, le respect. J’ai trop souffert d’une droite qui ne défendait pas ses idées pour prendre le risque de saboter cet effort en acceptant des propos caricaturaux ».

 

La nomination de Christine Boutin me surprend beaucoup. Pourquoi placer cette passionaria au Ministère du Logement et de la Ville ? Parce qu'elle préside la "Droite humaine" (sympa pour le reste de la droite...supposée "moins humaine") prétendument forte de 7.500 adhérents ? Homophobe anti-PACS devenue presque homophile depuis que les sondages donnent les Français favorables à l'extension du mariage aux personnes de même sexe ("bon, les homos ne sont pas comme nous" pense-t-elle tout de même à voix haute). Anti-européenne, elle milite pour le non au référendum sur le TCE et se bat contre une "Europe ultra libérale". Pour se donner une image moins surannée, elle a volé ses robes à la troupe Deschamps-Makeïeff et ressemble à une hippie en bigoudis.

 

Que font MAM et Roselyne Bachelot dans ce gouvernement soi-disant du renouveau, de la rupture ? Deux apparatchiks sans convictions, véritables femmes du système qui ont fait la preuve de leur incompétence dans les ministères qu'elles ont occupés  par le passé. Ce double choix est consternant de ringardise.

 

Valérie Pécresse, aussi mignonne soit-elle, s'annonce comme une MAM en puissance : étatiste pure formée à l'ENA, sans convictions personnelles, elle est au service...du parti. Cela dit, la ligne établie par Nicolas Sarkozy dans le domaine de l'enseignement supérieur va dans le bon sens. Quid de la recherche ? Espérons en tout cas qu'elle sera une négociatrice adroite et qu'elle aura le courage d'aller rapidement au bout de cette première étape vers une vraie liberté pour l'enseignement supérieur.

 

Le Premier ministre François Fillon a déclaré que la "première de nos priorités c'est de gagner la bataille des élections législatives" des 10 et 17 juin. Il prend cela très à coeur, au point de se présenter lui-même : "Je suis attaché au suffrage universel. Je crois que c'est ce qui donne la force politique dont j'ai besoin pour conduire le gouvernement". Voilà un sacré cumul de missions, chacune me semblant pourtant sacrément lourde !
 
Onze autres membres du nouveau gouvernement ont choisi de suivre son exemple, dont le ministre d'Etat Alain Juppé, déjà maire de la "petite ville" de Bordeaux qui l'occupe très peu. Onze ministres se présentent ainsi aux législatives. Un signe qu'ils prennent très à coeur leur fonction, au point de vouloir la cumuler avec un poste de député qui, c'est évident pour eux, ne sert à rien sinon à valider ce que proposera leur propre gouvernement. C'est bien parti pour le pays.