jeudi, 07 septembre 2006

Avouez, on vous filme !

C'est finalement super Sarko, place Beauvau, qui a tranché ce qui relevait de place Vendôme. Cette belle place connait décidément un inexorable déclin ! Bon, on ne sait pas très bien quel texte a été choisi, comment il a été élaboré et quelles sont les nuances entre les versions étudiées. En tout cas, les titres sont là : Sarko impose, Clément exécute.

Comme le dit très bien Maître Eolas :

Des caméras chez les juges d'instruction ? C'est idiot. Il y a le greffier et surtout l'avocat. Il n'y a aucun cas de violence magistrale dans les cabinets de juges d'instruction, hormis éventuellement verbales, que l'on peut demander au greffier d'acter si nécessaire. Puisqu'un procès verbal est dressé dans des conditions proches du contradictoires, qui résume en quelques pages lisibles en dix minutes un interrogatoire qui a pu durer deux heures, pourquoi se taper en plus l'enregistrement vidéo ?

Et en passant, c'est insultant pour les magistrats, que l'on soupçonne implicitement de je ne sais trop quoi. Une caméra à Boulogne Sur Mer aurait-elle fait réaliser au juge d'instruction l'innocence des accusés d'Outreau ? J'en doute. Alors ?

 

La vraie utilité des caméras, c'est lors des interrogatoires de police au cours desquels les interrogés prennent conscience de notre vieille tradition inquisitoriale. Alors pourquoi installer des caméras dans les cabinets des juges d'instruction alors que nombreuses autres priorités matérielles auraient dû primer ?

En effet, la Justice souffre déjà d’un manque flagrant d’adaptation aux nouvelles technologies. S’ensuivent lenteurs et archaïsmes, qu’accentue encore la misère des moyens matériels. La marée montante du papier pourrait, à peu de frais, être utilement concurrencée par les supports dématérialisés – certes pas pour les pièces en original, mais pour les inévitables copies de pièces et de dossiers. L’amélioration des conditions matérielles de travail du personnel, contraint de travailler dans des locaux où la température dépasse parfois les 40° l’été ou, comme à Paris, dans des lieux humides, sans parler de l’amiante, ne coûterait pas si cher. Et elle permettrait de gagner en productivité. Il est urgent de sortir des politiques de courte-vue qui visent un effet d'annonce. Ce replâtrage temporaire de fissures profondes est dangereux pour le fonctionnement de notre Justice.