lundi, 14 septembre 2009

Le chantage permanent

Paradis Fiscaux.jpgA la veille du G20, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois menacé ses partenaires de claquer la porte si sa proposition n'était pas retenue. Sauveur du monde obéi de tous sinon rien. Ah, on retrouve bien la mentalité de petit chef dans ce genre de rodomontade digne de nos dinosaures de syndicats qui viennent à la table des négociations pour annoncer qu'ils discuteront de tout, à condition que leurs propositions soient acceptées préalablement. La première fois que notre président s'était roulé par terre en avril, personne n'avait trop osé rien dire dans le monde. Sourires gênés, agacement du côté germanique. La deuxième fois (dans la même année), cette manifestation d'arrogance doit commencer à en agacer sérieusement plus d'un. Parce que si on regarde les performances comparées de la France ces 30 dernières années, il est facile de comprendre que personne n'a envie de suivre notre modèle jacobin et de plonger dans notre enfer économique et social.

 

Et bien qu'il la prenne, la porte. Et dans la figure si ça peut lui faire du bien. Surtout qu'il ne s'agit pas de rétablir l'étalon or ou de peser sur l'exigence de fonds propres des banques, vrai sujet de débat, mais de limiter la rémunération de la performance d'une profession particulière. Simple épiphénomène médiatique. En sachant qu'après les banquiers, d'autres professions passeront un jour à la moulinette dirigiste du gouvenement, au gré des crises et des humeurs du monarque.

 

Il suffit de prendre l'exemple de la LOPSI, initialement destinée à lutter contre l'anti-France, contre ceux qui mettent en danger les intérêts de la Nation. On pense à Oussama Ben Laden, à Action Directe, aux Maxime Brunerie et Consorts. Mais la liste s'est vite allongée. On pensait moins à Albert qui a pris le volant avec un verre de trop. Ou à Robert qui a bousculé son voisin pendant un match de foot et figure sur la liste. Ou à Mireille qui donne régulièrement des vêtements à des clandestins qu'elle connait dans le quartier. Sans faire de bruit, avec cette loi discrète, tous aurons peut-être la chance d'avoir des mouchards installés chez eux et sur leur PC à leur insu si un juge en décide ainsi. Car aux termes de la loi, tous sont devenus des dangers pour la Nation. On imagine que le fait de ne pas payer ses impôts va vite rentrer dans le champ d'application de ce type de loi.

 

Bref, tout ça pour dire que le plafonnement des rémunération, cher au NPA, pourrait bientôt figurer sur les tablettes de Guaino Sarko pour toutes les professions. Les salauds de banquiers ouvrent le bal, mais tout le monde finira par danser la gigue. Et tous les pays suivront si ses dernières mesures ne sont pas contestées au G20. Le monde cèdera-t-il à ce chantage indigne, ou bien gardera-t-il son sang froid en rappelant à Sarko que si ses méthodes marchaient, la France serait championne du monde d'autre chose que du chômage et des conflits sociaux ? Obama va-t-il voir là une opportunité de se dépêtrer du conflit de plus en plus violent autour de sa sécu ? Brown a cédé, Angela Merkel a envoyé des signaux positifs. Mais à la veille du scrutin des législatives, elle est prudente. Elle n'est pas sûre de parvenir à une coalition avec les libéraux allemands qui ont le vent en poupe avec la crise. Bref, tout ceci est de mauvais augure

 

En tout cas, ce n'est pas étonnant que Vladimir Poutine soutienne Sarkozy. Allez, je suggèe que le prochain G20 se passe à Grozny, histoire d'envoyer un message clair aux ennemis du monde, banquiers et autres racailles que l'Etat, le français en tout cas, espère soumettre rapidement.

22:18 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bonus, banques, g20 | | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 03 avril 2009

Guide du routard : suivre le G20 à Londres

Il y a la façon mondaine. Une ex-journaliste française nous raconte sa journée avec un bonheur qui détonne dans la déprime actuelle. Dire que nous avons la chance de partager en "live" les sentiments de l'une des plus grandes figures du journalisme politique de notre pays ! L'analyse en profondeur de cette fine observatrice est pleine de surprises :

Evidemment, tous les regards se portent vers le couple vedette, Barack et Michelle. Certains me reprocheront une absence d’impartialité, mais comment ne pas dire qu’ils étaient beaux, sympathiques, naturels ? Ils saluaient tout le monde, venaient directement à vous comme s’ils vous connaissaient, écoutaient leurs interlocuteurs comme si ce qu’ils disaient les intéressaient au plus haut point… Lui, détendu comme on le voit à la télé,  large sourire, poignée de main généreuse. Elle, plus jolie qu’à l’écran, très grande, visage expressif, l’air chaleureux.

 

On en frissonne presque. Passionnant récit ponctué d'appréciations personnelles ("moi, j’aime l’agneau à la menthe"), de rencontres étonnantes ("Mais j’ai échangé quelques mots avec Naomi Campbell, somptueuse comme toujours dans une sorte de tutu en tulle noir impossible à porter par toute autre"). On est heureux pour Anne, après tous les ennuis qu'elle a eus. Elle plane d'autant plus sur son nuage que son mari qui n'a rien vu ni rien fait devant la crise, dispose dorénavant de 750 milliards de dollars pour sauver la planète...et coup de chance,  Stéphane Guyon n'était pas là pour mettre l'ambiance.

 

La manière festive dans la rue. Bris de glaces, attaques de banquiers, course à pied et lancer de pavé, tout y était, même si certains avaient des regrets : "I remember the [1990] poll tax riots - that was much more fun" (ça devait vraiment être chouette à l'époque). Les défenseurs de la planète, les pacifistes, les anticapitalistes, les décroissants et les marginaux qui ne savaient pas très bien ils étaient là se sont éclatés, quand ce n'est pas la police britanique qui s'en est chargée. Ces jeunes désoeuvrés sont les enfants de la mondialisation heureuse : ils ont pu voyager pas cher en avion grâce au ciel libéralisé, ils ont pu échanger facilement grâce aux blackberry et à Internet. Et le matériel militant, "Made in China" (peut-être même par des enfants dans des camps ?), n'était financièrement accessible que grâce au libre-échange. Quand jeunesse s'amuse avec l'argent des parents, on se dit que c'est pas si mal vu la dette qui l'attend... Mais s'amuse-t-elle vraiment avec ses airs de clown triste ?

strasbourg_2.jpg

 

Dans le Telegraph, le maire de Londres, Boris Johnson, proposait dés le 24 mars une lecture amusante des évènements de cette semaine :

In student bedsits and in terrace Kensington houses, the alienated children of the middle classes are planning to subvert the G20 summit. Across the desolate wastes of the Leftie internet, their wrathful campfires are already burning, and when April dawns they will surge like the orcs of Mordor in the general direction of the Bank of England.

 

Après le carnage attendu, Boris posait alors la vraie question :

Somewhere in the crowd, a nose-ringed twerp will drain a mouthful of cider and call to his comrades. "What do we want?" he will demand. And at that moment, a great silence will fall in the carnival of cretinous crusties. The papier mâché horsemen of the Apocalypse will turn their heads inquiringly in his direction. "What do we want?" he will demand again, a shade more hysterically, and by this time the rioters will be looking at their feet and coughing. Er. What do they want? The embarrassing truth is that they haven't a clue.

 

Pour le maire de Londres, ce G20 dissimulait en fait un repli égoïste des grands leaders occidentaux. Et il jugeait avec ironie que les manifestants feraient mieux de défendre une belle cause, la grande idée du libre-échange, plutôt que de casser sans rien proposer pour soi-disant sauver la planète. Hier, les grands dirigeants ont en effet tous affirmé défendre "les intérêts de leur pays" alors qu'ils protégeaient en fait les intérêts de leur gouvernement destabilisés par la plus grosse bulle jamais constituée : celle des dettes publiques.

 

Lire l'excellente analyse de Hashtable. Ah, au fait, le G20 a trouvé le coupable : le Costa Rica et l'Uruguay.

14:22 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : g20, capitalisme, crise | | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 31 mars 2009

Le G20 de tous les dangers

Spend.JPGLe G20 du 2 avril prend des allures de catastrophe. Nicolas Sarkozy promet un show très chaud si les autres leaders ne cèdent pas à ses exigences, exposées dans un style de plus en plus bonapartiste. Plans de relance inutiles et injustifiables, inflation qui menace l'épargne et nos économies, dette publique folle, extension des réglementations nocives, tout va être mis en oeuvre pour casser les rouages d'une hypothétique reprise. Bref, ce n'est pas un hasard si la France retrouve le plus vite ses racines socialistes. A cette cadence, Nicolas Sarkozy va probablement finir avec un bilan pire que celui de Chirac, s'il n'a pas déjà franchi le repère fatal. On va presque soutenir le retour de Villepin fichiers clearstream en mains sabre au clair (que François Goulard soutient comme Hervé Mariton, d'ailleurs).

 

Dans le reste de l'OCDE, c'est aussi la berezina. Gordon Brown veut s'aligner sur notre modèle pour faire revenir le Royaume-Uni au triste temps pré-Thatcherien. Malgré le désastre exemplaire du New Deal pour sortir de la crise de 29, Barack Obama a engagé son pays sur la route de la servitude. José Luis Zapatero semble vouloir se débarrasser de son excellent ministre des finances, Pedro Solbes, ce qui ouvrirait la porte d'une vraie dérive dirigiste et dépensière. Le seul pays qui résiste, c'est l'Allemagne. Même la veille d'élections, et malgré la pression de son ministre et concurrent du SPD, Peer Steinbrück, Angela Merkel bloque des quatre fers pour ne pas accroître les déficits publics, et elle ne souhaite pas que la BCE se lance dans du "Quantitative Easing" (planche à billet) comme la Fed. Soutenons-la sur ces points. Et croisons les doigts pour qu'elle résiste le 2 avril. Angela, on est avec toi !

 

A ce sujet, je me rappelle un déjeuner avec Alain Madelin au cours duquel j'avais défendu les qualités libérales d'Angela Merkel, malgré son abandon de la Flat Tax à deux mois du scrutin, et un programme classique. Certes plus conservatrice que libérale, son origine est-allemande et ses propositions allaient néanmoins dans le bon sens selon moi. Madelin m'a demandé sur quels critères je pouvais la juger comme telle. J'avoue que je n'avais alors pas beaucoup d'arguments en sa faveur. Et son immobilisme lui a partiellement rendu raison. Prise en étau dans une coalition avec des sociaux démocrates, sa marge de manoeuvre était limitée. Mais avec la crise, le gène anti-dirigiste a repris le dessus. En dénonçant le risque de surendettement et d'inflation des plans de relance budgétaires et monétaires, Angela Merkel est la dernière digue avant la déferlante socialiste du monde occidental.

 

Tout n'est pas perdu. Pendant ce temps, la Chine rigole bien et se prépare à nous croiser sur la route qui part du communisme et monte vers le capitalisme, et que nous descendons dans l'autre sens. Mettez-vous au Mandarin.

14:58 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : institut montaigne, g20, crise | | | Digg! Digg |  Facebook