mercredi, 21 octobre 2009

Emmanuel Galante, pourquoi faut-il en arriver là pour être entendu ?

En 2006, le décret interdisant la cigarette dans les bars et restaurants avait déclenché une belle polémique. Traditionnellement, les ayatollahs de la santé publique ne regardent pas les effets sociaux, culturels et moraux de leur impotoyable répression de toute consommation s'écartant de "la bonne vie" (Mittterrand n'a pas dû les lire). C'est cet aveuglement obstiné qui leur permet d'écraser régulièrement une à une de nos libertés et de piétiner le principe de responsabilité dans une allégresse "citoyenne" largement médiatisée. Quelle figure politique souhaite prendre le risque de défendre l'alcool, la cigarette et tout ce qui nuit un peu à notre santé et de s'en prendre plein la figure, dans l'environnement hygiéniste actuel ? A part le prestigieux club des parlementaires amateurs de Havane... ou le PLD ?

 

Avec 3 années de recul, nous commençons à mesurer l'étendue des dégâts économiques, mais aussi sociaux, de cette décision gouvernementale qui, rappelons-le, n'a été ni débattue, ni votée. Je ne fume pas et n'aime pas respirer les fumées de cigarette au travail ou pendant mes repas. Pour autant, je respecte les fumeurs, et l'exemple d'Emmanuel Galante est parlant : allez lire son site. Il a tout perdu à cause de cette loi. Patron d'un petit café en Saône en Champagne dans lequel il avait investi toutes ses économies, il s'est rendu compte que ses clients, pour la plupart, venaient se retrouver et papoter autour d'un verre...et d'une cigarette. La maréchaussée est intervenue de plus en plus fréquemment pour verbaliser, mettre la pression sur notre pauvre propriétaire pourtant sans salarié exposé. Après trois passages en correctionnelle, sa clientèle a préféré mettre les voiles. Fin juillet, il a mis la clef sous la porte. Mais avant, il ne s'est pas laissé faire. Une première grève de la faim, en 2008, a fini par une hospitalisation après 26 jours.

 

A sa seconde grève de la faim, au début de l'année, la Conseillère Nationale du PLD, Christiane Chavane, a pris contact avec Emmanuel Galante pour le soutenir après avoir lu son histoire dans la presse. C'est là que nous avons fait connaissance, que nous avons échangé sur la question du décret, et qu'il nous a rejoints en prenant sa carte du PLD. Je n'ai eu qu'un appel quelques mois plus tard pour me prévenir qu'il s'enchainait à la préfecture pour rouvrir le débat, pétition de 22.000 signatures sous le bras. Et puis lundi 19 octobre après-midi, sans aucune concertation, j'ai appris qu'il "montait" à Paris où il démarrerait sa troisième grève de la faim face à l'assemblée nationale. Rien de préparé, un petit tract bricolé, un sac de couchage (pas de tente, c'est illégal), et le voilà reparti pour des jours ou des semaines de galère pour sa cause : laisser les petits établissements choisir d'être fumeurs ou non. Laisser vivre des espaces de vie commune qui entretiennent le lien social. Les Français qui fument, faut-il leur interdire de vivre comme les autres ?

 

Ce thème ne concerne hélas plus l'élite parisienne, c'est même devenu un tabou. Fumer, ce sont les faibles, les inconscients ou les catégories sociales défavorisées. Le cigare, encore, ça fait chic. Mais la vulgaire clope, on la taxe, on la retire des films et des rétrospective. Avec Emmanuel Galante, nous avons tenté d'interpeler François Hollande à la sortie de l'assemblée nationale. Tout sourire devant les journalistes qui nous accompagnaient, il a vite tourné casaque lorsqu'il a entendu le thème : "la loi a été votée, c'est fini". Justement non !

 

Comme les autres monopoles publics autour de prétendus "vices", la Seita nationale vit bien, très bien avec la cigarette. Et surtout Bercy se goinfre aussi. Nous savons pourtant que dans la durée, l'effet des hausses de taxes sont plus que limités sur la consommation addictive. Mais voilà, la France ne s'arrête pas aux portes de Paris. Et même à Paris, la contestation gronde. Avec Emmanuel Galante, nous avons la tournée de quelques bars parisiens, pour entendre les réactions spontanées des patrons et des consommateurs. Mis à part un cafetier qui a carrément allumé sa clope derrière son bar, l'accueil est au mieux très favorable au changement du décret, au pire conscient qu'un minimum de flexibilité s'impose pour adapter la loi au cas par cas.

 

Combien de temps durera cette troisième grève de la faim d'Emmanuel Galante ? Le compteur est lancé sur son site. En tout cas, le PLD garde le champagne et les macarons au frais pour fêter son succès s'il remporte au moins une manche en rouvrant le débat. Pour le soutenir, envoyez-lui un mail, devenez fan de son groupe Facebook. Et si  si vous êtes parisien, apportez-lui du café ou du thé chaud place Edouard herriot, devant l'assemblée nationale. 

lundi, 05 janvier 2009

La guerre inutile et coûteuse contre le tabac

Les autorités françaises sont toujours en guerre contre le tabac. Simple application de la loi, une décision de justice vient de tomber en condamnant le patron du bar "Le Club" à Châlons-en-Champagne, Emmanuel Galante, à 300 euros d'amende après ses 26 jours de grève de la faim pour défendre le droit de fumer dans son établissement. Comme il le dit lui-même :

C'est une décision hypocrite, d'autres patrons de bar font comme moi, mais je suis le seul à être poursuivi car je suis le seul à demander ouvertement l'aménagement du décret.

 

Ce débat ancien oppose deux légitimités : celle de la propriété privée qui attribue au propriétaire le droit de déterminer si on peut fumer ou non chez lui, et celle de la responsabilité individuelle qui nous impose de ne pas porter atteinte à la santé d'autrui. Bon équilibre entre ces deux axes, les extracteurs de fumée, les zones séparées et d'autres outils offraient une bonne flexibilité aux propriétaires de commerce. Refusant cette ambiguïté, le législateur a tranché et imposé une fois de plus la loi de l'arbitraire aux Français. Mais où s'arrête la responsabilité de chacun lorsque nous polluons l'atmosphère...et la santé d'autrui par notre mode de vie ? Où s'arrêtera cette tendance à régir notre manière de vivre selon des critères confus, sinon infondés ? Pourquoi interdire de fumer dans les cafés dans lesquels personne ne'st forcé de rentrer...mais pas dans les appartements où vivent des enfants qui n'ont rien demandé ? Lorsqu'on observe les faits retrospectivement, l'interdiction actuelle de fumer dans les cafés et les restaurants est manifestement stupide et inutile.

 

Pour saluer l'action d'Emmanuel Galante, voici quelques points qui ne font que trop rarement débat et qui mériteraient d'être rappelés de temps à autre :

 

Les non fumeurs n'ont pas remplacé les fumeurs dans les cafés

Les croisés anti-cigarette l'avaient affirmé : l'absence de fumeurs ferait venir des non fumeurs en masse. Gros succès commercial en perspective. Comme en Irlande et au Royaume-Uni, les chiffres de fréquentation et de consommation dans les cafés en France sont hélas accablants. Le choc est d'autant plus cruel hors des grandes villes, là où les cafés constituaient l'espace principal du lien social dans des petites communes rurales. Seul fait nouveau dans les grandes villes, les terrasses chauffées se sont multipliées pour accueillir les fumeurs qui n'ont pas encore définitivement abandonné les cafés. Riposte immédiate des verts qui exigent leur interdiction pour des raisons environnementales. Le discours moralisateur s'est ainsi enrichi d'un argument fallacieux à l'égard du fumeur égoïste, désormais accusé de réchauffer également l'atmosphère ! Autre effet marquant, les trottoirs ont vu débarquer les fumeurs en masse, exclus des cafés comme de leur bureau : nos enfants sont dorénavant spectateurs quotidiens des millions de fumeurs qui exposent leur vice dans la rue.

 

La lutte contre le tabagisme délite le lien social

L'interdiction n'est jamais aussi efficace que lorsqu'elle s'accompagne d'un message moral qui transforme notre soumission en docilité, notre peur en consentement. Ainsi, le clivage entre fumeurs brimés et fumeurs honteux grandit presque plus vite qu'entre fumeurs et non-fumeurs. A force d'entendre en permanence le message sur l'égoïsme du fumeur, un certain nombre d'entre eux ont fini par se sentir pècheurs. Ces fumeurs qui se sentent coupables sont les meilleurs militants contre leur propre vice, d'autant plus virulents que leur sentiment de culpabilité se nourrit du maintien de leur pratique honteuse. Des non-fumeurs se retrouvent à défendre la liberté des propriétaires de café face à l'intransigeance de fumeurs refoulés. La morale étatique, progressivement prohibitionniste dans une perspective hygiéniste, s'étend doucement comme une nouvelle religion.

 

Malgré tous ces efforts, le nombre de fumeurs ne baisse pas

Les chiffres, depuis 2004, n'ont pourtant pas bougé. Chaque année, 54 milliards de cigarettes sont vendues par les réseaux officiels, sans prendre en compte les chiffres (en forte augmentation à entendre les douanes) de la contrebande.

 

La cigarette redistribue l'argent des fumeurs aux contribuables

L'argument du coût sanitaire de la cigarette, aussi sordide qu'il soit, ne tient pas la route. La vie n'est pas qu'une question d'argent (surtout, hélas, quand ce sont les autres qui semblent payer la facture...apparence souvent trompeuse mais c'est un autre débat) mais puisque les combattants anti-fumeurs nous rabachent systématiquement ce point, il me semble important de recadrer ce débat. Face aux estimations du coût des maladies dues à la cigarette, il faut calculer les gains sur deux points : les retraites par répartition non perçues pendant les 7 à 10 ans d'espérance de vie perdue, ainsi que le coût moyen des autres pathologies de fin de vie. Soigner Alzheimer, Parkinson ou d'autres complications lourdes, maladies auxquelles sont promis ceux qui auront évité les cancers et maladies cardio-vasculaires dues à la cigarette, est-il tellement plus économique ? Ajoutons enfin le produit des taxes sur le tabac, presque 10 milliards d'euros par an, et il est facile de comprendre que la cigarette fait gagner de l'argent au gouvernement.

 

Les solutions flexibles suffisaient très largement pour que les non-fumeurs n'aient pas le nez, le palais et les poumons pollués par la fumée de cigarette, sans transformer la vie des fumeurs en enfer et sans agrandir cette entorse supplémentaire au contrat social qui permet de "vivre ensemble" plutôt que dressés les uns contre les autres.

19:00 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : tabac, fumeurs, galante | | | Digg! Digg |  Facebook