lundi, 22 février 2010
Quelle est l'utilité de la finance honnie ?
Si une profession pouvait être interdite au suffrage universel, celle d’opérateur de marché en serait la première victime. Déjà en 1987, En pleine crise économique, le fameux film « Wall Street » décrivait un grand méchant trader capable de vendre père et mère pour étendre son pouvoir destructeur sur le monde et accroître son bonus. Cette caricature illustrait bien cette schizophrénie associant fascination et appréhension. A chaque grande crise, cette incompréhension se transforme en haine. Ce n’est pas un hasard si depuis le 19eme siècle, la gauche marxiste et l’extrême droite ont vu dans ce vecteur essentiel du capitalisme l’ennemi à abattre.
La finance fait tomber les frontières en libérant la circulation des capitaux. Elle remet en question les privilèges, et sa recherche continue de performance économique se réalise au détriment de choix politiques ou de stratégies mal conçues. Aujourd’hui, la plupart des gouvernants politiques y voient un bouc émissaire idéal pour se défausser de leur propre responsabilité dans la crise. Pourtant, ces Etats sont de très gros consommateurs de finance. La dette publique mondiale s’élève à 32 trillons de dollars (32 mille milliards de dollars), et la tendance est à la hausse avec le doublement des émissions obligataires annuelles cette année par rapport à 2007.
D’abord, la finance est un terme bien flou. S’agit-il de la banque, ou bien des marchés financiers sachant que la plupart d’entre elles n’ont pas d’activité dans ce domaine ? Si nous parlons de ces marchés financiers, devons-nous inclure les fonds de pension ou mutualistes, ces mastodontes qui gèrent l’épargne de centaines de millions de familles ? Dans ce cas, pourquoi ne pas ajouter à la liste tous les acteurs qui cherchent sur ces mêmes marchés leurs ressources, grandes entreprises et Etats ? Concentrons-nous sur les salles des marchés bancaires, cibles de la vague actuelle de réglementations, de pénalités et de taxes supplémentaires. Cette activité récente est devenue l’un des principaux métiers des grands établissements bancaires internationaux au cours des dernières décennies en réponse à une demande nouvelle.
Pour poser le décor, un trader de grande banque ne travaille pas dans un grand bureau avec vue sur l’Hudson ou vue sur l’Arc de Triomphe. Surmonté de 4 à 8 écrans, son bureau fait 1m20 sur 1m dans un espace ouvert (souvent sans lumière du jour) où travaillent plusieurs centaines de ses congénères. Il ne s’agit pas de le plaindre, mais de faire comprendre que la première qualité demandée dans cet environnement, c’est d’aimer le bruit, le stress et la promiscuité. Un opérateur passe la journée sur son mètre carré, téléphones vissés à l’oreille et sans quitter les écrans de ses yeux. Toute l’activité d’une salle est orientée clients. Comment répondre le mieux et le plus vite possibles à leurs attentes, mais aussi comment les anticiper pour vendre conseils et opérations avant les concurrents ? D’ailleurs, les traders sont souvent des vendeurs qui ne font pas de trading et ne prennent donc pas de positions à risques. Leur rôle, c’est d’élaborer des montages en vue de propositions commerciales collant au plus près aux besoins de leurs clients. Eux aussi professionnels, ils n’hésitent pas à comparer les prix et les produits qu’on leur propose auprès des banques concurrentes pour avoir les prix les plus agressifs.
Les vendeurs sont donc constamment incités à innover pour remporter des opérations rémunératrices. Bref, rien de très différent d’autres industries sauf qu’ici, la matière première est l’argent. Pas de l’argent virtuel, abstrait, mais des flux économiques bien réels : dette, trésorerie, fonds propres, flux de devises, couvertures contre différents types de risques, etc. Les qualités attendues des traders, en plus de leurs compétences techniques et, dans le cas de vendeurs, commerciales, c’est l’accès à l’information. Un trader est meilleur s’il a des informations que ses concurrents n’ont pas. Son réseau de clients, de traders et d’analystes, sa capacité à aller trouver des informations pertinentes dans le chaos permanent de données et de nouvelles, voilà où il doit faire la différence.
La valeur d’embauche d’un trader dépend essentiellement de ce talent-là. Chaque activité, dans une salle des marchés, draine des volumes considérables des grands acteurs financiers que sont les Etats, les entreprises, les institutions financières. Les commissions et gains qui doivent en être retirés, dérisoires si on les ramène aux volumes en jeu, restent importants pour chacun des opérateurs qui les reçoivent. Les traders sont donc rémunérés en conséquence, et la compétition est rude entre ceux qui sont en activité. Une fois retiré des affaires, la « côte » d’un trader tombe vite, même si elle ne disparaît jamais totalement, puisqu’il décroche de ce flux constant d’information qui es le plus valorisé.
Si la presse retient les exemples les plus exceptionnels, celui des bonus des stars qui atteignent plusieurs millions de dollars, l’essentiel des traders reçoit des rémunérations certes élevées, mais comparables à celles d’autres professions : consultants seniors ou avocats d’affaires associés. Leur carrière commence plus tôt mais est en revanche très aléatoire, à l’instar des joueurs de foot. La gestion des ressources humaines de la finance est aussi brutale que les mouvements de marchés. Tous les ans, une proportion importante des salles de marché quitte, de gré ou de force, ce secteur d’activité. Si ces niveaux de rémunération attractifs entraînent un effet d’éviction des meilleurs sur les autres industries, ils correspondent à un marché de l’emploi très spécifique, aussi réactif à la hausse…qu’à la baisse.
Pourquoi ce secteur a-t-il pris tant d’importance dans la vie économique réelle ? L’allongement de l’espérance de vie a vu se constituer une épargne considérable. Cette tendance s’est renforcée avec la mondialisation et sa première conséquence : l’émergence d’une classe moyenne se comptant en centaines de millions puis en milliards d’individus. Eux aussi se sont mis à épargner. Aujourd’hui, l’ensemble des fonds de pensions, des fonds mutualistes, de la gestion privée, et des assurances approche l’équivalent de 100 trillions de dollars dans le monde. Les actifs bancaires des 1.000 plus grandes banques mondiales, qui regroupent les crédits, les participations et les titres qu’elles détiennent, atteignent un montant du même ordre de grandeur. Face à ces capitaux, Etats, entreprises, ménages ainsi que les banques cherchent à financer leur dette ou leurs fonds propres. Manifestement, ils ne les trouvent plus seulement du côté des banques. Si ce mouvement de désintermédiation a fait sortir l’essentiel des flux financiers du bilan des banques, ces dernières se sont adaptées en proposant leurs services à ces acteurs non bancaires. C’est la mission première de leurs salles de marchés.
Pour la remplir correctement, cela exige de lourds investissements. L’effet de seuil ne laisse pas de place aux petits acteurs. Les banques doivent disposer d’une couverture mondiale pour offrir une palette transversale de la plupart des produits financiers pour rester compétitives. L’achat de systèmes d’information et de haute technologie ne constitue pas le coût principal. Le plus cher, c’est l’embauche de traders expérimentés en Asie, en Europe et en Amérique. Pour chaque opérateur de marché, il faut ajouter 2 à 3 personnes pour couvrir les besoins en informatique, en back-office chargé de traiter les opérations, en déontologie et en contrôle des risques, etc. Les fonds propres nécessaires sont aussi importants pour pouvoir décharger les entreprises clientes de leurs risques. Une salle de marché ressemble à une fourmilière qui assimile et reformate des opérations de clients dont les besoins aux deux extrémités ne sont pas exactement complémentaires. Ce processus d’adaptation et de recalibrage permet une circulation fluide des capitaux de ceux qui en disposent vers ceux qui en cherchent. Son efficacité trouve sa confirmation dans la rémunération que ces clients acceptent de laisser aux activités de marchés des banques qui servent d’intermédiaires.
Cette industrie d’innovation permanente au service des grands clients traditionnels des banques reste minuscule à l’échelle de la sphère financière. Pour avoir une idée de son poids réel, le revenu annuel brut des départements de banques d’investissement a atteint 66 milliards de dollars en 2008, une goutte d’eau comparé aux presque 200 trillions de dollars de capitaux en circulation dans le monde, à peine 0.04 %. Pas de quoi susciter l’ire des médias.
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vendredi, 04 décembre 2009
Finance islamique : querelle de clocher... ou de minaret
Quelques jours après le scandale du référendum suisse sur les minarets, France O m'a invité à participer à un débat sur la finance islamique, en tant que banquier, avec Jean-Michel Quillardet, président de l'observatoire international de la laïcité contre les dérives communautaires (et, a-t-il ajouté, ancien grand maître du grand orient de France, la tradition du secret se perd visiblement), et Isabelle Chapellière passionnante auteur de "Ethique et Finance en islam". Sujet de l'ouvrage :
"Peut-on supprimer l'intérêt et la spéculation ? Une finance équitable basée sur le partage des pertes et profits est-elle possible ? L'économie réelle peut-elle revenir au centre des préoccupations ? Le métier de banquier est-il moral ? Repenser le capitalisme financier devient impératif.Face à la crise financière internationale, la finance islamique propose une réponse éthique. " Après la crise des subprimes, cette approche éthique n'est-elle pas pertinente ? Issue de principes antiques, cette finance pourrait s'intituler "finance aristotélicienne", laquelle a aussi inspiré Saint-Thomas d'Aquin .
Ses 2 principes essentiels sont l'absence de rémunération par intérêt, et l'interdiction d'investir dans des activités contraires à la loi islamique (laquelle dépend du courant religieux et des interprétations récentes). L'intérêt doit laisser la place au profit, fruit d'une prise de risque partagée. Ce n'est pas si simple, car certaines écoles acceptent le principe de l'intérêt, pourvu qu'il ne soit pas trop éloigné du niveau de l'inflation. Ensuite, les investissements ne peuvent être réalisés dans les secteurs interdits : alcool, jeu de hasard, pornographie, armes ou porc par exemple. Les fonds investis doivent simplement être supervisés par un conseil de religieux qui certifient le respect de ces règles. Ces principes n'évitent pas la participation à des bulles...et à leur éclatement. Un débat sur la monnaie, les banques centrales et l'étalon or devrait être passionnant dans ce cadre. Nous n'y avons hélas pas eu droit ce jour-là.
En soi, rien de fondamentalement contradictoire avec les principes de la finance internationales, même si quelques réglages techniques semblent nécessaires pour lui permettre de fonctionner en France. En général, ces fonds ne représentent que quelques pourcents de lé'pargne dans des pays à majorité musulmane comme la Turquie ou la Malaisie. Mais si on ajoute les fonds du Golfe, nous atteignons des volumes importants au niveau mondial. Par ailleurs, ce n'est pas le propre de l'islam de recommander une éthique dans les placements pour éviter la spéculation et les investissements immoraux. Des fonds sont déjà labellisés par différentes églises évangéliques, par exemple. La demande croissante pour ce type de placements respectueux de principes éthiques incite de plus en plus de gérants de proposer des fonds sur mesure : pour les musulmans, mais aussi pour les catholiques, les juifs ou les écolos.
Dans l'échelle des encours, la finance islamique est la plus importante des placements contraints par des principes éthiques. Elle représente aujourd'hui entre 700 et 900 milliards de dollars. Autant dire qu'elle exige des compétences et rapporte des commissions importantes pour les intermédiaires et les gérants (les banques françaises sont bien placées sur ce marché), ce n'est pas un hasard si Paris Dauphine a lancé un Master en finance islamique. Elle incite les pays à se montrer accueillants pour bénéficier de cette manne financière dont les entreprises... et les Etats ont bien besoin. Alors que les capitaux sont plus mobiles que jamais, pourquoi s'interdire cette manne qui ne cesse de croître année après année.
Etrangement, le président de l'observatoire sur la laïcité ne voulait pas entendre parler de finance islamique en France au nom de sa vision de la laïcité laissant peu de place à l'intimité privée, ainsi qu'il l'a d'ailleurs exprimé dans une tribune du Monde. Au contraire, ces principes ne devraient justement pas permettre à l'Etat d'intervenir dans la relation liant un client à une banque, ni de restreindre les préférences de personnes privées, libres et responsables de leurs choix et ne portant pas atteinte aux droits d'autrui. Manifestement, il vivait sa laïcité comme une religion intolérante et exclusive. Contrairement aux régimes totalitaires, la démocratie place la liberté de chacun en tête de ses valeurs. Ce n'était pas tout à fait la valeur dominante de Jean-Michel Quillardet. C'était la mienne.
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mercredi, 07 octobre 2009
Réformer la finance fait mal
Tous les acteurs économiques non financiers sont habitués à se retrouver dans la critique de la finance. "Ces maudits traders ne servent à rien", c'est bien connu et même quotidiennement entendu dans les dîners en ville. Je ne parle pas d'altermondialistes rétrogrades, mais d'entrepreneurs, de cadres et même de banquiers qui observent avec une pointe de jalousie leurs collègues financiers. Bon, ils servent un peu quand même, mais faut pas exagérer. On leur demande quelques produits pour couvrir l'activité productive et commerciale de l'entreprise, mais rien de plus. Des swaps, des options, du change, quelques produits structurés, pas de quoi fouetter un chat, si ? Si.
Toute l'activité des entreprises, qu'elles soient de taille moyenne ou grande, s'appuie sur la sphère de la finance. Trouver des capitaux sans passer par les banques, c'est faire bosser le secteur de la finance. Acquérir une entreprise, émettre des actions, exporter, toutes ces opérations ont besoin de la finance pour se réaliser. La finance est partout, et ça agace prodigieusement. La crise leur a donc donné un bon prétexte pour exiger des Etats un ferme encadrement de ces activités maudites. Ce lobbying intense commence à porter ses fruits avec la mise en oeuvre de mesures absurdes, sinon imbéciles, mais qui font plaisir aux lobbyistes de tout poil et aux électeurs munis de piques prêtes à accueillir des têtes.
Et là, ça fait mal. Parce que restreindre et renchérir les opérations de la finance...restreint et renchérit les opérations adossées du fameux "monde réel". Le monde parallèle, irréel, virtuel de la finance apparaît finalement aussi réel que la production et la vente de voitures ou d'énergie. Et ce sont ces derniers qui devront payer la note qu'ils pensaient n'imposer qu'à la finance. Exemple très concret : les gouvernements veulent forcer les opérations "hors bilan" (swaps, options, etc.) à passer par des chambres de compensation qui assurent...la compensation des nombreux flux. Intérêt : les très nombreuses opérations, actuellement "OTC" (Over The Counter, négociées de gré à gré, par contrat), c'est à dire négociées directement entre les parties, devront être standardisées et centralisées autour d'un organisme qui prélèvera sa dîme et exigera des dépôts de garantie des participants. Sur le papier, magnifique : les flux seront réduits à des flux nets, le risque sera en partie retiré du bilan des banques et centralisé (mais pas annulé, ce qui ne soulève aucun débat étrangement à ce stade). Tout ceci a un coût, et il promet d'être faramineux pour l'économie bien réelle.
Aujourd'hui, les très grandes entreprises s'en rendent compte : tout ceci leur coûtera à chacune plusieurs centaines de millions d'euros de frais supplémentaires (au bénéfice de ces chambres de compensation)... et une avance de trésorerie de plusieurs milliards de dollars. Car lorsqu'elles traitent actuellement avec une banque sur un marché extrêmement concurrentiel, non seulement le prix est concurrentiel , mais la banque n'exige ni dépôt de garantie, ni commission opérationnelle ou frais de gestion courante. Demain, les chambres de compensation remplaceront les banques et exigeront les deux. La compensation existe déjà lorsqu'elle apporte des avantages aux parties en présence. La généraliser de force revient à mettre en place un nouveau racket.
Les entreprises font donc machine arrière toute, mais un peu tard. Eon annonce qu'elle pourrait avoir avoir besoin de 7.5 milliards d'euros de cash supplémentaire pour assurer les dépôts de garantie pour maintenir les couvertures de son métier de base. BASF, la Deutsche Post protestent aussi. La liste des pleureurs tardifs est longue et inclut même l'Eglise d'Angleterre qui, après avoir condamné l'immoralité de la finance, a pris sa défense lorsqu'elle s'est rendue compte qu'elle en dépendait très largement : "maximiser le rendement de notre portefeuille d'investissement constitue une part essentielle des missions de nos fondations". Amen. Moins d'argent, c'est moins d'actions caritatives. Et plus de pognon pour les nouvelles chambres de compensation. Vive la réglementation punitive à la va-vite !
Cette douloureuse découverte du prix de la réglementation incite le monde économique à revoir ses exigences vis-à-vis de cette maudite finance dont il a finalement bien besoin pour fonctionner. Ses revendications de réforme de la finance se réorientent donc vers l'exigence de davantage d'information... certainement à condition que cette transparence n'aille pas jusqu'à informer la concurrence des stratégies financières mises en oeuvre. Finalement, l'utilité de la finance est bel et bien réelle. Cruel, non ?
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| Tags : finance, otc, compensation, transparence |
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vendredi, 17 avril 2009
Rends l'oseille et tire-toi
Les bonnes banques retrouvent des couleurs. Après les (trop rares) faillites, les fusions et les fragilisées, les survivantes privilégiées par le marché sont moins nombreuses, ce qui augmente leur activité et leur résultats depuis plusieurs mois. N'oublions pas que des banques comme Deutsche Bank, Barclays ou HSBC n'ont pas fait appel à la moindre aide de l'Etat, et que plusieurs grands noms comme JP Morgan Chase, BNP Paribas et Société Générale auraient pu se passer des aides publiques, rassurantes au fort de la crise mais coûteuses (ce qui est au moins un avantage pour le contribuable).
Celles qui ont accepté une aide publique sans en avoir réellement un besoin vital s'en mordent doublement les doigts aujourd'hui. Leur image s'est considérablement dégradée auprès du grand public. Les gouvernements leur ont imposé des contraintes aussi stupides que nocives. Recevoir de l'argent public est inique, il est temps que leurs dirigeants le comprennent. C'est pourquoi Goldman Sachs, en pleine forme après avoir présenté un résultat deux fois plus élevé que le chiffre attendu pour le premier trimestre 2009, et JP Morgan Chase comptent rembourser au plus vite les aides du gouvernement américain. Ces deux banques pourront alors recruter les stars des banques encore contraintes afin d'étoffer leurs équipes avec les meilleurs du marché. Deutsche Bank avait déjà lancé un vibrant appel en février, débauchant alors des équipes entières de banques américaines (entraînant d'ailleurs des poursuites de leur part).
Autant dire que les banques qui vont mal...vont probablement aller encore plus mal en perdant les compétences les mieux reconnues du marché. La concurrence déloyale a du bon pour ceux qui savent en jouer le plus légalement du monde. De leur part, merci à la démagogie gouvernementale. Le grand perdant, c'est le contribuable qui paiera une double note. La facture des aides à venir pour soutenir les banques aidées allant de plus en plus mal. Le prix des prestations d'une oligopole bancaire en cours de retrécissement.
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mercredi, 14 janvier 2009
La crise continue
La crise reste un grand mystère -et pas réjouissant- pour bon nombre de politiques et de citoyens. La complexité de la première phase, essentiellement financière, a échappé à la compréhension de la plupart des observateurs profanes...mais aussi des experts qui n'ont rien vu venir et se sont pris tous les chocs successifs, jusqu'à l'escroquerie Madoff. Hier soir, comme l'annonçait Lomig, le débat a réuni Alain Madelin, Charles Gave, Vincent Bénard, président de l'Institut Hayek et blogueur influent (35eme au Wikio ! Il faut être banquier pour avoir cette disponibilité) et Jean-Jacques Rosa que j'avais déjà rencontré sur un plateau de radio, avec en guest star Philippe d'Arvisenet, l'iconoclaste directeur des études économiques de BNP Paribas. A nouveau, nous avons eu droit à une analyse de la crise, assez courte et synthétique (nous la connaissons tous par coeur maintenant), avant de passer aux solutions politiques, financières et plus généralement, économiques.
Charles Gave a déclaré qu'il fallait réglementer très strictement le secteur de la finance, Vincent Bénard a défendu le contraire. Et Jean-Jacques Rosa, comme Philippe d'Arvisenet, concluaient que les crises faisaient partie du cycle de la vie des échanges et qu'on se remettrait naturellement, après une purge aux effets sociaux douloureux (les salaires ne pouvant s'ajuster à la baisse comme sur les autres marchés lorsqu'ils sont déprimés). Les débats ont été ouverts, mais je laisserai Lomig nous faire un compte-rendu plus circonstancié sur "Expression Libre", pour emmener ce billet directement à l'essentiel : nous avons terminé la soirée dans le très convenable restau "Le Bourbon", qui fait d'excellentes côtes de boeuf pour un public expert. Je vous rassure, lecteur contribuable, la note est raisonnable pour ceux qui se la payent avec votre argent. Très bonne ambiance autour de la table, quelques bonnes blagues de notre ami -et expert- Bénard, des échanges très ouverts avec Lomig, et un vrai bordel au moment de l'adition, confirmant que le les libéraux sont décidément ingérables.
Une petite nouvelle illustre bien à quel point le moral bas n'épargne personne. Une fameuse clinique privée suisse, spécialisée dans les soins psychiatriques, vient d'ouvrir une unité dédiée aux dépressions, addictions et tendances suicidaires. La moitié de leur clientèle vient actuellement de la finance. Quand une clinique de repos prend le pas sur les Seychelles, l'heure est grave. Et pendant qu'ils sont en cure, qui va monter les crédits aux entreprises, hein ?
Note: je vous invite à lire le compte-rendu par Lomig sur ce lien.
17:34 Publié dans Dans le monde | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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samedi, 14 juin 2008
La banque mise en accusation
13:25 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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jeudi, 05 avril 2007
La financiarisation de l’économie au service de notre pouvoir d’achat
La financiarisation constitue le nouveau bouc émissaire à la mode. Thématique toujours chère à la gauche et à l’extrême droite, cet amalgame concerne des mécanismes, des secteurs d’activité et une dynamique suffisamment complexes pour interdire des réponses simplistes, brèves. La « financiarisation de l’économie » rejoint les thèmes populistes tels que « les immigrés prennent notre travail ».
Dans notre pays qui comprend peu de choses aux mécanismes des échanges, le rôle de plus en plus voyant des capitaux fait peur. « Grand capital », « fuite des capitaux », ou « mouvements spéculatifs » viennent immédiatement à l’esprit de celui qui craint cet univers composé de chiffres abstraits. Il suffit de rajouter quelques termes anglo-saxons, « hedge fund » ou « private equity », pour susciter un rejet épidermique chez autrui. Lorsque KKR investit $ 29 milliards dans First Data juste après avoir annoncé une offre de £ 10 milliards dans Alliance Boots, les montants de ces opérations de "private equity" apparaissent démesurés au profane qui ne saisit pas l’enjeu global de ces rouages.
Difficile de rester serein dans un débat pourtant fondateur pour les économies développées. Cette appréhension révèle en tout cas une prise de conscience de l’impact réel de ces allocations de capital par des acteurs réellement engagés et heureusement libres de leurs mouvements. Pourtant, les nouvelles règles de cet univers globalisé sont positives : pas de castes, pas de frontières et pas d’à priori. Les pays ou les entreprises qui n’avaient pas accès aux capitaux voient arriver ces investissements avec bonheur (après tout, ces fonds n’obligent personne à les accepter) mais aussi appréhension. Ils savent que dorénavant, ils devront accepter les remises en question et les règles du jeu des économies capitalistes s’ils veulent profiter des fruits de cet argent venu d’autres cieux.
Il serait intéressant de commencer par la révolution de l’économie américaine dans les années 80. Si Reagan est le plus souvent cité comme l’initiateur du formidable retour à la croissance de ce pays, les acteurs financiers de l’époque ont alors probablement joué un rôle encore plus grand. Mike Milken, le génie de la Drexel Burnham Lambert qui inventa les LBO et les junk bonds, et sa génération de financiers révolutionnaires, sont partis sans complexes à l’assaut des grands conglomérats industriels encroûtés dans des modèles économiques poussiéreux. Ils sont parvenus à en déloger les directions somnolentes et grassement payées, à restructurer complètement ces assemblages hétéroclites et à remettre en ordre de bataille des groupes remis sur pied. L’allocation hautement risquée de capitaux considérables a eu un impact lourd en changeant brutalement la stratégie de ces belles endormies. Les premiers bénéficiaires de cette révolution initiée par le monde financier ont été les consommateurs américains : 25 ans d’hypercroissance, quasi disparition du chômage et bond du niveau de vie moyen.
Aujourd’hui, le lien entre cette financiarisation et ses avantages directs n’est toujours pas clair dans l’esprit d’une partie des Français qui s’arrêtent aux discours les plus simplistes. Ils ne regardent pas les effets positifs des actions des « hedge funds », mais plaignent leurs victimes qui, jusque là, vivotaient pourtant sur notre dos sans crainte. Au contraire, ces fonds donnent du muscle à des secteurs d’activité grassouillets ou corrigent des situations instables, pour notre bien à tous. S’ils n’ont pas hésité à s’attaquer à des cours de change artificiellement tenus par des banques centrales ou à des taux d’intérêt jugés inappropriés, ces capitaux concentrés à fort effet de levier s’investissent aussi sur des cibles dont ils souhaitent l’amélioration durable de la rentabilité. A la sortie, ces entreprises retrouvent le chemin de la croissance par une réorganisation brutale mais efficace. Cette prétendue « vision à court terme » aboutit à des restructurations qui apportent de la valeur à l’entreprise et à ses clients. Le « private equity », qui constitue une forme d’investissement similaire, vise exclusivement des entreprises non cotées en bourse. Si la volatilité de ces investissements est plus faible, nous retrouvons aussi, dans ce cas de figure, un investissement réel, parfois massif, dans une activité préalablement étudiée dans son potentiel de développement et d’amélioration des performances.
Si le débat se focalise trop souvent sur ces brassages d’argent qui permettent de remuer nos peurs, et sur les licenciements immédiats, personne ne vient parler des embauches que ces restructurations autorisent quelques années plus tard, une fois l’entreprise remise sur les rails. Personne ne parle des innovations, de l’amélioration de la qualité et de la baisse du prix, au final, pour le consommateur. En Asie, en Amérique et sur une bonne partie de l’Europe, les effets de cette « financiarisation » sont indéniables : ce processus d’allocation des capitaux a donné naissance à des économies fortes, à des taux de chômage faible et à une formidable dynamique d’amélioration du pouvoir d’achat. La France, engluée dans ses monopoles et fleurons indéboulonnables, fait encore une fois exception.
08:10 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
| Tags : Financiarisation, private equity, hedge funds, LBO, junk Bonds, finance |
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