dimanche, 19 octobre 2008
La crise de confiance menace aussi les Etats
L’inquiétude générale ne facilite pas l’analyse de la crise actuelle dans toute sa complexité. Qu’on y voie l’échec du libéralisme ou celui des interventions publiques, le constat est clair : nos économies, nos gouvernements et le monde de la finance sont indissociables. Face à la coordination des grands pays, les marchés doutent désormais ; la crise de confiance pourrait s’étendre aux Etats. Pour faire face à ce danger, nous devons envisager avec pragmatisme les réformes nécessaires, en gardant à l’esprit la distinction essentielle entre la gestion de l’urgence et l’après crise.
Faussés par l’effet cumulatif d’un ensemble de facteurs, les marchés ont failli. La gestion du risque par les banquiers n’y est pas pour rien. Mais le laxisme de la Fed est autant en cause. Il a alimenté la bulle immobilière et la course au surendettement des ménages. Les crédits subprimes se sont développés avec l’obligation faite aux banques par Bill Clinton, en 1995, de prêter aux ménages défavorisés. Les agences parapubliques américaines Fannie Mae et Freddy Mac ont accéléré ce processus en reprenant plus de la moitié des nouveaux crédits aux banques. Parmi les plus réglementés au monde, le secteur bancaire américain n’a pas évité la catastrophe lors du retournement du marché immobilier. Pire, en fixant l’horizon des banques à un jour, les normes comptables ont accéléré et amplifié la crise.
Une fois de plus, la planche à billets se trouve donc être l’un des facteurs déterminants de la crise. Aujourd’hui, les vannes monétaires sont grandes ouvertes pour assurer la liquidité vitale pour les banques, et cette intervention est sans doute nécessaire à très court terme pour mettre fin à la panique des marchés. Si nous parvenons à maîtriser la crise et à en sortir, le retour à la rigueur sera toutefois indispensable pour éviter le risque d’une inflation explosive ou d’une nouvelle bulle de grande ampleur. Nous allons devoir apprendre à vivre avec un coût du crédit élevé. Or, loin d’avoir compris les dangers d’une occultation des risques du crédit par la garantie de l’Etat, la France développe avec Oséo, l’extension du « Pass Foncier » et l’agence de garanties interbancaires des mécanismes qui ressemblent à ceux qui ont conduit les banques à prêter sans discernement aux Etats-Unis. Nous aurons dorénavant nos Fannie Mae et Freddy Mac français. Devons-nous renouer avec les erreurs américaines ?
Notre pays, comme l’Europe, se trouve confronté à deux risques majeurs que pourraient entraîner une tentation politicienne démagogique : l’abandon des mécanismes de marché et l’endettement public. Nous l’avons vu, cette crise n’est pas celle du seul marché mais d’un ensemble de facteurs qui le dépassent très largement. Bien que Nicolas Sarkozy ait réaffirmé son attachement au capitalisme, sa volonté de brider l’économie financière pourrait coûter cher à notre économie en figeant l’innovation financière et la circulation des capitaux. C’est au contraire le moment d’accroître la concurrence entre banques en faisant sauter les mesures protectionnistes qui protègent les oligopoles nationaux. Pourquoi interdire aux capitaux étrangers de se porter au secours de banques fragilisées, et demander alors au citoyen de payer deux fois la facture, une fois en tant que contribuable pour les renflouer, l’autre en tant que consommateur captif ? En outre, n’oublions pas que la confiance ne se décrète pas. A trop vouloir réglementer, on favorise l’opacité et son corollaire, le contournement.
Au-delà de la crise financière actuelle, une nouvelle menace se dessine pour l’Europe : celle de voir les Etats être les cibles d’une prochaine crise. L’Argentine faisait faillite il y a dix ans. Avec le cas islandais plus récent, le tabou de l’infaillibilité des Etats est tombé. La zone euro pourrait se trouver déstabilisée si l’un de ses membres, affaibli par un endettement public important, se trouvait fragilisé dans son financement. Nous ne devons pas oublier que nous sommes tributaires des marchés financiers - tant décriés aujourd’hui - qui assurent non seulement le financement des entreprises, mais aussi celui des Etats. Une forte dette créé une forte dépendance.
Si la gravité de la situation exige sans doute des mesures exceptionnelles dans l’immédiat, l’Etat français n’a pas les moyens de se lancer de grands projets publics à fonds perdus. Compte tenu de sa dette officielle et de ses « engagements hors bilan », plus élevés encore, il doit s’engager au contraire sur la voie du désendettement. L’annonce de la fusion des régions et des départements en 2009 est positive, mais insuffisante. L’Etat doit aussi réduire son périmètre de compétences et accélérer la réforme de la fonction publique. Et à terme, le grand danger reste le déséquilibre explosif de la retraite par répartition et de la sécurité sociale.
Si la tentation est grande pour notre gouvernement de se concentrer sur la crise actuelle, il ne faudrait surtout pas que celle-ci devienne un prétexte pour laisser filer la dépense publique et oublier les réformes de fond dont a besoin notre économie. La reprise économique reposera essentiellement sur le dynamisme de nos entreprises. C’est donc le moment de libérer la croissance de ses entraves par une vraie politique libérale.
12:32 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
| Tags : crise financière, etats, libéralisme, dette |
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