mercredi, 01 septembre 2010

Peut-on évaluer un enseignant ?

Pour la gauche, c'est clairement non. Chacun des 800.000 enseignants de l'Education Nationale dispose du même talent, évidemment patiné par la seule ancienneté. Rien ne justifie qu'on les traite autrement que comme des matricules interchangeables. Rien ne justifie une différenciation des rémunération en fonction de critères qui ne peuent être que subjectifs, ni de sanctionner un prof,  et encore moins de le licencier. Le terme "licenciement" est d'ailleurs banni de son vocabulaire. Même l'embauche doit répondre à la logique informatique, ou comptable, de systèmes totalement déshumanisés. Pour les syndicats enseignants, l'équité est protégée par la déshumanisation des rapports sociaux. La droite se satisfait de 20 % d'établissements "privés" sous contrat, où les marges de maneouvre des chefs d'établissements sont un peu meilleures.

 

Le premier exemple que l'enseignant montre à ses élèves, c'est la grève. C'est pourquoi avant même que l'année ne démarre, un mouvement de grève se profile à un horizon proche. Nous n'en savons pas vraiment les raisons, les profs non plus. Mais bon, il faut bien le mériter, ce respect des élèves qui savent à peine écrire français. Le modèle devant lequel l'enfant grandit, l'idole qui détient le savoir, et le lui transmet avec une humiliante parcimonie (mais des humiliations sans parcimonie),  la connaissance, la culture, il n'a ni dieu ni chef, il fait grève et il vous emmerde. C'est un idéal comme un autre, non ? Beaucoup de parents s'en satisfont. Les autres n'ont pas le choix. Et le directeur d'école survit comme il peut sans aucun pouvoir sur qui que que ce soit, dans son établissement ni sur quoi que ce soit. Les desserts de la cantine peut-être, et encore.

 

Une étude, bien entendu contestée par les intéressés, montre qu'on peut pourtant évaluer le travail des enseignants selon des critères précis. Si nous nous mettions d'accord sur le principe que l'enseignant est un prestataire de service comme les autres, bref un être humain comme les autres, nous pourrions envisager une réforme un peu plus ambitieuse de l'école. Par exemple, un enseignant qui répondrait devant un directeur à l'autorité réelle pourrait se révéler meilleur, plus fiable et plus soutenu dans les moments difficiles. Les rares enseignants qui ne sont clairement pas faits pour ce métier pourraient être sortis convenablement du circuit pour se réorienter vers des activités moins dommageables pour nos chers bambins. Mais bon, il n'est aujourd'hui pas question de rentrer dans ce genre de processus qui dérange une corporation de 800.000 profs. Dans cette logique syndicale, pourquoi soumettre à un quelconque jugement celui qui assure l'éducation de nos enfants et les prépare à affronter le monde et son avenir ? Faisons lui aveuglément confiance, on sait que c'est le meilleur moyen... de se planter sans aucun contrôle.

 

Car il faut noter qu'en revanche, ceux qui ont un réel talent pédagogique, ciblé sur le gratin destiné aux meilleures prépas, ou sur les quartiers difficiles dont il faut savoir extraire le talent, ceux-là pourraient être valorisés et promus pour encadrer d'autres enseignants plus en difficulté, proposer des méthodes et les développer auprès de leurs collègues. Après tout, une juste émulation sert aussi à promouvoir les meilleures pratiques et à y former ceux qui ne les connaissent pas encore. Mais cette ambition ultra-néo-libérale ne répond pas aux priorités de nos syndicats enseignants qui ne veulent que le meilleur pour leurs syndiqués : c'est à dire rien. Le meilleur, c'est de ne rien faire.  Le bon élément se décourage, le pire est promu pour être changé d'établissement. Voilà le modèle en action dispensé aux élèves, et ils commencent à bien l'avoir assimilé.

 

Anecdote amusante (enfin, pour l'observateur lointainn moins pour les intéressés), une enseignante qui a longtemps et allègrement franchi la ligne rouge vient d'être sanctionnée par l'Inspection Académique (c'es ttellement rare, elle a dû bien emmerder son monde !) : 40 mois de suspension d'activité (mais toujours payée, dans la fonction publique, il y a une graduation subtile dans les punitions). Les causes de cette décision sont celles que nous sommes des millions de parents d'élève à connaître ou à avoir connu : le rapport de l'Inspection générale souligne des « manquements aux obligations de réserve, de neutralité et de laïcité », et une « instrumentalisation des élèves » par des « lavages de cerveaux ». Faute avérée ou prétexte pour la suspendre à la veille de la retraite ?

 

L'enseignante emmenait tous les ans les élèves à Auschwitz-Birkenau, ce qui est certes un pélerinage intéressant et riche pour des adolescents. Mais sa passion semblait exclusive, excessive et pas forcément adaptée aux programmes d'histoire. En période de vaches maigres, le financement du voyage des 140 élèves prévus n'était pas non plus aussi prioritaire. pour l'établissement qui souhaitait réduire le nombre d'élèves partants. Et au lieu de comprendre le contexte, les contraintes nouvelles, cette militante apparemment d'extrême gauche avait au contraire encouragé ses élèves à lancer une pétition, à réaliser des banderoles pour les pendre aux murs du lycée lors de la venue du ministre de l'Education Nationale dans son établissement. Bref, elle formait surtout ses élèves à la désobéissance, à la grève (on en revient à la logique du début), aux barricades et à la contestation de toute autorité. Et pendant ces séjours à l'étranger, il semblerait qu'elle ait laissé les élèves  se bourrer la gueule boire avec excès en bloquant les interventions d'assistants consternés. Pourquoi pas, mais dans ce cas pas dans une école publique, et pas avec l'argent du contribuable, de la république. J'aurais tendance à suggérer qu'elle se réoriente vers l'organisation de colonies de vacances thématiques autour de la révolution. Il y a sûrement un marché pour les enfants de militants du NPA ou des verts, et pour les membres de la FIDL.

 

En attendant, le modèle scolaire attend toujours une réforme qui permette de ne plus agir aussi ponctuellement sur les situations les plus abusives. La restauration de l'autorité ne se fera pas sans restaurer l'autorité auprès des enseignants eux-mêmes. Cela signifie que les chefs d'établissement doivent se voir confier un réel pouvoir sur l'équipe enseignante. Cela commence par les critères d'embauche, l'individualisation de la rémunération, le choix des promotions, l'éviction et les partenariats avec d'autres établissements scolaires. Une révolution, vous dis-je.

lundi, 25 mai 2009

"Entre les murs", ou la difficulté d'être prof aujourd'hui

Je viens de voir "Entre les murs", Palme d'Or au festival de Cannes de...2008, et sans avoir lu le livre paru début 2006. Oui, je suis en retard, et alors ? En me limitant à la version filmée de cette histoire d'une classe de 4eme et de son professeur de Français dans le 20eme à Paris, je souhaite surtout donner le sentiment d'un acteur concerné non seulement pour ses enfants et lui-même, mais aussi parce que l'avenir de notre pays dépend de l'enseignement apporté aux nouvelles générations.

 

Je ne souhaite pas trop rentrer dans le débat sur la bonne pédagogie (y en a-t-il seulement une ?), l'enseignement n'est pas mon métier. Les "fondamentalistes de l'école républicaine" sont bien plus compétents que moi pour polémiquer sur ce point avec des arguments solides; arguments qui perdent de la pertinence lorsque le style est excessivement agressif et insultant : "Suis allé ,en effet , voir hier à Gambetta ENTRE LES MURS....Une honte!!! Une saloperie consommée..."Tintin chez les Nègres". Du colonialisme." Plus loin : "Principe nazi que celui de l'asservissement de la langue au service de l'idéologie de classe. Et qui plus est soustendu apr un racisme insensé." Comme on le savait, le débat sur l'éducation suscite hélas des passions explosives chez nos hussards contemporains de la république. C'est sans doute ce contexte d'une extrême tension qui rend les réformes si difficiles, sinon impossibles.

 

Heureusement, le débat sait aussi prendre une tournure plus sereine chez les observateurs moins intransigeants (et non moins critiques). Pas envie de juger non plus la responsabilité des acteurs en présence. Les situations auxquelles François Bégaudeau nous confronte sont loin d'être évidentes. Je n'ai pas directement vécu dans un environnement aussi dur, je n'en connaissais que les témoignages d'amis qui ont été élèves ou enseignants dans des collèges et lycées difficiles, parfois d'une grande violence... avec professeurs envoyés à l'hôpital. Comme le raconte Mathieu L, les élèves filmés sont plutôt curieux et calmes. Situation difficile, mais loin d'être aussi dure que celles que nombre d'enseignants connaissent aujourd'hui dans les cités difficiles. On imagine l'ambiance qui règne dans ces environnements très dégradés.

 

La première chose qui me frappe, c'est le manque d'estime de soi des enfants, ce qui est compréhensible à l'adolescence, mais aussi de leur enseignant. Ses sarcasmes, sa posture souvent défensive sont aussi révélateurs que les commentaires insolents et désabusés des élèves. Si Bégaudeau se réfugie derrières les "institutions" (carnet de correspondance, envoi devant le proviseur, conseil de discipline, etc.) pour imposer son autorité, c'est qu'il manque singulièrement de confiance en lui-même. Et cela se répercute directement sur son enseignement et sur son rapport aux élèves. Il tente plusieurs fois de valoriser l'effort de ses élèves et le dialogue afin de susciter leur désir d'aller plus loin, et d'apprendre. Mais rapidement, l'ironie mordante et la dévalorisation des autres (surtout de soi) reprennent le dessus. N'est-ce pas là le fruit d'un enseignement fondé sur l'apprentissage universel de contenus impersonnels, abstraits et élitistes ? N'est-ce pas là le résultat d'une politique de sanction des connaissances extrêmement sévère, presque punitive ? Je vois là une forme de spirale du dénigrement de soi.

 

Le parcours scolaire officiel, d'abord destiné à sélectionner les futurs élèves de prépa, entraîne une casse importante chez les jeunes...et chez les futurs enseignants. Au terme d'un cheminement aussi cruel, ces derniers ont-ils été valorisés pour transmettre efficacement des connaissances mais aussi la confiance nécessaire pour former des citoyens ouverts d'esprit et optimistes ? Une fois qu'on a quitté l'université française pour une expérience à l'étranger ou en entreprise, le choc culturel est incroyable et rend très difficile le retour en arrière. Ce n'est pas un hasard si la notion de "revalorisation" apparaît si souvent dans les discours des enseignants. Elle ne concerne sans doute pas seulement les rémunérations trop faibles, la lourdeur bureaucratique de l'EN et la cadence infernale et incohérente des réformettes, mais aussi cette carence dans l'estime de soi dont nous constatons l'acuité des effets négatifs ces dernières années.

 

Deuxième point, l'enseignant n'est pas outillé pour affronter les situations qu'il rencontre. Son érudition classique et son ouverture d'esprit ne l'aident aucunement à s'adapter aux situations difficiles, à réagir dans les moments de tension et à instaurer une relation aussi constructive que possible dans sa classe. Il a du talent mais ne maîtrise pas ces compétences qui, loin d'être innées, relèvent de la formation pédagogique des enseignants. Respecter les élèves et se faire respecter, avoir la capacité d'animer un débat confus et facilement houleux, donner le goût d'apprendre à des élèves excessivement dissipés, tout ceci exige au préalable d'avoir de l'autorité, et non de l'imposer et de révéler ainsi une faiblesse. Il semble hélas que nous ne soyons qu'aux balbutiements de la généralisation de cet apprentissage vital de techniques de management.  Car il s'agit bien de management.

 

Dernière observation de l'extérieur, la gouvernance de l'école semble inappropriée. Le proviseur a de bonnes réactions ponctuelles, mais dans l'ensemble, il ne manage rien. Chaque enseignant est seul pour l'essentiel, leurs débats montre des divergences de fond fréquentes qui, je pense, peuvent donner naissance à des incohérences vis-à-vis des élèves. La hiérarchie extérieure, distante et froide, apparaît franchement bureaucratique. Et je suppose qu'elle est facilement ressentie comme injuste par sa déconnection de la réalité du terrain. Par ailleurs, les procédures existantes sont lourdes, la présence et la réaction des parents et des représentants d'élève à des réunions qui décident de l'avenir des enfants me gênent. On sent bien, dans ce film, que la confiance entre ces acteurs est absente, comme l'animation et la coordination du projet éducatif. Tout se discute au fil de l'eau, en consacrant presqu'autant d'énergie à la machine à café qu'au suivi du cas difficile qui se termine en conseil de discipline. L'école est un navire pris dans la tempête, sans capitaine et avec un équipage disparate dont chaque membre tente de survivre seul sous la contrainte de procédures rigides et inadaptées. Difficile d'être optimiste dans l'ensemble. Chacun tente de survivre sans trop d'encombres, et "après moi, le déluge".

 

Comment réformer sans levée de boucliers d'enseignants devenus excessivement méfiants lorsqu'on touche à cette immense technostructure impersonnelle (Thomas Piketty a parlé de "structures soviétoïdes et relations infntilisantes") qui gère notamment la vie de plus de 800.000 d'entre eux ? Ils ne perçoivent pas le statut comme sclérosant, mais comme une sécurité, ils ne voient pas l'autonomie de l'école comme un moyen de favoriser un véritable management des ressources humaines, et  un accompagnement actif d'une hiérarchie proche et impliquée, mais comme une menace. Or, c'est là que l'avenir de l'école et de nos enfants se joue. Entre la crainte un peu corporatiste de voir la vie quotidienne se dégrader, et celle plus hypocrite d'assurer le même enseignement pour tous (quand on est prof à Polytechnique comme Finkielkraut, il est facile d'avoir cette exigence autoritaire et uniforme), les adversaires systématiques de la réforme rendent la manoeuvre extrêmement difficile. Il va falloir du talent (et un vrai projet) pour rassurer le monde enseignant, restaurer la confiance et permettre le changement par l'expérimentation au niveau le plus bas, celui de chaque école; c'est le sens de la véritable autonomie.

 

Lire absolument ce post de Jean-Paul Brighelli et ses 10 propositions.

11:54 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : education, ecole, professeurs | | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 22 janvier 2007

Professeurs paupérisés : taisez-vous, la fonction publique s'occupe de vous !

Bien que Le Monde affirme que "le thème du pouvoir d'achat n'est pas directement au centre de la mobilisation actuelle des syndicats d'enseignants ni de la manifestation nationale organisée, samedi 20 janvier, à Paris, par la FSU", le blues des enseignants concerne tout de même bien cet aspect des choses, en plus du traitement déshumanisé des carrières propre à la fonction publique.

 

Un syndicat plutôt à droite évoque le "hold up" récent pour parler de la suppression des heures supplémentaires par le Ministère, soit 800 à 1000 euros de moins par mois pour les malchanceux ! C'est que derrière la mystification de "la vocation" qui permet d'éluder les questions de salaires, les profs sont vraiment mal payés...et on ne leur permet pas de "travailler plus pour gagner plus" ! Cette liberté élémentaire n'est même pas accordée aux petits soldats de la république. Voilà une belle conséquence de l'hégémonie des syndicats enseignants, aussi collectivistes que peu représentatifs des pauvres enseignants piégés, et qui n'ont jamais autorisé la moindre réforme. Il y a bien eu la dispute sur les remplacements volontaires qui exigaient une double (voire une triple) compétence des enseignants, comme on le demande dans de nombreux pays européens tout à fait civilisés. Mais aujourd'hui, la situation s'aggrave nettement pour les enseignants.

 

medium_Tentes.2.JPGVoilà qu'une collègue évoque devant moi son recours à Acadomia, fameuse boite d'enseignement complémentaire destinée à accompagner les enfants qui traversent des périodes un peu difficiles. Elle a demandé si elle pourrait disposer des services d'un enseignant plutôt que d'un étudiant. La réponse a confirmé l'ambiance post-stalinienne de l'Education Nationale, ou plutôt de la Rééducation Nationale : "Nous n'avons pas la possibilité de recourir à des enseignants en activité. S'ils sont pris en train de donner des cours en plus de leur fonction d'enseignant, ils sont suceptibles d'être sanctionnés lourdement". Restent les profs retraités... 

 

Conclusion : Un enseignant est mal payé, n'a pas le droit de faire des heures sup' : même s'il le souhaite légitimement et s'adresse à des organismes privés hors de son travail, il peut être viré pour faute professionnelle. De qui se moque-t-on ? 

 

Pourquoi chaque école ne gèrerait-elle pas ses ressources humaines comme elle l'entend, sans tutelle d'une académie bureaucratique ? Souhaitons enfin que chaque enseignant puisse employer son temps comme il l'entend une fois remplie sa mission quotidienne pour laquelle il est rémunéré contractuellement.

vendredi, 29 septembre 2006

Thomas Piketty : concurrence scolaire contre "structures soviétoïdes et relations infantilisantes"

medium_piketty131x180.jpgLe fameux économiste de la branche moderne du PS (eh oui, elle existe même si elle se cache bien), Thomas Piketty, exprime dans Libération une position intéressante, quoi que fragile, sur la concurrence scolaire. Déjà, oser traiter ce thème sous cet angle est une grande nouveauté. Il fallait s'appeler Pascal Salin, il y a quelques années, pour s'engager dans cette voie tabou et exprimer dans un canard de gauche : "Il n'existe aucune activité pour laquelle les forces de la concurrence n'ont pas quelques vertus. L'idée selon laquelle certains secteurs (éducation, santé, culture, etc.) pourraient s'en dispenser est une aberration. ". Et pourtant, c'est bien le brillant normalien du PS qui nous expose pareille vision !

 

Evidemment, une fois le principe posé, les doutes reviennent : "Encore faut-il analyser convenablement les forces et les limites du jeu de la concurrence. ". Ici commence le grand déballage de tout l'arsenal paléolithique de la gauche française, certes un peu dépoussiéré. Pour commencer, "lorsque le bien ou service produit est relativement homogène et uniforme, alors les vertus de la concurrence sont limitées". L'enseignement serait donc un produit "homogène et uniforme" dans les petites classes. Les profs seront contents d'entendre qu'ils font un travail sans variation, uniforme. Ouvriers à la chaine, quoi ! Normal Sup' serait-il déconnecté des réalités de l'enseignement ? Bien que son CV ne le précise pas, Thomas ne doit pas avoir d'enfant, ou alors il n'a pas dû parler aux maitresses/maitres ! Chaque classe, chaque élève est un parcours différent. Tout au long d'une année, parfois de plusieurs lorsque les enseignants suivent une classe, il faut trouver la bonne méthode pour chacun ET pour l'ensemble. La coopération au niveau de l'école est un plus lorsqu'apparaissent des difficultés. Ce qu'on perçoit dans les "petites classes", c'est que le travail d'enseignement varie énormément d'une année à l'autre, que chaque enseignant est unique dans sa perception, dans son traitement de l'information et dans les solutions mises en oeuvre. Nous sommes très loin d'une situation dans laquelle "les marges de différentiation sont réduites".

 

L'exemple utilitariste des vouchers américains peu satisfaisants est hors sujet. Nous parlons de principes, pas de leur application. Les exemples de mise en oeuvre sont nombreux, avec des échecs mais aussi de beaux succès. En tout cas, nous ne pouvons introduire pareil argument dans un raisonnement sur le fonctionnement  l'organisation générale de l'enseignement.

 

 

Autre argument mis en avant : "les coûts de la mise en concurrence peuvent être clairs et immédiats, en particulier pour les medium_31643.jpgécoles défavorisées qui s'enfonceront encore davantage dans la ghettoïsation sociale". Quand on sait que l'organisation actuelle de l'Education Nationale octroie 30 % de moins par élève en ZEP que la moyenne nationale, on se dit que le principe d'une allocation égale par élève aurait des répercussions surprenantes : Louis le Grand contraint à se serrer la ceinture ou à trouver des partenaires financeurs, les écoles en ZEP avec un budget augmenté de 50 % par élève ! Imaginez un peu la différence... Cela permettrait par exemple de laisser les écoles choisir la répartition des classes, afin de diminuer le nombre d'élèves par enseignant lorsqu'ils ont un retard à rattrapper, de multiplier le nombre d'heures de cours ou/et de moduler le rythme d'apprentissage des fondamentaux. Ici, nous parvenons à un élément clef, un point pivot de la concurrence : lorsque Thomas évoque "une politique de ciblage des moyens", il reste dans une perspective Etatiste, vue d'en haut, pensée par de brillants esprits comme le sien. La concurrence se réalise d'en bas, par des structures autonomes, vivantes et responsables.

 

A ce stade, il commet la même erreur que Claude Allègre (qu'il critique à juste titre, au passage, pour  avoir "gaspillé inutilement son capital politique en partant en guerre contre le «mammouth» alors que la priorité devrait être la réforme de l'enseignement supérieur"). Il comprend la complexité de ce qu'il connait, luiapplique une logique de liberté, sans octroyer cette même ouverture au reste de l'enseignement. Il constitue une caste "supérieure", noble, qui peut prétendre à la liberté. Et puis les petits, "l'école d'en bas" qui doit obéïr et appliquer des règles strictes : "contrairement au primaire (et dans une large mesure au secondaire), le supérieur se compose d'une infinie diversité de filières en perpétuel renouvellement, suivant les besoins des étudiants, les transformations du marché du travail, les avancées de la recherche, par nature imprévisibles. L'enseignement supérieur s'apparente davantage au secteur de la création artistique. Il s'accommode mal des structures soviétoïdes et des relations infantilisantes et bureaucratiques actuellement en vigueur entre Etat et établissements d'enseignement supérieur. "

 

Le libéral n'est pas loin. Sous la dernière croute de l'expert technocrate, on sent pointer une aspiration forte, malgré des formules rassurantes pour son entourage politique : "Ce n'est qu'en organisant une concurrence régulée entre établissements responsables et autonomes que l'on pourra se doter d'un enseignement supérieur envié dans le monde, comme l'est notre système de santé, secteur où l'on a su s'appuyer intelligemment sur les forces de la concurrence.". La santé n'est pas vraiment organisée dans un cadre de concurrence libre et ouverte; c'est plutôt un modèle de chaos bureaucratisé à la "Brazil". Thomas a encore des progrès à faire pour traiter des modèles et formes de concurrence. Mais la santé relève d'un autre débat.

 

Enfin pour finir, nous nous rejoignons totalement dans ce propos : "Le chemin sera long, et il est plus que temps que ce sujet central entre dans le débat présidentiel."

Alternative Libérale est à la pointe de l'avant-garde sur ce sujet !!!

17:00 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Piketty, ecole, concurrence | | | Digg! Digg |  Facebook