mardi, 02 novembre 2010

Le Monde change, et la France ?

Canet.jpgL'univers évolue, la terre tourne, même le Monde a changé de mains. Les journalistes ont abandonné leur sacro-saint pouvoir aux actionnaires. Et depuis que l'anarchisant Xavier Niel a repris ce quotidien, on y parle de l'appétit sexuel des femmes entretenu par le vin rouge, on développe le fait que le crack est moins nocif que le l'alcool.  Ce n'est sans doute pas l'influence de Pierre Bergé qui va inverser la tendance, quoi qu'en pense sa pouliche, la reine du chabichou au conservatisme bon teint (incertain de la réponse lorsque j'écoute ses saillies médiatiques, j'espère qu'elle boit davantage de vin rouge qu'elle n'abuse du crack).  Bref, rien ne va plus dans ce monument de la pensée germanopratine.

 

Hélas, la France n'évolue pas aussi vite. L'un des jeunes talents de notre pays, Guillaume Canet, ne parvient pas à s'affranchir les clichés les plus éculés de la bonne rive gauche parisienne. Son dernier film n'est pas à la hauteur de ses deux précédents. Malgré une mise en scène rythmée, de beaux plans et un honorable jeu d'acteurs, le scénario des "petits mouchoirs" s'enlise comme le bateau dans la vase. Nous n'avons ni l'originalité épatante de "Mon idole", ni le rythme endiablé de "Ne le dis à personne". Sa femme est belle, nous le savions. Inutile d'en faire un film, pas plus pour déclarer sa flamme au génial François Cluzet, même s'il le mérite amplement. Certes on rit, on pleure et l'ensemble se tient. Mais c'est léger. L'exercice de style est plutôt réussi si on le compare aux innombrables navets sponsorisés tous les mois par le CNC, mais il manque les les étincelles qu'on pouvait légitimement attendre de l'artiste. Même si ce film possède indéniablement les qualités qui font défaut à tant d'autres, ses prochains seront certainement meilleurs.

 

Ce qui m'a attristé dans cette classique histoire de copains en vacances, c'est la platitude des clichés. Le gentil ramasseur d'huitres fait une pitoyable leçon de morale à nos héros. Sa mauvaise tirade finale  a du coeur, mais elle ternit l'ensemble du film par sa platitude. Eh oui, tout le monde se ment autour de la table. L'alcool coule à flot, le pétard tourne, mais la thérapie a du mal à crever les abcès. Comme dans chaque film du genre sur les copains qui se retrouvent, la jolie bande d'égoïstes mue dans la douleur sous nos yeux. Ces grands enfants qui ne contrôlent pas leurs instincts sont en train de devenir des adultes un peu plus responsables. Jusque là, tout le monde suit ce chemin balisé mille fois.

 

Mais le message n'est pas seulement là. La cible essentielle de la colère de notre ostréiculteur, c'est d'abord le bon gros bourgeois maniaque qui voudrait épater ses amis avec son fric. Les autres  personnages, comme celui qui trompe assidument sa femme, celle qui, future maman, se drogue et couche avec tout le monde sans pouvoir engager de relation stable, leurs égoïsmes dévastateurs sont accessoires à côté de l'ignoble bourgeois. Ridicule, ne comprenant rien à rien, il ose surveiller son hôtel restaurant à Paris pour protéger son entreprise et les emplois qui vont avec, il projette très (trop) spontanément ses angoisses existentielles dans des manies plutôt rigolotes. Certes, la caricature est drôle, mérite-t-elle de finir aussi lourdement condamnée relativement aux autres personnages ? Aussi attachant que Canet arrive à nous le rendre (il est vraiment amoueux de Cluzet), c'est lui le salaud dans la bouche du jury. Le discours moral de Canet est inutilement pompeux, creux. Il n'a pas évité l'écueil du genre. Dommage.

 

Le crack est peut-être moins nocif que l'alcool, en effet.

jeudi, 10 juin 2010

Disons merde aux dealers, et bonjour aux honnêtes commerçants

Usages_.jpgQuoi qu'en pense notre classe politique tétanisée par la question, la tendance est inexorable. Un nouveau livre vient de sortir sur le sujet. Après que la République Tchèque de vaclav Klaus ait décidé de libéraliser un chouilla la fumette, au moment où la Californie réflechit à la légalisation de la production et de la distribution de produits cannabiques (pour mieux les taxer) 15 ans après l'introduction du cannabis à usage thérapeutique, la France est toujours à l'arrêt sur ces épineuses questions. Le citoyen lambda ne se pose pas trop la question s'il fume de temps à autre. Il fume, c'est tout. Conscient des risques d'addiction au même titre que l'alcool, le jeu ou d'autres consommations emballantes, il sait consommer avec modération.  Le plus gros risque, c'est le contact avec le dealer. Et ceux qui ont basculé dans l'excès ne diffèrent pas des accrocs aux autres produits qui font perdre la raison, et dieu sait qu'ils sont nombreux. Bref, le débat public n'avance pas, mais la banalisation de la chose est incontestable. Même si une immense majorité de Français ne touche pas (ou plus) à ça.

 

En revanche, savons-nous combien la lutte contre le trafic et la consommation de cannabis nous coûte ? Le sociologue et professeur d'université Michel Kokoreff illustre son propos :

Un exemple : le coût global d’un usager interpellé représenterait plus de 3 000 euros pour la collectivité. Comme il y a eu 800 000 interpellations entre 2002 et 2009, on estime un coût minimum entre 2,7 et 6,2 milliards d’euros. Pour quel effet ? Nous devrions pouvoir en débattre collectivement.

 

Ces milliards sont-ils utiles, que faisons-nous de ceux qui ont été pris en flagrant délit ? Cet argent ferait mieux d'être investi dans les centres de désintoxication divers, voire même d'être rendu aux contribuables qui en feraient sûrement meilleur usage, regagnerait un peu de bonheur et serait moins attiré par les paradis artificiels qui s'offrent à lui. Surtout, ceux-ci se professionnaliseraient enfin, échappant à l'emprise des dealers de l'ombre. Bar-tabac-cannabis, donnez-moi un paquet de Gauloises Afghanes. Ne rêvons. De toute manière, je ne fume pas.

 

Note : il y a tout de même une punition pour les hommes qui fument...

mardi, 21 août 2007

English lesson with Ali G

Après la version sérieuse par le FT, la version plus trash par Ali G :

 

Plus de références ici, et un dictionnaire d'argot bien utile

21:30 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Ali G, drogue, produits stupéfiants | | | Digg! Digg |  Facebook

dimanche, 17 septembre 2006

Commerce équitable : ajouter le cannabis à la liste ?

Soyons clairs. La drogue est un produit nocif, détestable dont je ne souhaite absolument pas encourager la consommation. Il m'est arrivé de chichonner un peu. C'est comme les murges, c'est drôle jusqu'à un certain âge. Ensuite, le côté un peu ringard l'emporte...sauf si un oinj tourne au sein d'un groupe de bons copains. Bon, le débat n'est pas là. Quel est l'état des lieux ?

 

medium_drugs.jpgLes politiques sur les drogues privilégient depuis longtemps la prohibition de la production, du trafic, de la vente et de la consommation d'un large éventail de substances classées illicites. Le seul résultat de l'emploi massif de forces de police et d'autres ressources à cette fin, c’est l’envol des prix de ces produits interdits. Les gains de ce marché lucratif ont nourri la croissance de réseaux criminels organisés, avec les conséquences dramatiques que nous constatons régulièrement. Notamment, les mafias qui vivent du trafic de drogue incitent à la criminalisation de la clientèle qui souhaite financer sa consommation au prix fort. La prohibition ne permet pas non plus le contrôle de la qualité des produits. Cette absence de contrôles expose les consommateurs à des risques qui dépassent souvent la dangerosité des substances elles-mêmes.

 

Le développement de ce marché grâce à la prohibition incite aussi des pans agricoles entiers de pays en voie de développement à se tourner vers la production de ces produits demandés. Les hauts plateaux marocains produisent un volume colossal de cannabis pour servir le marché européen. Or, le prix payé aux paysans est faible, très faible rapporté au prix servi chez nous sous le manteau. Il y a là matière à fonder un réseau de production et distribution labellisée "commerce équitable", non ? La Drug Policy Alliance ne va pas jusque là mais défend une approche non répressive de la question des drogues. Ses directeurs ne sont pas des illuminés mais des personnalités sensées telles que Georges Soros, le directeur financier de Virgin, de prestigieux universitaires, un mélange d'hommes d'affaires et de responsables d'ONG environnementales, de lutte contre le SIDA ou contre les dépendances aux drogues et à l'alcool. Etonnant, non ?

 


Résultat, notre politique, qui figure parmi les plus répressives d’Europe, aboutit à l’un des taux les plus élevés de consommation de cannabis chez les jeunes, qui sont également atteints par les effets nocifs de l’alcool ou de la cigarette. La consommation de produits toxiques, qui incluent l’alcool et la cigarette, se banalise. L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) révèle que l’usage régulier d'alcool touche 18 % des garçons et 6 % des filles de 17 ans, et que les «ivresses régulières» progressent : presque un jeune sur deux dit avoir bu au moins 5 verres d'alcool en une seule occasion au cours du mois précédent. Presque un tiers des jeunes de 17 ans dont fumeurs quotidiens. Enfin, 15 % des garçons de 17 ans et 6 % des filles consomment régulièrement du cannabis, même si un jeune sur deux l’a expérimenté. Plus grave, presque 6 % des garçons conduisent parfois leur deux-roues après avoir bu et fumé un joint. Clairement, nous sommes loin d’une situation acceptable.

 

J'ajoute aussi que la consommation française de psychotropes licites, notamment les anti-dépresseurs, est l’un des plus élevés de l’OCDE. De ces médicaments prescrits, de l’alcool, du cannabis ou des autres produits illicites, qui peut juger objectivement de leur nocivité respective ou de leur degré d’addiction ? 

 

 

medium_200600016758.back.3.jpgAprès tout, qui peut légitimement juger des limites à fixer à notre plaisir personnel ? Un échange libre entre adultes consentants pleinement responsables ne devrait pas être l'affaire de l'Etat. N’évoquons même pas l’usage prohibé du cannabis à des fins médicales alors que la prescription de morphine, bien plus lourde de conséquence, est autorisée. Bref, les critères de la prohibition ne sont pas clairs. Hélas, la prévention est rendue d’autant plus difficile qu’elle concerne des comportements jugés délictueux. Il s'agit simplement d'en finir avec l'hypocrisie : oui, les drogues peuvent provoquer des accoutumances. Menons donc une politique de prévention par l’information, par le renforcement des moyens des centres de désintoxication. Légaliser, bien le débat soit compliqué, c'est s'attaquer aussi à cette forme d'insécurité.

 

Une première étape consisterait à enfin permettre de faire pousser du cannabis chez soi pour usage personnel. C'est facile, pas cher et la qualité du produit fini est sûre. Mieux que du bio ! Le matériel existe et ne coûte pas cher. les graines sont vendues par correspondance. Inutile de chercher dans le catalogue de la Redoute ou de Truffaut, ils ne proposent encore rien sur ce créneau. En France, un réseau de boutiques, les "growshops", peuvent déjà vous conseiller...

 

Ensuite, il serait audacieux d’expérimenter pendant 5 ans, dans un cadre strictement encadré, la production et la vente du cannabis et de ses dérivés. Une taxe équivalente à celle du tabac sur le cannabis serait destinée à financer l’information préventive et les centres de désintoxication Si cette expérience de légalisation encadrée de produits cannabiques se déroule bien au terme de la période d’essai, il serait plus facile d'ouvrir un débat national, fondé sur les mêmes principes, concernant la cocaïne ou l’ecstasy, produits extrêment banalisés. Encore une fois, les termes du débat visent à tuer une économie souterraine extrêmement dangereuse et à privilégier une approche préventive et des traitements curatifs aux punitions inutiles dans le cas de la toxicomanie. Nous n'en sommes pas là en France, sinon sur les plateaux d'Ardisson et dans certains milieux, notamment certains cercles festifs du monde de la culture ou de la pub.

17:20 Publié dans Libertés individuelles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : joint, drogue, cannabis, prohibition | | | Digg! Digg |  Facebook