mardi, 13 avril 2010

L'aide à la Grèce envoie un signal aux marchés : le bar est ouvert

La décision européenne de prêter 30 milliards d'euros indique que la communauté des 16 pays de l'euro engage le bras de fer avec le reste de la planète. L'Allemagne a raison de trainer des pieds dans cette affaire. L'impact de ce plan est évidemment positif dans l'immédiat. Ceux qui ont souscrit aux dernières émissions de la Grèce comptent leurs profits sur le dos de l'Europe qui leur offre une belle prime de plusieurs centaines de millions d"euros. A terme, ce précédent va permettre aux marchés défiants de jouer à nouveau la cohésion européenne, implicitement la volonté allemande de payer pour les gabegies de ses partenaires. Aux premiers signes inquiétants (dégradation de la note de la dette espagnole, ou portugaise ?), les gros fonds d'épargne se retireront un cran de plus et joueront le bras de fer avec la zone euro qui, jusqu'ici, se refuse à prendre des mesures de redressement de ses comptes publics. Subir une telle pression de ces gendarmes financiers n'est pas confortable, c'est le moins qu'on puisse dire.

Mais nous devons garder à l'esprit que ces tensions des marchés financiers sont avant tout dues au déclin du continent européen. Si la France a le modèle social le plus lourd et le moins performant d'entre eux, les systèmes de nos voisins ne leur permettent pas non plus d'être aussi innovants qu'ils le pourraient, ni de produire autant de croissance que nécessaire pour rester dans la course mondiale entre l'Amérique et l'Asie montante. Nos citoyens sont condamnés à courir avec des boulets aux pieds, prélèvements obligatoires élevés et dette publique hors de contrôle. Ce que les gouvernements qualifient de "spéculation" ne doit pas les exonérer de leur propre responsabilité dans la crise actuelle. Tant qu'ils ne se réformeront pas, l'explosion de leur dette les mettra en danger. Et dans toutes les crises de la sorte, les marchés ont inéluctalement raison de ceux qui pêchent.

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jeudi, 11 mars 2010

C'est tout la faute des CDS

Prison001.jpgAvec la menace de dégradation de la note des pays riches, la crise se rapproche des coupables. Le rythme de ces rappels à l'ordre accélère, c'est mauvais signe. Les fonds qui gèrent l'épargne mondiale vont rapidement exiger des taux de plus en plus élevés de leur part (en tout cas, en tant qu'épargnant, c'est ce que j'attendrais compte tenu des risques de n'être jamais remboursé), ce qui promet d'accroître le coût des intérêts de leur dette, notamment pour les Français. Ils atteignent pourtant le niveau du seul impôt sur le revenu à ce jour, imaginez demain. Mais pour la Grèce, la prime est déjà beaucoup plus élevée, avec 2,5 % de plus que les taux allemands (la référence de sérieux en Europe). Concrètement, ses nouvelles émissions de plus de 50 milliards d'euros pour la seule année 2010 vont entraîner un surcoût de 1,5 à 2 milliards d'euros par an en intérêts par rapport à ce qu'aurait payé l'Allemagne (si le marché ne dégénère pas d'ici décembre, soyons optimistes). Entre le trio de tête France-Royaume Uni-Espagne, et la Grèce à l'autre extrémité, il y a toute une chaine de pays qui aimeraient se faire oublier : Italie, Portugal, Irelande. Le peuple islandais a quant à lui fait une croix sur son entrée dans l'euro en votant "non" au remboursement de sa dette à ses créanciers. Les temps à venir vont être durs s'ils souhaitent s'endetter à nouveau. Ceinture.

 

Preuve de sa parfaite mauvaise foi, la Grèce peste et proteste. Les faits sont clairs pourtant, quoi qu'on dise de Goldman Sachs : le gouvernement grec précédent a bel et bien choisi de faire appel à ce prestataire privé pour dissimuler une petite part de sa dette.  Comment prétendre avoir été manipulé ? Vous imaginez Sarkozy dire qu'on a négocié pour lui malgré lui à l'insu de son plein gré ? Tout ce qu'il fait, il en assume la pleine responsabilité. Eh bien les politiques grecs, c'est pareil. Ils ne sont pas plus décérébrés et irresponsables que les nôtres. Ils sont les premiers coupables. En bref, nous voyons tous les gouvernements chercher des bouc émissaires pour se défausser de leur propre responsabilité dans l'affaire (qui commence à sentir le roussi). Dernière cible : les CDS. Belle innovation financière, les Credit Default Swaps sont des assurances contre la défaillance d'emprunteurs, privés ou publics. Ils permettent à des gros fonds d'épargne de couvrir leurs portefeuilles contre leur baisse de valeur sans avoir à en céder les titres et entraîner une spirale baissière. Pour que le marché de ces CDS soit suffisamment étoffé, il est nécessaire qu'à côté des gros utilisateurs, fonds d'épargne et assurances, des acteurs plus petits en assurent la liquidité par des volumes importants de transaction. C'est le rôle des spéculateurs. S'ils sont incapables de créer de grands mouvements (contre la Grèce par exemple), ils peuvent amplifier ou déclencher des tendances sur des fondamentaux économiques bien réels.

 

Accuser ces opérateurs de menacer de pôvs'Etats innocents, c'est se moquer du monde. A côté de gros paquebots, ils font figures de frêles esquifs. Utiles et nécessaires, mais certainement pas assez lourds au point de destabiliser des pays. Quand on sait que ces gouvernements ont connu des déficits budgétaires importants depuis des années, quand ce n'est pas pendant des décennies pourtant de grande prospérité, il est facile de recentrer les accusations sur ces governqnts irresponsables. C'est d'ailleurs ce que confirme une étude de Gavekal : 85 % du renchérissement du coût de la dette est dû au dérapage de nos déficits, et 10 % à l'absence de profondeur du marché de la dette - c'est à dire qu'il n'y a pas assez de volumes traités par rapport aux stocks détenus par les fonds d'épargne.

 

Il est toutefois probable que les gouvernements européens agissent à l'opposé du bon sens en cherchant à restreindre l'usage des CDS, dans cette lutte permanente contre toute innovation. Bienvenue hier, rejetée arbitrairement et autoritairement aujourd'hui. La baisse des volumes de CDS, sous contrainte réglementaire, aurait un impact immédiat sur le coût de la dette des pays en difficulté. Les gros investisseurs s'en éloigneraient irrémédiablement, sauf innovation financière de substitution. C'est peut-être ce qui peut arriver de mieux. Par temps de paix, le marché finit toujours par l'emporter.

lundi, 08 mars 2010

Grèce : aide-toi, l'Europe t'aidera

Grece.jpgEn fragilisant l'euro, la crise grecque menace onze ans de construction de notre devise commune. Dans ces difficultés, les Etats membres de l'euro doivent afficher une solidarité sans faille avec la Grèce. Sinon, la défiance des investisseurs viendrait vite saper l'euro en visant successivement l'Espagne, le Portugal et, qui sait un jour, la France. Ce contexte périlleux impose aussi de réaffirmer avec force les principes constitutifs de l'euro, notamment les critères de Maastricht. Seul un discours de grande fermeté est en mesure de rassurer les investisseurs, non seulement sur la dette grecque, mais sur l'ensemble de la zone euro.

La Grèce a toutefois le devoir de racheter des années de mensonges et de montrer l'exemple par respect pour ses partenaires européens. Elle y parviendra à assainir ses comptes en réduisant sa dépense publique et libérant la croissance par une modernisation de son économie. C'est d'ailleurs à cette condition seulement que l'Europe doit proposer sa caution, voire son aide financière, à la Grèce. Cette crise nous concerne tous en Europe. Pour la France, c'est le moment de choisir son camp : rester, par son laxisme budgétaire, dans le club des mauvais élèves de l'euro, ou rejoindre l'Allemagne sur une ligne responsable. La préservation de l'euro et la poursuite de la construction européenne impliquent que notre pays s'engage sur la seconde voie.

La première mission d'une bonne gouvernance de la zone euro, c'est d'assurer le respect strict des principes fondateurs de l'euro concernant les déficits publics et la dette. Nous en sommes loin. Les critères de Maastricht ont été fixés dans une logique de stabilité économique et monétaire. Nous constatons aujourd'hui que leur non-respect risque de nous entraîner dans une crise dramatique. Derrière les évènements inquiétants actuels se profile l'explosion de la bulle des dettes publiques. Après la Grèce, dont la dette publique promet de grimper entre 2009 et 2011 de 116 à 137 % de son PIB, il y a l'Espagne (55 à 72 %), l'Italie (114 à 121 %) et, peut-être un jour, la France (78 à 91 %). L'Espagne, le Portugal, l'Italie, et peut-être un jour la France, risquent à leur tour de vivre le scénario grec et d'être menacés d'insolvabilité pour leur gestion calamiteuse des finances publiques. La fragilité de l'euro vient de ce constat lucide des investisseurs internationaux. Les pays membres de l'euro ont perdu le contrôle de leurs finances publiques. C'est pourquoi nous devons anticiper sur l'avenir et engager l'Europe dans une thérapie collective de choc : réduction massive des dépenses publiques de ses Etats membres et mise en œuvre des mesures de libération de la croissance. C'est la condition pour préserver notre économie et notre qualité de vie.

Dans l'immédiat, comment soutenir la Grèce ? Rien ne justifie que les Français cotisent deux ans de plus pour financer les préretraites des Grecs promises par leurs gouvernements successifs tous aussi irresponsables les uns que les autres. Nous ne voulons pas cautionner le trucage massif de ses comptes par la Grèce, ni sa gestion exécrable des finances publiques. Nous ne voulons pas que cette aide lui permette de repousser d'autant les réformes essentielles. Enfin, la perspective que chacun des états de la zone euro puisse se défausser de sa dette publique sur les autres pays membres suscite la crainte d'une gabegie généralisée. La construction européenne repose avant tout sur la transparence et la confiance que les Etats membres s'accordent l'un à l'autre. La zone euro n'y fait pas exception, bien au contraire. Agissons en responsabilité et exigeons de chaque Etat membre qu'il fasse de même. La Grèce prouver à l'Europe sa volonté de réellement agir dans le respect des règles communes en annonçant des mesures concrètes.

L'OCDE a calculé que pour ramener le poids de 120 % du PIB à 60 % dans les quinze ans, la Grèce devrait revenir à l'équilibre budgétaire avant 2015 puis rester en excédent les années suivantes. Cet objectif est réaliste. Le gouvernement peut diminuer le poids de la bureaucratie grecque, estimé à 6,8 % du PIB par la Commission européenne contre 1,5 % en Suède. Son effort devra aussi porter sur la baisse des salaires de la fonction publique, ou tout au moins leur stabilisation après des années d'augmentation insensée. Qui peut comprendre que les Grecs échappent aussi massivement au devoir de payer l'impôt ? La collecte efficace des prélèvements obligatoires par l'Etat grec est un moyen essentiel de réduire la part de l'économie parallèle, valorisée à 30 % du PIB, et d'augmenter ses ressources récurrentes sans augmenter les taux d'imposition.

Ensuite, les seules retraites du seul secteur public passeront de 11 à 24 % du PIB dans les prochaines décennies. C'est pourquoi la Grèce doit aligner l'ensemble des régimes de retraite sur l'âge de départ commun en Europe, 67 ans.

Enfin, la corruption généralisée place la Grèce en 72e position mondiale selon le classement de Transparency International. En plus des gaspillages qu'elle implique, il n'est pas étonnant que la Grèce reste le dernier pays de l'OCDE en terme d'environnement favorable aux affaires, selon le classement annuel de la Banque mondiale. Il est donc essentiel que la Grèce modernise son économie en simplifiant le marché de l'emploi et les réglementations trop nombreuses, sources de chômage et de corruption.

Certes, la responsabilité est partagée. Ce pays a menti sur ses comptes depuis la préparation de son entrée dans l'euro, mais les fondateurs de l'euro l'ont accepté depuis l'origine, pour des raisons politiques injustifiées. Nous en mesurons aujourd'hui le coût. En outre, si ce pays n'a pas respecté les critères de Maastricht en laissant exploser ses déficits publics, la France n'a pas fait beaucoup mieux. La Grèce n'a pas réformé son modèle pour libérer ses forces vives et le rendre productif, la France non plus. La défiance qui frappe la Grèce aujourd'hui menace de nous arriver demain.

En bref, pour que cette crise ne se propage pas, les dirigeants de la zone euro ont le devoir de coordonner un plan commun de réduction des dépenses publiques et de modernisation de leur économie. C'est à ce prix qu'ils relanceront la construction européenne et transformeront nos économies fragiles pour en faire des partenaires crédibles des Etats-Unis et de la Chine.

 

Publié le 05.03.10 dans Le Monde.fr

jeudi, 11 février 2010

L'euro survivra-t-il à la Grèce ?

grece.jpegLa crise grecque annonce d'autres crises bien plus graves. Comme avec les banques, la bulle atteindra successivement les acteurs les plus fragilisés, et frappera brutalement l'un d'entre eux que personne n'attendait, ou par un angle surprise. La Grèce pourrait être suivie par l'Espagne, le Portugal, l'Irlande, ou peut-être un jour la France dont le ratio d'endettement atteindra celui de la Grèce dans quelques années. Aujourd'hui, personne ne respecte le contrat moral censé unir  dans la stabilité les pays composant l'euro : les fameux critères de Maastricht. Il ne faut exclure non plus que l'Euro soit emporté par le défaut de paiement d'un pays hors de la zone euro. A

En tout cas, aider la Grèce aussi facilement envoie un message  dangereux aux autres Etats membres de l'euro : tricher sur ses déficits et sa dette, repousser les réformes, ce comportement n'aboutit pas à une sanction mais au contraire au secours des autres pays dont les gouvernants jouent la solidarité avec l'argent de leurs contribuables déjà étranglés. La seule solution saine aurait consisté à proposer à la Grèce de sortir de l'euro ou de s'engager sur la voie de réformes bien plus dures : baisse massive des dépenses publiques et libéralisation accélérée de l'économie pour que ce pays ne figure pas au dernier rang des pays de l'OCDE en termes d'environnement des affaires. (selon la banque mondiale). Il ne s'agit pas d'égoïsme mais d'appel à la responsabilité de gouvernements qui ont fait n'importe quoi jusqu'ici.

La conséquence du laxisme budgétaire des Etats membres de l'euro et de l'aide apportée à la Grèce, c'est que le mortier qui faisait tenir l'euro est en train de s'effriter rapidement. Les marchés financiers croient de moins en moins à notre devise, à juste titre. Si l'Europe ne fait pas des choix courageux et difficiles dans les prochains mois, je dois avouer, moi qui ai beaucoup soutenu d'euro et la construction européenne, que je ne vois pas un avenir très lumineux pour cette devise qui constitue pourtant une étape importante dans la construction européenne. Triste gâchis de gouvernements court-termistes, électoralistes et sans courage ni vision.

 

 


L'Euro est menacé
envoyé par PartiLiberalDemocrate. - L'info video en direct.

22:18 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, euro, dette, depenses | | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 29 janvier 2010

Grèce : tolérance zéro

Grece.gifLa Grèce a de plus en plus de mal à attirer des capitaux pour financer ses comptes publics à la dérive. D'après le Monde, la zone euro "serait prête à aider les Grecs si le pays assume ses responsabilités". Pour le moment, les marchés continuent à se défier de ce pays qui est rentré dans l'euro en trichant sur ses comptes, et s'est maintenu en continuant à mentir. La Grèce doit offrir un rendement supérieur de 3.7 % à celui proposé par l'Allemagne. A ce rythme, ce sont les intérêts de la dette qui risquent d'accélérer le déclin de ce pays.

Aucune procédure de sanction pour de tels agissements n'étant prévue, la décision est politique. Or, il me semble essentiel de faire un exemple avec ce cancre qui ne respecte ni les critères de Maastricht, ni sa parole. De nombreux pays laissent filer leurs déficits et leur dette sans respecter les critères de Maastricht. Ce qui arrive à la Grèce pourrait concerner rapidement un autre membre des PIGS : Portugal, Irlande ou Espagne. Aussi faut-il stopper l'incendie et exiger l'intervention du FMI pour reprendre en main les comptes de la Grèce avec une thérapie de choc. L'alternative politique pourrait être bien plus cruelle encore : l'exclusion de la Grèce de l'euro et le retour à la drachme. Pourquoi pas ?

En tout cas, ce n'est pas au peuple français d'assumer les conséquences de la fraude grecque. Pas plus qu'au autres citoyens-contribuables de la zone euro. Au contraire, il serait souhaitable qu'un redressement rapide des comptes de la Grèce, même contraint, serve d'exemple aux autres pays membres de la zone euro. Si rien n'est fait, c'est l'euro lui-même qui pourrait se retrouver victime du laxisme généralisé.

08:08 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : grece, zone euro, maastricht, dette | | | Digg! Digg |  Facebook

lundi, 21 septembre 2009

10 à 13 % dans les sondages : forte progression des libéraux

Nous ne sommes pas en France, pas encore. Eux aussi sont traités par la gauche de "néo-libéraux, radicaux du libre marché qui veulent éradiquer la protection du travail et tailler dans l'Etat providence". Pourtant, ils ont la côte. A la différence de notre pays, la droite conservatrice leur fait les yeux doux...et tente même de s'inspirer de leurs propositions. Baisses d'impôt, réduction de la dépense publique et assouplissement du marché du travail pour protéger non pas le travail, mais l'emploi.

 

Les libéraux allemands sont portés par la crise. Leurs préconisations apparaissent de plus en plus sérieuses par des Allemands lucides qui admettent que l'origine de la crise ne doit pas grand chose au marché. C'est même ce dernier qui a stoppé (certes sans ménagements) l'emballement de la bulle du crédit. La réponse, c'est de ne pas laisser les Etats poursuivre ce dérapage du surendettement, réformer la fiscalité pour soutenir les investissements en capital plutôt que les créances, et libérer les talents. En Allemagne, ce message passe bien, très bien même.

 

Au point que les libéraux allemands espèrent être la clé d'une nouvelle majorité avec des estimations qui vont de 10 à 13 % des votes. Ce week-end, le président du FDP, Guido Westerwelle, a clarifié les choses en annonçant que son parti n'envisagerait pas d'alliance de gouvernement avec la gauche sociale démocrate après le scrutin dans une semaine. Ni avec les verts. Son partenaire privilégié, c'est le CDU-CSU d'Angela Merkel. Ce positionnement est facilité par les prises de position passées de Merkel...et de son ministre des finances Karl-Theodor zu Guttenberg.

 

 En France, la droite conservatrice au pouvoir ne défend clairement aucune option libérale. Qu'il s'agisse des libertés individuelles, sociales ou économiques, la majorité présidentielle va dans le sens d'un dirigisme étatique croissant, alliant contrôle et la répression. Cette tendance lourde entretient la défiance dans notre société, et bride les talents. Enfin, elle renforce dangereusement la pression fiscale et la dette. C'est pourquoi il est essentiel qu'une formation libérale émerge au centre, visible sur des positions fortes et populaires comme la dette. Comme en Allemagne, elle doit trouver des alliances locales ou nationales afin de pousser ses hommes et ses idées. Comme en Allemagne, c'est plutôt du côté de la droite que les libéraux trouveront des alliés naturels à court terme.

 

Mais nous avons hélas une différence avec l'Allemagne, la gauche allemande est en soi plus libérale que la droite française. Rappelez-vous, c'est elle qui a engagé les premières réformes assouplissant le marché du travail, responsabilisant les chômeurs et allongeant la durée de cotisation pour la retraite. Dans notre beau pays, la frustration des cadres frustrés du parti au pouvoir me confirme dans l'idée que les libéraux ont un boulevard devant eux. Encore devons-nous gagner en crédibilité pour les faire basculer sur un échiquier verrouillé. Si je ne cache pas que la route est encore longue, la mobilisation croissante que je constate est encourageante.

mardi, 30 juin 2009

L'emprunt obligatoire, la goutte qui fait déborder le vase ?

Le Premier Ministre François Fillon a déclaré aujourd'hui aux députés UMP qu'il était hors de question que l'emprunt national voulu par Nicolas Sarkozy soit obligatoire. On est moyennement rassuré. Certes une fois de plus, notre discret Premier Ministre exprime avec courage un bon sens hélas peu partagé par la majorité. A-t-il réagi par crainte de voir notre pays glisser un peu plus vers le socialisme, ou plus prosaïquement pour sauver la peau de la majorité ? L'équation n'est pas évidente, surtout quand on n'a pas de courage comme il l'admet lui-même : "Il faut d'un côté réduire la dépense publique --et je serais interessé de savoir dans quels secteurs la gauche nous proposerait de le faire-- et en même temps choisir les dépenses d'avenir qui procureront demain la croissance et les emplois dont nous avons besoin" (voulait-il parler de la droite ?). Il sait que le dernier mot sera celui de l'omniprésident Sarkozy.

 

Les besoins de financement de l'Etat pour 2009, initialement prévus à 192 milliards d'euros, pourraient avoisiner les 250 milliards d'euros avec l'explosion des déficits publics. Soit directement à l'Agence France Trésor (AFT), soit indirectement en apportant sa garantie à la Société de financement de l'économie française (SFEF) et à la Caisse d'amortissement de la dette sociale (Cades). En atteignant presque le double qu'en 2008, les chiffres font peur. Philippe Herlin nous rappelle d'ailleurs l'estimation de la Cour des Comptes. Cette année, la charge de la dette («intérêts payés par les administrations publiques» page 9) atteindra 54.6 milliards d'euros, soit 850 euros par habitant, ou 1950 euros par actif (il s’agit de la charge de la dette, pas de la dette elle-même). L'Etat court ainsi à la ruine, entraînant l'économie avec lui. Il comble la dette avec de la dette. Encore faut-il qu'il y ait toujours des volontaires pour participer à cette cavalerie. Et comme Charles-Amédée de Courson, du Nouveau Centre, l'avance : «l'État envoie indirectement le signal qu'il peine à se financer»

 

Bref, l'effet recherché par Sarkozy est raté. L'impact de cet emprunt est en effet très négatif dans l'esprit de 56 % des Français. N'est-ce pas idiot ? Quoi qu'en pense notre Henri Guaino national (qui dénonce "cette politique imbécile de la rigueur qu'on mène depuis 30 ans", audacieux, non ?), il est donc menacé au mieux de bide, au pire de surcoût inutile. C'est pour cette raison que plusieurs parlementaires commencent à avancer l'idée d'emprunt obligatoire. L'Etat faisant n'importe quoi, ils exigeraient des Français qu'ils participent aux bêtises en confisquant leur épargne malgré eux. Jean Arthuis est franc dans sa démarche, aussi inique soit-elle : «Dans le contexte actuel, cette idée a du sens», estime-t-il. «Il ne faut pas un taux nul car sinon la mesure serait confiscatoire». On vole, mais avec le sourire. Hervé Mariton assène le dernier coup de massue. L'obligation de souscription concernerait «Les ménages payant l'ISF ou ceux qui sont dans le haut de la quatrième tranche imposable à l'IR». Nouvelle fuite des capitaux et des talents en perspective. Mais autrement (Mariton l'a-t-il compris ?), la grogne populaire pourrait bien déclencher un mouvement de fond difficile à contrôler. Un bon motif d'en rester là pour François Fillon. L'obligation ajoute un caractère particulièrement immoral à ce prétendu "projet d'investissement". Après 35 ans de déficits prétendument "d'investissement", qui peut encore prendre cette idée au sérieux ?

 

 Pierre-Antoine Delhommais, dans un son très bon billet du week-end, cite Mirabeau : "La dette publique fut le germe de la liberté. Elle a détruit le roi et l'absolutisme. Prenons garde qu'en continuant à vivre, elle ne détruise la Nation et nous reprenne la liberté qu'elle nous a donnée."

17:12 Publié dans Economie, Vie politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dette, emprunt, sarkozy, mariton, fillon | | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 12 juin 2009

Dette européenne : mécanisme original

Reprise.jpgParis veut une réponse européenne aux déficits nés de la crise. Mais nos partenaires ne sont pas des bisounours. Surtout après des années de réformes et d'efforts pour limiter leur dette. Une CADES à l'échelle européenne, non merci. En revanche, une piste intéressante a été lancée par Jacques Delpla, membre de la fameuse (et mort-née) Commission Attali. Imaginons qu'un certain groupe de pays, membres de la zone euro, se mettent d'accord pour mettre leur dette dans un même pool, à des conditions contraignantes : au maximum 40 % (ou 50 % si on veut être généreux) du PIB. Cette dette senior serait prioritaire en cas de difficultés d'un pay de la zone partie prenante, et tous en seraient solidaires. La dette supplémentaire, elle ne bénificierait alors pas de ce label. On pourrait alors imaginer un plafonnement dette/PIB qui, s'il était dépassé, interdirait de pouvoir émettre cette fameuse dette senior spécifique.

 

Avantages :

  • créer un effet de seuil douloureux entre une dette "raisonnable" à bas coût par une mutualisation plafonnée des risques et la dette supplémentaire à prime nettement supérieure
  • mettre en oeuvre un mécanisme de sanction automatique, et non pas politique, en cas de dépassement des plafonds d'endettement
  • cette dette pourrait rapidement devenir un actif de réserve mondiale au même titre que le dollar par sa taille suffisante pour assurer la profondeur nécessaire aux grands fonds, souverains ou autres. L'abondance de liquidités fairait alors baisser son rendement...et le coût de cette tranche de dette

Bref, il n'est même pas certain que ce dernier avantage fasse monter le coût de financement de l'Allemagne, qui récolte aujourd'hui les fruits de sa rigueur Merkelienne. Une telle solution permettrait aussi de sauver l'euro d'une débâcle ventuelle. Dans cette hypothèse que personne ne peut exclure, le rachat des dettes de pays en difficulté coûterait bien plus cher à l'Allemagne qu'une prime possible. Cet argument est suffisant pour l'inciter à rentrer dans un mécanisme solidaire pareil.

 

A méditer...

 

18:06 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : dette, europe, merkel | | | Digg! Digg |  Facebook

dimanche, 19 octobre 2008

La crise de confiance menace aussi les Etats

L’inquiétude générale ne facilite pas l’analyse de la crise actuelle dans toute sa complexité. Qu’on y voie l’échec du libéralisme ou celui des interventions publiques, le constat est clair : nos économies, nos gouvernements et le monde de la finance sont indissociables. Face à la coordination des grands pays, les marchés doutent désormais ; la crise de confiance pourrait s’étendre aux Etats. Pour faire face à ce danger, nous devons envisager avec pragmatisme les réformes nécessaires, en gardant à l’esprit la distinction essentielle entre la gestion de l’urgence et l’après crise.

 

Faussés par l’effet cumulatif d’un ensemble de facteurs, les marchés ont failli. La gestion du risque par les banquiers n’y est pas pour rien. Mais le laxisme de la Fed est autant en cause. Il a alimenté la bulle immobilière et la course au surendettement des ménages. Les crédits subprimes se sont développés avec l’obligation faite aux banques par Bill Clinton, en 1995, de prêter aux ménages défavorisés. Les agences parapubliques américaines Fannie Mae et Freddy Mac ont accéléré ce processus en reprenant plus de la moitié des nouveaux crédits aux banques. Parmi les plus réglementés au monde, le secteur bancaire américain n’a pas évité la catastrophe lors du retournement du marché immobilier. Pire, en fixant l’horizon des banques à un jour, les normes comptables ont accéléré et amplifié la crise.

 

Une fois de plus, la planche à billets se trouve donc être l’un des facteurs déterminants de la crise. Aujourd’hui, les vannes monétaires sont grandes ouvertes pour assurer la liquidité vitale pour les banques, et cette intervention est sans doute nécessaire à très court terme pour mettre fin à la panique des marchés. Si nous parvenons à maîtriser la crise et à en sortir, le retour à la rigueur sera toutefois indispensable pour éviter le risque d’une inflation explosive ou d’une nouvelle bulle de grande ampleur. Nous allons devoir apprendre à vivre avec un coût du crédit élevé. Or, loin d’avoir compris les dangers d’une occultation des risques du crédit par la garantie de l’Etat, la France développe avec Oséo, l’extension du « Pass Foncier » et l’agence de garanties interbancaires des mécanismes qui ressemblent à ceux qui ont conduit les banques à prêter sans discernement aux Etats-Unis. Nous aurons dorénavant nos Fannie Mae et Freddy Mac français. Devons-nous renouer avec les erreurs américaines ?

 

Notre pays, comme l’Europe, se trouve confronté à deux risques majeurs que pourraient entraîner une tentation politicienne démagogique : l’abandon des mécanismes de marché et l’endettement public. Nous l’avons vu, cette crise n’est pas celle du seul marché mais d’un ensemble de facteurs qui le dépassent très largement. Bien que Nicolas Sarkozy ait réaffirmé son attachement au capitalisme, sa volonté de brider l’économie financière pourrait coûter cher à notre économie en figeant l’innovation financière et la circulation des capitaux. C’est au contraire le moment d’accroître la concurrence entre banques en faisant sauter les mesures protectionnistes qui protègent les oligopoles nationaux. Pourquoi interdire aux capitaux étrangers de se porter au secours de banques fragilisées, et demander alors au citoyen de payer deux fois la facture, une fois en tant que contribuable pour les renflouer, l’autre en tant que consommateur captif ? En outre, n’oublions pas que la confiance ne se décrète pas. A trop vouloir réglementer, on favorise l’opacité et son corollaire, le contournement.

 

Au-delà de la crise financière actuelle, une nouvelle menace se dessine pour l’Europe : celle de voir les Etats être les cibles d’une prochaine crise. L’Argentine faisait faillite il y a dix ans. Avec le cas islandais plus récent, le tabou de l’infaillibilité des Etats est tombé. La zone euro pourrait se trouver déstabilisée si l’un de ses membres, affaibli par un endettement public important, se trouvait fragilisé dans son financement. Nous ne devons pas oublier que nous sommes tributaires des marchés financiers - tant décriés aujourd’hui - qui assurent non seulement le financement des entreprises, mais aussi celui des Etats. Une forte dette créé une forte dépendance.

 

Si la gravité de la situation exige sans doute des mesures exceptionnelles dans l’immédiat, l’Etat français n’a pas les moyens de se lancer de grands projets publics à fonds perdus. Compte tenu de sa dette officielle et de ses « engagements hors bilan », plus élevés encore, il doit s’engager au contraire sur la voie du désendettement. L’annonce de la fusion des régions et des départements en 2009 est positive, mais insuffisante. L’Etat doit aussi réduire son périmètre de compétences et accélérer la réforme de la fonction publique. Et à terme, le grand danger reste le déséquilibre explosif de la retraite par répartition et de la sécurité sociale.

 

Si la tentation est grande pour notre gouvernement de se concentrer sur la crise actuelle, il ne faudrait surtout pas que celle-ci devienne un prétexte pour laisser filer la dépense publique et oublier les réformes de fond dont a besoin notre économie. La reprise économique reposera essentiellement sur le dynamisme de nos entreprises. C’est donc le moment de libérer la croissance de ses entraves par une vraie politique libérale.

 

12:32 Publié dans Dans le monde, Economie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : crise financière, etats, libéralisme, dette | | | Digg! Digg |  Facebook

samedi, 10 février 2007

C'est Noël toute l'année, mais attention au père fouettard...

Notre dette publique totale atteint plus de 3.300 milliards, soit 195 % du PIB selon l'estimation de Christian Saint Etienne que ni l'Institut de l'entreprise, ni l'Institut Montaigne ne remettent en cause. Il est encore possible au gouvernement de n'afficher qu'un tiers de cette somme, 1.100 milliards d'euros, en ignorant la dette "hors bilan" composée des engagements futurs pour les retraites du secteur public et du secteur privé. Mais plus pour longtemps. Les normes comptables IAS obligeront bientôt notre gouvernement à intégrer les engagements des retraites du secteur public dans ce chiffre, soit "seulement" 900 milliards qui s'ajouteront aux 1.100 milliards de la dette brute actuelle, un quasi doublement. Les retraites du secteur privé, 1.300 miliards d'euros au bas mot, seront encore pour un temps exclues de la définition stricte de "dette publique"...même si le régime tombait en faillite ?
 
Alors que le ciel risque de nous tomber sur la tête, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal n'ont pas peur de promettre des dizaines de milliards de dépenses publiques supplémentaires aux Français. Les estimations d'experts indépendants oscillent entre 35 milliards et 55 milliards d'euros, de quoi donner le vertige. Alors que les classes moyennes sont exsangues, que les plus riches fuient progressivement vers des cieux plus cléments, l'aspirateur de pouvoir d'achat tournera à plein : la machine à s'endetter et, sans doute aussi, à augmenter les impôts, montera en régime avec ces cadors de la dépense de l'argent d'autrui. L'avenir est décidément bien sombre.
 
 
Alternative Libérale est le seul parti à prôner une baisse drastique des dépenses de l'Etat. Face à la folie socialiste façon "canal historique" de Ségolène Royal et face à la dérive dépensière du candidat UMP qui après 5 ans de pouvoir, nous laisse un pays dans un état désastreux, un seul vote utile : Alternative Libérale !