jeudi, 29 avril 2010

Un axe libéral, même très modeste, se dessine à gauche

Juste avant la crise, le grand communiquant Bertrand Delanoë s'est lancé en s'écriant "je suis libéral". "De l'audace" n'a pas payé. Il a agité trois fois les bras, la crise a démarré, exit l'oiseau. Bon communiquant mais mauvais stratège. Depuis peu, Manuel Valls remet le couvert. Il ne cache pas ses accointances sociales libérales. Dans "Pouvoir", il revient souvent sur le sujet, même s'il reste convenu et reste membre éminent du parti de l'impôt (surtout qui a proposé une tranche marginale de l'impôt sur le revenu à 70 %, étonnant chez un homme normalement constitué, avec des penchants libéraux qui plus est). La grande déclaration de Martine Aubry, après sa tribune d'une incroyable nunucherie dans le Monde, a stupéfait nombre de responsables du PS par son conservatisme, son retour à l'obscurantisme anticapitaliste pré-Mitéerrandien. Avec la complicité de Pierre Moscovici, plutôt quelqu'un d'ouvert à la modernité, elle a pondu son "nouveau modèle de développement économique, social, écologique".

 

Elle y dénonce "la période libérale autoritaire qu'incarne le sarkozysme" sans se rendre compte de la bêtise de ce paradoxe "libéral" et "autoritaire". Le bras droit de laurent Fabius, anciennement le plus libéral du PS avant de retourner sa veste au moment du referendum sur l'Europe, a exprimé la crainte d'un retour au protectionnisme. Valls, quie ne cesse de prôner un recentrage vers une version sociale démocrate, limite sociale libérale du PS, n'a pas apprécié. Ni Gérard Collomb qui livre ses pensées ce jour : "elle est enfermée dans ses alliances infernales avec des gens comme Henri Emmanuelli ou Laurent Fabius. [...] Je suis du centre gauche, pas à gauche toute ! Je suis issu de la classe ouvrière, et je peux vous dire que son rêve n'a jamais été le Grand Soir, mais simplement de progresser"

 

Plus loin, ce strauss-kahnien précise sa pensée. A la question de savoir ce qu'il fera à la présidentielle de 2012 : "Si Dominique Strauss-Kahn revient de Washington assez tôt, ce que je souhaite, je le soutiendrai. Sinon, y a-t-il quelqu'un d'autre pour s'opposer à ce que je considère comme une dérive de la direction actuelle - adopter une ligne maximaliste pour gagner l'élection, et ensuite être obligé, comme en 1983, d'adopter un cap plus réaliste ? Si ce n'est pas le cas, j'irai." Ségo en prend pour son grade, avec son "côté madone, Eva Peron ou télévangéliste qui n'est pas trop mon trip. Elle a pris trop de virages en fonction de l'opinion publique" selon Collomb.

 

Sa conclusion dresse un nouvel axe à gauche, qui me semble asses sensé : "A la différence des Verts, je crois en la capacité de l'esprit humain de résoudre les problèmes par l'innovation. Avec sa pensée libéralo-libertaire, Daniel Cohn-Bendit a une vision non dogmatique d'une société évolutive, et sa stratégie d'alliances me paraît plus intéressante que les accords d'appareil envisagés par Martine Aubry et Cécile Duflot."

 

Aubry - Duflot contre Strauss-Kahn Cohn Bendit. Si ces deux-là se présentent ensemble à la présidentielle, ils sont capables de faire un meilleur score à droite qu'à gauche. Choisissez votre camp, camarades !

lundi, 15 juin 2009

Qu'est-ce que la gauche ?

Adele.jpgBertrand Delanoë avait ouvert le débat l'année dernière, au moment de la primaire interne du PS. Il proposait de renommer le PS "Parti Social Démocrate" et écrivait dans la foulée : "Sarkozy n'est pas libéral, il est conservateur. Il l'a prouvé à plusieurs reprises : étatiste, protectionniste, il impose à tous les échelons  l'omniprésence d'un Etat que dans le même temps il désarme". Bonne analyse, excellente idée, mais mauvais timing. La crise a fait replonger le Parti Socialiste dans l'enfer de la drogue de l'Etatisme à tout crin, à tel point que même Michel Rocard, plutôt lucide en général, a suggéré qu'on juge Milton Friedman et les libéraux devant le TPI. Exit Delanoë pour le moment. Il peut digèrer tranquillement ses humiliations à répétition dans l'ambiance "festive et citoyenne" de la Mairie de Paris où il est de plus en plus isolé. Méfions-nous toutefois de l'eau qui dort.

 

Voilà que Manuel Valls, après avoir avoué que "coeur battait pour Daniel Cohn-Bendit", tente une échappée audacieuse au lendemain du désastre électoral du PS. Peut-être pour se différencier de Delanoë, il ne veut pas de d'appellation Sociale Démocrate : "L'État providence, longtemps porté par la social-démocratie, se heurte aujourd'hui à l'individualisme et à la forte demande d'autorité et de sécurité." En plus, le Modem a déjà "Démocrate" dans le titre, certes en très bas débit. Leur tendre la main, c'est déjà pas mal, inutile de reprendre partiellement leur nom.  Mais il fait comme d'autres une observation pleine de pertinence : "le mot socialisme est sans doute dépassé, il renvoie à des conceptions du XIXe siècle" En pleine crise, les Européens ont privilégié les défenseurs du capitalisme, pas ceux de l'idéologie socialiste." Bonne étape de franchie.

 

Reste cette question qui nous taraude tous : qu'est-ce que la gauche ? "Il faut que la gauche opère une véritable révolution intellectuelle, sur l'école, sur les retraites, sur l'entreprise, sur l'écologie et la ville. La gauche doit faire des choix pour dégager des solutions crédibles. Nous n'éviterons pas l'allongement de la durée des cotisations, et peut-être le recul de l'âge du départ à la retraite. Plutôt que d'attendre d'être au pied du mur, imaginons des réponses de gauche, avec un système de retraites par points." La retraite à points version Gave - Madelin ? C'est social, en effet, et plus libéral que l'actuel Madoff géant l'actuelle retraite par répartition. Il confirme avec cette phrase : "La gauche doit avoir une réflexion sur l'entreprise, qui crée de la richesse et n'est pas un adversaire. Il y a des milliers d'entrepreneurs qui peuvent porter des valeurs de gauche."

 

C'est un pas dans la bonne direction, mais ça ne va pas bien loin comme ouverture de débat. Suffisamment pour que l'aile gauche du PS tente de le dézinguer en le faisant passer pour un petit bourgeois de droite. Amusant, Faouzi Lamdaoui use du même argument qui promeut la prétendue "mixité sociale" : peut-être que ça ne marche que dans un sens. En tout cas, il cogne Manuel Valls avec une parfaite mauvaise foi dans le style PS le plus pur... On pourrait naîvement apparenter cette attaque personnelle à un début de bataille en règle du camp de François Hollande contre celui qui devient ainsi son concurrent à la prochaine primaire pour la présidentielle de 2012. Cela ne résoud toujours pas notre énigme : qu'est-ce que la gauche ? 

 

Car sans grande imagination, Valls propose de renommer le PS en "Mouvement de gauche". Bon d'accord, mais qu'entend-il par là, sinon un positionnement "anti-droite" et pas trop au centre non plus. Il y a bousculade autour du concept de gauche, et pas du tout autour du contenu : "parti de gauche", "front de gauche", etc. Ca ne sent pas trop l'ouverture, la tolérance et la fin du sectarisme gauchisant. Alorsd que même à droite, il y a déjà une gauche...moderne. Ce positionnement à gauche toute, ça sent un peu les vitrines poussièreuses de la Galerie de l'Evolution décrépie avant sa restauration. Valls sera-t-il le grand rénovateur de cette belle pétaudière dorée ? Il va devoir trancher ce vieux serpent de mer : anticapitalisme ou social libéralisme. Le Modem tremble... Mais avec tout ça, on ne sait toujours pas ce que c'est que "la gauche". Même si on s'en moque, c'est un sujet qui coûte au bas mot 25 millions d'euros par an aux contribuables (subvention annuelle au PS).

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mercredi, 15 novembre 2006

La mairie de Paris ne nous transporte pas de joie

medium_Traffic.JPGEn décembre 2005, le rapport Kopp / Prud’homme / Bocajero révélait que la politique de l’alliance Rose-Verts à la mairie de Paris n’avait abouti qu’à une dégradation des transports et de l’air respiré par les Parisiens.

La multiplication irréfléchie des couloirs de bus et la politique de « l’emmerdement maximum des automobilistes » a tout d’abord entraîné un net ralentissement de la vitesse moyenne des voitures…et des bus coincés dans leur couloir et facilement bloqués (carrefour, bus de devant à l’arrêt, livraisons, etc).

Plus grave, la pollution s’est aggravée du fait des embouteillages permanents, même aux heures creuses. Là où la majorité municipale espérait que le sacrifice des uns améliorerait la vie de tous, la réalité est toute autre : nous subissons tous une dégradation générale de nos conditions de vie.

Le rapport très récent de Jean-Pierre Orfeuil et Marie-Hélène Massot apporte un éclairage nouveau sur cette stratégie de la circulation. Pour eux, les deux points clef de la politique des déplacements de la majorité municipale, c’est le stationnement et les couloirs de bus.

Stationnement : politique de la pénurie aggravée

Le stationnement de surface offre 22.100 places gratuites, 22.300 places rotatives (payantes plein pot pour tous) et 123.100 places « mixtes » (donc accessibles aux résidents à un tarif très avantageux). Or, les 254.537 cartes de « stationnement résidant » indiquent un rapport de 2.1 entre le nombre de résidents…et les places « mixtes » disponibles dans leur ensemble. Autant dire que les tensions sont fortes pour stationner. Conséquence : la baisse  du nombre de déplacements automobiles à destination de Paris… et une vie difficile pour les Parisiens qui disposent d’une voiture.

L’abus de bus rend malade

Tout d’abord, c’est le réseau ferré qui fait fonctionner Paris. Certainement pas le bus. Pourtant, le métro ne propose que 200 km de lignes sur 16 lignes contre 600 km et 60 pour le bus. Quelles en sont les raisons ? Le bus est essentiellement utilisé par les Parisiens sur de courtes distances car sa vitesse est assez lente (proximité des stations, feux rouges…) et son rythme de passage, inadapté aux attentes. Il ne représente que 6 % de l’ensemble des déplacements, et 6.7 % de l’ensemble des distances parcourues. Peanuts ! Plus inquiétant, l’Ademe avait révélé que le bus polluait plus en Nox et en microparticules qu’une voiture par km-passager en 1997 ! Depuis, on se doute que la situation a radicalement changé. Bref, le bus n’est pas la panacée. Pourquoi lui avoir consacré tant de couloirs, alors que leur vitesse moyenne n’a finalement pas augmenté  et qu’il reste marginal dans l’ensemble des déplacements ?

Et le vainqueur est…
…le deux-roues, dont l’utilisation explose depuis quelques années. En privilégiant une approche purement technique, la politique des transports a éludé la question essentielle de la satisfaction des usagers. Or, ces derniers sont malins. Ils ont vite su choisir la voie rapide. Hélas, là où les voitures émettent 0.35 g/km de HC+Nox, les deux-roues en émettent 1.5 g : bien joué !

Bref, le résultat de la politique Delanoë-Baupin est un échec cuisant pour nos poumons et notre confort ! Nous en retiendrons surtout les emmerdements.

mardi, 24 octobre 2006

La Croix Catelan : un vrai tir au pigeon !

triathlon RacingTout le monde a suivi l'appel d'offre lancé par la Mairie de Paris pour la concession de la Croix Catelan, un prestigieux site sportif situé dans le Bois de Boulogne (qui, lui, est sous l'autorité de la Ville de Paris). Bien qu'occupée depuis 1886 ans par le Racing Club de France, le principe d'un appel d'offre au moment du renouvellement de cette concession n'était pas absurde en soi. Après tout, la mairie pouvait naturellement chercher une meilleure proposition que ce que le Racing Club de France offrait jusque là. Mais en étudiant de plus près le fil du dossier, qui est une première dans l'histoire de cette concession, et sans être parano, comment ne pas imaginer que cet appel d'offre n'est pas le fruit d'un arrangement préalable entre Lagardère et le PS ?


Le PS et la droite ont largement soutenu le projet d'Arnaud Lagardère qui est à la fois l'ami de Sarko (il a même "conseillé", selon le Canard Enchainé, de ne pas s'opposer à son projet) et de Delanoë. D'ailleurs, super-Delanoë ne s'est jamais justifié de cette relation politico-financière et de son incidence sur cette affaire. mais il faut avouer que quand on dirige un grand groupe dont l'Etat français est un client important, ces amitiés sont bien utiles. Le capitalisme de connivence à la française repose essentiellement là-dessus. En jouant sur l'image guindée du Racing (même Villepin y est inscrit) et en négligeant la formidable usine à promouvoir les talents des banlieues difficiles et à former des champions, la botte secrète de Lagardère était imparable.


Bref, après deux mois de (fausses) négociations, toutes contestées par les verts (contestations étouffées par le PS) qu'on ne peut accuser d'être les amis du Racing (ils ne fument pas le même gazon), la décision de la commission de 13 élus a tranché en faveur d'Arnaud. En quelques mois d'un intense lobbying, Lagardère mettait KO un Racing Club de France pris de court. Pour autant, Lagardère n'a rien promis concernant les activités de la Croix Catelan.


Aujourd'hui, l'inquiétude remonte en ce qui concerne les projets de Lagardère. Derrière ses soirées VIP, le champagne et son marketing flamboyant (même des journalistes ont joué le jeu de Delanoë et déformé le fond des dossiers), des questions de fond n'ont pas encore eu de réponse. La Croix Catelan, pour le Racing, c'était 7 millions de recettes de cotisations affectées aux sections sportives, 5.000 enfants de la région parisienne qui profitaient d'un encadrement (et d'un cadre) exceptionnel. Les nombreux bénévoles ont baissé les bras après cet échec. La lassitude est forte, après tant d'années d'implication personnelle, financière, de lourds investissements qui tombent aujourd'hui dans les mains d'un coucou venu voler leur nid évalué à 40 millions d'euros. Pire, Lagardère cherche à rcupérer les autres concessions du racing, notamment les immeubles de la rue Eblé et de la rue Saussure. Au total, c'est un patrimoine de 100 millions d'euros, patiente accumulation des cotisations réinvesties des membres du racing au cours des décennies, qui changeraient de mains brutalement, sur simple décision du prince.


Le Racing vient d'annoncer qu'il fermerait ses sections sportives. Derrière, c'est le néant Lagardère pour le moment.

Bravo Delanoë ! Bravo à l'opposition UMP !