mardi, 12 mai 2009

...comme tous ceux qui apparaissent à la télévision, le Premier ministre devait appliquer du maquillage pour des questions d'éclairage

Cette raillerie d'un tabloïd britannique suit la découverte du "protocole esthétique du visage" de Gordon Brown, oublié par un "employé de rang subalterne" (c'est beau la politique !) dans un taxi. Au moment où une série de scandales sur la mesquinerie des députés anglais chauffe les esprits, cette anecdote vient pimenter le débat à brûle-pourpoint. Même millionnaires et grassement payés par les contribuables, les élus du Royaume Uni n'hésitent pas à se faire rembourser de menus frais ("horse manucure") qui peuvent toutefois atteindre plusieurs milliers de Livres Sterling, des sommes conséquentes pour le commun des mortels. Un cas récent fait monter l'adition à 310.000 livres sur cinq ans de la part de députés irlandais nationalistes (qui n'ont jamais mis les pieds au Parlement !). Pourtant, les élus anglais sont très correctement traités. Certes, la France est bien plus généreuse...mais dans l'opacité la plus totale. Un système à revoir ?

 

Monographie.jpgContrairement à ce qu'affirment sans rire nos politiques, les élus français sont bien payés et équipés relativement à leurs homologues européens. Un député italien gagne 150.000 euros par an, contre "seulement" 84.100 pour un député français (seule partie imposable, la suite ne l'est pas !), mais le revenu italien inclut les dépenses courantes (même si un certain nombre de voyages et de services sont gratuits) et d'assistants. Alors que le député français dispose  de 70.000 euros de plus pour "frais de représentation" et 108.252 euros pour payer jusqu'à 5 assistants (qui peuvent être le conjoint, les enfants et d'autres proches, ce qui est heureusement souvent interdit ailleurs en Europe)...dont les députés gardent parfois une partie pour eux-mêmes. Cela dit, cela ne leur permet pas de disposer d'un véritable staff pour surveiller les dépenses et l'action de l'Etat, ni pour décortiquer les projets et propositions de lois. Pour illustrer cette carence, pensez qu'un sénateur américain a une bonne vingtaine de personnes à son service.

 

Le cumul de ces trois postes aboutit à un budget annuel de 262.350 euros environ, l'essentiel étant non imposable. Certes, il y a mieux. En Allemagne, ces trois postes sont de 92.016 de revenu, 46.416 de "frais professionnels" et de 176.544 euros pour payer des assistants, pour un total de 314.976 euros, sensiblement plus, mais à la différence de la France, le budget consacré aux assistants censés assurer un travail technique est plus important. Mais il faudrait comparer les retraites qui leur sont proposées en Allemagne avec les pensions en or françaises. Et puis les revenus d'autres mandats et fonctions que la France est l'un des rares pays à autoriser.

 

Car nos députés cumulent. Ils cumulent beaucoup : à côté du double mandat (supplément plafonné à 32.661 euros par an, une misère) mais aussi toute une série de postes non plafonnés, influents et très bien rémunérés (SEM, OPAC, syndicats et agglomérations de communes...). Lorsque Capital publie les revenus de nos élus, ils ne prennent pas en compte les rémunérations issues de leur position à la tête de commissions ou d'offices publics divers, ni les avantages en nature considérables. A Paris (où sont Delanoë, Goasguen ?), les rémunérations "officielles" oscillent entre 4.500 et 9.500 euros par mois officiellement, mais l'information est très insuffisante.

Tiens, Bruno Juliard, mastère en grève et blocages, voit ses 15 années de redoublement récompensées : 5.441 euros par mois, ça fera plaisir aux "Français d'en bas" dont les enfants voient leur avenir compromis par les blocages à répétition dont il a longtemps été l'animateur majeur.

 

La présidence d'une communauté d'agglomération de plus de 200.000 habitants ajoute 5.321 euros par mois au total hors plafonds, sans parler des appartements de fonction parfois royaux (et parfois à vie) et autres avantages bien agréables. Tentant, non ? Mais ils cumulent autant pour des raisons électorales que financières. Le grand connaisseur Giscard d'Estaing, battu par le roi du terrain, l'a bien formulé : "ceux que l'on voit beaucoup à l'Assemblée, on ne les voit jamais longtemps". Le fonctionnement de notre démocratie repose d'abord sur le double mandat et sur un temps important passé à jouer localement à l'assistante sociale. Pendant ce temps, le gouvernement contrôle, et les quelques députés qui comprennent quelque chose aux projets (parfois sous l'influence de lobbys intelligents) glissent des amendements dont personne d'autre ne comprend les conséquences.

 

Pas de quoi verser dans le poujadisme (si ?), mais de quoi exiger des comptes, la fin de ces cumuls indignes des mandats, une réduction sensible du nombre de députés dont le nombre trop élevé dilue l'importance de chacun d'entre eux. Bref, tous les sujets que la commission Balladur a fini par éluder sagement. C'est là que se trouve l'un des maux principaux de notre démocratie. Cette dérive affaiblit notre démocratie, renforce le poids de "partenaires sociaux" qui ne représentent plus personne, et réduit le débat public aux esclandres de salon tribune. Les premiers à en souffrir, ce sont les Français.

 

La réforme des institutions n'est pas allée bien loin. Pour paraphraser notre tabloïd, "comme tous ceux qui apparaissent en public, nos élus appliquent du maquillage pour des questions d'éclairage".