mardi, 14 juillet 2009

La culture reste une arme politique majeure

La plupart des Français, si on leur demande de citer le nom qui incarne le plus la Culture de notre pays, c'est souvent Jack Lang qui sort gagnant. Fête de la musique, politique de prix du livre, "démocratisation" de la Culture, etc. Personne ne viendrait citer Olivier Py, Patrice Chéreau, Angelin Preljocaj, Nathalie Dessay, Pierre Boulez, Fabrice Hybert, Jean Nouvel ou Jean-Marie le Clézio. Le grand gagnant de la diffusion de la culture en France, c'est le politique. Il est amusant de remarquer que la culture a connu la même croissance partout dans le monde, sans intervention d'un "Ministre de la Culture", parce que le niveau de vie s'est considérablement amélioré dans le monde, et que la consommation de loisirs culturels (la frontière entre loisir et culture reste difficile à établir) et d'art. Mais chez nous, la gauche a compris bien avant la droite que la culture, c'est branché et, surtout, que c'est une arme terriblement redoutable pour gagner l'estime populaire. Au moment des campagnes électorales, chacun cherche "ses" artistes sympathisants dans cette compétition à l'image. Jusqu'ici, les artistes les plus branchés penchaient à gauche. Mais avec l'arrivée de Carla Bruni à l'Elysée, la stratégie de communication de la droite a évolué.

 

A commencer par la défense de la loi Hadopi, qui est censée protéger une corporation d'artistes qui se sont montrés prêts à sacrifier nos libertés les plus élémentaires au nom de la préservation de leur modèle économique. Et Hadopi 2 est pire encore qu'Hadopi 1er. Même les députés UMP craquent. Mais la stratégie du Chateau est ailleurs. Nous savons portant tous que la partie est perdue et que les artistes devront vivre d'autres recettes : spectacle vivant, publicité, sponsors. Ce sont de véritables entrepreneurs (peu d'entre eux réussissent), mais qui ne connaissent hélas rien aux lois régissant les échanges et l'action humaine. Leur agent se charge de faire tourner la machine. Ils connaissent pourtant la même tentation que n'importe quelle corporation : protéger leur business, recevoir des subsides publics et assurer une diffusion étatique de leurs oeuvres, quitte à perdre un peu de leur liberté. Et contrairement aux artisans taxi, les artistes fameux ont un accès permanent aux médias et une image populaire qui les rend particulièrement influents, même lorsque leur discours est totalement inique ou absurde.

 

Après le combat pour Hadopi qui avait vu une partie des artistes de gauche (ils le sont majoritairement) soutenir  le Père Noël Sarko contre la mère fouettarde Aubry, nous voyons une nouvelle anecdote savamment instrumentalisée par l'UMP aux dépens de la gauche. Alors que lla droite n'hésite pas à poursuivre à la moindre invective, à tenter de faire interdire les paroles de rappeurs appelant à commettre des actes de violence, la voilà en train de défendre l'un de ces rappeurs, Orelsan, aux Francofollies, pour tacler Ségolène Royal, dont les propos dans le Sud Ouest ont déclenché la polémique, et la gauche prise entre le démarrage d'un nouveau conflit interne Aubry-Royal, ou l'immobilisme qui la condamne vis-à-vis des artistes proches de leur sensibilité. La foire d'empoigne a commencé. Jean-Louis Foulquier, fondateur des Francofolies de la Rochelle, a réagi aux propos très du dur de  Cali lors de l'annulation de la représentation du rappeur, et estimé dimanche sur RTL «c'est Ségolène Royal l'instigatrice de tout ça». Pan sur le bec. Très mauvais pour la gauche, tout ça. La droite jubile. Dans un complet retournement, elle a choisi d'utiliser les mêmes armes que la gauche à son égard. Comme avec le NPA, le FN de gauche, ça marche pour la culture.

 

La culture, plus que jamais, est surtout une arme aux mains des politiques qui savent l'instrumentaliser. Et la droite semble l'avoir enfin intégré.

lundi, 04 mai 2009

Quand les artistes jouent les marchands du temple

Dans une lettre adressée à Martine Aubry, Pierre Arditi, Juliette Gréco, Maxime Le Forestier, Bernard Murat et Michel Piccoli accusent "leur camp" de les avoir trahis. De la part d'artistes qui s'affichent ouvertement de gauche, voire qui ont longtemps été "compagnons de route du parti communiste", l'anecdote est croustillante. Ils n'ont pas honte de la jouer franco :

En ne les abandonnant pas à la seule loi du marché, la gauche avait sauvé les artistes dans notre pays. C'était vrai, en particulier, des dispositions prises sous François Mitterrand. Ceux de nos voisins qui n'ont pas fait ce choix-là n'ont plus de cinéma ni de musique.

 

C'est connu, il n y'a plus de musique ou de cinéma d'auteur au Royaume-Uni, dans le reste de l'Europe ou aux Etats-Unis (ne parlons pas du cinéma japonais, coréen ou de Hong Kong). On les comprend, c'est plus simple quand les subventions publiques tombent tous les mois sans avoir à penser au public. Ah, cruelles règles du marché. Il me semble pourtant que le cinéma d'auteur français n'a jamais été aussi dynamique qu'à l'époque où les subventions n'existaient pas, par exemple à l'époque de la Nouvelle Vague. Depuis, le flambeau du cinéma d'auteur a été repris par d'autres artistes de multiples pays.

 

Aussi est-il inquiétant d'entendre ce contresens majeur de la bouche de personnalités qui, finalement, agissent de manière bassement corporatiste :

Souvenez-vous en : le droit d'auteur est un droit de l'homme. Ce n'est pas parce que les PDG des nouvelles multinationales portent des jeans et des tee-shirts que leur âpreté et leur cupidité est moindre. Pour être cool en apparence, le capitalisme numérique n'en est pas moins sauvagement prédateur ! Héraclite nous enseigne : "le Peuple doit combattre pour ses lois comme pour ses murailles".

 

Un droit de l'homme contemporain et matérialiste, peut-être, mais pas de l'Homme dans la déclaration version de 1789. Quant aux PDG des multinationales si facilement caricaturés, ce sont au contraire les premiers défenseurs de la loi Hadopi qui protègent leur vieux modèle marchand périmé. Quand une artiste engagée (qui aurait pu cosigner cette lettre) comme Agnès Jaoui négocie ses tarifs pour ses films, elle ne pense certainement pas par cupidité. En fait, ses 500.000 euros annuels tombent d'un ciel généreux. Soyons sérieux.

 

Artistes, écoutez vos enfants, regardez le monde changer. Il ne veut plus de cet arbitraire d'un autre temps. Internet et l'univers numérique ont changé la donne. Mozart ne vivait pas de "droits d'auteur". Par la force des choses, les artistes de demain non plus. Puisse ce quarteron d'artistes s'occuper de ce qui le regarde pour laisser vivre l'humanité tranquillement. Nous avons assez de tyrans sur le dos pour ne pas récolter les artistes en plus.

 

Allez, j'en profite pour suggérer à Ségolène d"étoffer sa gamme en demandant pardon aux artistes pour le vote de Martine.

jeudi, 15 janvier 2009

La création est un métier

Culture.JPGPendant que ça tue à Gaza, que la crise plombe nos économies et notre quotidien, et que l'Europe se pèle sans le gaz russe, rien ne peut perturber le mouvement brownien de Nicolas Sarkozy. Heureusement, sa générosité avec notre argent a ses limites : "J'arrête là, j'ai fait assez de cadeaux à la culture". Il annonce toutefois un musée de l'histoire de France (tout président a son musée, c'est la tradition), sans doute pour encadrer encore davantage la lecture officielle de notre passé. A moins qu'il n'imagine des salles réservées aux divergences historiques (à quand une salle Jean Sévilla ?). Plus fort, il créé une conseil pour la création artistique. Sans doute pour rajouter une couche au sein du Ministère de la Culture entre les DRAC, les FRAC, le FNAC, les inspecteurs de la création et toutes ces strates qui font tant rire (ou pleurer) Marc Fumaroli ou Yves Michaud. Bref, la création était jusqu'ici encouragée, encadrée, surveillée, inspectée. Un conseil observera dorénavant le résultat et fera des propositions. L'aventure du Bateau-Lavoir n'aurait jamais pu avoir lieu dans ces conditions : avec le logement d'artiste, l'atelier subventionné, les oeuvres achetées par le 1% des dépenses publiques de construction, etc. pas question de laisser la place à la spontanéité. La création, c'est un métier.

 

Ce conseil de la création sera présidé par Marin Karmitz, un excellent lobbyiste lorsqu'il s'agit d'exploiter les arguments du politiquement (et culturellement) correct à son profit. Après avoir ferraillé contre UGC lors du lancement de la carte illimitée, il s'est attaqué aux salles subventionnées afin de bénéficier lui-mêmes d'aides consistantes sur ce marché de l'aide publique. L'homme a de la trempe et une bonne expérience du monde culturel, de ses blocages...et de ses courroies de transmission. Dans une interview au Monde, il expose son ambition :

Cette structure part d'un constat : la culture a disparu du champ politique. Depuis De Gaulle et Malraux, puis Mitterrand et Lang, elle n'est plus au cœur de la politique.

[...]

Avec des professionnels, je veux proposer des solutions pour que la création redevienne un élément de l'imaginaire, du rêve, de la cohésion sociale, qu'elle redonne un mouvement à la société.

 

Le message est clair : il veut re-POLITISER la création, et il veut des PROFESSIONNELS, parce que l'amateurisme, c'est terminé. Veut-il dire que le Ministère et ses effectifs de 26.000 personnes n'étaient pas assez professionnels et ne soumettaient pas assez la création au politique, ou bien qu'ils étaient en trop comme le pense Jean-Jacques Aillagon ? Il y a un bug qu'on distingue bien dans sa réponse à la dernière question :

Le monde culturel risque d'être choqué qu'un conseil de la création soit présidé par le président de la République.

Est-ce qu'à l'époque de De Gaulle, il aurait été terrorisé ? Est-ce qu'il a été terrorisé par Mitterrand ? Moi, j'ai commencé à être très inquiet quand Mitterrand a invité Berlusconi à lancer en France la première télévision privée. Et terrorisé quand la culture a disparu des préoccupations des politiques.

 

De Gaulle, en créant le Ministère de la Culture, a surtout "placé" son fidèle Malraux à un poste symbolique. La vraie catastrophe remonte aux années Mitterrand, lorsque Jack Lang est parvenu à faire du monde artistique agréé le meilleur porte-parole de la gauche ainsi devenue branchée, porteuse d'un message social et culturel. Lorsqu'on évoque la culture française depuis 30 ans, le premier nom qui nous vient à l'esprit, ce n'est pas Pierre Boulez, Jean Nouvel, Christian Boltanski ou un autre artiste mais Jack Lang politicien. La Culture a ainsi été domestiquée, achetée et instrumentalisée. Avec son accord, tant pis pour les contestataires qui n'ont qu'à s'expatrier (et ils l'ont largement fait). On comprend donc bien que le monde de la culture va certainement avoir peur de devoir faire la communication de la droite plutôt que de la gauche qui se l'a féodalisé sous son emprise depuis 1981. Et ce n'est pas le roi du business des subventions, homme d'affaires redoutable, qui va faire changer d'avis ce microcosme culturel-et-zindépendantmaisdegauche. Il ne s'agit pas d'une question de principes, mais bien idéologique.

 

Bon, tout ceci reste assez banal. J'en profite pour vous recommander un bijou du cinéma indépendant : "The frozen river". A voir absolument. Je ne saurais raconter l'histoire sans en dire trop...ou pas assez au point de vous décourager d'y aller. Les deux actrices principales sont remarquables, la tension et l'humour sont bien dosés, le tout vous trotte dans la tête longtemps après. Des questions essentielles sont posées crûment dans cet univers de totale précarité, à chacun de leur apporter sa réponse. Rien n'est caricatural, et tout remue. Bref, il faut y aller, surtout tant que le film est joué dans une salle du réseau Karmitz.

 

Devinette.JPGAutre création, mais nettement moins réussie, celle d'un artiste tchèque installée à l'entrée du Parlement Européen qui a déclenché un incident diplomatique à l'échelle européenne. Censé représenter les 27 Etats-membres de l'Union Européenne par des objets apportés par 27 artistes de chaque pays respectif, l'artiste a préféré contribuer seul à l'enrichissement du patrimoine culturel européen... et sans doute aussi éviter de partager le chèque. La France est symbolisée par le mot "grève", l'Allemagne par une coix gammée d'autoroutes, les Pays-Bas par des petites mosquées, la Bulgarie par des toilettes et la Roumanie par Dracula. Le Royaume-Uni, lui, est absent (l'opt-out aurait-il été exercé d'autorité par l'artiste ?).  On ne sait pas combien à coûté cette inepetie de mauvais goût qui pèse une tonne. Mais on devine que tout le monde peut y trouver une occasion de s'engueuler avec ses voisins, moyen comme un autre de créer du lien. Le Premier Ministre tchèque a dû s'excuser publiquement auprès des autres représentants européens, il n'avait pas besoin de ça après l'accueil glacial que les Palementaires lui avaient réservé (serait-ce un complot dans son dos de Vaclav Klaus ?). 

 

aaa Parlement Europeen.jpgLa création, c'est formidable, mais à condition de respecter les sensibilités nationales et d'éviter le mauvais goût..enfin ce qui n'est pas sdu goût des bureaucrates de la Culture. Nicolas Sarkozy crééra-t-il un conseil européen de la création avec Luc Besson à sa tête ?

 

En attendant, Desproges, s'il n'a pas été incinéré, doit se retourner et faire des salto dans sa tombe.

dimanche, 04 janvier 2009

La question de la suppression du ministère de la culture peut se poser

Ainsi s'exprime Jean-Jacques Aillagon dans un interview au Monde du 30 décembre. Cet ancien président du Centre Pompidou, ancien ministre de la culture et actuel président de l'Etablissement public de Versailles ne nie pas l'importance de la culture, ni celle de son soutien, comme l'indique son parcours. Mais sa longue expérience du monde de la bureaucratie culturelle l'a amené à ce constat plein de lucidité :

Aucun autre ministère n'est autant obsédé par sa propre existence, au point de devenir une machine à communiquer. Chaque jour, le ministère annonce, déplore, remercie, félicite, se chagrine. Cette hypertrophie du discours a fait naître l'illusion qu'aucune action culturelle ne pouvait exister sans qu'il en soit l'acteur, l'intermédiaire, le promoteur.

 

La promotion politique de la culture est un excellent vecteur de communication qui permet de s'attirer les faveurs de corporations culturelles de plus en plus influentes. Mais en 40 ans, la culture a pris une part bien plus importante que cette seule dimension politique dans la vie des Français.  Avec l'évolution de notre mode de vie, son importance dépasse très largement le ministère de la culture, son budget de 2,821 milliards d’euros et ses 25.000 fonctionnaires. A côté des industries culturelles et des grands établissements publics qui acquièrent chaque année, en toute logique, davantage d'autonomie, les collectivités locales sont les plus actives à promouvoir la culture, notamment pour ses répercussions économiques en termes d'image. Malgré tout, le ministère de la culture continue à vouloir dominer la Culture et la forger selon sa propre vision.

 

Petite illustration de ce rapport étrange. Demandez autour de vous qui a le plus marqué la culture française ces dernières décennies, le premier nom qui vient à l'esprit de tous les Français, c'est Jack Lang. Eventuellement Malraux si vous posez la question à la sortie de la Hune à Saint-Germain des Prés. Personne ne cite un auteur, un peintre ou un chef d'orchestre compositeur comme Boulez. Au niveau régional, on ne restaure pas "la Cathédrale de..." mais "Le Conseil Général est heureux de financer ...". Le célébrité du politique a pris le pas sur celle de l'artiste. La bureaucratie du ministère et ses nombreuses strates dominent la création, parfois jusqu'à l'étouffer.

 

Bernard Faivre d'Arcier, ex-directeur du Festival d'Avignon et cofondateur d'Arte (chaîne publique franco-allemande dont j'avoue toutefois admirer la qualité des programmes) sous Fabius, a directement attaqué Aillagon à la suite de son article pour son incompétence et son manque de reconnaissance à l'égard du monde de la culture en tant qu'ex ministre de la culture. Il rappelle la mission prétendue de ce ministère, celle d'avoir une vision de la Culture afin de la développer et de la diffuser aux Français. A l'étranger, la notion de "politique culturelle" ferait tout de suite penser à Staline, Mussolini ou Mao. Chez nous, elle évoque "démocratisation de la culture". Le ministre et son équipe participent donc à la construction de notre culture, tant dans son axe de préservation du patrimoine que dans celui de la création. Selon leurs critères, les artistes ne peuvent se débrouiller seuls, le public n'a pas suffisamment de goût et le secteur privé suscite toujours de la méfiance, surtout en projetant sur lui le processus habituel de récupération et d'instrumentalisation par le politique. Sans le ministre et son administration, notre culture disparaîtrait ou sombrerait dans une médiocrité insupportable. On se demande comment font les autres pays, et les artistes qui ne bénéficient pas de ce soutien public. Evidemment, cela suppose que le ministre dispose de toute l'information concernant la création et le patrimoine, avant d'arbitrer et de soutenir certains projets plutôt que d'autres selon ses propres critères à la fois esthétiques...et plus politiques.

 

Aillagon devra sans doute supporter d'autres assauts de la nomenklatura culturelle, cette classe qui se prétend supérieure au reste du pays et se targue de pouvoir "éduquer les Français" en leur apportant cette nourriture spirituelle sans laquelle ils ne sont que vils beaufs. Comme Jean-Michel Ribbes avant lui sur la question plus pointue du théâtre et de la création. Je lui souhaite tout le courage nécessaire pour approfondir sa réflexion et défendre sa position qui elle, au moins, est honnête.

lundi, 14 janvier 2008

Le culte de la culture du résultat à la Culture

0f020a0d6c3a66a96690a5fd881a3553.jpgDans son action culturelle, le gouvernement a choisi une voie résolument dirigiste. Le mouvement vers l'autonomie totale des musées est stoppé net, la gratuité imposée constituant un grave retour en arrière. La fin de la pub sur les chaînes publiques va engendrer 800 millions d'impôts nouveaux, prélevés notamment sur les factures de téléphonie mobile et Internet. A ces mesures pas si anecdotiques qu'on peut le croire, les critères d’évaluation du travail du ministère de la culture vont ajouter la dimension de la performance. Ce qui est bien naturel à partir du moment où un Ministère existe pour "fonctionnariser" la Culture. Nous pourrons enfin connaître les priorités du pouvoir, en l’occurrence celles que Nicolas Sarkozy a fixées à Christine Albanel, son actuelle ministre de la Culture jusqu'au remaniement attendu.

 

Les grands axes de l'évaluation concernent l'éducation artistique, la démocratisation culturelle dans les musées, la lutte contre le piratage, la place de la France dans la compétition internationale et la politique du patrimoine. S’il est bien connu que "la Culture n'est pas une marchandise comme les autres", les notions utilisées "d'industrie de la culture", de "produits culturels", de "parts de marché" ou de "piratage" montrent qu'elle n'en reste pas moins une marchandise avec des acteurs économiques traditionnels, des segments de clientèle qu'il faut séduire et fidéliser et des produits qu’il faut protéger, vendre et exporter.

Ce qui peut choquer...ou rassurer selon l'angle choisi, c'est l'absence de critères concernant la création dans la grille proposée. Cela confirme que le Ministère de la Culture a pour mission essentielle de produire et de diffuser la Culture en gardant le contrôle maximal sur toute la chaîne, soumettant implicitement l’acte créatif, jugé accessoire, à la validation de ses responsables. La Culture n’est donc qu’un outil au service de l’administration et, dans une certaine marge, des gouvernements successifs, avec une double ambition implicite :

-         Eduquer et divertir le peuple selon des normes dictées par l’administration de la Culture. Ces normes mélangent le divertissement courant à des évènements plus médiatiques, modes éphémères qui donnent une impression d'élévation du niveau général selon des critères prétendus élitistes. Cette forme d’académisme moderne surfe sur un fond uniformément contestataire, forme de "pensée unique" de la création encouragée, sur lequel les gouvernements n’ont que peu d’emprise. En revanche, ceux-ci retirent tout le bénéfice de leur « volontarisme culturel », dernier espace où le nationalisme de gauche comme de droite peut s’épancher sans être taxé de xénophobe ou de ringard.

-         Maintenir accessible une production plus hermétique, fort onéreuse (opéra, ballet, théâtre, art contemporain) destinée à un petit public exigeant, essentiellement parisien. Les contribuables de toute la France financent ainsi 75 % du coût de spectacles et d’évènements qui se prétendent 'élitistes' destinés principalement aux intellectuels et CSP++. 

 

Bref, on le voit bien : la 'Culture' n'est pas une marchandise comme les autres, elle est avant tout comme un outil politique ciblé, entièrement au service des différentes composantes du pouvoir.

mardi, 08 janvier 2008

Descente aux enfers d'un junkie

a7c087f0d6c41959bed5e53994274b23.jpgIl allait bien, sa vie était une grande réussite. Son oeuvre, sa fierté. Et puis tout s'est effondré après une lente descente dans la dépendance. Une dépendance physique, celle qui vous empêche de dormir, de penser puis de respecter les autres comme soi-même. Celle qui vous rend accroc, violent, qui vous emmène en garde à vue et vous fait passer la nuit au commissariat. Il risque gros aujourd'hui. Le témoignage des individus agressés est édifiant :

" Quand j'évoque le gel des 4 %, il brandit une chaise en fer qui est partie en direction de l'administratrice, puis une deuxième, qui me vise et fracasse une armoire de verre. Une troisième pulvérise mon bureau.". Dans le couloir, il concasse les photocopieuses et arrache les radiateurs avant de sortir dans la rue et d'être cueilli par la police.

 

Comment un homme lucide, responsable et sensible peut-il en arriver là ? La drogue. En fait, une drogue bien particulière : les subventions. Le fondateur du merveilleux cirque Zingaro est devenu un vulgaire junkie en quelques années. Au point de jeter des chaises à la tête de fonctionnaires du Ministère de la Culture d'Etat ? Pourtant, lui même n'y aurait jamais cru au lancement de son école équestre à Versailles, en 2003. Bartabas estimait alors que l'Académie pourrait s'autofinancer avec les visiteurs payants, la diffusion de spectacles et le mécénat. En 2006, premier trou. L'Etat comble en bon dealer qui rend ses clients dépendants. On offre un peu de marchandise dans un creux, histoire de bien ferrer le client. Bartabas est un bon client, mais il replonge en 2007 avec un trou de 350.000 euros ! L'Etat avance 110.000 euros, rallonge de 100.000 euros mais ne va pas plus loin. La Ville de Versailles complète un peu, la région, elle, refuse de mettre l'argent des contribuables sur la table. C'est la crise.

 

"Toucher des subventions tue"

 

Bartabas ne comprend pas qu'on "chipote sur 100 000 ou 200 000 euros alors que l'Académie est unique". La Culture, après tout, n'est pas une marchandise comme les autres. Il est bien naturel d'exiger un chèque en blanc auprès de contribuables captifs, comme les milliers de troupes qui ont des projets également intéressants. Le dealer de subvention, appelé "Ministre de la Culture", propose hélas ses doses sur un marché qui explose. Tout le monde en veut : cirque contemporain, théâtre de rue, nouvelles troupes, opéras, ballet contemporain... Comme tant d'autres, Bartabas l'indomptable a plongé, dompté par le mal.

 

Bartabas, je te recommande une bonne cure de désintoxication. Ré-apprends à vivre sainement, librement, sans dope d'Etat. Retrouve tes esprits...et la santé.

 

 

mercredi, 05 décembre 2007

L'exception culturelle en France : une mort annoncée ?

10708fb929d333d167a96e57fb0ad1a5.jpgScandale dans le microcosme culturel français. Time Magazine a choisi une confrontation directe avec la création française. On peut dire que l'article "The Death of French Culture" fait des remous en France. Cette revue internationalement reconnue met sur la table les arguments habituels, ceux que l'intelligentsia parisienne nie systématiquement. Après un bilan un peu noirci, et avant une fin plus lumineuse et optimiste, l'analyse est rude :

 

L'exception culturelle française est avant tout un concept protectionniste, sinon nationaliste. Ce sentiment est d'autant plus fort que la Culture est utilisée comme un outil politique, tant sur le plan intérieur qu'à l'étranger au nom du "rayonnement de la France" :

France has led the charge for a "cultural exception" that would allow governments to keep out foreign entertainment products while subsidizing their own. French officials, who believe such protectionism is essential for saving cultural diversity from the Hollywood juggernaut, once condemned Steven Spielberg's 1993 Jurassic Park as a "threat to French identity." They succeeded in enshrining the "cultural exception" concept in a 2005 UNESCO agreement, and regularly fight for it in international trade negotiations.

 

L'art de la fin du XIXeme siècle et du XXeme siècle a cherché à s'émanciper de l'Etat et du pouvoir. Malraux a tenté un retour subtil de l'Etat comme grand mécène. Jack Lang a remis l'Etat au coeur de la politique culturelle, quitte à aboutir à de nouvelles formes de normes académiques contemporaines. En tout cas, l'art est à nouveau sous la tutelle du pouvoir dans notre pays.

"A lot of French artists were created in opposition to the education system," says Christophe Boïcos, a Paris art lecturer and gallery owner. "Romantics, Impressionists, Modernists — they were rebels against the academic standards of their day. But those standards were quite high and contributed to the impressive quality of the artists who rebelled against them."

 

Effet pervers de la reprise en main du secteur de la création par l'Etat et ses 11.000 fonctionnaires de la culture, les Français ne sont pas tentés de s'y impliquer eux-mêmes. Le régime des fondations, l'un des plus stricts au monde, leur impose la présence d'un représentant de l'Etat au conseil d'administration. Pourtant, partout dans le monde, c'est l'argent du secteur libre, privé, qui fait vivre la création pour l'essentiel. Quoi qu'on pense de l'état actuel de notre création, cette analyse n'en reste pas moins fondée. Art libre = argent libre.

Another problem may be the subsidies, which critics say ensure mediocrity. In his widely discussed 2006 book On Culture in America, former French cultural attaché Frédéric Martel marvels at how the U.S. can produce so much "high" culture of lofty quality with hardly any government support. He concludes that subsidy policies like France's discourage private participants — and money — from entering the cultural space. Martel observes: "If the Culture Ministry is nowhere to be found, cultural life is everywhere."

 

Enfin, la notion commerciale reste un grand tabou dans le monde de la culture. Une pièce, un film ou un livre à succès, c'est dégradant. Ce principe constamment défendu par cette intelligentsia isolée du "grand public", dont elle a une tendance à mépriser ouvertement les goûts, vise à rompre le lien entre l'artiste et le public. L'artiste ne doit pas penser au public, à son public, bref à la demande. La culture n'est pas une marchandise comme les autres. L'artiste subit donc davantage les normes établies par son microcosme fermé, par les serviteurs de l'Etat qui, le cas échéant, lui assurent sa pitance. Personne ne peut nier la distinction évidente qui sépare la culture-loisir de la culture-exigence, même si la frontière est difficile à fixer tant chacun peut la déplacer à sa guise. mais cela ne change rien au principe général. A chaque segment de trouver son public...donc son financement, qu'il provienne de ventes au détail ou du mécénat.

 

Plus important, ériger des barrières entre les différentes cultures pour protéger les unes des autres, c'est limiter arbitrairement la libre circulation des idées et de la création selon des critères très arbitraires. Un film produit en France et joué par des acteurs français sur notre territoire n'est-il pas français parce qu'il est financé par des capitaux étrangers ? Un peintre qui a vécu toute sa vie à New York est-il encore français ? En privilégiant un certain périmètre au détriment du reste, on limite l'émulation et la diversité. On fragilise la vitalité culturelle qui, heureusement, a suffisamment de ressource pour ne pas s'éteindre. Il est temps de remettre en question notre Etat culturel afin de redonner son essort à la création.

jeudi, 05 juillet 2007

Fillon coupe dans le budget des musées

Pour rendre son discours de politique générale moins terne (c'est raté), François Fillon a annoncé que la gratuité d'accès aux musées serait expérimentée dans des établissements de Paris et de province. A priori, cette mesure semble généreuse. On croirait presque que notre François va sortir l'argent de sa poche. Détrompez-vous, c'est vous qui paierez.

 

Allant dans le sens opposé de la tendance récente qui accorde plus d'autonomie aux musées, notre bon François a donc décidé que ceux-ci n'auraient plus de recettes de billetterie. Et tant pis si leur budget devient trop étriqué pour assurer leurs missions. Une petite rallonge leur sera certainement accordée par le ministère de la Culture (donc par le contribuable qui n'est pas encore assez sollicité). Ainsi, tous les Français qui se moquent éperdument de ces musées auront la fierté de payer, par leurs impôts, l'équivalent des billets dont ils ne voulaient pas. Nous découvrons ici la botte secrète de Fillon : "Si tu ne viens pas au musée, la facture viendra à toi !"

 

Allez, une petite touche pour vous faire plaisir. Une grande part des entrées collectées par ces musées provenant jusque là de touristes tout heureux de venir dépenser leur argent pour faire vivre le secteur culturel français, ce seront dorénavant les Français qui assureront, par leurs impôts, le bonheur des étrangers venant chez nous, concept encore inédit dans l'économie du tourisme. C'est aussi ça, l'innovation du gouvernement Sarkozy !

 

Enfin, Fillon tente maladroitement de commettre la même erreur que la gauche en expliquant que la culture ne serait pas une marchandise comme les autres : "Je veux que les jeunes puissent accéder facilement à toutes les ressources culturelles, à travers 'un passeport culture' valable sur l'ensemble du territoire", a-t-il dit lors de sa déclaration de politique générale devant l'Assemblée. S'il allait au musée, François saurait que les jeunes ne payent déjà pas. Mais peut-être place-t-il la barre de la jeunesse en dessous de 40 ans ? Quant au passeport, de nombreux musées le proposent déjà pour des tarifs modiques. Bref, tout le monde ne manie pas le strass et les paillettes comme Jack Lang.

Au contraire, le secteur culturel est un secteur économique important qui exige des moyens, qui fait travailler beaucoup de monde, presque 500.000 personnes (voir rapport page 201), et qui apporte du bonheur à un public demandeur... ou des bides confidentiels lorsque l'offre ne recontre pas son public.

 

Nier les aspects économiques de ces échanges permet avant tout de faire de la culture :

  • un outil politique, au mieux clientéliste, au pire de propagande.
  • un secteur où règne la précarité : "entre nous, pas d'histoire d'argent". Les stars ramassent, les autres rament.
  • un système opaque qui subventionne une production marginale fortement élitiste qu'un tout petit public amateur et argenté ne veut pas payer de sa poche, en échange de quoi il nourrit une offre de loisirs dits "culturels" de masse, sympa mais sans ambition, qui satisfait un très large public que le simple mot "culture" fait rêver.

 

Les musées constituent une petite part de ce vaste secteur culturel. Ils contribuent largement à l'économie touristique et véhiculent une image forte auprès des visiteurs. Aussi de nombreux mécènes ont-ils compris l'intérêt qu'il y avait à aider ces institutions...qui n'ésitent d'ailleurs plus à s'exporter quand leur savoir-faire, leurs réseaux et leurs stocks le permettent.

 

 Bref, cette pseudo gratuité constitue donc une régression inquiétante pour notre économie de la culture.

lundi, 09 octobre 2006

Une Nuit Blanche solidaire, festive et citoyenne

medium_IMG_3599X.jpgCette année, une fabuleuse Nuit Blanche, la 5eme depuis le lancement de cette idée formidable qui se répand dans toutes les grandes capitales du monde, a encore une fois illuminé le coeur et la nuit des Parisiens, des Franciliens, de tous ces citoyens du monde qui se sont retrouvés dans des embouteillages monstrueux pour communier ensemble autour de cette nouvelle foi. Evidemment, il fallait prendre le métro, le vélo ou ses rollers. Hein Mamie !

 

L'art contemporain attire peu en France. Même cette Concorde en bleu, référence au 1er degré à Yves Klein, le gaz et les ballons en moins, vallait le coup. Un éclairage bouleversant en bleu. D'habitude, la lumière est un peu jaune. Là, bleue ! Sidérant !

Les Français sont certainement bêtes...ou incultes aux dires du personnel pléthorique du ministère de la culture (dont le budget approche tout de même de celui de la Justice). Ils ne comprennent pas les enjeux de la modernité artistique. Les requins découpés et plongés dans le formol d'un Damien Hirsch ou la bouse d'éléphant séchée sur des vierges de Chris Offili ne les émeut point. Quant à Fabrice Hybert, ils ne savent même pas que c'est l'un des plus brillants artistes de sa génération ! On se marre. Pitoyables, ces Français. Et bien si les gens ne vont spontanément à l'art contemporain, la ville de Paris fait venir l'art aux gens ! C'est excellent pour le tein...et surtout pour les élus qui gardent une image branchée par ce contact avec l'avant-garde de l'avant-garde. 

 

 Cette petite folie a un coût. 1.15 millions d'euros pour une seule nuit (en plus des 500.000 euros de sponsors heureux de festoyer aux côtés du PS montant). Jeff Gleich, de la galerie g-module, apprécie cet engagement citoyen dans la création contemporaine : "La Mairie de Paris soutient dix fois plus d'initiatives culturelles que celle de New York, ville où tout est aux mains du privé." Encore un qui a eu sa part du gateau ! Toutefois, une réaction corporatiste pointe déjà : les galeristes regrettent la date retenue, juste avant les foires d'art contemporain de Paris (Fiac) et, surtout, de la foire la plus à la mode : la Frieze de Londres. Elles n'ont pas eu le temps de s'y consacrer, c'est à dire de tenter de vendre leurs artistes à la mairie généreuse. Delanoë, ce mini-Jack à l'image déjà déclinante, l'a promis : il y aura un gros budget pour les oeuvres qui accompagneront le tramway ! Un si petit budget méritait bien quelques oeuvres d'art pour arrondir l'ensemble. Espérons que les automobilistes à l'arrêt dans les embouteillages interminables de la petite ceinture pourront en profiter aussi.

 

Des 1.5 millions de touristes et de Franciliens qui ont tenté de voir un, voire deux lieux transformés, combien ont eu l'immense honneur de suivre les 24 heures montées au Palais de Tokyo autour du philosophe Michel Foucault, ou de rencontrer l'un des 140 médiateurs qui ont arpenté la ville pour répondre aux questions du public ? La capacité de création de jobs bidons par les pouvoirs publics, à quelque niveau que ce soit, est épatante. En tout cas, tout le monde s'accorde à trouver cette nuit spectaculaire, ludique, mais anecdotique et éphémère.

 

Etrange, plus l'Etat met d'argent des contribuables dans l'art, moins le sentiment général change. Le public féru d'art contemporain n'a pas évolué en 20 ans. "C'est désespérant de se dire qu'à Londres, il y a autant de public pour l'art qu'à Paris pour le cinéma, et de devoir vulgariser l'art pour aller vers le grand public. ". Pourtant, c'est gratuit pour le contribuable londonnien ! Ceci explique peut-être cela. Quand on met de sa poche, on apprécie mieux que quand on vient s'y servir comme l'Etat. Même Freud n'avait pas imaginé pareille méthode pour impliquer ses clients ! Hélas en France, quand on aime, on ne compte pas...surtout quand c'est l'argent des autres.

 

Voici un passage pris dans le Monde de ce début de semaine. Laurent Godin est un galeriste qui a dirigé plusieurs années le Rectangle, centre d'art de Lyon. Il défend la Nuit blanche : "Il y a une grande agressivité dans le monde de l'art. Mais moi qui ai connu le désert de l'art contemporain, je ne peux me plaindre de cette masse de gens, ni de voir que les puissances publiques s'en emparent. Et tant pis s'il y a des dérapages.". Lui aussi a dû recevoir de belles miettes du gateau.

Dérapages ? Un commissaire d'exposition indépendant, qui préfère rester anonyme, dénonce : "Il y a une ingérence totale du politique. La Nuit blanche est le joujou des grands chefs. Un jouet cher, stupide, cassable et épouvantable à vivre. L'initiative est populiste, contre-productive, au détriment d'une vraie pensée, et conforte le public hostile dans son idée que l'art, ce n'est que ça ! Quand on sait à quel point tout le monde galère dans les structures parisiennes de l'art contemporain, c'est une déroute grave et misérable."

 

Ce sera ma conclusion.

 

 

vendredi, 06 octobre 2006

Intermittence du spectacle : faux débat ?

La précarité du monde du spectacle est manifeste. Derrière le clinquant des stars de la scène et, de plus en plus, du cinéma et de la télévision, la plupart des artistes et des techniciens du monde des arts vivants subissent une situation difficile, parfois très difficile. Certes, une petite tranche de cette population s'en sort bien en enchainant des contrats toute l'année, mais cette "classe moyenne" du secteur reste largement minoritaire dans l'ensemble.

medium_EteignezTV.jpgLes annexes 8 et 10 à la convention d'assurance chômage sont venues répondre à la précarité naturelle du secteur du spectacle, puis du monde audiovisuel, il y a 40 ans. Aujourd'hui, le système montre des signes de grande fragilisation avec la massification accélérée d'un secteur de plus en plus Etatisé, bureaucratique et en décalage avec les attentes des Français. Ce régime attire quantité d’individus qui, à défaut d’avoir des qualifications ou un talent pour se trouver un emploi, accumulent les petits boulots dans ce secteur économique pour rentrer dans le cadre de ces annexes et se déclarer « artistes » ou « techniciens du spectacle ». Résultat, la population des intermittents a exlosé en 10 ans, sans doute en partie à cause de la montée du chômage de masse. J'ai pu lire que la durée moyenne du travail de l'intermittence a baissé de 40 % entre 1986 et 1999, les rémunérations annuelles de 37 % !


En 1991, 99.000 intermittents pèsent sur le régime général (du privé) à hauteur de 217 millions d'euros.
En 2002, 135.000 intermittents coûtent 828 millions en solidarité occulte (très peu de salariés du privé savent que ce sont leurs charges sociales qui financent ce régime). La situation ne fait que se dégrader, année après année. La dernière mini réforme n'a pas inversé ce cours des choses.


Il est nécessaire d'ouvrir un vrai débat sur l'organisation du monde de la culture. Car si je me déclare foncièrement medium_26_20juin_20bis_20013cop800.jpgopposé au système établi de l'intermittence, pour des raisons éthiques que j'énonce plus bas, nous savons tous qu'il n'est pas possible de le remettre brutalement en cause sans aborder la question dans son ensemble. Trop de monde dépend de ce système fragile pour nous permettre une "rupture" brutale.


Quelles questions délicates le système de l'intermittence du spectacle soulève-t-il ?

1) RÉPARTITION MUTUALISTE VS ASSURANCE CAPITALISTE... répartition = ponction sur les salariés du privé mais secteur public épargné

Pourquoi les fonctionnaires ne contribuent-ils pas au système sur leur salaire mais seulement le secteur privé ? Cette injustice est franchement choquante ! D'autant plus que le budget de notre Etat culturel ponctionne déjà le budget des ménages via leurs impôts (nationaux et locaux + redevance TV), sans parler du coût d'accès direct à la culture (billet de
spectacle par exemple).

2) UN CONTEXTE GÉNÉRAL DE CASSE SOCIALE... alimentée par le statut lui-même ?

Ce système n'incite-t-il pas les maisons de prod et les théâtre à sous-payer artistes et techniciens, sans même parler des abus pour obtenir le bon nombre de cachets ou pour faire bosser ces personnels alors qu'ils sont déclarés chômeurs ? Les témoignages (sous couvert d'anonymat pour ne pas se faire griller) sont nombreux dans ce sens.
Que penser de ce que Pierre Cabanes écrit dans son rapport, en 1997 : le système « génère et accroît le risque qu'il est censé couvrir. Ainsi un surcroît d'activité des entreprises en cause, loin de contribuer à l'équilibre financier du régime, en accroît le déficit (...) L'emploi intermittent chasse l'emploi permanent et par des procédés proches de la concurrence déloyale, l'entreprise « artificielle » sans véritable employeur contraint l'entreprise normale soit à disparaître soit à l'imiter ».

3) TOUT TRAVAILLEUR DU SPECTACLE EST UN TRAVAILLEUR COMME LES AUTRES...  comme les autres mais différent

De nombreux métiers sont précaires, pourquoi privilégier les arts vivants et non pas les écrivains, les peintres, sculpteurs...les artisans de secteurs sensibles... Où est la limite ?

Vous me direz : pourquoi ne pas étendre le système à tous ?medium_ciseaux.gif

Oui, mais ces "droits" pèsent sur les droits des cotisants pénalisés. Ce sont en fait des "droits créance". Le système prend aux une pour financer le choix d'activités des autres, et en douce qui plus est.

4) NI ETAT, NI PATRON... mais le pognon !

Le financement des intermittents coûte presque 1 milliard d'euros aux salariés du secteur privé. On sait que le poids des charges explique une partie du chômage. Ce milliard contribue donc à la situation actuelle, même si c'est à la marge (ajoutez 1 milliard ici, 1 milliard là,... et les sommes deviennent vite conséquentes)


Enfin, la question de l'Etat culturel est essentielle. Quel doit être le rapport entre l'Etat, politique et bureaucratie, et la culture ? Comment le secteur de la culture doit-il fonctionner : "aux ordres de..." (des maires au ministère, en passant par les conseils généraux et les hauts fonctionnaires de la culture qui tiennent les cordons de la bourse et entretiennent leur réseau), sous la dépendance de maisons de production (liées au secteur public ou, autre exemple, sous-traitant pour le compte de chaines privées liées au pouvoir telles que Bouygues) qui se comportent en exploiteurs d'individus que ce statut de l'intermittence leur a offert en pature ?


Je ne pense pas qu'un nouveau réglage de l'intermittence soit une solution convenable. Ce système entretient la précarité générale, favorise les abus tant des employeurs que des intermittents, maintient une fausse solidarité (arbitraire, occulte et injustifiée) et ne traite pas des questions bien plus fondamentales. Le sujet véritable, pour moi comme pour Alternative Libérale, c'est l'architecture de la culture dans son ensemble, et le rapport entre les Français et ce secteur de la Culture.



Grand amateur de théâtre (public, je le confesse), de nouveau cirque et de ballet à titre personnel, je suis attristé de suivre ce faux combat de l'intermittence qui détourne le débat (ou plutôt l'absence de débat) de la culture même.