jeudi, 16 août 2007

Réchauffement économique en Afrique ?

c23737589cbf6e5f05724c928fd10d80.jpgLorsqu'on évoque l'Afrique, l'homo occidentalis moyen pense spontanément pauvreté, sida, coruption, guerres tribales. Les solutions qui lui viennent à l'esprit sont tristement banales : ONG, annulation de la dette et aide financière d'Etat à Etat avec condescendance. Bref, les clichés ont la vie dure. Pourtant, nombre d'observateurs constatent une réelle évolution depuis quelques années. Au lieu de ne constituer qu'une réserve de matières premières, octroyées à nos multinationales par des pouvoirs corrompus contre pots de vin et livraisons d'armements divers, ce continent longtemps maudit commence à attirer talents et capitaux. La route est encore longue avec leurs grandes métropoles sans bitume où s'entassent des millions d'exilés des campagnes, mais ce changement notable indique que ce continent pourrait offrir le plus grand potentiel de croissance et de développement de la prochaine décennie.

 

Certes, les pays occidentaux commencent à comprendre que les "plans Marshall" en série ont surtout contribué à maintenir en place des régimes corrompus et violents, limitant par là le développement économique et social de leur pays. Les ONG ont pris le relais, venant en aide à des micro-projets divers qui vont de la construction d'écoles et de dispensaires à la lutte contre les fléaux de la malaria ou du sida. Mais globalement, de plus en plus d'entrepreneurs et d'intellectuels africains expriment leur exaspération face à cette vision d'un continent condamné à la misère et à l'assistance pendant que l'Asie et l'Amérique Latine, portées par une vague de forte croissance depuis de nombreuses années, sont regardées avec admiration. Et ils comptent bien nous montrer de quoi ils sont capables comme nous le dit l'écrivain nigérian Uzodinma Iweala : "Cessez de vouloir sauver l'Afrique !".

 

Aujourd'hui, les chiffres confirment les nombreux reportages sur le continent africain : l'activité économique décole. Partant de très bas, les chiffres ne sont pas forcément très éloquents. Mais l'afflux d'investisseurs chinois et le retour d'Africains expatriés, formés au business, devraient faire réflechir ceux qui cherchent de nouvelles opportunités d'investissement dans le monde (et qui ne sont pas englués dans des subprime jusqu'au cou !), sans corrélation avec les autres marchés dans le monde. Déjà, des fonds ont commencé à investir ce terrain où tout reste à faire, souvent en installant une tête de pont en Afrique du Sud. Les talents ne manquant pas, et les salaires moyens restant extrêmement modestes, l'Afrique, et notamment l'Afrique sub-saharienne, pourrait devenir le nouvel atelier du monde.

 

Les fonds de private equity ont levé plus de 2 milliards de dollars depuis janvier, et le mouvement restait encore fort il y a peu. Plusieurs hedge funds ont aussi apporté de l'argent frais. Pour eux, on assiste à un changement non pas ponctuel ou cyclique, mais bien structurel. De nombreux pays se sont imposés une vraie discipline fiscale, ont privatisé et libéralisé des pans entiers de leur économie, ouvrant la voie aux investisseurs privés. Le Kenya ou le Nigeria font partie de ceux-là. Si les 48 pays sub-sahariens restent au bas de l'échelle des pays les plus pauvres, on y trouve 7 des 20 pays à la croissance la plus forte depuis 5 ans.

 

Cet espoir reste fragile, les fonds pouvant rapidement se retirer si ces pays changent de voie. Mais une fois la dynamique lancée dans ce champ où, souvent, tout est à faire, l'optimisme est bien fondé. L'Europe pourrait aujourd'hui faire un geste important : supprimer progressivement les barrières douanières avec le continent africain, et supprimer les subventions aux exportations de nos produits agricoles qui font tant de mal à l'agriculture africaine.